Ecrits vains : à moi

Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /Nov /2007 18:30
Tu pourrais écouter la pulsation sous la membrane
Et rester un peu
Je pourrais, dans un passage, te peindre
Cela peut être cru
Ou sale
Ou doux
Ou formidable
Cela peut être
Un attentat contre le plexiglas qui voudrait tout isoler
Un dégoût pour cette mauvaise prose que je ne sais redresser
Cela peut être
Craindre le silence sous les doigts
Rechercher le froid
Vouloir instinctivement des réponses
S’étonner d’en chercher encore
D’avoir dix-huit ans
Regretter de douter
S’insurger sans rien faire
Cela peut être
A ton contact, me mesurer
Me trouver plus petite
Et moins armée
Me mesurer, lever les yeux
Chercher les quatre coins
Où me réfugier, dans un monde rond
Systématique
Cela peut être
La fin momentanée des turpitudes
Dans tes bras
Sans avilir, sans forcer
Cela peut être
Appeler John
John
Cela peut être
Savoir
Changer sa voix
Cela peut être
Un secret d’Etat
Traverser un océan
Heureux d’être trempé
Les joues rougies
Le nez qui coule
Encore vivant après tout
Cela peut être
Se mettre en branle
Regarder la pile
S’y atteler
Cela peut être
Tout sauf te peindre, dans ce passage
Je n’ai pourtant pas à m’excuser
Mais je le fais
Pour la mousse à tes lèvres
Parce que je serre encore la corde
Parce que toi, tu ne vivras pas
Pas encore
Je m’excuse de refuser de te partager
De refuser d’être raisonnable
Et pour me faire pardonner
Je prends ce billet
Je traverserai en volant
J’irai là où le vent charrie du sable de glace
Où tout est trop blanc, aveuglant
Je changerai mon nom
Contre le bois
J’irai coudre mes pensées aux peaux des autres
Qui tireront encore de toutes leurs forces pour s’en arracher
Y arriveront, déchirés
Crois moi
Tu me dis que tu resteras
Mais tu ne resteras pas

Et…

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Mercredi 31 octobre 2007 3 31 /10 /Oct /2007 13:59

 

On a fait quelque chose de formidable pour moi . Je me suis détachée. Je n’ai plus besoin de plaisir aigu et sans joie. J’ai trouvé ma voie.
Il n’y a rien de plus intéressant pour moi qu’un cul. C’est interpellant cette idée d’impasse, de non procréation. Cela me rend, pour reprendre l’expression d’un mort, vivante à n’en plus finir. Pas de plaisir, un peu de douleur, pour se rappeler à soi, mais pas de plaisir dans la douleur, c’est vulgaire. La jonction de deux corps sans aucun autre but. On écarte ce gros cul anonyme et on vient s’y ancrer. On attend sans émoi l’écoulement tiède et pénible de toutes ces vies potentielles qui n’iront pas plus loin. On décolle placidement les épidermes et voilà, c’est fini, et puis plus rien. Le cul, à nouveau, retrouve cet état de pachyderme, paisible et assoupi.
Et cela ne nous a rien apporté. Cet acte était vain, encore une fois, et encore une fois, cela recommencera : la quête perpétuelle d’un cul comme lieu intact de désoeuvrement. C’est ainsi qu’il faudrait que cela soit, toujours. Et bannir tout ce qui tourne autour, ne plus rien ressentir, jamais, mais reproduire le geste sans fin, jusqu'à épuisement ou jusqu'à ce que Dieu ait pitié de nous. Prendre le cul et s’y vautrer, s’y enliser, jusqu'à l’extinction complète du monde, jusqu'à ce qu’asséchés par l’absence de désir nous nous entretuions. Jusqu'à ce que nous ne soyons que des culs sanctuaires de semences sans vies, jusqu'à déchirer ce visage qui n’a plus lieu d’être, qui ne signifie rien, jusqu'à nous coudre la bouche pour qu’enfin cessent ces verbiages indigestes de fadeur et de malhonnêteté. Arriver enfin, au terme d’une lutte sans pitié, dans un soulagement certain, à faire plier l’amour et à l’anéantir.
Je ne me souviens pas quand tout cela a commencé. J’ai ressenti que le jeu prenait une tournure douloureuse, mes entrailles se sont ouvertes à l’air acéré et sec, de mes yeux coulaient des pierres, j’ai su que tout était fini, mais le début, je ne me souviens pas.
J’avais cru que peut-être il pourrait prendre soin de moi, saisir mon visage entre ses mains, me donner de sa peau, respirer dans mon cou. Mais j’ai seulement cristallisé. Un regard et j’ai cru que son sperme salvateur éclabousserait dans une gerbe splendide ma bouche. Un sourire et j’ai voulu voir qu’éternellement son membre engendrerait en moi la violente promesse de n’être plus jamais triste.
Mais je parlais trop. Je gaspillais mon énergie en une mascarade grotesque, j’essayais vainement d’enterrer mon désordre alors que là, tout près, brute et étincelante, se dressait l’évidence. De ce fait, il m’a méprisée.
Comment me rappeler ? Etait-ce cette force qu’il irradiait, puissante et enfantine, maîtrisée et puérile, qui m’avait soufflé net, écrasé à terre, et coupé la gorge ? Je ne me souviens plus quand, pour la première fois je suis rentrée chez moi sans me rappeler du trajet, quand je me suis mise à lui parler, lui chanter des chansons devant mon miroir, à crier pour empêcher les tremblements, à ne plus dormir, ne plus manger, perdre ma joie, et le souffle, la fureur et le bruit, l’éclatement, le morcellement, la peur au ventre et le maquillage, le cœur glacé qui fond et déborde, et me noie. La fissure, la fracture, puis mes entrailles soumises à ce putain d’air acéré et sec et mes yeux vides et cernés, et les pierres tranchantes qui lacéraient mes joues. J’avais compris pourtant.
Les pierres étaient de simples larmes, j’ai eu un peu mal au ventre peut-être, l’orgueil plus que la peine me serrait la gorge , la lâcheté me faisait taire, la prétention parler. Tout était fabriqué d’un bout à l’autre par mon ennui. Devant tant d’imposture, je me suis insurgée. J’ai quitté le combat.
Je ne me suis à ce jour, plus jamais fourvoyée.


Il fallait absolument que tout cela cesse. Réapprendre péniblement à ne plus rien sentir. Et père, où étais-tu? Tout ce temps, tout ce temps perdu à ne pas comprendre. Descendre ce putain d’escalier dans le noir, attendre de sentir sous son pied la dernière marche. Quel était ce mal si puissant que tu n’as pu y faire face ? C’était donc vrai alors, j’étais pourrissante, malveillante, obscène. Il aurait fallu que tu meures, j’aurais pu pleurer dignement, façonner un désarroi glamour qui m’aurait valu de la reconnaissance. J’aurais pu arrêter. Juste arrêter la machine et me reposer.
Tout ce temps perdu à ne pas comprendre. Il fallait absolument que tu meures, il n’y avait pas d’autres solutions. Mon sang ne peut pas continuer à couler à l’envers. Il faut que je me bâtisse une bonne fois pour toutes et non pas que je me répare sans cesse.
Je t’ai enterré. Je t’ai dévoré et avalé. Je t’ai disloqué, tu n’as plus rien, tu n’existes plus, , tu ne dormiras plus, tu vomiras ta langue, tu trancheras tes couilles, tu erreras jusqu'à ce que je meure. Tu pourriras sur moi et on se mélangera. J’aurais alors vaincu le taureau, dompté la vermine. Mais j’ai encore du temps pour ça.

Je ne me souviens plus quand tout cela a commencé. Il est apparu et les trous dans mes veines ont cicatrisé. J’aurais voulu m’arracher les yeux, mais bien sûr, je n’ai rien fait. Il ne devait pas vivre. Perturbateur. Intrus. Aberration. Ignominie. Erreur. Quelque chose a du interférer. Cela ne pouvait pas être ainsi. Mais comment arrêter la main fouillant mon ventre.
J’ai minaudé. J’ai falsifié. J’ai séduit . Puis cela m’a profondément ennuyé. Eloge de la fuite, de la trahison, de la confusion.

Et maintenant, dans ma profonde solitude, derrière des remparts trop épais, noyée dans mon apathie placide, je suis en train de mourir. Et où es-tu papa ? Il fallait que tout cela cesse. Le début, je ne me souviens pas. Quitter le combat. On m’a coupé la gorge. Tout cela n’est que fabriqué par mon ennui. L’air acéré...les pierres. J’ai tout juste un peu mal au ventre. Juste arrêter la machine. On a fait quelque chose de formidable pour moi.
Je me suis détachée.

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Dimanche 21 octobre 2007 7 21 /10 /Oct /2007 14:20
C’est bien la dernière chose qu’il m’ait dite.
On n’étrangle pas un homme, c’est plus fort, c’est sacré.
Etrangle-moi, Boston, et ouvre-moi en deux.
Fait jaillir la parole, celle qui ne peut tarir.
Les bras en croix, le balcon digne, le cheveu mou, même pas de larmes, alors, alors, tu vas sauter alors ?
Etrangle-moi, Boston, empêche moi de partir.
Je crois surtout qu’il n’a rien compris, cela fait bien longtemps que plus aucune prose morose n’a raison de moi, je n’étrangle personne, je ne suis pas Boston. J’essaye de m’en sortir, il n’a qu’à faire pareil, je n’en ai rien à foutre, il se répand à perte.
Je ne m’intéresse pas à sa fêlure, j’ai la nausée des incompris.
Etrangle-moi Boston,
Fais donc un peu moins de bruit, et rentre dessoûler, tu ne peux pas sortir du rang, jamais.
Sauf à tomber. 
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Dimanche 30 septembre 2007 7 30 /09 /Sep /2007 17:21

Il faut du courage pour attendre, supporter le poids sans faillir des secondes du compte-gouttes qui distille la soude caustique dans les veines, protéger le cœur des assauts sans pitié de la cavalerie du doute, piquante, brûlante, jamais éreintée, et s’endormir, épuisée de rien, effrayée par le vide, perdue dans le noir.

Il faut du courage pour trier la version la moins dévastatrice d’une histoire qu’on ne nous raconte pas, se l’inventer douce et lumineuse, la défendre contre l’angoisse de la paranoïa surgissant, stupéfiante de violence, sordide quand elle s’annonce.

Le ventre se contracte, la gorge fait barrage, les larmes attendent d’être sûres, tout n’est que plaie béante, bain d’acide, pelote de clous rouillés. On croit comprendre un vertige, on a besoin de sucre, on voudrait juste qu’il arrive, il n’y a pas d’autre option pour annuler le malaise, pour rompre la corde qui asphyxie. Il faudrait juste qu’il arrive enfin, qu’un message nous parvienne, un mot, un son, un souffle.

Il faut du courage, et on n’en a jamais. La panique gronde, on la ravale, on essaye d’empêcher le frisson, on se demande comment partir de là où on en est arrivé sans trop savoir pourquoi.

On écrit pour pas crever, parce que c’est trop fort à la fin, tout est trop fort, ce n’est même pas lui, ce n’est même pas l’amour, ce n’est même pas ça. Rien ne nous épargne, on deviendrait infréquentable pour cicatriser les écorchures, on implore que tout ce cirque cesse, mais à peine les ballons rangés on applaudit le rappel. Et on écrit pour pas se balancer de la fenêtre parce que c’est insupportable d’avoir les organes qui tapent pour sortir, sans cesse, c’est impossible que le torrent ne s’arrête que pour nous laisser desséchés, la bouche craquelée, obligeant son retour.

On attend, on crève.

On embrasse, on crève.

On quitte, on crève.

On rit, on crève.

On écrit pour pas crever. On hurle par les doigts pour pas réveiller les voisins. On pleurera demain, quand personne ne verra. On est forts, on écrit pour pas crever, et on crève pas. Jamais.

Et d’ailleurs on ne sait pas tellement de quoi on a peur exactement, la peur au ventre, la solitude, l’abandon, le mépris, tout est bien vain au regard de l’étendue de ce dont on est capable.

Coupables, les peureux, les lâches, les passifs. Coupables de n’être pas sûrs, de manquer de méthode. Coupables de n’avoir pas de guerre où combattre, et mourir. Coupables d’avoir le nombril qui saigne, de vouloir croire qu’il est possible et nécessaire d’être heureux en amour, de n’avoir que ça à foutre d’essayer. Coupables de baisser les bras, d’attendre le miracle, de se tromper de signe, de ne rien y comprendre.

Je suis coupable, j’écris pour pas crever en attendant la mort. Je crois savoir de quoi je parle, je crois que parler de mort ou de souffrance les conjure, dans une naïveté crasse, même pas capable de crever, coupable de ne pas essayer, à cran que personne ne réagisse, à cran de ne pas savoir remercier.

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Mardi 26 juin 2007 2 26 /06 /Juin /2007 15:14

Johnny ne voit pas très bien la raison pour laquelle il devrait garder son calme. Il se saisit pas tellement à quel moment la vie fut merveilleuse ou le sera. Alors bien sûr, ceux là plein d’un sang trop froid pour tourner, qui sourient de leurs dents les plus molles, trop petits pour un mot plus haut, il est bien entendu qu’ils ne sont pas plus baignés de la douce lumière d’une putain d’existence pertinente, exaltante, enfin tous ces termes qu’il fait bien d’afficher dans la discorde, comme autant d’idéal qu’on a dépassé sans même y prêter la moindre attention, dans la soif mordante d’aspirer à mieux et de ne rien rejeter, jamais, de ne rien donner qui pourrait nous manquer, de ne pas tendre de main, de ne pas aimer, jamais, car l’amour n’existe que dans les publicités, il vend, mais n’enrichit pas. Johnny s’en fout pas mal pourtant, par moments, lorsque la mer faussaire s’imagine calme, digérant les épaves sans fantômes, vestiges de sa colère inénarrable ; lorsqu’il croit la dompter enfin. Son rafiot ne tiendra pas très longtemps, pense-t-il, et la nuit tombe. Pourtant s’il rentre tard il faudra parler, s’excuser même, et il n’en est pas question. A 17 ans, bientôt 18, il sent s’approcher les bancs dangereux de la majorité, ceux où il ira s’échouer sans plus la moindre excuse. Jeune ? mais jeune, jamais il ne l’a été. Il tolère à peine de parler à sa mère, cette pauvre pieuvre qui n’en peut plus d’essayer de l’agripper en vain, qu’il trancherait bien en deux pour s’assurer que les femmes ont des viscères tant elles sont lâches et perfides. Mon père saurait, rage-t-il, en essuyant les embruns qui lui crachent à la gueule. Mon père saurait lui faire fermer sa sale gueule de morue trop salée. Rien, il ne dira pas un mot, pas un de ceux qui sont trop dits, rabâchés, ressassés, il n’en peut plus de parler, même peu. Personne n’a jamais écouté.

Il a dans ses paumes les cales de tous ces filets lancés, il a les yeux baignés de houle, la tempête gronde son sérieux imperturbable en lacérant son visage de rictus dessinant sa carte des vents. Tout un univers sous moi, tout un univers dans moi, rien au dessus, rien à terre, rien ni personne. Johnny ne sait jamais s’il rentrera, il espère certainement un peu défier les lois du genre en mourrant avant les statistiques de sa région, et déjà il s’en rapproche, déjà il sera trop tard pour mourir jeune, absurde de périr sans âge. Il a choisi l’effroi comme douceur suprême, et lorsqu’il embarque il sait déjà qu’il n’a rien de plus à trouver ici que la peur au ventre d’une lame de fond même pas tranchante, d’un récif plus affamé que lui, il ne fera jamais rien de lui ici, il rentrera encore vide et puant comme un phoque, même les poissons sont stupides, incapable de saisir quoi que ce soit, tellement cons quand il sautent sur le bois mouillé croyant peut –être s’en sortir, ne se résignant jamais à la mort. Vitreux, gluants, il aime à les tuer un par un, surtout les thons, frimeurs des grands fonds, en bande agglutinés comme ces abrutis du lycée qu’il faudra bien massacrer aussi un jour. Profilés comme de mauvaises voitures trop brillantes pour masquer la laideur d’un mécanisme imparfait, ils révèlent cependant une gerbe splendide d’un rouge foncé inespéré dans tant de tons froids et gris lorsque la scie les sépare en tronçons fondants, si moelleux, annelés comme le chêne qui porte ses années en son centre. Ah, ça leur fermerait leurs sales gueules de junkies farineux, ce massacre impuni, la réjouissance de plonger ses mains dans la gueule de la poiscaille larmoyante pour lui arracher les entrailles d’un mouvement sec et consentant. La traînée de pourpre à l’arrière attirera bien quelques ailerons solitaires, que n’est-il requin lui même, Johnny s’en mordrait les doigts. Tellement de dangers, tellement d’hostilité, toujours la nausée, jamais, jamais il ne put la vaincre. Il est toujours reparti.

Johnny respire, il ne sert à rien de s’agiter tout seul comme un con, je ne suis pas un poisson putain. Il lance le filet. Allez, quoi, cette fois ci peut-être, enfin, après toute cette énergie déployée pour un espoir médiocre, il remontera le corps de son père.

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