Dimanche 9 novembre 2008

Il fallait encore que j’y revienne…


Un ami bien intentionné, un jour d’effervescence alcoolisée dont les étudiants fébriles ont le secret, me glissa sous les yeux un livre à la couverture singulière : une peau de femme sur un ceintre, et, me regardant gravement, avec ce même regard que quelques années auparavant il avait eu en me glissant sous le manteau Les racines du mal, de Dantec, il arrêta une bulle dans le temps de cette soirée bruyante pour me dire : « Il faut lire Brian Evenson ».

Il faut sauver le soldat Evenson, de la multitude de ces mauvais livres déferlant sur nos côtes, de la bêtise rampante des mauvaises guerres littéraires, crus-je entendre, voulus-je entendre, avide de nouveaux horizons noirs, de nouveaux visionnaires envoûtés, de turbulents de la plume, agités volontaires, implacables tortionnaires de la condition H,  aux neurones ensanglantés.

Ce fut un conseil si bien avisé que j’ai encore du mal, aujourd’hui, à garder tête froide et dédain de rigueur : des mots, rien que des mots, encore, rien qui ne déplace l’artère, ne prenne l’ascendant…aurais-je du penser en refermant l’opus avec une moue désespérante.


Et pourtant.


Contagion
, puisque c’est son nom, dont j’ai péniblement essayé de transmettre la moiteur spectrale ici-bas, m’a infecté à mon tour sans me laisser de choix. J’y reviens, je n’en reviens jamais. J’y retourne sans en partir, je n’ai pas réussi à venir à bout de cet ouvrage maudit.

Et c’est peut-être cette malédiction d’un livre trop intense, qui ne nous laisse plus assez de souffle pour les autres, qui m’a frappée alors.


J’ai lu Inversion, cherchant désespérément la fistule qu’il creuserait en moi, ne trouvant qu’une rougeur vite cicatrisée, indulgente pourtant envers un Rudd trop brouillon, trop brumeux dans ses égarements, le voile de fumée m’empêchant d’embrasser l’étendue du désastre, frustrée de n’avoir qu’effleuré la fracture.


J’ai empoigné La Confrérie des mutilés avec fermeté et lucidité, il fallait que je transpire, que je ne dorme plus, mais je me suis trompée. Les intentions précédant ma lecture n’étaient pas bien placées.

« On en ressort sidéré mais admiratif » indique Le Monde en quatrième de couverture.

 Sidérée, affirmatif. Froide, glacée, détachée, affirmatif. Admirative… no comment.

Brian Evenson a finalement renoncé à l’Eglise pour écrire. Cette amputation, unique mais totale, le propulse, et nous avec, dans un univers clinique au-delà même de la notion de dépression. « Quand cesse-t-on d’être humain ? » se demande son Kline désincarné, plus près du vide, se démembrant et dépeuplant dans un même accès pragmatique.


« Quand cesse-t-on d’être écrivain ? » se demandera peut-être Evenson. Dépouillé, en recul, allongeant sur le papier des horreurs sans ciller, sans même s’excuser, sans même y penser, au fond, il s’amuse d’une foi absurde en suicidant la sienne. Il ampute patiemment son lecteur de tous les ponts qu’ils pourraient construire vers lui, vers ce Kline le Survivant, survivant par accident, et sur un malentendu. Au final, il ne s’agit plus d’affect. Il ne s’agit plus d’aimer ce qu’on lit ou d’y trouver à redire. On avale avec difficulté une salive au goût de fer, on ne sent plus les balles, on avance sans plus se poser de questions jusqu’à cette fin certaine qui nous fait dire, à l’instar de Kline : « Et maintenant ? »

 

Brian Evenson ne suscite plus d’émotions vives. Il a tué les miennes avec ce livre, dont l’apparente bonhomie burlesque de l’horreur laisse des traces plus désespérées encore que lorsque son auteur, encore déchiré, tentait de se débattre. Il cautérise, puis se remet doucement.


Attendons la suite.

 
















(Je suis fort aise d’avoir trouvé quelques (rares) personnes pour comprendre cet état étrange et pénétrant, bien que nos avis puissent toutefois diverger sensiblement sur ce-dit opus :

Bartleby (les yeux ouverts), et Melle Georges, vous le diront mieux que moi.)
Publié dans : Les peu fréquentables
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Lundi 3 novembre 2008

Méditation de l’indistinction, de l’hérésie

 

Il y a trois suppositions, la première, ce n’est pas trop d’y mettre un ordre, c’est qu’il n’y a plus. Je ne la nommerai pas.

 

Une deuxième supposition, c’est que rien ne saurait se dire.

 

Une autre supposition enfin, c’est que rien désormais ne lui est semblable. Cette supposition destitue tout ce qui fait le lien.

 

De certaines de ces suppositions se déduisent, sans pertinence, des propositions comme chaîne.

 

De ce que rien désormais ne lui est semblable on conclura qu’il n’y a que du dissemblable et de là, qu’il n’y a aucun rapport, qu’aucun rapport n’est définissable.

 

On conclura à l’impropriété.

 

Tout se suspend au point où surgit un dissemblable, et de là quelque chose, mais quelque chose noir.

 

Par la simple réitération, il n’y a plus, les touts se défont en leur tissu abominable : la réalité.

 

Quelque chose noir qui se referme. Et se boucle. Une déposition pure, inaccomplie.

 

Jacques Roubaud, Quelque chose noir.
Publié dans : Les angoissés: de la bile noire sur la page
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Dimanche 2 novembre 2008

A la surface gît l’impatience avortée, une sourde pulsation qui trace sur mon visage ses cercles concentriques. C’est le retour au calme. L’hommage aux sens versés.

La buée me caresse, je me répare sans cesse et ne me lasse pas.

Toujours pas cassée. Toujours pas sanctionnée, repêchée des hauteurs.

Le rire m’époumone, la lumière me lacère, je souffre mes passions sans regretter le tiède.

Toi tu pousses un peu plus dans ma chair, tu t’imposes, repousses mes viscères, t’installes, et me libères.

Je suis reine dans tes mains, chienne sous tes reins,

Tendre, souple et facile,

Mienne, enfin.

 

Je me retourne alors pour contempler la ville en feu, les globes oculaires en fusion, les gens qui implosent, et dégoulinent en purée violente, lave et cendres, débris, et cet immense silence. Les immeubles étincellent, leurs vitres purulentes jaillissent de mille veines contenues, la face hideuse du désastre me contemple, surgit des gerçures, m’asperge de poix.

Je danse sur un charnier, légère sur toutes les bombes, imperméable à l’acide.

J’ouvre ma main et je repeuple toutes ces terres brûlées, j’embrasse mes insanités, et n’ai plus peur de rien, enfin.

 

J’ignorerai sciemment la détresse, je la tordrai sans la voir, j’irai doucement dans tes pas, sans en effacer la trace, c’est à peine si tu me sentiras.

Je soufflerai sur ta nuque les directions des vents, j’applaudirai tes danses.

Je calmerai tes noires insuffisances.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Dimanche 26 octobre 2008

 Après avoir perdu une main, Kline, un détective privé, se retrouve plongé au sein d'une société de mutilés volontaires où l'on attend de lui qu'il résolve un meurtre. Il doit gagner la confiance des membres de cette étrange secte. Le degré d'amputation détermine l'accès à certaines personnes et informations. Jusqu'où sera-t-il prêt à aller pour découvrir l'insoutenable vérité ?

 


J’ai deux amours de plumes vivantes, Dantec et Evenson.

Je manque pourtant cruellement de temps pour les honorer correctement.

Mais bientôt, très bientôt, dans la moiteur de leurs esprits baroques et sidérants, crasses et suffocants, je viendrai à bout de ces milliers de mots maudits.

 

Dans l’attente, et pour l’ambiance, voici les directives : lire cette rare et précieuse interview du mormon cauchemardesque, et disséquer son nouvel opus, ci-dessus nommé.

 Pour Dantec, vous savez très bien ce qu’il vous reste à faire : prier pour qu’il ne se suicide pas trop rapidement.

Publié dans : Les peu fréquentables
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Samedi 25 octobre 2008


 

A l’heure incertaine où je frappe ces mots, enfiévrée par la pertinence du message de cette vidéo, réveillée de ma torpeur bourgeoise par les mots justes et bouleversants d’une personne en souffrance, je m’en veux, et je dois me confesser. Je comprends mieux à présent le désarroi de ces temps barbares où l’on fustigeait son prochain pour ses penchants douteux. Mais les temps changent, et je ne change pas.

Katy Perry s’époumone pour que son hymne frappe fort, et je me sens blessée de tant d’incompréhension, et seule, si seule. Le magazine Choc titre le grand boom d’une tendance (la bisexualité est donc une tendance), d’une époque résolument impertinente et courageuse, tolérante et aimante, et je me sens dépourvue, démodée, et toujours si seule.

Papa, maman, je suis désolée.

J’ai tout essayé, j’ai lutté pour honorer votre merveilleux héritage de 1968, mais je dois me libérer, et accepter de vivre ma vie au grand jour :

Je ne suis pas bisexuelle. Non, hélas, il faut bien que je l’avoue, je suis coincée dans mon corps, j’ai un problème avec l’image du père : je suis hétérosexuelle.

Ne me rejetez pas.

 

 

Toute blague mise à part, lire à ce propos le très bon Eloge de l’hétérosexualité, pour le droit à la différence, de Guy Baret, résolument visionnaire…et arrêter de nous faire suer avec cette liberté sexuelle obligatoire tellement si chic.

J’aime l’homme viril, et ce n’est pas négociable.

Publié dans : Sautes d'humeur
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Quo vadis ?

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

C'est vous qui le dites...

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