Ecrits vains : à moi

Lundi 20 juin 2011 1 20 /06 /Juin /2011 14:12

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Parce que l’humanité fait l’amour comme elle fait à peu près tout, c’est-à-dire stupidement et inconsciemment, cela n’empêche pas le mystère de continuer de garder sa dignité. 

J. Péladan, La Science de l’Amour.

 

 

Je sais qu’il a fallu que les masses fragiles et rapides, funestes par leur frénésie, éblouissantes d’électricité sauvage qui dresse les filaments, se tiennent la main et refusent à présent de desserrer l’étreinte pour que nous soyons réunis. Ma folie amie m’indique de ne pas avoir peur. D’être assurée, et patiente, patiente car assurée. De ne voir que toi sans que jamais le reste ne me manque, et regarder le reste nimbé du sacré de ma capitulation.


Je sais ma chance inouïe, car je connais le monde. J’y vois souffrir des âmes qui ont enduré sans récompense, je sais la puissance de la terre épuisée sous la boue, attendant que passent les faux troupeaux aux sabots ravageurs, pour qu’enfin les majestueux fils des plaines aux naseaux fumants soulagent sa peine et libèrent les minces pousses vertes à travers le gel.


Je connais la grande maison au fond des champs, où chacun habite seul une pièce et entend chuchoter l’autre à travers les plinthes. La lumière qui n’entre plus. Le calme triste entre les chansons psalmodiées pour entendre une voix, et vibrer faiblement pour s’endormir. J’ouvre un beau jour ma porte sur toi, que je n’attendais plus, que je n’entendais pas. Je découvre une joie qui demeurait sincère, terrée : en surgissant par la faille, elle parle pour moi. Et mes rires, en acceptant de marcher avec toi, guident tes pas pour sortir. Je suis juste derrière, ne te retourne pas.


Mais je n’attendais plus, et ne t’entendais pas lorsque la nuit fermée sur ma gorge laissait passer les murmures amis. Tu n’étais dans aucune de ces pièces closes confinant mes arpèges. J’ai vécu sans un songe, mais sereine et si sage. Depuis longtemps la source pure était tarie et j’arrêtai les prières. J’allais seulement les jours de tristesse pluvieuse visiter la tombe recouverte de lierres enlacés que je regardais pousser en humant l’air mouillé et chargé de fraîcheur. Je repartais légère, consolée d’être reposée de tourments inutiles. Je n’avais plus vraiment froid, ni faim, ni mal. J’étais heureuse, car je ne perdais rien. Et c’est alors que tu es venu.


D’une caresse tu as ravivé les douceurs de mon teint, mais n’as pas réveillé les furieuses, tapies derrière la joie et toutes prêtes à la ravir. Et mon sourire, déjà forgé, inaltérable sous les assauts du rien, s’est réchauffé et paré du souffle que ton baiser promet. Devant ton évidence si altière, j’ai simplement posé genou à terre.


Et tu m’as relevée.


Lorsque j’ai jeté un dernier regard à la maison qui s’effondrait, au loin, sous les derniers impacts du feu, j’ai pensé à la tombe, et à la fraîcheur de son ombre qui  me recueillerait encore dans une étreinte verte si un jour tu m’oublies. J’ai pleuré en souriant, ravalé mes nuages, embrassé ma paume et soufflé ma loyauté secrète vers le lierre qui a tremblé un peu.


Je reviendrai.

 

 


 

 

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Mercredi 1 juin 2011 3 01 /06 /Juin /2011 19:22

... et d'une certaine manière, me répond-il, alors que tu voues presque exclusivement les moindres minutes échappées de ton carcan commercial à la plongée éprouvante dans une mémoire fascinante que tu convoques et qui s'assemble enfin, et même si, d'apparence, tu ne fais rien d'autre: tu es libre.

 

Car des journées qui commencent par la douce lumière frappant les plantes alors qu'un pianiste au loin s'exerce plutôt bien, une pile de vieux livres sur la table à côté du portable qui ronronne à la simple idée que je revienne lui caresser le clavier, et un Hilaire de Poitiers qui trépigne que je l'empoigne et lorsque je le fais enfin m'assène ses premier mots "Et je crie à ta face, loup rapace..." alors que de ma chaîne en mode aléatoire s'élance un hérétique "Your own personal Jesus" à cet exact moment, ces journées sans regard, sans confirmation, sans confrontation autre et muette qu'avec les revenus, les rescapés, les persistants, ne peuvent que confirmer l'idée superbe que oui, je suis libre. Et je vais le rester.

 

Beaucoup de ces vivants ne me manquent pas. Je n'ai que peu d'attentes concernant mes co-existants. De moins en moins d'ailleurs. Je rêve parfois que je sursaute, tombée dans les limbes d'un trouble irrépressible.

Certains pourtant subsistent au chaud, dans mon amour sans faille, incommuniqué et inavouable, peut-être. Protégés.

 

Je ne suis pas en exil, alors qu'en silence et recroquevillée sur le cosmos sans fin, le coeur de l'homme et les ensanglantés aux cris enragés j'écoute et je conserve, je prends acte et surprends: je suis chez moi. Et je vais le rester.

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Jeudi 21 avril 2011 4 21 /04 /Avr /2011 00:34

Une âme habituée est une âme morte.

Charles Péguy.

 

 

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©Sue Webster & Tim Noble, Shadow Sculptures

 

Il m’ouvre la porte avec un sourire légèrement tendu vers une autre, je vois simplement qu’il est hanté. Je n’avais aucun moyen de le savoir.


Dans le couloir qui sent la térébenthine, deux toiles explosent de couches sombres qui tentent d’étouffer un petit croissant de soleil, rouge, émouvant à se débattre. Un corps plus loin se retourne sur lui-même, figé dans sa mue douloureuse, alors qu’il préparait sa métamorphose.


« De toute façon, personne ne me croit, ils se foutent de ma gueule, j’ai toujours été un mec, vous voyez, celui qui se tait, qui se gratte les couilles. Et voilà que je peins, hein », me dit-il en se servant un verre. « Vous en voulez ? »


Je ne sais pas, oui. D’accord.


« Mais quand je peins, je souffre. »


« J’ai bientôt cinquante balais, j’en ai plus rien à foutre. »


« Mais faut que je vous parle, faut que ça sorte, j’en fous partout quand je peins, ça se balance, ça s’étale, c’est physique, plutôt… ouais, dominant, tellement j’en ai à balancer. Quand j’ai tout bien sali, reste ce putain de point de lumière que j’arrive pas à recouvrir, et même si je regarde bien, si je peux vous le dire, à vous, ce point j’y mets tout mon art à le faire naître et à le protéger. »


« Ouais, c’est d’un banal, hein, le discours d’un pauvre type qui se croit peintre. »


« Mais putain, personne comprend ce que je souffre. »


J’essaye de boire, cela reste un peu bloqué. Ma gorge m’indique probablement de me rendre disponible pour sa confession. Dont acte.


Elle est partie depuis comment de temps ?  hasardai-je.


« Je sais plus. Je vais pas la laisser partir. Sinon j’ai plus de cœur alors, c’est fini. »


Tout ça, ça repousse. Les ailes, le cœur, les rêves on s’en fout. Cela repousse. Je vais pas vous raconter la vie je suis tellement plus jeune que vous. Pourtant je crois moi aussi qu’on a la conscience dramatique des trop sensibles et qu’alors, on prête attention à ces broutilles. On s’y jette. On n’en revient jamais vraiment. C’est … ça ne passe pas, non, ce n’est pas dans ces termes qu’on raisonne. On ne raisonne pas, d’ailleurs. On ne passe pas, on ne passe rien, ce verbe n’existe pas pour nous. On prend acte. On intègre. On encaisse. C’est tout à fait retiré dans nos chairs, implanté bien trop loin pour « passer » comme une caresse, une mauvaise huile, la texture imprègne, et tu peux remballer tes saloperies d’âmes noires pour se donner du spleen entre midi et quatorze heures, tes biles diluées, que tu laves sous le moindre sourire d’ailleurs qui se pointe, tes nuits où tu feins d’oublier le matin comme un chien feint d’oublier son maître et dès qu’il reparaît lui fait un cirque, faut voir, comme s’il revenait jamais, avant. Ils souffrent, bien vrai, et le lendemain c’est passé, ils sont tout nus et joyeux sous les caresses tout aussi peu profondes du premier soleil qui se pointe. Nous on vit des drames qui nous laissent pas passer, qui s’accommodent mal des temps pressants qui changent dans leurs squares leurs statues en deux temps trois mouvements.


Mais voilà, il y a le lendemain du drame qui clôt le beau film. Il y a eu rideau et puis ces lendemains qui font mentir, car on n’en est même pas mort. Et on se détache la tête du corps, lui avance comme un con, elle la tête, de mule, sidérée de l’affront de vivre encore, parfait ses stratagèmes pour compenser, et suit de pas trop loin le corps, mais … oui, il y a des couches écrasées à la palette entre, les connections ne sont plus toutes là et irrémédiablement, on nous a bien volé quelques parties qui faisaient le tout fluide, et harmonieux. On en perd même ses belles phrases huilées écrites quand on peut encore penser à des trucs comme construire ses phrases.


« Alors on se distord et comme on peut pas l’expliquer, depuis mille ans qu’on essaye, on se balance où on peut, moi sur la toile. »


Je sais.


« Vous savez, mais vous le sentez pas pour moi, j’suis un vieux con de poète qui va pas encore laisser tomber mais alors, hein… c’est proche. »


Je ne peux rien vous répondre, sauf ceci : vous avez raison de ne pas minimiser. Vous avez raison de cacher vos pensées de vieux con de peintre face à une assemblée morte de trouille que vous veniez gâcher la fête avec votre cœur de travers.

Car cela ne va pas aller en s’arrangeant, ces dénis de réel.

Pourtant un bon modèle ne doit pas tenter de plaire, il y parvient, ou il s'efface.


« Mais ya des jours, je me sabote. J’y vais, j’m’en fous. Et voilà comme je balance, et j’étale, et je rajoute des pigments excessifs, ça donne vraiment la gerbe, ça donne plus rien, yavait une forme au départ, et je la perds, je la rature, je la reprends et puis je me tourne et je les emmerde, je les fais rire en faisant mine de me trouver trop con. Et j’ai des rires, faut voir, moi aussi ça me fait rire, et plus je ris plus ça se solidifie en dessous vous voyez, plus ça pétrifie et c’est en route, je me marre de moi, de mes conneries, mais ça s’émiette doucement, il reste mon rire mécanique et je suis déjà dissous dans ma peinture, j’ai pu la recréer un moment derrière ces écrans de fumée. Son corps qui se dédouble, que je duplique, je peux la modeler et ça me rassure. Et je reste invaincu. Et eux, ils savent pas comme ils s’éloignent de moi à chaque fois qu’ils pensent à ma place, là, viennent me dire quoi qui comment, parce qu’ils savent ouais, c’est bien connu. Ils ont souffert et ils s’en remettent les braves, hein, ils avancent, de l’allant, et vas-y que j’te tourne des pages. »


Nous, on les tourne pas, les pages. On les empile. On les relie, on se les repasse. Je sais.


« Vous savez, mais alors vous savez qu’on est toujours seuls quand le chagrin frappe, hein, même si c’est vieux comme ta mère, que les expériences des uns écrivent pas les manuels des autres, j’en ai tellement marre alors des mots que je peins. Et dans le silence, vous voyez. Et personne à qui me la raconter. Surtout pas elle. Elle va pas me quitter, et c’est bien ça tout le fond de la toile. Vous savez combien de fois j’ai refait sa face éclairée en fond de toile que j’ai recouverte de toutes les rugosités de mes pâtes dures ? Je sais très bien ce que je fais, j’ai pas besoin de leur psy à la con pour savoir. Et alors, savoir, ça aide ? Mon cul. »


« En fait je souffre quand je peins. Après, c’est juste que je suis triste. »


Je sais. Je vous écoute. Je les vois, vos toiles, hein.


« Et vous, comment vous faites ? »


Oh, moi… j’absorbe vos rejets superbes. Je fais des travellings compensés, je me rapproche de vos mots, les compulse, en fais des colliers de nouilles, et immanquablement je recule, je recule, je recule à mesure que votre toile grandit.

Il faudra bien que je sorte tout à fait pour tout voir.

 

Il me raccompagne.


« Portez-vous bien, souvenez-vous qu’au centre, s’il n’y a rien pour vous, vous l’aurez su de source pure. »


Il referme la porte.


Je regarde mes mains, gratte un peu sous un ongle, je ne ressens plus rien. Je regarde un temps la porte, esquisse un sourire qui ne servirait à personne.

 


Et  puis je rentre chez moi.

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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 23:50

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Non, ne lui souffle pas, c’est de la paresse. J’essaye d’apprendre à réussir, c’est compliqué.

 

Il y avait eu une parade, jeune. Dans les rues de La Rochelle, une bohémienne crasseuse pieds nus qui regardait s’époumoner la plus belle sur les donjons. Celle-ci on la giflait et elle se débattait, elle disait « non », celle-ci, le cœur battant elle te voulait.

Plus tard la même, propre, mais vile. Arpentant sous les rocades un asphalte seul et lent. Noir, fini. Pour atteindre l’hôtel. Courage. Ce n’est qu’un serment. La parole donnée. Ce n’est rien. Ce n’est rien. C’est la plus longue et froide nuit qui s’annonce après ce oui. Car elle a menti, oui.

 

Et des parures, elle en avait. Un corsage bien serré, des seins écrasés, stupéfaits de l’étreinte. Des plumes éparpillées, des perles. Massacre du blanc sur une âme empourprée.

Debout, tiens-toi, on te regarde et c’est ton tour de garde.

 

Ils sont tous là, et il faut dire oui. T’as mis ta plus belle jarretière et tu veux être aimée. L’unique. L’irremplaçable. Romance et toi tu chantes faux. Ils sont tous là pour rien.

 

Je tentais de bâtir une digue, ils ne comprennent rien. Puis la digue a cédé, bien sûr. Assiégée, j’ai tenu, enfin, à bout, je me suis rendue. Je n’ai rien maîtrisé, et j’ai fissuré lentement, j’ai eu peur et puis mal et tous se contorsionnent et se marrent. J’ai contemplé le naufrage, abrutis, depuis mes poings serrés. Il n’y a rien à redresser, rien. Tout à recommencer.

 

Attends un peu, ils vont devenir vieux.

 

Pourtant, il y en eut de la passion, des saturés qui prennent au ventre, de celle qui ne revient pas. Bien sûr j’ai eu mon heure qui a tonné puis tout repris. Depuis des jours qui se répètent et qui s’alignent, je ne t’oublie certainement pas. C’est la passion que j’oublie, la distance que je mets entre le port et moi. L’observation étrange que tu es remplacé. Puis un autre. Un dernier ? Allez, allez. Le refus. Le rejet. Puis la tristesse de recommencer, et de voir dans ses yeux, à lui, à nouveau, dans ses yeux, ces nouveaux venus éclairer ce qui reste de protégé dedans, fébrile, rampant, de voir dans ses yeux une raison de reprendre.

Une simple nécessité, parfois.

 

Il y aura la revanche, crois-moi. Elles vont surgir des doigts des Parques, les dentelles de nos indifférences forcées, elles vont… s’accumuler, et crouler.

 

Tu peux rire, je ris beaucoup et puis j’entends le rappel.

Si l’on m’a bien donné un sursis, j’entends te rendre roi sans bruit. Il va falloir, petite, reprendre, maintenant, où tu en étais. Maintenant, reprendre, et dire « peut-être ». Et vérifier.

 

 

 
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Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 00:19

Il portait alors en son centre une pierre d’autel. Elle savait qu’en frappant elle ne devait pas faire toucher au sang la terre.

Il se passait désormais quelque chose d’essentiel, que les mots faisaient tomber en s’approchant trop près. Elle avait la terreur sacrée du souffle à peine sensible, qu’elle ne pourrait pas retenir, à peine comprendre.

Mais non, ce siècle refuse les élans, les errances et les chants. Personne ne verra rien. Elle dépose les armes, entrouvre la cuirasse et s’assoit sur le sol.

Elle entend la souffrance mugie des poitrines mortes qui veut surgir encore, portée par les échos soufflés sur les grandes paumes. Elle ne laissera pas faire.

Soudain, le dégoût apaisé du rire trop consommé. Un dégoût simple et bienveillant. Un refus pour soi, une tolérance pour l’autre. Quelque chose, encore, aura changé.

Elle apprend que la violence originelle, la chasse a groupé tous les hommes, leur a donné la cuisse fine et musclée. Ses formes à elle devront donner naissance. Elle tente de trouver cela banal, mais s’émerveille à nouveau de la parfaite complexité de toutes ces dissemblances.

 

Elle ouvre un monde qu’elle souhaiterait fermé. Clos. Protégé. Et s’enthousiasme, portée par ses alliés, de les trouver semblables à l’heure où ils se sont, avatars, figés en son éphémère royaume.

Et crache du lyrisme pour dégorger l’abcès paranormal de son exquise liberté.

Et qu’est-ce que tu croyais que j’allais encore dire ? La beauté, la vanité, l’absence et l’endurance ? On s’en fout, c’est inné. J’ai bientôt trop d’années pour justifier mes rires.

 

Marre de proser, et voyez comme cela surgit de tout en bas du fossé. Tu fais chier. Je reprends. Tu restes. Non, tu vas lire cela jusqu’au bout. J’ai saigné si longtemps dans le silence complet, maintenant tu vas lécher.

Tu apprendras à tes dépends que je suis multiple et tenace. Patiente.

 

Et terminée.

 


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