Ecrits vains : à moi

Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /Mars /2009 22:47


« … et des études montrent que les enfants sont traumatisés par les poussettes actuelles : ils sont seuls face au monde, ils ne voient plus leur mère.

 — C’est intéressant, je n’y avais pas pensé. »

Je n’écoute qu’à moitié et pourtant elle a probablement raison. Perte de contrôle, sensation de projection sur le tout-venant, virages et perturbations…J’ai pourtant du mal à compatir, les enfants m’émeuvent rarement, et le traumatisme est partout.

Pour l’heure j’ai bientôt froid, mon dos refuse de m’obéir, je tente vaguement d’oublier que je ne veux pas oublier, obstinée, revêche, Alceste que je suis.

Forcenée.

Epouvantablement libre.

De toutes façons, je n’ai jamais aimé l’art contemporain, j’observe ces formes grotesques, perplexe devant leur obscénité, qui s’apparente à une visite des toilettes de celui qui les a commises, et les étale sur les murs pour que sa maman l’aime. L’écriteau ne précise d’ailleurs pas quelle poussette il a eu.

J’imagine que c’est parce que c’est obligatoirement formidable. Je n’aime que les causes perdues. Démodées. Ambitieuses.

Epouvantablement spectaculaires.

Je traîne un peu les pieds, essaye de plaisanter, mais la vérité me taraude, cet écœurement des vanités, cette insupportable nausée des guignols, le vertige tourbillonnant de la grande mascarade. Il me faut un tout petit peu plus d’air. Je le sais bien pourtant, ce qui se trame dans mes tréfonds, ce qui va s’annoncer aux portes du dégoût : les gens m’étouffent, et je voudrais qu’ils fondent en une masse informe qu’ils sont, pour couler loin de moi.

« … ils n’en parlent pas. Mais Sarkozy, prix Nobel de la paix, c’est  une blague, dites-moi que c’est une blague. »

Je soupire. Affliction. Non, ce n’est pas une blague, mais vraiment, comment feindre encore la stupéfaction, ou pire, la révolte ?

Tout me paraît si lointain, et si crève-cœur lorsque je tente de me rapprocher. Et oui, tu as raison, bien sûr que les homosexuels devraient pouvoir avorter. Adopter. Ton lapsus lui-même se charge de la conversation, je n’ai plus rien à rajouter.

Sur les quais, là-bas, un peu plus tôt, j’ai décroché. J’ai revu sa casquette limée, ses cigarettes coupées, son regard plein d’envie. J’aurais marché des heures pour le suivre dans les ruelles étrangères de la capitale hostile. Je ne savais pas ce qui allait se passer, pour la première fois, je ne savais pas ce que je penserais, bientôt, de tout cela. Je gonflais mes poumons d’une espérance neuve, d’une force sans précédent.

De retour sur ce quai, j’ai brutalement compris qu’il n’en restait plus rien.

« …me rends compte que la situation des trentenaires actuels a régressé. La crise n’arrange rien. On vit comme des étudiants, l’insouciance en moins. »

Mais l’insouciance, moi, je n’ai jamais appris ce que cela voulait dire. Surdouée de la vie réelle, je change les plombs, remplis mes attestations, connais les horaires de la Poste avec une facilité décourageante. Attentive et sociabilisée, je fouille mes habitués pour en tirer mon or. J’arrache jusqu’au dernier mes lambeaux coronaires, je les tends en offrande à mes bourreaux intimes.

Parce que rien n’est égal. Tout est important. Prioritaire. Irremplaçable.

 

Epouvantablement mémorable.

 

Toutes mes excuses alors, si parfois au détour de vos présences amies, la tête emplie de mes turbulentes furies,

je ne vous écoute pas.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 0 commentaires
Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /Nov /2008 21:54



« Il s’agit d’être droit, non redressé. »

Marc Aurèle, Pensées.

 

À combien de chances a-t-on réellement droit ?

Combien de temps peut-on encore se décréter en devenir ?

Pour être patient, il faut croire que nous n’allons jamais mourir. Remettre à plus tard est une aberration, une insolence, une déraison.

Si j’échoue à rester calme,

Si je ne tiens pas une place que je ne reconnais pas, jamais,

Si j’ai l’impatience aux tripes d’accomplir quelque pas, en dehors de la sphère,

Si je n’ai pas la sagesse d’accepter mes douleurs,

Que je les défie, les rejette, m’en insurge, la politesse de mes sources noires dictant à ma surface une immobilité relative,

Mais si j’échoue, encore, à vous ressembler, à être sage,

Que mes humeurs débordent, et retentissent,

Si je veux vous tenir, vous avoir, vous sentir,

Mais que ma frayeur paralyse même mes envies,

Si les poses des imposteurs ont galvaudé des notions phares,

Qui auraient pu soulager mes défaites,

Me donner à sentir, et à dire ces merveilleuses choses,

Que je ne peux que tarir, ou bien souffrir de taire,

Si ces dernières douceurs me sont de la chaux vive,

Si je veux que maintenant, tes bras absents s’ouvrent et me serrent,

Sachant trop bien que rien de tel ne se passera pourtant,

Parce que je ne peux plus être première, irremplaçable, éternelle,

Que ta fidélité et toutes celles des sages ne peuvent m’être appliquées,

Moi la tardive, inadaptée, impure.

Si j’aspire au repli, que la mélancolie me broie,

Si je connais la fin, mais que je jure d’attendre

Si je sais que plus personne ne me prendra sous son bras,

Ne me dira que tout va bien, qu’il reste là

Si je suis trop jeune pour me résigner

Trop avancée pour reculer, ou m’extraire

Dans ce corps qui m’empêche

Atteinte et désolée

 

Suis-je perdue pour le monde ?

Va-t-il attendre qu’enfin, et encore une fois, je renaisse ?

Combien de fois, assuré de survivre, il m’a regardé me débattre, assurée de perdre mes occasions de vivre,

Terrifiée par l’immobile, manquant d’air, mais respirant de travers, épuisée de torsions inutiles.

Il m’a regardé faire.

 

Je n’en suis que plus vaine.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 0 commentaires
Dimanche 2 novembre 2008 7 02 /11 /Nov /2008 21:04

A la surface gît l’impatience avortée, une sourde pulsation qui trace sur mon visage ses cercles concentriques. C’est le retour au calme. L’hommage aux sens versés.

La buée me caresse, je me répare sans cesse et ne me lasse pas.

Toujours pas cassée. Toujours pas sanctionnée, repêchée des hauteurs.

Le rire m’époumone, la lumière me lacère, je souffre mes passions sans regretter le tiède.

Toi tu pousses un peu plus dans ma chair, tu t’imposes, repousses mes viscères, t’installes, et me libères.

Je suis reine dans tes mains, chienne sous tes reins,

Tendre, souple et facile,

Mienne, enfin.

 

Je me retourne alors pour contempler la ville en feu, les globes oculaires en fusion, les gens qui implosent, et dégoulinent en purée violente, lave et cendres, débris, et cet immense silence. Les immeubles étincellent, leurs vitres purulentes jaillissent de mille veines contenues, la face hideuse du désastre me contemple, surgit des gerçures, m’asperge de poix.

Je danse sur un charnier, légère sur toutes les bombes, imperméable à l’acide.

J’ouvre ma main et je repeuple toutes ces terres brûlées, j’embrasse mes insanités, et n’ai plus peur de rien, enfin.

 

J’ignorerai sciemment la détresse, je la tordrai sans la voir, j’irai doucement dans tes pas, sans en effacer la trace, c’est à peine si tu me sentiras.

Je soufflerai sur ta nuque les directions des vents, j’applaudirai tes danses.

Je calmerai tes noires insuffisances.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 0 commentaires
Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 22:14

Il y faut le grand calme, l’anesthésie sans compter. Il ne peut pas en être autrement.

L’engourdissement voluptueux du remugle.

Le retranchement de survie.

 

Il y faut la douceur, celle qui vient une fois le danger affronté, les décisions prises, les bagages posés.

Il y faut le sourire des abysses, la complicité des ombres qui se réchauffent un temps.

 

Je rends patiemment mon minuscule hommages aux grands qui ne meurent jamais, aux sages qui pavent ma voie dorée, je tends les briques que j’aide à façonner.

 

J’y suis,

And I’m here to stay.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 0 commentaires
Samedi 28 juin 2008 6 28 /06 /Juin /2008 21:10

Sors de là, sors de là…allez…

La tôle tordue et brûlante s’immisce avec une douceur déconcertante entre ses omoplates, le gros coussin grotesque l’empêche de respirer, et la flaque brune grandit comme une magnifique offrande aztèque.

Je suis liquide…

Quel impact… un choc des puissances en présence, tout ce silence soudain après l’écrasement mécanique, plus éclatant encore. Vient la fulgurance de la chair qui cède, le carambolage magique, tout ceci ne prend pas cinq secondes.

La douleur m’éprouve, je la contrôle en ne bougeant plus.

Elle ne sait pas du tout à quoi elle devrait penser.

Le bruit…ce mach inédit, ce smash puissant et sourd d’un proche contre le pare-brise. C’est un début.

Ce bruit régulier ensuite, comme le compte-goutte d’une carcasse qui gît repue de ces cadavres faciles, le compte à rebours d’une cessation définitive d’activité, la scansion d’une farce macabre, un mécanisme enroué, entêtant, obscur.

Le soulagement de les savoir tous morts, l’angoisse vaincue quand le cœur en étau elle a compris l’erreur.

L’erreur, c’était de contrôler cette machine. De contrôler cette famille, et ce cœur, et laisser se répandre ces viscères qu’elle aimait tant naguère, mais qu’elle trahit pour le calme.

L’erreur, c’était ce calme. Plus de fureur, le grand engourdissement, pour ne gêner personne.

Les méthodes éreintantes pour fabriquer les cataplasmes qui étourdiront la colère, la laisseront pour morte, la farderont d’une prétendue foutue sagesse inaccessible, impardonnable et putride. La grande bride pour justifier le vide.

L’erreur, c’était de redouter l’éclat. Avoir foi en surface, peur en dedans, ne plus aller profond. S’excuser de fléchir, d’avoir froid, d’être heureux.

S’excuser de rugir, s’excuser de se taire, se démembrer en contorsions pour s’assurer d’être là, tous les caresser, ne plus jamais aimer par pudeur.

L’erreur, c’était de croire qu’on ne peut pas mourir. Pas maintenant. Qu’on a le temps de remettre ce grand rien à un plus tard qu’on redoute sans comprendre.

Mais il fallait allumer un grand feu, broyer les membres, ouvrir les têtes, s’écraser les phalanges sur les murs, s’épuiser dans des rapports stériles, dans la sueur brutale.

S’isoler avec l’animal.

Il fallait détruire.

Entrer dans la rage divine qui déclenche une perte, une réelle perte, une douleur aigue et amie.

Il existe bien une sensation qu’on ne ressent qu’à ce moment précis où la violence contentée s’apaise avec fracas, délivrant une euphorie douteuse de commencement de fin, de spirale amorcée vers le catastrophique, celui dont on revient moins fier.

Le pied sans aile, les veines trop lourdes, ont pesé dans la balance. La machine emballée a mugit, puis volé, les clameurs ont frappé l’habitacle, le cœur effervescent de multiples orgasmes s’est soulevé et le boyau fidèle a collé aux parois.

Sors de là maintenant…sors de ton costume de failles, retire les brisures des plaies, cicatrise.

Ils sont tous morts, je peux surgir.

 

 

 

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 0 commentaires
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés