Cinéma cinéma

Mardi 27 janvier 2009 2 27 /01 /Jan /2009 23:11



Intéressante surprise au détour d’une soirée s’annonçant peu prometteuse, France 2 en fond sonore permettant de meubler les préparatifs d’un dîner dissolu : l’Abolition, avec le brillant Charles Berling, m’aura retenue jusqu’au bout. Son réalisateur, Verhaegue, n’est d’ailleurs pas un débutant, à en juger sa précédente et notable Controverse de Valladolid.

La télévision s’étoffe, et se distingue en ces périodes de disette littéraire et de désespérance musicale (comme dirait ma mère au sujet des chansons actuelles : « voix mourantes, instruments sommaires, textes inexistants »).

Après la mémorable Apocalypse, contée en douze épisodes sur Arte avant les fêtes, voici un morceau fignolé et sincère, qui nous rappelle, pour ceux qui dormaient au fond, qu’hier encore, aux portes même de notre mémoire collective si prompte à bondir sur la Chine incendiaire ou les Russes sanguinaires, qu’hier donc, dans l’arrière cour des prisons de Clairvaux et de Navarre, nous exécutions les coupables, nous les prenions « vivants, pour les couper, vivants, en deux » - s’étrangle encore, écumant de panache, un Badinter plus cinglant encore sous les traits du prodige français, s’il en reste, Berling. « On ne tue pas un homme qui n’a pas tué », répète inlassablement l’avocat stupéfié. « Si tu crois profondément qu’un homme peut être un salaud, un perdu, un lâche, mais jamais un coupable, alors tu peux être avocat », sermonne le colosse Depardieu en clair-obscur, d’outre-tombe. Et de conclure « Et si tu décides de défendre l’homme que d’autres hommes ont désigné coupable, alors c’est prodigieux ».

Mais le couperet tombe, la foule aboie, et la première partie de ce téléfilm s’achève sur un Badinter hébété, gris et défait.
Circonspecte, j’éteins le poste encore un peu sonnée de m’être fait surprendre comme une débutante de l’image et de la viscère que je ne suis pas, mais reconnaissante au service public d’utiliser parfois mon argent comme il se doit.

Mardi prochain, soyez-en sûrs, je serai là.

 

L’Abolition, téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe avec Charles Berling et Gérard Depardieu, mardis 27 janvier et 3 février à 20h35 sur France 2.
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Mardi 15 avril 2008 2 15 /04 /Avr /2008 20:18


Il faut sauver le soldat Watson

 

 Sharkwater, Les Seigneurs de la mer , du jeune et couillu Rob Steward, c’est un peu le film que j’attendais depuis quelques années pour prouver à certaines oreilles amies que je ne fabulais pas, ces longues soirées alcoolisées où je n’étais pas encore trop fatiguée pour m’énerver devant ces « singes nus », ces « primates déchaînés » faisant des requins, animaux démiurges et magnifiques, des proies traquées et décimées dans une impunité plus grande encore que pour les phoques, par exemple, puisque tout le monde se fout bien que l’on saccage des monstres.

Le sang froid se réchauffe vite, tout engourdis que nous sommes devant certaines responsabilités qu’il reste indéniablement ringard de pointer (cynisme de rigueur, tenue découragée et désintéressée correcte obligée).

Cependant, si vous détestez Bardot, qui vous le rend bien, si votre conscience suprême est trop élevée pour se vautrer dans la contestation naïve de faits pourtant déplorables, et si vous aimez l’action gonflée et énervée, si vous aimez les survivants, et les plus forts que vous, vous serez certainement exaucés :

Le Capitaine Paul Watson est le défenseur de la nature le plus agressif, déterminé, actif, et effectif au monde. - Farley Mowat.

 

Pour M. Watson, la baston est élémentaire. Dans l’impossibilité de se faire entendre, cet activiste franchement jubilatoire a depuis longtemps choisi la manière forte. Défoncer des baleiniers, foutre le bordel au sein de la mafia taiwanaise, ce baroudeur des mers, ce Sea Shepherd et son Ocean Warrior s’est fait une profession de foi d’être le justicier des mers. (De plus il ressemble à un croisement entre Gilles Leroy et Benicio Del Toro, ce qui avait tout pour me plaire.)

Et lorsque l’on assiste, sidéré, à une scène même pas sacrificielle de mort à grande échelle sur un bateau costaricain, il est bon, certes, de le voir débarquer comme un superman des flots inespéré et canarder tout ce petit monde.

Suspendus dans le temps au milieu d’un banc majestueux de thons (oui, je persiste, après le requin le thon est certainement le poisson le plus beau du monde, n’en déplaise aux petits malins des cours de lycée…), touchés par un requin se laissant câliner, mort de peur, on essaye d’oublier un moment les inepties d’une stupidité crasse que les Dents de la mer ont planté dans nos culs (pardon, dans nos têtes).

Et le générique défilant, la boule dans la gorge et l’humain en dégoût (mais on finit par s’habituer), on repense à quelques arguments encore trop bienveillants de ce réquisitoire incomplet mais inédit : il ne faut pas sauver le requin pour nous sauver nous, non, ce n’est pas un but assez grand ni méritoire, il ne faut pas sauver le requin plus qu’un autre peut-être, non plus. Mais il faut tuer l’homme, et vite.

 

J’apprends en rentrant que Paul Watson est mort l’année dernière. Et là, vraiment, j’ai peut-être envie de m’énerver et de pleurer, ou l’inverse et peu importe oui, et de me remettre à jour dans mes cotisations à SOS Grand Blanc. Après tout, j’ai un utérus et du sang vert et basque dans les veines, il est parfois difficile d’y réchapper.

(Mercredi 15/04) - J'apprends en rentrant que Paul Watson n'est pas du tout mort. Il faudra que j'apprenne peut-être à vérifier certaines sources. Cela dit c'est une foutue bonne nouvelle. Eh oui, que voulez-vous, c'est aussi cela les joies du direct.








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Samedi 2 février 2008 6 02 /02 /Fév /2008 00:18

Saignant, tendu, désespéré...mais résigné : la sagesse d'une vie à laquelle on n'a rien compris, en somme.
Le monde est absurde et bien trop violent, peut-être, et Javier Bardem, taureau sans bride, indestructible et dangereux rôde toujours. 
Les méchants gagnent, les gentils n'ont qu'à s'aligner et personne pour venir rallumer la lumière. 
Démerdons-nous, en somme.


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"Ok, I'll be part of this world."

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Mardi 27 novembre 2007 2 27 /11 /Nov /2007 22:18

 

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Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /Oct /2007 13:02
Bien entendu – je fais comme Philippe Sollers, pour ne rien démontrer j’utilise les évidences langagières, « et comment donc »* - décider de se coller une bonne fois pour toute à la quatrième de couverture d’un film comme Salo, c’est un peu se lever le matin en décidant de lire tout Proust : ambitieux, déraisonnable, fatigant par avance, inutile.
Parfait. Commençons, donc.
La perte de virginité ne concerne pas que l’aspect ostensible de la chair contentée voire malmenée à douze ans un samedi soir dans une banlieue moche par son oncle (cabotinage : caractéristique pasolinienne par excellence), elle peut aussi s’incarner symboliquement, déchirant profondément un hymen bien saignant : l’ignorance du vice, je veux dire, celui qui craint vraiment, et qu’on cherchait vainement dans les caves moites de nos 17 ans, la mèche grasse et la mue cruelle, frémissant sous un joint ou une fellation bâclée. Rhabillez vous jeunes gens, Pasolini est mort pour ce film là, littéralement, respectons l’héritage. Un peu de dignité, torturez franc, forniquez sans ambages, et sachez-le, le sexe, si c’est mal, c’est surtout parce que c’est la plupart du temps mal fait. Mais trêve de propagande hippie (je ne sais pas ce qui me prend, mes excuses), passons dans l’antichambre, voulez-vous.
Je fus dépucelée pour ma part à 19 ans, je parle bien entendu de ce dépucelage symbolique (je suis vierge sinon), et pour avoir réitéré l’expérience à plusieurs reprises, (d’autres pièces maîtresses ayant également fort heureusement pris le relais entre temps), j’avoue y trouver chaque fois cette fascination crasse pour une obscénité clownesque, ce rire stupéfait devant la fesse-farce, cette crainte un peu jouissive d’être fort mal famée, moi qui frissonne déjà devant le martinet (excusez moi, je m’égare). Le marquis n’est pas loin, j’essaye de rendre hommage, mais mon ramage souillé trahirait mon plumage. A moins que ce ne soit l’inverse, toutes ces positions me déconcentrent un peu.
Il y a chez Pasolini une réjouissance flagrante à mêler sexe trivial et sexe dictatorial, la vulgarité patente d’un sexe plutôt jovial, truculent, sans fards, à la froideur mortuaire des corps contraints et sanctionnés. Le malaise s’installe soudain, car si l’on s’amuse du vice, son overdose laisse rarement indemne. Le cynique est pris de court, le décadent n’ose plus tomber, le rire de défense déserte la mâchoire, il faut commencer à subir. S’entame un long calvaire, une rafale de gifles à notre suffisance de grand malin stupidement prêt à tout, sauf à cela. Quant au gentil un peu rêveur, il s’est évanoui depuis longtemps. S’il existe d’intenses moments de solitude, ils ne sont en rien comparables avec le silence ouaté et puant envahissant la pièce après vision. Même seul, on est gêné d’avoir partagé cela avec soi-même.
 
Mais alors, qu’en est-il à la fin, de ce film sulfureux ? Est-ce charger de trop d’attentes celui qui ne l’a pas vu que d’en dresser ce portrait malhabile et imprécis, fallait-il crier au loup cette fois-ci encore ?
Dans l’ouvrage de Sade,  Les 120 journées de Sodome , l’action située au XVIIIème rassemble quatre hauts dignitaires des grandes fonctions du pouvoir comme le clergé ou la noblesse. Ils décident, au nom d’une infatigable appétence sexuelle et perverse, de trouver satiété en enfermant dans un château muré plusieurs jeunes gens, hommes et femmes, mais surtout enfants, ainsi que plusieurs adultes qu’ils soumettraient, aux particularités telles que la vieillesse et ses croûtes, ou une extraordinaire longueur de pénis, bien entendu tout ceci n’étant pas exhaustif. Un programme des réjouissances, rythmé en journées (120, donc, intenables à lire), s’élabore autour d’ateliers divers et variés, dont je vous passe des détails qu’il me serait bien impossible de ne pas dénaturer dans une naïveté encore touchante.
Pasolini lui, transpose tout ce petit monde de raffinement apoplectique dans l’Italie fasciste des années de guerre, frappant si possible un peu plus sec là où ça fait mal, et instaure trois cycles : le cycle du sang, le cycle de la merde et le cycle de la torture.
On se raconte des histoires, on mange ses déjections, on brûle quelques pénis, on se marie pour rire dans des cérémonies orgiaques à faire rougir Néron, on s’amuse beaucoup, et d’ailleurs le film se veut tout de même drôle, jubilatoire oserais-je dire, s’il m’amusait de boire à mon pot de chambre en triturant un adolescent balbutiant.
Mais au cœur le plus sordide d’une noirceur assumée, pourtant, aucune morale ne vient s’imposer, et c’est bien là le coup de maître. Il ne s’agit même plus de cela, il n’y a rien à redire, à conspuer, à modérer. Même si, bien sûr, la critique du pouvoir absolu est omniprésente, tout ça… c’est un peu plus que ça : nous sommes devant nous-mêmes : de pauvres tarés sans étoiles, sans fond, et sans limites, dans l’impossibilité de remonter la spirale descendante, ne touchant jamais de bords, aspirés par des propensions vertigineuses à se laisser glisser hors des moules, sans jamais pouvoir se récupérer. Peut-être alors se passe-t-il quelque chose, enfin, d’un peu lumineux, par contrepoint : on décide de s’accrocher un peu aux cadres, pour ne pas chuter dans le piège de l’infernale anarchie des moeurs, que tout ne devienne pas absurdité.
Et puis on reprend une activité normale, un peu sonné toutefois d’avoir entrouvert la boîte de Pandore. Reste à savoir toutefois si l’on saura parfaitement la refermer.
Au fond, quelques bêtes grondent, de mauvaise humeur d’avoir été dérangées, et il faut une certaine vigilance pour éviter qu’elles ne se révoltent, même silencieusement, par un travail de sape lancinant, invisible d’apparence. Il semble important, et ce film l’est surtout pour cela, d’avoir entrevu ce n’importe quoi pour être sûrs qu’on n’y versera pas, ou qu’on y versera, en pleine possession de nos moyens, peut-être pas coupables, mais parfaitement responsables.

 
* Lire à ce propos La littérature sans estomac, de Pierre Jourde. (C’est un ordre, au fait)
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