Cinéma cinéma

Mardi 27 novembre 2007 2 27 /11 /2007 22:18

 

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Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /2007 13:02
Bien entendu – je fais comme Philippe Sollers, pour ne rien démontrer j’utilise les évidences langagières, « et comment donc »* - décider de se coller une bonne fois pour toute à la quatrième de couverture d’un film comme Salo, c’est un peu se lever le matin en décidant de lire tout Proust : ambitieux, déraisonnable, fatigant par avance, inutile.
Parfait. Commençons, donc.
La perte de virginité ne concerne pas que l’aspect ostensible de la chair contentée voire malmenée à douze ans un samedi soir dans une banlieue moche par son oncle (cabotinage : caractéristique pasolinienne par excellence), elle peut aussi s’incarner symboliquement, déchirant profondément un hymen bien saignant : l’ignorance du vice, je veux dire, celui qui craint vraiment, et qu’on cherchait vainement dans les caves moites de nos 17 ans, la mèche grasse et la mue cruelle, frémissant sous un joint ou une fellation bâclée. Rhabillez vous jeunes gens, Pasolini est mort pour ce film là, littéralement, respectons l’héritage. Un peu de dignité, torturez franc, forniquez sans ambages, et sachez-le, le sexe, si c’est mal, c’est surtout parce que c’est la plupart du temps mal fait. Mais trêve de propagande hippie (je ne sais pas ce qui me prend, mes excuses), passons dans l’antichambre, voulez-vous.
Je fus dépucelée pour ma part à 19 ans, je parle bien entendu de ce dépucelage symbolique (je suis vierge sinon), et pour avoir réitéré l’expérience à plusieurs reprises, (d’autres pièces maîtresses ayant également fort heureusement pris le relais entre temps), j’avoue y trouver chaque fois cette fascination crasse pour une obscénité clownesque, ce rire stupéfait devant la fesse-farce, cette crainte un peu jouissive d’être fort mal famée, moi qui frissonne déjà devant le martinet (excusez moi, je m’égare). Le marquis n’est pas loin, j’essaye de rendre hommage, mais mon ramage souillé trahirait mon plumage. A moins que ce ne soit l’inverse, toutes ces positions me déconcentrent un peu.
Il y a chez Pasolini une réjouissance flagrante à mêler sexe trivial et sexe dictatorial, la vulgarité patente d’un sexe plutôt jovial, truculent, sans fards, à la froideur mortuaire des corps contraints et sanctionnés. Le malaise s’installe soudain, car si l’on s’amuse du vice, son overdose laisse rarement indemne. Le cynique est pris de court, le décadent n’ose plus tomber, le rire de défense déserte la mâchoire, il faut commencer à subir. S’entame un long calvaire, une rafale de gifles à notre suffisance de grand malin stupidement prêt à tout, sauf à cela. Quant au gentil un peu rêveur, il s’est évanoui depuis longtemps. S’il existe d’intenses moments de solitude, ils ne sont en rien comparables avec le silence ouaté et puant envahissant la pièce après vision. Même seul, on est gêné d’avoir partagé cela avec soi-même.
 
Mais alors, qu’en est-il à la fin, de ce film sulfureux ? Est-ce charger de trop d’attentes celui qui ne l’a pas vu que d’en dresser ce portrait malhabile et imprécis, fallait-il crier au loup cette fois-ci encore ?
Dans l’ouvrage de Sade,  Les 120 journées de Sodome , l’action située au XVIIIème rassemble quatre hauts dignitaires des grandes fonctions du pouvoir comme le clergé ou la noblesse. Ils décident, au nom d’une infatigable appétence sexuelle et perverse, de trouver satiété en enfermant dans un château muré plusieurs jeunes gens, hommes et femmes, mais surtout enfants, ainsi que plusieurs adultes qu’ils soumettraient, aux particularités telles que la vieillesse et ses croûtes, ou une extraordinaire longueur de pénis, bien entendu tout ceci n’étant pas exhaustif. Un programme des réjouissances, rythmé en journées (120, donc, intenables à lire), s’élabore autour d’ateliers divers et variés, dont je vous passe des détails qu’il me serait bien impossible de ne pas dénaturer dans une naïveté encore touchante.
Pasolini lui, transpose tout ce petit monde de raffinement apoplectique dans l’Italie fasciste des années de guerre, frappant si possible un peu plus sec là où ça fait mal, et instaure trois cycles : le cycle du sang, le cycle de la merde et le cycle de la torture.
On se raconte des histoires, on mange ses déjections, on brûle quelques pénis, on se marie pour rire dans des cérémonies orgiaques à faire rougir Néron, on s’amuse beaucoup, et d’ailleurs le film se veut tout de même drôle, jubilatoire oserais-je dire, s’il m’amusait de boire à mon pot de chambre en triturant un adolescent balbutiant.
Mais au cœur le plus sordide d’une noirceur assumée, pourtant, aucune morale ne vient s’imposer, et c’est bien là le coup de maître. Il ne s’agit même plus de cela, il n’y a rien à redire, à conspuer, à modérer. Même si, bien sûr, la critique du pouvoir absolu est omniprésente, tout ça… c’est un peu plus que ça : nous sommes devant nous-mêmes : de pauvres tarés sans étoiles, sans fond, et sans limites, dans l’impossibilité de remonter la spirale descendante, ne touchant jamais de bords, aspirés par des propensions vertigineuses à se laisser glisser hors des moules, sans jamais pouvoir se récupérer. Peut-être alors se passe-t-il quelque chose, enfin, d’un peu lumineux, par contrepoint : on décide de s’accrocher un peu aux cadres, pour ne pas chuter dans le piège de l’infernale anarchie des moeurs, que tout ne devienne pas absurdité.
Et puis on reprend une activité normale, un peu sonné toutefois d’avoir entrouvert la boîte de Pandore. Reste à savoir toutefois si l’on saura parfaitement la refermer.
Au fond, quelques bêtes grondent, de mauvaise humeur d’avoir été dérangées, et il faut une certaine vigilance pour éviter qu’elles ne se révoltent, même silencieusement, par un travail de sape lancinant, invisible d’apparence. Il semble important, et ce film l’est surtout pour cela, d’avoir entrevu ce n’importe quoi pour être sûrs qu’on n’y versera pas, ou qu’on y versera, en pleine possession de nos moyens, peut-être pas coupables, mais parfaitement responsables.

 
* Lire à ce propos La littérature sans estomac, de Pierre Jourde. (C’est un ordre, au fait)
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Mardi 5 juin 2007 2 05 /06 /2007 20:15

Si vous avez vu Zodiac au cinéma en ce moment, vous avez peut-être été piqué par la curiosité de voir également « The Most Dangerous Game », sorti en 32 et cité par le meurtrier du film de Fincher (pas mal d’ailleurs mais franchement, pas de quoi se relever la nuit).

Et bien vous en a pris. Vous pouvez.

 

Sorti pour la première fois en France sous le titre « La chasse du Comte Zaroff » ce n’est que par erreur qu’il fut mis au pluriel par la suite et que l’on s’en souviendra ainsi.

Il faudra bien saluer un jour la simplicité linéaire mais terriblement efficace des films de genre du début du siècle. La thèse est simple, l’homme est un loup pour l’homme, son prédateur le plus féroce, le plus acharné et de loin le plus cruel. Et plutôt que d’en arriver à cette même conclusion par des chemins de traverses tortueux, fumeux et prétentieux, on prend ici l’autoroute. Ce n’est pas subtil, c’est ce qu’on appelle les prémices du genre « survival » : tu es en danger immédiat, tu cours, tu réfléchiras ensuite. Si tu as de la chance et que tu t’en sors bien entendu.

Le comte Zaroff, excentrique russe vit reclus avec ses domestiques Tartares (très primaires, beaucoup de poils) dans une île improbable au cœur de laquelle il a construit un château non sans rappeler celui du Comte Dracula dans les Carpates (ces deux là  sont potes, c’est presque sûr). Le comte est brillant (il joue du piano sans regarder ses mains), charmant (il faut bien reconnaître à Leslie Banks un talent expressionniste particulier, à défaut d’un jeu subtil) et il a un passe-temps favori : la chasse à l’homme.

Les règles sont simples : il déplace les balises de passage au large de l’île pour faire naufrager des bateaux, accueille les survivants, les nourrit (il faut qu’ils soient en parfaite forme) puis les lâche dans la jungle à minuit afin de les traquer (à l’arc le plus souvent). Si à 4h ils sont encore vivants, ils ont gagné le droit de repartir sur le continent. Le comte n’a jamais perdu à ce jour.

Et puis arrive Ray, fraîchement naufragé et seul survivant cette fois. L’hôte est un peu déçu mais pas pour longtemps : Ray est un aventurier chasseur mondialement reconnu. Enfin, le comte, mégalomane évidemment,  va se réjouir de trouver adversaire à sa taille….

   

 

Tourné dans les décors du King Kong qui sortira lui l’année d’après (d’ailleurs Fay Wray, « that delicate satin draped frame » joue également la jeune femme en détresse dans le film), le terrain de chasse est planté dans cette jungle luxuriante et sombre (tourné pratiquement uniquement de nuit), sublime mais hostile.

L’ouverture du film n’est rien de moins qu’un naufrage, ce qui pose étonnamment les bases du genre « catastrophe » et implique une construction pertinente : de la catastrophe globale au duel que faut-il finalement redouter le plus ? Cruauté fine, surcharge baroque très utile car finalement rien ne permet à un homme ayant survécu à l’insurmontable de s’estimer à  l’abri d’une mort que lui donnera plus sûrement encore un de ses semblables que des éléments qui eux, loin de s’acharner absurdement, se fichent bien d’achever le travail. Un bon film de paranoïaques, à la gloire du plus fort de l’espèce, comme on sait que les américains les affectionnent particulièrement. Mais sont-ils honnêtement les seuls à jubiler ?

 

 

« Les Chasses du Comte Zaroff », un film de E.B. Shoedsack et I. Pichel, 1932, 85 min, avec Leslie Banks, Fay Wray, Joel Mc Crea.
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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /2007 16:58

Vu hier, l'immortel, l'imputrescible, l'inaliénable, l'increvable ROCKY. 

D' une naïveté si pure qu'elle en devient touchante, le propos aussi basique et primitif que celui d'Apocalypto dans un autre genre (survivre, rester debout, être courageux, se faire tout seul) , a le mérite de ne pas nous détourner du but voulu : à 55 ans Rocky redécroche les gants, massif, humble. Va-t-il vaincre le champion invaincu du moment ? Il a une femme morte à honorer et un fiston à rattraper, de quoi nous faire mouiller quelques mouchoirs, ainsi qu' un entraînement et un combat final à livrer, de quoi nous faire mouiller quelques chemises. Et puis merde, c'est beau un combat sur grand écran. Je n'ai pas envie de céder au "non vraiment, c'est unacceptable", parce que c'est tout à fait "acceptable" justement.

 

 

De plus, je suis en train de chercher du travail et cela a modifié considérablement ma façon de me vendre. j'ai décidé de faire des lettres de motivations à la Rocky. A mon avis, je serai au moins convoquée à un entretien :   

 "Moi, j’ai une philosophie : Rien n’est terminé jusqu’à ce que ce soit terminé. Je suis une battante, je ne peux pas changer ce que je suis. Mais si on me le demande, si je le veux vraiment, j’encaisserai, je prendrai des raclées et je me relèverai seule, parce que je peux changer, tu peux changer, tout le monde peut changer. C’est un combat. Certain viennent ici pour perdre, pas moi. Si c’est ce que je veux vraiment, je le peux, un cœur ne vieillit pas. Tout ce que j’ai accompli je ne le dois qu’à moi-même.On ne devrait pas empêcher quelqu’un de poursuivre son bonheur, alors demandez vous ce qui juste. Est-ce juste de m’empêcher de poursuivre mon bonheur ? "

(Par contre pas la peine de se déplacer pour "Truands" c'est une malédiction, les français ne savent pas faire un film de genre qui se respecte. Entre le surjeu ridicule de Caubère qui ferait mieux de rester dans le chateau de sa mère tant il salit la gloire de son père, et la froideur de Benoît Magimel qui à force de vouloir nous convaincre qu'il est un parfait salaud finit par aller au delà de son oeuvre (quel surpassement), on finit par se dire pour se consoler qu'au moins il y a un peu de cul (monténégrin de surcroit), peut-être "Scorpion", à sortir bientôt sur le free fight redorera enfin le blason des pseudo bad boys du PAF, mais j'ai peine à y croire.)

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Dimanche 8 octobre 2006 7 08 /10 /2006 16:34

Américain, Samuel Fuller, 1963

“Whom God wishes to destroy, he first turns mad” (Celui que Dieu veut détruire, il le rend d’abord fou)

  

 

 

 

Johnny Barrett, journaliste ambitieux, monte une mise en scène pour se faire interner dans un hôpital psychiatrique où a été dernièrement commis un meurtre. Son but : infiltrer les patients, confondre le coupable, et gagner le prix Pullitzer.

Il rencontre pour se faire trois témoins clé de l’assassinat de Sloan, un ancien soldat qui se croit en pleine guerre de Sécession, un étudiant noir pro Klu Klux Klan, dont la scène d’appel à la haine est une séquence jubilatoire et terrifiante d’une rare intensité, et un astrophysicien travaillant sur la bombe H qui est retourné en enfance.

 

Alternant traitements aux électrochocs, promenades dans « la Rue », ce fameux corridor où se retrouvent les malades, hydrothérapie et entretiens particuliers, jonglant entre la folie des autres et la sienne, falsifiée, mais jusqu’où ?, Barett poursuit donc ce fantôme de gloire et de justice.

 

 

 

 

Samuel Fuller, réputé pour des films aussi commerciaux que sans concession ( The Big Red One, I shot Jesse James, Les Quarantes Tueurs), ne fait pas de thèse sur la psychiatrie, non plus qu’il ne donne sa propre conclusion sur l’ambition dévorante ou la fragilité humaine. Il agit. Il compose des séquences dynamiques et ironiques, jamais mélodramatiques bien qu’il se réclame de ce genre, noires et luisantes, dans lesquelles ses acteurs, à la beauté aussi vulgaire que pénétrante, promettent des palettes aussi variées que le sont les pathologies de leurs personnages, bien entendu un peu clichées mais qui permettent une dénonciation aussi brutale et absurde qu’assumée de certains sujets critiques du moment dans une Amérique violente et perturbée par 5 ans de guerre du Vietnam, la crainte d’un conflit nucléaire et les déchirements raciaux. Voir la très bonne critique du site DVDToile :

http://dvdtoile.com/Film.php?id=2796&page=2

 

Le réalisateur, pigiste aux faits divers depuis l’âge de 17 ans avant de passer à la réalisation, retrouve ici ses premières amours, le journalisme de terrain, et sait précisément de quoi il parle, connaissant parfaitement les sources dont s’inspirent les fictions de nombreux films noirs.

 

 

 

 

Censuré dans tous les états du Sud des USA à sa sortie, monté frénétiquement et parfois avec une célérité qu’on jugerait au premier abord de non professionnelle, une superbe version nous est proposée en dvd double avec « The Naked Kiss – Police Spéciale », film vénéneux dont le sujet et le traitement assoient définitivement la réputation de leur auteur, pour ceux qui découvriraient, comme moi, pour la première fois Samuel Fuller.

Une prostituée change de vie en s’installant dans une bourgade paisible comme infirmière pour les enfants handicapés, mais son passé la rattrape et un retournement extraordinairement osé et subversif pour l’époque qu’il serait vraiment dommage de trahir par avance permet une envolée finale magistrale.

Le 3ème dvd propose deux documentaires sur Fuller dont un à l’initiative de Tim Robbins, avec Scorsese et Tarantino entre autres intervenants. Un bon moment.

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