Ecrire l'écrire: autour du livre et des plumes

Vendredi 2 avril 2010 5 02 /04 /Avr /2010 14:15

Vertige de la liste.

Umberto Éco.

 

En sept jours, ils ont créé L’Entretien.


Trois iconoclastes, Juan Asensio, Éric Bonnargent alias Bartleby et François Monti, se sont rassemblés autour de la littérature, du langage, de la critique et de la vérité.

 

L’aventure touche à sa fin.


 

3iconoclastesliban

 

Suivez les liens pour une promenade en sous-bois inédite sur la Toile…

   

Dans le monde du crime littéraire, la police du Goût traque sans répit les imposteurs les plus dangereux (ou risibles) grâce à une unité d’élite, appelée ABM. Voici leur histoire.

 

 

Préface, ici-même.

   

Première partie : publiée sur le Stalker

 

Index des auteurs cités :

 

Baudelaire, Charles

Benda, Julien

Benjamin, Walter

Blanchot, Maurice

Bloom, Harold

Bolaño , Roberto

Broch, Hermann

Campo, Christina

Dante Alighieri

Dantec, Maurice G.

Evenson, Brian

Faulkner, William

Ferré, Juan Francisco

Gass, William

Gavalda, Anna

Hofmannsthal, Hugo von

Houellebecq, Michel

Kierkegaard, Søren

Lagerkvist, Pär

Maistre, Joseph de

Mallarmé, Stéphane

McCann, Colum

McCarthy, Cormac

Musso, Guillaume

Ndiaye, Marie

Nietzsche, Friedrich

Nothomb, Amélie

Pétrarque

Sàbato, Ernesto

Villemain, Marc


Bibliographie indicative :

 

Benda Julien, La France byzantine ou le triomphe de la littérature pure, Gallimard, 1981.

Benjamin Walter, Sur le langage en général et sur le langage humain, Œuvres 1, Gallimard (coll. Folio essais), 2000.

Blanchot Maurice, Le Livre à venir, Gallimard (coll. Folio essais), 1986.Bloom Harold, Ruiner les vérités sacrées : poésie et croyance de la Bible à aujourd’hui, Circé, 1999.

Broch Hermann, La Mort de Virgile, Gallimard (coll. L’Imaginaire), 1980.

Evenson Brian, Inversion, Le Cherche Midi, 2007 et Contagion, Le Cherche Midi, 2005.

Faulkner William, Absalon ! Absalon !, Gallimard (coll. L’Imaginaire), 2000.

Hofmannsthal  Hugo von, Les mots ne sont pas de ce monde : Lettre à un officier de marine, Rivages (coll. Petite bibliothèque), 2005.

Hugo Victor, Les Travailleurs de la mer, Le Livre de Poche (coll. Classiques d'aujourd'hui,) 2002.

Pétrarque, Mon ignorance et celle de tant d’autres, J.Millon, 2000.

Sàbato  Ernesto, Trilogie : Le Tunnel, Seuil (coll. Points), 1995, Héros et tombes, Points (coll. Signatures), 2009 et L’Ange des ténèbres, Seuil (coll. Points), 1996.

 

 

 


 Deuxième partie : publiée sur Tabula Rasa

 

Index des auteurs cités

 

Améry, Jean

Asensio, Juan

Bergamin, José

Blake, William

Bolaño , Roberto

Conrad, Joseph

Evenson, Brian

Faulkner, William

Fernandez Porta, Eloy

Gass, William

Lagerkvist, Pär

McCann, Colum

McCarthy, Cormac

Melville, Herman

Musso, Guillaume

Powers, Richard

Thibaudet, Albert

Vargas Llosa, Mario

Villemain, Marc

 

Bibliographie indicative


Asensio Juan, Maudit soit Andreas Werckmeister !, Ed. de la Nuit (coll. Maëlstrom), 2008.

Bergamín José, Le puits de l'angoisse. Moquerie et passion de l'homme invisible, Éditions de L'Éclat (coll. Philosophie imaginaire),1997. 

—, L'importance du Démon et autres choses sans importance, Éditions de L'Éclat (coll. Philosophie imaginaire), 1993.

Conrad Joseph, Au Cœur des ténèbres, Gallimard (coll. L’Imaginaire), 2009.   

Faulkner William, Parabole, Gallimard (coll. Folio), 1997.   

Gass William, Le Tunnel, Le Cherche Midi, 2007.

McCarthy Cormac, Méridien de sang, Points, 2001.   

Melville Herman, Pierre ou les ambiguïtés, Gallimard (coll. Folio), 1999.   

Thibaudet Albert, Réflexions sur la littérature, Gallimard (coll. Quarto), 2007.   

Vargas Llosa Mario, La Vérité par le mensonge, Gallimard (coll. Arcades), 2006.

 

 

Troisième partie : publiée sur Bartleby les yeux ouverts


Index des auteurs cités


Barthes, Roland

Baudelaire, Charles

Bernanos, Georges

Blanchot, Maurice

Blumemberg, Hans

Bolaño , Roberto

Cessole, Bruno de

Compagnon, Antoine

Coover, Robert

Derrida, Jacques

Divoire, Fernand

Du Bos, Charles

Ferré, Juan Francisco

Gadenne, Paul

Gass, William

Genette, Gérard

Goethe, Johann Wolfgang von

Golding, William

Goytisolo, Juan

Haenel, Yannick

Johnson, B.S.

Melville, Herman

Merleau-Ponty, Maurice

Molinié, Gérard

Pynchon, Thomas

Rivière, Jacques

Sainte-Beuve, Charles-Augustin

Sebald, Winfried Georg

Shakespeare, William

Thibaudet, Albert

Vollmann, William Tanner

Wallace, David Foster

 

Bibliographie indicative

 

Baudelaire Charles, Écrits sur la littérature, LGF (coll. Classiques de poche), 2005.

Blumemberg Hans, La Lisibilité du monde, Le Cerf (coll. passages), 2008.

Compagnon Antoine, Les Antimodernes de Joseph de Maistre à Roland Barthes, Gallimard, 2005

Divoire Fernand, Introduction à l’étude de la stratégie littéraire, Mille et une nuits, 2005

Du Bos Charles, Qu’est-ce que la littérature ?, L’Âge d’homme, 1989.

Golding William, Sa Majesté des mouches, Gallimard (Folio), 1983.

Merleau-Ponty Maurice, La Prose du monde, Gallimard (coll. Tel), 1992

Sainte-Beuve Charles-Augustin, Pour la critique, Gallimard (coll. Folio Essais), 1992.

Shakespeare William, Macbeth, Flammarion (coll. GF bilingue), 2006.

   

 

Quatrième partie : publiée sur Stalker

 

Index des auteurs cités


Artaud, Antonin

Bloom, Harold

Butor, Michel

Canetti, Élias

Chevillard, Éric

Cioran, Emil

Condorcet

Coover, Robert

Dàvila, Nicolas Gómez

Dostoïevski, Fedor Mikhaïlovitch

Énard, Mathias

Faulkner, William

Ferré, Juan Francisco

Gass, William

Guyotat, Pierre

Heidegger, Martin

Hofmannsthal, Hugo von

Humboldt, Wilhelm von

Husserl, Edmund

Johnson, B.S.

Jonas, Hans

Joyce, James

Kierkegaard, Søren

Maistre, Joseph de

McCarthy, Cormac

Melville, Herman

Platon

Ponge, Francis

Powers, Richard

Pynchon, Thomas

Rimbaud, Arthur

Sàbato, Ernesto

Steiner, George

Sterne, Laurence

Strauss, Leo

Virgile

Vollmann, William Tanner

Wallace, David Foster

Whitehead, Alfred North

 

Bibliographie sélective

 

Canetti Elias, Le territoire de l’homme, Le Livre de Poche (coll. Biblio), 1998

—, Le Cœur secret de l’horloge, Le Livre de Poche (coll. Biblio), 1998.

Cioran Emil, Exercices d’admiration, Gallimard (coll. Arcades), 1995. 

Dàvila Nicolas Gómez , Le Réactionnaire authentique, Le Rocher, 2004

Humboldt Wilhelm von, Sur le caractère national des langues : et autres écrits sur le langage, Seuil (coll. Points), 2000. 

Jonas Hans, Pour une éthique du futur, Rivages (coll. Petite Bibliothèque), 1998.

 

 

Cinquième partie : publiée sur Tabula Rasa

 

Index des auteurs cités

 

Beckett, Samuel

Bolaño , Roberto

Borges, Jorge Luis

Gass, William

Gavalda, Anna

Joyce, James

Lacan, Jacques

Molière (Poquelin, Jean-Baptiste, dit)

Musil, Robert

Sàbato, Ernesto

Woolf, Virginia

Cervantès, Miguel de

 

Bibliographie sélective


Bolaño  Roberto, 2666, Bourgois, 2008.

Borges Jorge Luis, Sàbato Ernesto, Conversations à Buenos Aires, 10-18, 2004.

Joyce James, Ulysse, Gallimard (Coll. Folio), 2006.

Musil  Robert, L’Homme sans qualités vol. 1 et 2, Seuil, 2004.

 

 

 

 

 

Sixième partie : publiée sur Bartleby les yeux ouverts

 

Index des auteurs cités

 

Bernanos, Georges

Blanchot, Maurice

Bolaño  Roberto

Borges, Jorge Luis

Canetti, Elias

Compagnon, Antoine

Conrad, Joseph

Dilthey, Wilhelm

Faulkner, William

Hofmannsthal, Hugo von

Johnson, B.S.

Kafka, Franz

Lovecraft, Howard Philips

Magny, Claude-Edmonde

Melville, Herman

Moretti, Franco

Nothomb, Amélie

Parménide

Shakespeare, William

Steiner, George

Vollmann, William Tanner

Woolf, Virginia

 

 

Bibliographie sélective


Bernanos Georges, Monsieur Ouine, Castor Astral, 2008.

Hofmannsthal Hugo von, Lettre de Lord Chandos, Rivages (coll. Petite bibliothèque), 2000.

Magny Claude-Edmonde, Essai sur les limites de la littérature, Payot, 1968.

Melville Herman, Moby Dick, Gallimard (coll. Folio), 2008.

Moretti Franco, Signs Taken for Wonders, 1983 et The Way of the World, 1987.
Steiner George, Langage et silence, Seuil, 1969.

Woolf Virginia, Journal d’un écrivain, 10-18, 2000.

 

 

Septième partie: publiée sur Stalker

 

Index des auteurs cités


Arendt, Hannah

Aristote

Asensio, Juan

Benjamin, Walter

Bolaño  Roberto

Borges, Jorge Luis

Boutang, Pierre

Clarke, Arthur C.

Coe, Jonathan

Dante Alighieri

Ellis, Bret Easton

Evenson, Brian

Gracq, Julien

Haenel, Yannick

Humboldt, Wilhelm von

Marion, Jean-Luc

McCarthy, Cormac

Meschonnic, Henri

Molinié, Georges

Moretti, Franco

Shakespeare, William

Steiner, George

Yeats, William Butler

 

 

Bibliographie sélective


Asensio Juan, Essai sur l’oeuvre de George Steiner. La Parole souffle sur notre poussière, L’Harmattan (coll. L'ouverture philosophique), 2001.

Bolaño Roberto, La Littérature nazie en Amérique, Bourgois (coll. Titres), 2006.

Boutang Pierre, Art poétique, autres mêmes, La Table Ronde, 1988.

Gracq Julien, La Littérature à l’estomac, José Corti, 1992.

Marion Jean-Luc, L’Idole et la distance : cinq études, LGF, 1991.

McCarthy Cormac, La Route, Points, 2009.

Steiner George,  Après Babel: une poétique du dire et de la traduction, Albin Michel (coll. Bibliothèque de l'évolution de l'humanité)), 1998.

—, Réelles présences. Les arts du sens, Gallimard (coll. Folio Essais), 1994.

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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 18:02

 

phguernesey


Je m’interroge probablement fort naïvement sur la sacro-sainte nécessité que se font nos « acteurs » du livre de rester dans la course de la « nouveauté ». Je sens cette impatience toute prête à s’effondrer sous elle-même, et puisque la cadence ne semble pas vouloir s’apaiser raisonnablement, le concept même de « nouveauté » éclate d’ores et déjà, à mes yeux, en plein vol.

Parler du livre semble irrémédiablement – et de tout temps, certes, mais furent des temps encore proches où l’on ne produisait pas comme des malades mentaux pris dans le cercle incassable de leurs névroses des centaines de milliers d’improbables livres tout en en claironnant la fin proche – , mais donc pour un temps drastiquement compté avant déflagration, parler de cette immonde formule tout droit sortie du cerveau lobotomisé de nos chers commerciaux manitous,  l’actualité littéraire.

Avoir lu le dernier, avoir découvert le nouveau, avoir sauté sur le sorti tout chaud des presses, impatient de se brûler aux pages trop neuves, à l’invincible office des producteurs de mots, nous parque comme du bétail affamé dans d’interminables couloirs dont nous ne tenons aucune grille.

Cela trouverait son sens dans un monde éminemment instruit où le lecteur connaîtrait ses précédents, se trouverait donc naturellement arrivé dans son parcours lettré aux portes des grandes relieuses, les ogresses Cameron, impatient du repas éternellement régurgité.

Mais enfin, alors que le fond du problème, gruyère glissant et bancal qui ne permet plus d’assise fuit un peu plus chaque jour, alors que nous n’avons pas de mémoire pour nos pères, que nous découvrons en creusant que la fraîche Bonne Nouvelle ce matin publiée le fut il y a mille ans, que la date de l’ouvrage n’est en aucun cas sa datation finale, que son contenu, intact, libéré maintenant nous procure ce même état de ravissement que devant un pan de sombre un peu mieux grignoté par de frêles bougies posées sous la pluie, pourquoi se ruer, et perdre toutes vos heures sur ces nouveaux messies qui portent sur eux les stigmates encombrants d’un malaise déjà-vu, déjà-vu oui mais où ? Et qu’importe, ils sont déjà passés. Plongez, cherchez avant, cherchez autour. Fermez vos portes aux profanes, pour aller plus loin que l’injonction d’Orphée. Fouillez les archives, nul besoin de remonter très loin. Écrivez sur ces livres dont on ne dit plus rien. Donnez-nous l’illusion qu’en lisant sans panique, sans mode ni délai, en découvrant les âges teintant l’in-octavo, nous saurons qu’il subsiste un éclat d’éternel.

La nouveauté existe, à travers les années, en dehors des colonnes hâtives de recenseurs épuisés. Je me demande quand viendra poindre enfin, sur ce média qui permet tout, et donc également le meilleur (une fois n’est pourtant pas coutume), une remise en surface systématique de nos toucheurs de fonds, qui n’en demeurent pas moins essentiellement nouveau, puisque nous ne savons pas, jamais, nous ne cherchons pas à savoir ce qui dort sous la surface sémillante d’un temps qui devient fou. Nous avons besoin de solidifier nos bases, de retrouver sens commun. Il ne s’agit pas ici de brandir l’étendard poussiéreux de l’antique souffreteuse contre la flamme affolante de la moderne insolente. Nous n’en sommes même plus là. Nous ne saurions même plus quoi conserver si l’envie folle nous en prenait. Nous n’avons plus le choix que d’avancer vers rien, que de progresser dans le vide, que de transfuser sans méthode des litres de sang non compatible dans les artères saturées d’une machine qui ne peut plus rien assimiler, qui rejette, à plus ou moins long terme, toute greffe. Il devient impensable de ne pas reconsidérer entièrement ses pratiques de lecture, leur filtrage sévère, à travers un tamis moins grossier que la date de leur mise en vente.

L’instruction telle qu’elle se pratique aujourd’hui, surchargée de données à portée utile dénigrant toute transcendance doit être plastiquée. Il faut décroître de toute urgence, pour laisser une chance à ce qui existe déjà. Je ne parle que de livres mais enfin, démographiquement par exemple, mon sentiment serait le même.

Il faut avoir atteint ce triste degré de négligence pour ne pas savoir que le vent frais nouveau soi-disant bénéfique qui souffle sur notre nuque, penchée sur l’actualité, est un fantôme furieux qui prépare sa revanche. Je ne saurais vous prévenir. Je sais que nous sommes déjà pris dans ce long, insidieux, mais néanmoins irréversible glissement de terrain.

Je ne m’en exclue pas, je l’ai su bien trop tard, et ne m’écarte jamais assez vite, fascinée, du bord.

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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /Nov /2009 00:02

Quand ils m’ont pris et qu’ils m’ont mis dans un coin de la pièce pour cogner, une sauvage certitude emplissait mon cœur. Je savais qu’ils étaient impuissants.

Roger Nimier, Les Epées.

 

Commencez donc par vous rendre impopulaires, et vous serez pris au sérieux.

Konrad Adenauer.

[La précédente version de ce message n'était pas claire, je  m'en excuse et le remanie]


Il va falloir demander une expertise médico-légale, car je ne sais pas exactement qui a pris quelle balle mais les coups ont fusé.

Moi, cela ne me dérange plus tellement, car bien qu’éloignée depuis longtemps du napalm, dès que j’en sens l’odeur, telle une éternelle alcoolique, je replonge.

Je me permets, simplement, de remercier deux tenanciers de blogs et leur adresse, à chacun, deux notes assez fournies que vous trouverez en lien.

 

Eric Bonnargent  

 « Je t’exhorte à te fracasser la gueule ».

 

Je lui réponds ici suite à un entretien long (je vous laisse chercher l’épisode pilote quelque part dans ses pages), moins pour le contrarier que pour arriver en renfort.

 

Juan Asensio  

 « Il faut bien que quelqu’un leur dise, à tous, qu’ils sont mauvais ».

 

Je lui écris ici sur son ouvrage majeur, car basque, snipper de poules ou magistral avocat du Diable, il demeure avant tout un généreux, infatigable et inouï transmetteur de titanesques proses.

 

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Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /Août /2009 20:11

« 15% des salariés qui travaillent dans le secteur informationnel souffrent de panique. »

 


Composé de chroniques rapides, parfaites pour un mois d’août vide et ralenti, sur le monde contemporain de l’année dernière, ce recueil modeste qui s’autodétruit sous nos doigts donne suite au Storytelling, la genèse, publié en 2007 à La Découverte. L’auteur y poursuit sa réflexion sur ces raconteurs d’histoires du monde moderne, tissant nos mythologies immédiates, politiques, publicitaires  et sociales, en décryptant les narrations multiples de nos médias pléthoriques et inspirés. En bref, comment on nous vend multi-quotidiennement nos salades.


Publiées hebdomadairement dans Le Monde tout au long de l’année 2008, ces chroniques ont été choisies et rassemblées par l’éditeur des Prairies Ordinaires, qui, sans le vouloir probablement, a fabriqué un objet dans la mouvance parfaite de ce qu’il dénonce.  De piètre qualité, ce livre jetable, puisque cahier par cahier les morceaux mal encollés se détachent sous nos yeux incrédules, offre un admirable et ironique exemple de cette communication immédiate et néfaste que par ailleurs le fond de l’ouvrage déplore. Mais passons ce détail graveleux.


Il faut bien reconnaître que nous en sommes majoritairement réduits à ces analyses à chaud, puisque nous avons à peine le temps de laisser refroidir que voici à nouveau une charrette de nouvelles fraîches à traiter ( et bien évidemment, c’est exactement le même dilemme pour un éditeur, un critique, un libraire : ces fonctions se réduisent et  le rôle de chacun mute vers un rôle uniformisé et écrasé de simple passeur, et encore, quand il reste des mains preneuses en fin de chaîne).

 
Et cette multiple mise en abîme (je poste un article sur une blogosphère surchargée, immédiatement après la lecture d’un livre immédiatement imprimé dans un paysage éditorial surchargé, après les publications immédiatement pensées d’un analyste de publications immédiatement bombardées par tous les moyens imaginables sur une sphère médiatique engorgée), cette mise en abîme permet peut-être, en suivant péniblement le fil invisible de la transmission, et par-là même de s’en débarrasser pour en saisir immédiatement un autre, permet donc, après ces épuisantes successions de mots dont il faut tenir le rythme, permet enfin de se regarder faire. Outch, dirait l’ami américain. La vache, dirait notre Président.


Alors, il faut faire vite. Et Christian Salmon ne s’en sort pas si mal. Il enchaîne dans un rythme qu’il qualifie en préface d’assez lent (hebdomadaire…), les démonstrations parfois virtuoses de la manipulation du récit par nos conteurs actuels afin de nous faire avaler des histoires, ces histoires qui consolident les peuples autour de croyances communes à défaut d’être vérifiées. En trame, un essai d’historien de l’immédiat, qui nous fait revivre comme une période ancienne et perdue l’année 2008 et ses tribulations mondiales, parce qu’il faut se souvenir, dans tout ce marasme, des mots qui ont été prononcés, des actions qui les ont immédiatement suivies, ou non. Parce que 2008, à l’ère de nos frénétiques échanges d’idées et d’opinions, c’est aussi loin que l’Empire romain, mais avec beaucoup trop de sources.


Et ces chroniques sont parfois savoureuses. Elles n’ont pas besoin de réveiller nos insipides démons de la théorie du complot, nos engagements du dimanche contre la manipulation des esprits du pauvre peuple sans défense, ou de fustiger platement les sombres agissements d’un gouvernement décidemment très méchant. La fameuse objectivité de l’historien, autre mythe flamboyant, essaye de s’en tenir à de simples démonstrations, et c’est parfois amplement suffisant.


Prenons l’exemple de la « jurisprudence Jack Bauer », et l’on voit se déplier en quatre pages parfaitement ciselées, l’absurdité d’une fiction-réalité se mordant la queue jusqu’à s’auto-digérer dans une mixture improbable : la reconnaissance récente par un juge américain de la valeur performative d’actions fictionnelles. La torture largement justifiée du héros de 24h chrono - dont le rythme et la tension du compte à rebours obligent à s’en tenir à une pure logique primitive, dictée par l’émotion – fait ses preuves, et Jack Bauer sauve des milliers de vies innocentes. Et qui irait mettre en prison Bauer, sous prétexte qu’il a le droit pénal contre lui ? Et si ça marche avec Jack, alors pourquoi pas avec les soldats américains ? La suite au prochain épisode…


On peut aussi se délecter de la course Clinton-Obama et de ses glissements progressifs dans les champs lexicaux du sexe adverse, Hillary macho et Barack sensible, à l’instar des codes gauche-droite récemment inversés pour faire campagne sur le terrain de l’ennemi.

On saura que les talibans coupent les mains des femmes qui portent du vernis à ongles, ce qui est à n’en point douter le climax de la terreur qui entoure une femme libre, ou que les terroristes sont terroristes parce qu’ils vivent dans un endroit de terroristes. C’est parfois, avec plusieurs mois seulement de recul, à hurler de rire. Mais souvenons-nous que nous ne riions pas.


Les mots ne comptent pas ? La culture n’a aucune utilité ? Plus que jamais ils comptent, au contraire, et les agences de conteurs d’entreprises fleurissent. Et devinez sur quelles trames elles proposent de tisser les légendes publicitaires ou politiques ? J’en glisse deux, pour un avant-goût : Shakespeare et Homère. Pour le reste, il y a Eurocard-Mastercard.

Je ne sais pas si le plus amusant dans cette lecture rapide fut de constater que je n’étais pas si paranoïaque que cela au final, sidérée par l’audace des multiples annonceurs, ou de me trouver médusée de ne l’être encore pas assez.


Christian Salmon, Storytelling saison 1, Les Prairies Ordinaires, 2009.

 

 

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Dimanche 2 août 2009 7 02 /08 /Août /2009 17:39

« Le concept kierkegaardien de « l’infinité des possibles », d’une réalité offerte dans son entier  à la déchirure du désastre et de l’absurde, est maintenant un lieu commun. Nous en sommes revenus à une politique de torture et d’otages. La violence, institutionnelle et individuelle, lèche les murailles de la cité, creuse, érode, comme le fait l’eau brunâtre de Venise. Notre seuil d’entendement s’est affaissé. Quand les premières rumeurs des camps de la mort parvinrent clandestinement de Pologne, on refusa de les prendre au sérieux : il ne se passait rien de tel, en Europe, au milieu du vingtième siècle. Aujourd'hui, il est difficile d’imaginer un acte de cruauté, un accès de répression ou de dévastation qui nous dépasse, qui ne trouve spontanément sa confirmation. Moralement et psychologiquement, il est effroyable de rester si impassible. Ce nouveau réalisme ne peut que se faire l’allié de ce que la réalité renferme de moins acceptable. »


« Nous privons de leur humanité ceux à qui nous refusons la parole. Nous les exposons, nus, grotesques. D’où le désespoir et l’amertume qui marquent le conflit actuel entre les générations. C’est délibérément qu’on s’attaque aux liens élémentaires d’identité et de cohésion sociale créés par une langue commune. »


George Steiner, Dans le château de Barbe-Bleue. Notes pour une redéfinition de la culture, Gallimard Folio, 1973, p81, 130.

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