Sautes d'humeur

Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 00:26

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Il semble que les chiens de la meute Bien Pensante se rapprochent un peu trop près car l’air devient irrespirable. J’en perdrais, une fois n’est pas coutume, mon calme réputé olympien.

               

De Juan Asensio, Celui qu’il ne faut point nommer et surtout pas en bonne société, je n’ai pas à redire ce que je pense, je l’ai déjà fait là.

Son site le Stalker que l’on ne présente plus quoiqu’il serait utile d’en rappeler parfois les deux uniques fils rouges : érudition et polémique, est le seul, et de loin, à donner un peu de dignité à ce média pénible qui se nomme internet.

Oui mais voilà surprise, Stalker serait un site raciste, et d’extrême droite d’après le MRAP et ses sbires anonymes et calomniateurs, appuyé par quelques malins qui en profitent pour dégainer leur atout maître en dérivant vers de désinvoltes et pourtant nuisibles accusations de fascisme, et ce visiblement sans l’avoir lu. Shazam !

Je lis ce site, je l’apprécie, m’y reconnais, alors je suis éclaboussée, mais une fois n’est pas coutume, par les élucubrations de haine de petits impuissants voulant détruire l’excellence, à défaut de l’égaler. Ceci est d’une banalité outrageante et l’Histoire regorge de ces iconoclastes effarouchés. La chasse à l’homme n’en finit plus d’être lancée, toujours pourtant lui s’échappe et vous nargue. Des deux camps, ne pas céder est humain, se défendre encore plus, réfuter les défenses, toujours plus humain, ad vitam aeternam soit mais encore faudrait-il des arguments, braves gens, pour enjoliver les insultes bien trop humaines, elles, pour être suffisantes.

Je n’en entends aucun mais doit déjà sous le fusil prouver mon innocence, quand on ne demande jamais aux beaux esprits au-dessus du Soupçon, de nous expliquer au nom de quoi ils le seraient, eux, exactement.

                                                                                                                                     

Deux attaques intellectuelles sont à mes yeux la plaie de toute discussion fondamentale, car d’une facilité qui ferait honte à la plus souple demoiselle : le fascisme et la folie.

Pour ce second chef d’accusation, il suffira par exemple d’avoir l’extrême chance de pouvoir observer au quotidien la santé mentale de tout un chacun par le prisme ô combien révélateur d’un commerce de proximité dans une grande ville pour saisir puissamment que nous sommes tous perdus ou en bonne voie de l’être. Je vous vois tous, sachez-le, passer un jour ou l’autre. La parade principale du corps d’élite de nos pensants s’improvisant appareil soignant consistant à clamer que celui qui nie sa folie est fou, donnons-nous en à cœur joie, nous sommes fous, bien, restons-le.

Qui osera porter plainte contre un fou ? Ce n’est pas politiquement correct, vous qui traquez les égarés.

Mais passons au premier, le plus révélateur de l’état d’amnésie dans lequel baignent nos concitoyens sains, confère ci-dessus, pas du tout tourmentés par un encombrant schisme qui leur fait tout autant détester la police et toute autorité (pourtant étymologiquement semblable à l’auteur), et se précipiter pour implorer l’appareil répressif (et je ne parle même plus du soignant, débordé à cette heure), de venir encager les méchants opposants à leur régime sucré, inodore et pastel, celui où tout le monde s’aime tant, peuples et religions ensemble main dans la main dans la grande fête humaine perpétuelle.

Si vous n’avez que votre « tolérance » comme pare-choc, taisez-vous ! Taisez donc votre haine trop voyante et antinomique de nos lucifuges pensées, nous qui suivons pour vous les inénarrables jalons que vous laissez dans le noir, impatients de courir au bien-être !

Je me répète, je le sais, parce que vous-mêmes vous répétez. Le prétendu plus sage, drapé de son silence, ne sait rien démêler. C’est folie de répondre ? C’est folie d’accuser. Je ne crains pas le perpétuel, et si toujours vous accusez, toujours je répondrai.

Si je ne vous aime pas, non, parce que vos hypocrisies m’exaspèrent, si j’y vois derrière les yeux crevés d’une âme qui ne voulut s’habituer aux nuées, et que ce que je vois me consterne toujours autant, quels qu’en soient les coupables, qui n’ont pas une race précise, ni même une religion mais une constante frappante qui réside en la monopolisation des espaces publics d’expression pour répandre un message qu’ils estiment prodigieux car jamais il ne les mouille, ni bien entendu ne les souille comme le ferait celui qui dirait un peu fort que les temps de la glucose sont éteints, qu’ils n’ont jamais existé, que partout ce ne fut que fureur, pouvoir contre pouvoir, haine banale contre haine normale, que vos discours de paix, vous pouvez vous les coller loin dans vos artères bouchées par les nourritures grasses, vous qui frappez vos femmes, escroquez le fisc, trahissez vos amis, brimez vos chers bambins, vous les incohérents, hystériques à montrer du doigt celui qui a trop lu et qu’on ne peut museler, si je ne vous aime pas, qu’est-ce que cela fait de moi ? Dites-le, redites-le pour voir !

Si je vous dis que je ne vous aime pas, non, parce que votre tendresse est un mensonge, que votre soleil vous aveugle quand j’apprends à voir dans ma nuit, que votre systématique mise au ban des discussions difficiles vous empêche la simple possibilité d’avoir droit à un cri, un cri que voleriez alors à ceux qui n’ont que cela, si ce que je vous montre vous ne pouvez le voir, ne pouvez le comprendre, car ne voulez plus depuis longtemps être singuliers et libres, à part de débiter sans fin des notions galvaudées, jamais argumentées, toujours réfugiées sous des drapeaux contestables puisque toujours plantés par des hommes, comme vous et moi, qui n’ont jamais eu la moindre confirmation, jamais, de la solidité du fil qu’ils utilisent pour tisser leur sempiternelle morale chrétienne dans toute sa caricature, interdite pourtant à l’école, je suis donc une fasciste ?

Moi qui cherche à savoir, unique vocation qui aspire toutes mes heures, savoir pour douter en attendant de tout comprendre, et donc de pardonner (en grec ancien les mots sont similaires), qui ne veux pas rester derrière les portes fermées à entendre des bribes et composer, délirante, de ces bribes ma réalité, mais pousse ces maudites portes pour découvrir une bonne fois pour toute l’extrême complexité que recèle la vérité de la moindre des « opinions », la prudence humble qu’il faut pour sentir que l’on s’est parfois trompé, que rien n’est noir ni blanc, que tout est métissé, oui, vous, adeptes des grands mélanges, je vous croyais acquis ! Je ne me savais pas votre si triste ennemie.

Si la politique telle qu’elle se pratique depuis des décennies, je ne la comprends pas, qu’elle me semble illusoire, que je ne vote plus, immobile, trop centrée justement, entre des camps adverses, qu’à chaque fois que j’ai voté j’ai senti l’évidence crasse de m’être alors trompée, si je ne participe pas à cette grande mascarade qui voudrait nous faire croire que nous « progressons », que nous « avançons », que des « batailles se gagnent », nous qui « avons tant lutté pour la liberté », suis-je alors votre fasciste ?

Si je sors de vos rangs que je connais trop bien, que je vais vraiment mieux depuis que je respire l’oxygène pur des sommets où je me hisse dans un effort considérable, blessée par vos indigestes impostures, perdant de moins en moins de sang, pressée d’atteindre assez vite le lieu assez haut qui me protègera de vos fumeux jugements, qui me sauvera si je dois l’être, qu’en route je cicatrise et me construis durablement sur les bases diverses de tous les camps damnés, de tous les officiels, de tous les individuels, de toutes les communautés avant d’en extraire le suc d’une vérité mienne, confrontée, combattue sans cesse, qui ne tombera plus, qui se dressera fière, forgée, immarcescible, en suis-je ?

Suis-je votre paria fasciste, forcément contre vous puisque têtue, méfiante ?

Forcément trouble et manipulatrice puisque refusant violemment l’engagement dans aucune de vos communautés quelles qu’elles soient parce que le droit général actuel ne m’interdit pas d’être où je veux et avec qui je le veux quand je le souhaite et que je compte bien utiliser cette liberté de mouvement jusqu’à l’absurde, et sans souffrir aucune contrainte jusqu’aux confins de l’absolu pour ce que me permettra mon cheminement de conscience, de connaissance, d’appréhension de cette vérité que vous ne détenez jamais plus que je ne la détiens.

Ne l’oubliez jamais, car je ne l’oublie point, vous ne savez rien de certain, n’en faites pas un programme devant moi, mon manque total d’adhésion ou de ferveur risquerait de vous décevoir.

Si j’interroge l’Histoire et qu’insolente elle me dit que l’homme toujours s’en sort, libre ou entravé, que me font donc, en terme de chaud ou de froid, les infimes points de détails sur lesquels nos parlementaires statuent jusqu’à plus d’heure, pour ne pas s’entendre dire, au terme de délibérations grossières, qu’ils sont totalement ridicules ?

Le suis-je, ce mot valise ? En suis-je, de ce qui ne devrait se nommer qu’en dernier recours ? Faudra-t-il donc me voir brûler sur le bûcher de votre épuration ?

Savez-vous enfin, bonnes gens, ce qu’est le fascisme ? Le savez-vous donc bien ? Rassurez-moi sur un point tout de même, nous ne parlons pas de national-socialisme, au moins ? Sinon je ne peux que vous balancer au visage l’ouvrage d’Ian Kershaw, Qu’est-ce que le nazisme ? et implorer que vous ne ridiculiserez pas la France en faisant un procès à l’auteur car il prononce le terme « Hitler », et s’y intéresse grandement. Klaus Theweleit, et son Männerphantasien (Fantasme mâle, tenez-donc) somme complète et reconnue des travaux de notre allemand, non traduite en France bien entendu puisque le sujet fâche, mais disponible en anglais vous donnera quelques pistes sur la psychologie qui nous intéresse ici, ainsi que Jonathan Littell et son Sec et l’humide. Littell, prix Goncourt 2006 vous vous souvenez ? Alors quoi, on décore un fasciste ? Eh quoi, ne l’est-il pas puisque selon votre admirable définition il « cautionne » les « nauséabonds » rien qu’en, crime horrible, écrivant dessus?

 

Avez-vous vu ces milliers d’heures d’images de guerre et de désolation que j’ai vues, avez-vous sondé les pensées désastreuses et ravagées d’hommes à la rectitude sanglante, s’essayant à la prose le soir tombé sur leurs appartements de campagne ? Avez-vous entendu, lu, les complaintes oppressées de ceux qui ne vous diront plus pourtant, car jamais ils n’oseraient en ces temps où l’on joue à Jan Karski pour se donner des airs, l’avilissement inadmissible à leurs indigentes doctrines que demandent ces hommes sans âme ?

Avez-vous vu en mes rangs, ou dans ceux de celui auquel je me rallie par pure compassion, avez-vous aperçu une doctrine, un dogme, un programme qui souhaiterait tous nous voir regroupés sous une même pensée ? Au contraire, nous ne cherchons jamais la masse, quels fiers fascistes en somme, sans bréviaire ni chaos. Si Bernanos, si Bloy, si McCarthy, Dantec, si Montherlant, mais alors Dagerman aussi, Artaud, Shakespeare, Moreau, Conrad et Dickinson, Melville, sans compter les antiques : étaient-ils eux si fous dangereux, si cons, qu’ils ne raisonnaient pas en terme de droite ou de gauche ?

Et je ne parle ici encore qu’en ce qui me concerne. Je ne parle jamais ici qu’en ce qui me concerne, et c’est bien là aussi ma terrible confession : je ne veux pas vous convertir, je n’ai que faire de votre approbation, je ne m’adresse à vous qu’en tout dernier recours. À moi, vous ne pourrez rien faire, j’existe à peine, ne souhaite pas exister pour vous. J’existe pour eux, qui soutiennent en silence, qui parfois se présentent et repartent, mince lien, fragile amitié, mais éternelle et profonde entente.

 Mais lui, vous voudriez lui faire porter l’humiliante muselière et je m’oppose en force car présentement, Monsieur, Madame, j’ai besoin de l’entendre. Nous sommes bien plus nombreux dans ce cas que vos œillères ne permettent de le voir. Nous devons ne pas choir, ne pas tous disparaître, nous devons puiser à la source des uns ou des autres, ponctuellement,  sans obédience commune parfois et sans aucune allégeance ni adoubement, le carburant nécessaire pour arpenter une route sèche, et sans habitations. Nous sommes seuls depuis longtemps, pressés de nous justifier sans trêve en nous époumonant, dans des débats stériles qui tournent en rond dans le désert, reprenant point par point les pâles accusions qui toujours triompheront car elles sont simplifiées, nos sérieux développements n’ayant plus aucune chance devant la langue catin. Vous voulez du slogan, du mot creux mais fardé, vous voulez du clinquant, du bling-bling dans la bouche, le dernier mot sophiste. Rompue à l’art de la répartie par d’innombrables années de théâtre je sais bien qu’elle assèche, que sa victoire est vaine, que parler le dernier n’est pas parler le mieux, que parfois même conclure est une catastrophe pour l’intelligence née. Car si je peux faire montre d’une étonnante clarté pour peu que vous convoquiez à l’appel cette qualité désuète, je ne suis pas simple, non, et il faudra alors m’écouter longuement ce que vous ne savez pas faire, trépignant de zapper, et de vous amuser.

À n’en point douter si je vous écoute, « facho » est un terme commode, qui regroupe dans les glissements de la langue que nous ne saurions trop encourager afin que chaque analphabète ait « sa chance », toutes les définitions de ce qui finalement n’est pas soi, ni, pire, acquis à la majorité.

Parlons-en, d’ailleurs, de cet analphabète angélisé, au nom de quelle divinité curieuse, je vous prie ? Alors que celui ou celle qui s’instruit devrait se taire, honteux, pour ne point nuire à l’équilibre fragile de la confiance de l’idiot en lui-même. Alors même que l’on nous somme de longer les murs avec nos embarrassants fardeaux, car ne croyez jamais qu’il soit aisé, jamais, de porter l’héritage maudit de siècles d’imprimerie, le béat imbécile obtiendrait le Royaume ? Nous devrions cesser de lire ce qu’il ne faut pas lire, craindre le loup des superstitions actuelles : Si tu arpentes le cloaque, le cloaque viendra te prendre, si tu convoques Candyman devant ta glace, il viendra te tuer. Si tu t’écartes trop du sentier, Ils viendront te chercher.

Mais qui ? Je ne vois jamais personne d’autre que… vous. Vous, toujours vous, maintenant que je vous vois de l’autre côté, que vos appels à l’ordre sont aussi dérisoires que mesquins, et vous vous agitez d’un rien, vous venez de vos vrombissements d’insecte volant coprophage perturber nos féroces silences, emplis du poids de la décence si dure à rattraper, si fuyante sous les sens, mais si belle à conserver, de l’espérance d’un monde sans vos gesticulations subies, sans vos immanquables présences vides.

Le stupide se connaît aisément : il porte l’étendard ou la fourche, s’exprime sans vérifications, cite sans guillemets car sans savoir que de sa bouche mal corrigée ne sortent que des monceaux de lieux communs amplement rabâchés, et la réfutation systématique que nous sommes contraints de fournir nous fatigue, nous excède, oui, nous enflamme, elle me fatigue, m’excède, m’enflamme, et finalement me laisse prostrée dans une mortification sans nom, car je n’ai jamais recherché dans cette voie de connaissance, que la réconciliation. Et pourtant l’on nous charge des pires maux de la Terre, alors même qu’ouvrant un peu les yeux, on tente de vous toucher, de vous montrer.

Nous venons partager ce que nous avons retrouvé. Vous n’en voulez pas ? Parfait, retournez à vous auges. Pourquoi vider les nôtres, quelles sont ces si inacceptables découvertes que nous exhumons sous vos yeux ? Serait-ce, alors, et si ironiquement, ces pauvres livres ? Mais je croyais que tout le monde s’en foutait bien. Serait-ce alors notre parole, difficile à cadrer, manier ou labelliser, qui s’oppose toujours là où vous auriez voulu vaticiner sans frein ? Serait-ce ce « Non, je crois bien que vous avez tort d’être si prompt à dégainer, vous allez vous prendre la balle, en retour, en plein pied », mise en garde immodeste dont je m’affuble surtout pour éviter votre contagion ? Est-ce si désagréable de ne pouvoir tous nous ranger sagement, et rapidement, dans vos boîtes à surgelés ?

Car Monsieur, Madame, oui, il faut être bien plus que stupide, et bien pire qu’un idiot pour traiter Juan Asensio de fasciste, le menacer, l’insulter, le sommer de se taire.

Il faut être suicidaire. Non pas parce que lui vous tuera, encore que d’un point de vue purement rhétorique vous ne vous en relèveriez pas, à jamais humiliés par ses justes rectifications, mais parce que l’absence même du Stalker sur la Toile sonnerait le glas de tous les défenseurs du verbe, libre dans sa plus pure définition, qui ne trouveront plus où étancher leur soif.

 

Il faut éclairer ceux qui déraisonnent, et non pas les punir, savez-vous qui le disait ? L’empereur Julien qui ne supportait pas les chrétiens proposant du changement et de l’amour universel, et se voyait donc, lui, taxé de réactionnaire.

Je ne me sens pas enseignante, ne l’ai jamais souhaité, je ne peux donc que vous exhorter encore et toujours à lire et vous débrouiller seuls, chers antifascistes égarés dans vos limbes, comme je le fis, comme je le fais.

 

 

Biographie de l’auteur :

 

Paméla Ramos n’est professeur émérite de rien, et elle habite Montreuil. De parents écologistes mais néanmoins intelligents, elle a des amis noirs, juifs, son colocataire est homosexuel et sa belle-sœur kabyle. Elle recycle le week-end, donne pour les tsunamis, et s’intéresse à la protection du monde marin, bien plus qu’à celle des êtres humains. Son penchant démesuré pour la littérature, mêlé à un caractère d’emmerdeuse chaleureux, la font briller en société, lorsqu’elle consent à la  fermer faire rire. Son dernier vote en date très remarqué pour François Bayrou l’a cataloguée à jamais parmi les personnalités les plus dangereuses du Sud-Ouest, qu’elle a dû quitter précipitamment. Plusieurs troubles psychiatriques sont à lui consentir pour sa défense, dont un penchant inadmissible pour l’hétérosexualité dure et la viande rouge. Son hygiénisme anti-tabac nous rappelle avec effroi les heures sombres de notre passé. Divorcée sans enfant, elle n’espère pas en faire attend le bon moment pour éprouver les joies de la maternité en relisant Kierkegaard Élisabeth Badinter.

Elle a récemment abandonné toute activité pour se consacrer à plein temps à sa passion : le Stalker, dont elle peut se vanter d’être la millième groupie, ce qui lui valut un tee-shirt à l’effigie du Maître, qu’elle porte en pleurant le soir. On ne lui connaît à ce jour aucune autre occupation.


 

Publié dans : Sautes d'humeur
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Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /Oct /2009 22:47




« Les codes de la péripatéticienne et du vulgaire sont plus que jamais la tendance automne-hiver 2009 », lis-je dans les dernières fulgurantes pages « Mode » du Nouvel Observateur, il y a quelques temps de cela.

Et merde. L’inquiétude me prend. Ah bon, cela ne suffisait pas de sortir sans jupe ni pantalon, sous une blouse informe, les collants coupés à mi-silhouette, empêchant la souplesse d’une ligne qui n’a droit à aucun envol ? Bon, réfléchissons. Et vite. J’ai bien des collants filés et des talons vertigineux, une bouche qu’il faudra rougir à outrance, et des ongles à peindre. Un gilet en fausse fourrure -  afin de ne pas choquer bêtement l’opinion publique. Je peux respirer. J’ai même une frange, bien qu’en sursis, car cela semble n’avoir que trop duré. J’ai bien failli, cette fois-ci, n’avoir pas de quoi emprunter le nouvel uniforme et, horreur, me faire remarquer. Par contre, il va falloir que je fasse attention au livre à assortir à ma tenue. Si je dégaine dans le métro un Saint Augustin, je serai probablement la fille la plus cool du monde, mais trop sûre d’elle. Peut-être Au secours, pardon, pour étiqueter mon côté fragile et envoyer les signaux paradoxaux torrides de rigueur au type d’en face, confus de subir, lui, ces inconfortables chaussures pointues posées malhabilement au bout d’un pantalon trop moulant pour sa virilité. J’ai tout de même un problème : il me reste quelques kilos disgracieux qui supporteront mal la proximité de ces étoffes possessives, et risqueraient d’engloutir le nouveau petit modèle d’homme qui m’arrive à présent à l’épaule.

Pourtant j’ai drainé, comme on me l’a demandé. J’ai bu de l’eau, c’est la bien triste vérité. J’ai appris le goût de la tisane au fenouil, mais ne crains pas la rouille car mon armée d’antioxydants remettrait sur les flots le plus ravagé des navires. Même L’Estonia, n’en déplaise aux Suédois. Je connais même bibliquement, depuis peu, l’endorphine de leur sport, à ces suédois, et la torture consentie de remuer rapidement, en rythme, avec mes congénères (je parle de gymnastique, bien que le sexe suédois soit probablement également à la mode). Et puis surtout, bien que tous les régimes nous assurent du contraire, j’ai arrêté de manger. Et j’y suis presque, je brûle, je fonds, j’affine, je vais donc disparaître parfaitement dans les boyaux de la station Nation. Je connais le trouble ravageur du doute, lorsque je dois arrêter un poids idéal (je ne sais pas après tout, 2 kg ? C’est bien 2 kg, et ça se glisse partout). Je résiste à la tentation de m’arracher la chair pour y glisser un aspirateur et qu’on en finisse une bonne fois. Mais non, c’est encore un fait remarquable, et je ne dois pas éveiller l’attention. Il subsiste un souci : j’ai l’uniforme, la forme, il me faut un homme, et une fonction.

Alors pour l’homme, je préviens tout de suite que ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais je ne comprends pas exactement ce qui est le plus convenu : en avoir un à brandir comme un carnet de vaccins ou plusieurs, mêlés à autant de femmes, pour afficher ouvertement son appétit de la vie. J’opte donc pour l’option floue, à savoir le mystère. Et cela m’évite l’humiliation de Meetic dont on m’assure par ailleurs qu’on y fait de très belles rencontres. Mais pourquoi Meetic alors que d’autres sites gratuits de rencontres, comme Facebook, rassemblent les Frida et Diego Rivera de demain ? De tout à l’heure pardon, car cela va bien plus vite que demain. Manquant de réponses, et circonspecte quant à la méthode à appliquer pour débusquer le mâle pâle et déjà sollicité à outrance, je profite d’une récente expérience malheureuse pour m’éviter d’avoir à me justifier d’être en jachère. Alors passons à la fonction.

Pute c’est fait, ferme, c’est en bonne voie, maquée, on verra tout à l’heure si je me fais ce fameux profil. Il me faut à présent un espace à arpenter, le talon fier et la fesse galbée. Il me faut, et jusqu’à l’épuisement, renoncer à rester immobile. Quel gâchis sinon, de garder ces trésors confinés dans les murs. Pourtant je travaille tout le temps, jusqu’à n’être plus bien sûre du moment véritable où j’ai débauché. Mais cela ne suffit pas, car il ne faut pas faire que travailler. Je dois me cultiver, les expositions se prêtent bien aux défilés, et mes bottes vont à ravir avec Vermeer. Je dois me détendre. Si je rentre avant 21h, attention, je vais me faire remarquer. Je trouve donc tout un tas de gens à voir que je n’ai pas envie de voir, tout un tas de magasins où me cacher en attendant que l’heure m’autorise à rentrer. Alors je me retrouve dans une galerie de peintures hideuses, affalée dans les fauteuils avec un gay à qui j’avoue que je préfère mille fois les chaises électriques et la vodka en perfusion pour décorer mon salon qu’un vase feng-shui dans lequel aucune fleur ne rentre, et que je ne saurais de toute façon pas décentrer correctement en l’accrochant  à un mur nu et désolé. Mais je me tais plus vite que prévu, même s’il m’encourage, m’avouant en baissant le ton (on pourrait nous entendre) qu’un de ses tableaux préféré est une enfilade de sodomies, et que c’est perturbant à côté de son mobile d’origamis. Il ne faudrait pas non plus qu’on nous remarque. Je me penche vers des insectes coulés dans du plastique et des plateaux en fer forgé avec un portrait de canard habillé en Marie-Antoinette. J’opine du chef, en cherchant la contrepèterie de ma posture. Il est  21h, fuyons.

Mais même arrivée enfin chez moi, j’ai encore d’autres obstacles. C’est l’heure des opinions, il me faut réagir. J’allume la télévision, et je parcours la Toile. J’adresse, piquante, des messages à des interlocuteurs fantômes, dont je peine à comprendre les réponses. Je parle toute seule sur un blog qu’il me faut alimenter sans cesse sous peine de le voir déserté. Je fulmine, rageuse et révoltée, de l’imbécilité de tout le monde sauf de moi-même, écoute Shakira en cachette, puis à découvert parce que cela fait encore de moi la fille la plus cool du monde, si par ailleurs je l’écoute en lisant Plutarque. Ah non, j’ai encore ripé de la sphère, ce n’est pas Plutarque qui rend cool, c’est Jan Karski.

De toute façon, ce n’est pas le moment de lire. Lire, c’est quand on n’a plus que cela à faire, et pour se détendre. Non, ce soir, c’est surprise-party. Il est important de s’amuser. Là, je peux écouter Britney Spears en fantasmant sur ces courbes parfaites que mes mouvement suédois ne manqueront pas de me prodiguer afin de délivrer enfin l’hydre lubrique qui sommeille dans ma peau d’orange, ivre jusqu’à la lie, me déhanchant avec un homme déguisé en Geneviève de Fontenay, sous l’œil attendri de proches qui croyaient vraiment que je n’étais qu’une grande austère réactionnaire, comme s’ils me découvraient subitement alors que je ne sors d’aucun chapeau. Je m’approche fascinée de Blanche-Neige. C’est la première fois que j’envisage une femme plus grande que moi. Je suis rassurée, c’est un homme. Ah non, il est gay, j’avais encore oublié. Ils se ressemblent tous tellement, il faut me pardonner, on ne distingue plus les gays des autres. J’ai la mauvaise musique qui assomme mes tympans, je trébuche en ne pensant plus du tout à l’arianisme dans les conciles de l’Empire chrétien. Je suis une bête ondulante et transpirante, entourée d’une assemblée grimée et masquée, et je n’en pense pas pour autant à Kubrick non plus. Geneviève de Fontenay est malade, il est tellement beau, j’admire ce corps parfaitement urbain. Je suis triste pour lui, sincèrement. Je voudrais le prendre dans mes bras, caresser sa peau lustrée. Fêter ses 30 ans la tête dans l’évier, c’est tristement banal, et la beauté mérite un peu plus que cela. Clark Kent à déchiré son costume, Robin des bois embrasse mon miroir, laissant des traces de rouges à lèvres que je n’ai toujours pas nettoyées. Se souvenir des belles choses. Et moi, Mia Wallace sans seringue, je me demande de quelle poudre je vais bien pouvoir recouvrir ces affronts à ma suprême intelligence, lorsque le matin se lèvera et qu’il faudra retourner aux piles antiques.

Mille excuses. Je divague. Et dire que je n’ai pas encore tout comblé des minutes affolées que je compte à mon pacemaker : je n’ai pas de mouflons à emmener demain à l’école, des paillettes encore collées sur mes pattes d’oie tout à fait « trentenaires ». Par contre, il faut que je m’occupe de ce siphon bouché, que je change les bielles coulées et que j’arrête d’appuyer machinalement sur le bouton de l’ascenseur. Il ne fonctionne plus. Il faudra que j’en réfère.

On me parle à nouveau, je raccroche mes wagons malgré la gueule de bois. Et je dois nonchalamment relever la tête – on ne doit pas brutaliser son corps, regarder dans le vague et lancer à une assemblée moqueuse : « En même temps, le dernier Beigbeder, il est vraiment bien. » Répétant ce qu’on me dit, puisque je ne l’ai pas lu. Cela dit je n’en démords pas, je repense à ces chaises électriques de salon, c’est tout à fait feng shui selon mon idée de l’harmonie du monde. Je commence à relâcher l’attention, et je me mets à débiter des paroles étranges, ce qui me vaut quelques regards en coin « Mon dieu, on la perd, ah ! au fou ! ». J’ai juste dit que je trouvais que dans le livre que je lisais en ce moment, il faisait 30 degré de plus que dans mon appartement, monastère suédois (encore ??) dans lequel on a complètement oublié d’allumer la chaudière. Tout ceci lui confère le charme « mansarde d’auteur maudit », à la page 4 du catalogue « Intérieurs phtisiques ». Mais j’ai déjà trop romancé ma réponse, j’aurais juste dû dire que c’était Génial. Tout est contenu dans le combat cosmique du Nul et du Génial, comme dirait l’auteur que je lis donc. Et je me sens bloquée dans cet ascenseur infernal où le portier dévore sa femme, lorsqu’on m’accule de la sorte à donner mon avis. De toute façon ils ne voient pas du tout de quel livre je parle. Parce que j’aurais dû dire : « Je lis le dernier Beigbeder, il est plus honnête que le bouquin de Haenel qui ne fait que répéter les dires d’un homme qui a par ailleurs déjà écrit. » Parce que je devrais les avoir d’ailleurs déjà lus. Etant entendu qu’il ne vient à l’idée de personne que les résumés que l’on me fait des uns ou des autres ne me donnent que l’envie de retourner aux 40 degrés de mon Argentin paranoïaque.

En passant, une publicité me fascine, pour un jeu vidéo, dont je dois là encore trouver admirables les avancées technologiques puisque, nous assure-t-on, c’est l’avenir du cinéma : être interactif. Et voilà. Je propose, afin de mieux m’intégrer à la mouvance générale, de découper les visages des tableaux afin de pouvoir nous y glisser sans peine et ainsi interagir avec De Vinci ou Rembrandt, mais on me somme gentiment de retourner à mes chaises électriques argentines, s’ils ont bien compris. C’est ça non ? Non.

La publicité nous vante donc : « La guerre, comme si vous y étiez ». Je me dis que cela doit être Génial de jouer à la guerre, comme si on y était. J’essaye d’ironiser en me retournant vers mes amis mais je me rappelle alors que je les ai déjà laissés  pour ce jour, prétextant du travail. Je me vois mal tirer sur la manche du type d’à côté, exactement le même d’ailleurs que celui du métro (les choses sont bien faites), pour lui demander si ce n’est pas parfaitement Nul. Mais je m’abstiens : je suis déjà folle, je ne vais pas en plus le faire remarquer.

Mais vraiment, frôlée par les obus de pixels, courant sur mes talons en tirant sur une jupe que Madonna avait pourtant reniée, récitant ma rentrée littéraire et les vannes qui sont de mise, tapotant mon Iphone pour savoir si Grand Machin maître vaudou de mes humeurs utérines n’a pas déjà répondu à un message qui ne comportait aucune question, en me demandant combien de cellules adipeuses j’ai encore foudroyées aujourd’hui, persuadée que de m’épuiser dans une vie follement riche, légèrement assombrie par les tâches inquiétantes de vin rouge sur le canapé blanc et l’horloge biologique qui ne veut toujours pas sonner, me donnera la crédibilité de femme véritable à la condition rocambolesque, Wonderwoman qui tente de cacher ce qu’elle lit en racontant des conneries, tente de masquer sa fébrilité dans un mépris écrit, pleure devant Ally McBeal dont elle déplore pourtant, envieuse, l’anorexie, chante par cœur Lily Allen qu’elle considère par ailleurs comme une parfaite connasse en regardant, envieuse, le marchand d’art cinquantenaire accroché à son bras, frôlée par une rafale « pour jouer », des crampes sous la courbure des pieds, le rouge coulant dans les fissures, le vin attaquant les parois, vomissant et rageant de vomir sur les chaussures du type du métro qui est bien celui de l’affiche, gay et suédois avec la chance que j’ai, et qui m’a suivi tout ce temps le salaud et… bon allez, il suffit.

De toute façon, je peux bien faire tous les efforts du monde pour participer un tant soit peu à toute cette mascarade, et me donner des airs de mieux (et donc ennemie du Bien) en écrivant des histoires, je suis une paria, et cela à cause de deux simples mises à l’écart volontaires qui ne me seront jamais pardonnées : je n’ai pas lu Harry Potter, et ne suis pas sur Facebook. De plus, je ne crois pas à la psychanalyse, et c’est bien normal, puisque je suis folle. C’est déjà un miracle que mes derniers amis ne m’en tiennent pas rigueur.  La guerre, comme si vous y étiez. Habillée en pute.

Tout bien considéré, il n’est pas si difficile de ressembler à tout le monde. Je me demande tout de même avec une palpable appréhension, à quel moment précisément je suis devenue parisienne.


 

PS : Un poème à celui ou celle qui me dit quel livre je lis en ce moment, sans tricher, c’est –à– dire sans m’avoir entendu le dire. Et où je peux trouver des cuissardes en soldes.
PSS: J'aime vraiment bien Britney Spears, surtout depuis qu'elle s'est rasé la tête.

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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /Sep /2009 23:32

Oyez !

Le grand, l’unique, le fantastique Paul Watson est de retour… Au grand Pavois à La Rochelle en cette fin de semaine (Ma mère, ma mer et maintenant Paul Watson, cruelle belle et rebelle cité assiégée par les fous, tu ne m’as jamais autant manqué…), puis au VegFest ce samedi 26, place Joachim Du Bellay, pour un discours à 18h sur la condition animale de nos fonds marins.




Taisez-vous donc, bien sûr que je mange des animaux. Je les mange parce que je les adore, et qu’ils m’envoûtent. Il faudra que je vérifie si  je n’ai pas un peu de sang Sioux égaré dans mon torrent russo-basque. Et un petit côté Corse aussi, pour ce tissage incessant de versions nobles sur mes faiblesses, auquel j’œuvre à longueur de journée…

Je hais ces grands rassemblements de mauvais défenseurs, qui braillent sans argumenter, s’insurgent entre 14h et 16h puis retournent à leurs quotidiens exempts de protéines, la mine pâle et la rage fluctuante car bien dévitalisée. Il leur manque la démesure de savoir tout dévorer et qu’il en reste encore, il leur manque l’humilité de garder sa juste place de la grande chaîne du sang qu’ils alimentent d’ailleurs en ne se suicidant pas.

Bon d’accord je range mes chars, vous m’avez découverte :  je ne les déteste pas, chacun pris à part, car leur combat est noble et leur ascétisme me fascine, incapable d’y plonger un doigt de pied. Je les préfère mille fois aux rangés des fureurs, ricanant pour masquer leur gêne de ne plus croire en rien. Je refuse les contraintes d’appartenir à quelque caste que ce soit et pourtant un homme, comme il n’en existe aucun autre soyez-en sûr, dans cette espèce humanitaire incroyable hypocrite, ou grande désespérée, cet homme, parviendra à me faire déplacer en territoire hostile. Je risquerai mes sueurs et mes dents qui se crispent en respirant leurs effluves maritimes d’idéalistes mal lavés, parce que pour le Poséïdon Paul Watson – ce qu’il incarne, je précise, j’irai probablement au moins jusqu’en Ontario. L’extraordinaire étant que je n’aurai pas pour l’heure à le prouver, puisque c’est lui qui vient à nous et vraiment, s’il revient, s’il se tient, debout devant les baleiniers de stupides japonais dont la misère n’excuse rien, risquant sa vie en bravant les peu fins, coulant du béton à l’avant de son bateau pour percer les coques arrogantes, et je veux dire, vraiment – point ici de littérature, pour en découdre avec les grands malins qui défoncent les prétendus plus faibles (sautez à l’eau, vous verrez bien), s’il nous donne enfin ces signes attendus depuis mille ans, alors il faudrait peut-être accepter, une fois n’est pas coutume, de lui rendre un culte digne de ce nom. Imaginez Benicio Del Toro très énervé, qui aurait fusionné avec Massoud, pour la sourde constance d’une bonté grave et jamais élimée, et vous entendrez le message très clair d’un des derniers vrais courageux de ce siècle mal commencé : « Tu veux te battre contre une espèce ? Vient donc tâter de mon harpon d’homme dangereux et sauvage. » Il ne rajoute même pas « connard », à la fin, ce qui serait tentant mais est d’autant plus fort. Et j’aime autant vous prévenir que si vous confondez encore règne animal – et la fascination que naturellement il m’inspire, et sentimentalisme exécrable d’une midinette en léopard, je vais vous y faire descendre une bonne fois, dans les cages. Et vous en faire descendre, une bonne fois, de vos jeeps, caresser l’adorable.

Alors j’y serai, oui et j’aimerais vous y voir. J’ai déjà froid dans le dos de devoir applaudir à l’unisson avec des végétariens heureux, dépitée mais conservant intactes derrière mes pupilles peureuses les braises de mes amours adolescentes pour les grands requins et cousins affiliés. Vous ne pourrez pas me rater: j’ai une immense vague tatouée sur le poignet, souvenir de la majesté éphémère mais puissante des masses incontrôlables sur lesquelles Paul Watson règne en maître, puisqu’il faut délimiter les royaumes.

Quand je vous dis que tout n’est pas littérature, jamais, et que ma littérature, celle que je porte à bout de bras, n’est pas seule littérature jamais, mais s’instruit des forcenés, découle des forcenés, accepterez-vous enfin de me suivre et de cesser ces généralités ?

Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, il va falloir que je vérifie mon taux d’hormones, car il semblerait bien que je me mobilise étrangement pour des êtres vivants…À surveiller.

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Vendredi 21 août 2009 5 21 /08 /Août /2009 00:35


Je ne me serais jamais doutée que mon salut viendrait de toutes ces portes claquées et, emmurée, je me sens bien.

Un peu comme ces plantes grasses, je m’épanouis dans l’ombre, sans trop d’eau ni d’attention. Mais enfin aussi, il faut les avoir vus, il faut les voir gesticuler et piailler, ces pauvres débiles sans autre célébration qu’eux-mêmes. Il faut avoir bien regardé tout ceci parfaitement pour sourire derrière la porte et souffler. Quand ils dansent trop près des rails, moi je voudrais qu’ils tombent, mais sans méchanceté : pour qu’il se passe quelque chose dans cette torpeur acide que leurs peaux exsudent. Vient toujours la subtile saturation quand ils me parlent, et soudain je n’écoute plus, je ne peux plus tolérer cette langue barbare créée par la facile paresse. Ils disent qu’ils savent, et qu’ils sont contre. Ils ont toujours une radieuse opinion, et je dois leur répondre, car à renoncer et me ranger dans les rangs de leur verbe maussade et usurpé, j’ai toujours préféré crever, et je voudrais bien vivre un peu, encore. J’en entends de ces contre…


Contre-culture, contre-pouvoir, contrefaçons : tous ces contre qui ne connaissent même plus leur ennemi mais frappent son symbole, pour l’abattre sans vertige, sans ferveur, par ennui, par la stupide passion de vibrer sans emphase, et de ne pas jurer dans la couleur ambiante de la communauté du moment. Je me garderais bien d’être contre eux, ils risquent de déteindre. Mais je leur oppose une hostilité vivace, que je me refuse à tempérer, celle de ne plus exister parmi eux.


Eux, tous, les innommables, que je ne suis même plus sûre de pouvoir dénombrer. La grande conspiration prête-à-porter et exaltée, bronzée et désinvolte, dont le plus grand coup de maître est de nous assurer que quiconque se tient loin des UV est coupable en puissance de crime contre la joie, que quiconque emploie trois épithètes, surtout précieux, est un perdant dans la grande course à la démocratisation de la pensée. Quiconque se plaint, fustige, refuse d’obtempérer à la révolution du samedi à 14h est un patient tout indiqué pour le dieu psychanalyse, et s’il résiste, un fasciste cinglé et paranoïaque. C’est du grand art, cette justification permanente de la vacuité par l’égalité des chances, qui brandit  l’étendard de nos nouvelles libertés qu’on nous somme de consommer sans cesse, jusqu’à en ériger de nouveaux codes aliénés et humiliants. Il fallait y penser. L’humanité a toujours deux trois tours dans son sac quand il s’agit de se distinguer.


Il n’y faut pas une guerre, bonnes gens, sur ce globe décharné et grouillant, mais un drame affreux chez les tranquilles, pour reprendre un titre de livre qui sonne bien. Il faut dévoiler les phallus tranchés par Cybèle, il faut des tauroboles et des catabases. Il faut redonner leur puissance aux cieux vidés, espérer des éléments un déchaînement féroce pour décoiffer toute cette suffisance, si l’on ne peut plus rien pour Dieu. Mais pendant que j’imagine, béate, la destruction des temples de la Défense, et ceux, plus infiniment difficiles à cibler, de ces millions de cœurs séchés, les naissances pullulent et les vieux ne meurent plus.


Mais plus je lis, plus je parcours, plus je dévore, dans un silence à peine brisé par les complaintes musicales de quelques rares alliés, plus je m’élève dans la beauté sidérante ou la crasse fort bien écrite, distançant ces créatures arrogantes, placardées de leur insignifiance, et plus je vérifie Rivarol, car je m’isole. J’aurais pensé, plus tôt, dans mes temps immémoriaux de dispersion et d’ignorance, ne pas le supporter. Eh bien, au contraire, je réussis à tous les éviter, je contourne les multiples difficultés d’une ville à embûches avec une énergie déconcertante, je ne me retourne jamais sur les grands sacrifiés, ceux que j’aurais préféré compter sur les doigts de mes poings dans mes poches, ils se sont décrochés, racornis et fatigués, ils peuvent bien se dissoudre à présent dans le vent d’une époque formidable, je leur dis bon voyage.


Et si le plus grand tabou de notre monde moderne, la crainte terrible des annonceurs, l’effroi du clubber en Gucci se révélait être tout simplement cet hermétisme au média-monde, cet isolement consenti avec soi-même, cette solitude aspirée de toutes ses forces, quand tout nous dit qu’elle est mortelle ?

 

 

 

 

 

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Dimanche 2 août 2009 7 02 /08 /Août /2009 22:13

Si tu crois un jour que tu m'aimes, court jusqu'à perdre haleine, vient me retrouver.
Si le dégoût de la vie vient en toi, si la paresse de la vie s'installe en toi, pense à moi.
Françoise Hardy, Message personnel..




Et c’est encore plus difficile que je ne le pensais d’ailleurs. Les gens se désincarnent, à proprement
parler.


C’est effrayant et mortifère.


La foule ahurie a encore attrapé la queue de Mickey, et je ne parle pas de l’appendice à la couleur mystérieuse d’un chanteur mort depuis longtemps maintenant, à l’heure numérique qu’il est.


Ces talk show hosts d’hier se transforment en millions d’individus terrés et à peine plus glorieux, s’inventant des existences vaines, vantant les mérites de leur incapable ascension, car s’ils ne sont personne, s’ils n’arrivent à rien, il faut en faire la norme. Justifier la vacance. Tellement contents de ramper dans un espace sans bords, accueillant et encourageant leur déversement de rien. Il paraît que c’est pour contrer la solitude du monde moderne. Mais bien sûr. Pour se rencontrer, enfin, nous qui ne savions tellement pas où trouver les stupides.


Bien sûr qu’il reste à réagir, et je persiste et signe.


Prends l’indécence de dévoiler ses dessous dans une vitrine sur la rue, ajoutée au vertige de tout savoir de l’autre parce qu’il le crache et l’assène à longueur de clavier. Et tu obtiens la catastrophe de la rencontre virtuelle.


Je me contrefous, monsieur, de la liste de vos conquêtes. Elle ne m’en dit que trop  long sur l’insuffisance de vos rapports. J’me fous pas mal, fiston, des qualités que tu égrènes. Si ton idole est toi-même, la pauvreté spirituelle dont tu fais montre indique un creux que personne ne comblera. Surtout pas moi. Je ne suis plus là pour ça.


Je ne suis déjà plus là pour les lire. J’ai tourné mon regard vers une fenêtre plus intrigante, on m’appelle à côté, et le charisme de la chair, jamais, ne sera supplanté par l’abominable délire du scribe de l’intime qui parle tout seul depuis longtemps.


Mais pourquoi s’étonner encore ? Mais parce que c’est toujours pire que prévu, même en étant pessimiste. C’est toujours dans des aberrations inouïes que l’homme brille encore le mieux, et que j’ai peur d’y laisser mon bon sens. Je crains violemment de ne plus me trouver d’alibi pour ne pas faire partie du Tout, d’abandonner et de glisser dans les orgies des condamnés. Je dois toujours m’attendre au tournant d’une course trop frénétique pour moi, et pourquoi, me dit-on, trouble-fête, inquiète et méfiante, je refuserais d’y courir, après tout ?


Je n’ai pourtant qu’un cri, devant l’emballement collectif :

Don’t shoot my old horse down!


Car nous abattons bien trop vite ce qui a fait ses preuves, quand bien même la performance, l’efficacité, l’utilité n’étaient pas toujours au rendez-vous, restait dans nos rendez-vous d’avant la Bête informe, un mystère, et un silence indispensable pour s’entendre penser et imaginer, se tromper, perdre du temps, être imparfait mais tellement unique. Nous sommes tous, à présent, dupliqués et interchangeables, puisque la mondialisation des rapports nous met tous en une concurrence intenable. Nous en pouvons plus nous rencontrer, ni nous aimer, car ce choix en exclue bien trop d’autres.


Donner à chacun la possibilité d’exister pour tout le monde nous a ouvert les veines et saigné de notre frêle essence. Nous ne pouvons plus être fragiles ou incomplets, car nous détonnons trop sur celui d’à côté. Qui rit plus fort. Qui monopolise l’espace d’une joie tyrannique, nous réduisant à rien si nous n’avons plus foi. Qui asperge d’un bonheur factice nos envies de tuer. Il faut encore s’exclure devant la pauvreté d’esprit qui ne doute pas un instant, elle, de sa légitimité. Nous ne pouvons pas être fragiles, parce qu’il en faut pour tout le monde. On doit échanger nos subtilités à compositions instables, rares et peu maniables, mais belles et dangereuses, contre du stock lourd, clairement identifiable, pour nourrir les regards avides et les cerveaux pressés. Être parés pour le surpâturage.


Impuissante et atterrée, comme toujours, je regarde le monde s’embraser en récitant des vers, marchant entre les morts, n’y comprenant plus rien à mesure que j’avance. Encore vivante pourtant, mais de moins en moins forte.


 

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