Ecrits vains : à moi

Samedi 24 novembre 2007 6 24 /11 /2007 22:29
 
Et pourquoi pas la tendresse, bordel ?
Pourquoi pas la douceur entre le mépris et la fureur ?
Je te regarde te dissoudre, bientôt tu ne sauras plus rien, tu ne chercheras plus, tu seras éperdue et fébrile, personne ne comprendra tes gestes, ni ne s’en souciera.
Je peux t’attraper toute entière, te serrer, compresser les plaies, je ne peux arrêter tes tremblements bien sûr, je n’ai pas de réponse à tes questions. Mais je te vois, n’en doute pas, je te regarde bien. Je suis cachée dans la foule, je suis derrière ton ombre, je respire ton sillage, je poursuis tes égarements, essaye d’y donner sens et direction.
Je tiens ta main, ouvre les portes, essuie tes yeux, souffle dans tes cheveux.
Je te raccompagne le soir, borde tes draps, caresse tes rêves. Tu n’es jamais seule, même si je ne dis rien. Je te rassure en ne fuyant pas ton regard, je chauffe tes paumes, j’embue la pièce froide d’une vapeur enveloppante, et ton sourire faible, qui tarde de plus en plus à pointer dans les rassemblements, qui tend à disparaître écrasé de cœur lourd, je le frôle de mes doigts attentifs.
Qui va te dire sinon quand c’est trop tard ? Quel signal pour t’avertir du danger, quelle lueur pour ranimer ton espoir du coma ? Qui peut s’opposer à ta peur, la vaincre jusqu’à la prochaine ? Qui va t’aider pendant que tu aimes, et peine à te reposer ?
Qui va te masser, te nourrir, te soigner, t’écouter pleurer sans rire ?
Les corps se désincarnent pensant toucher la grâce, des pantins sans sève dans des contorsions grotesques et jubilatoires jouissent mécaniquement, anéantissant la dernière divinité possible, désacralisant le dernier envol, bafouant de leur inconscience irrespectueuse l’amour en le moquant, ce dernier refuge, pourtant, du condamné. Ils meurent plus vite, les incrédules, leurs enveloppes vides se délitent sous le frottement compulsif des épidermes insensibles. Cette course effrénée contre la dignité d’aimer un peu, et plutôt bien, est gagnée d’avance et comme ils sont gris les insouciants, ils sont tellement acides et putrides ceux qui s’acharnent dans la chair coûte que coûte, sans même plus trouver ça drôle, refusant d’aimer dans leurs plaisirs médiocres, refusant les contraintes, refusant de rester humble, de reconnaître le lien.
Alors moi je me terrerai, tendre et triste, en attendant que tu me réveilles. Je ne cesserai jamais de chercher ton contact, j’irai aux points d’impact trouver un peu de toi sous la torpeur, j’enduirai de ma pommade les blessures trop saillantes, je n’aurais jamais peur de voir arriver ton déluge, patiemment je sécherai mes vêtements, sans un mot je sécherai les tiens et je me blottirai contre, tout contre toi en attendant le retour au calme.
Je te vois bien, n’en doute pas, je te regarde. Je suis derrière ton ombre, je guide tes errances.
Tu n’as presque plus de réserves, déjà, tu les épuises si vite, je ramasse les joyaux qui tombent de tes poches trouées et je saurais, le moment venu, te les restituer.

 

woodmanIV.jpg

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 3 commentaires
Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /2007 22:07
J’m’en fous,
J’en ai rien à foutre
Tout m’est égal
Tu peux pavaner, assumer t’en vouloir
Rien à foutre
Tu peux cerner, fuir voir
Comprendre
J’m’en fous d’une force
De celle qu’il me restera toujours
Epuisée, concernée, lassée, détachée
J’m’en fous puisque tout compte
Tout s’annule.
Disparais,
Sois un autre
Je sais tout ça.
Tu changes toujours.

illumination.jpg
 
Et toi, Nathanaël, tu m’entends, enfin ?
Parle à mes canons, rugis plus fort que mes destructions, Nathanaël, existe. Tu vois bien que tous les autres m’indiffèrent, je te cherche partout, j’accepte de ne pas te trouver, jamais. Mais pour une fois, incarne-toi, moi qui ne crois en rien, ou si peu, et si vite.
Résiste aux traîtres de l’ombre, attrape la lumière parce que tout est trop vide, Nathanaël, et je ne me suffis plus pour tout remplir de mes recoins. Je vis dans une spirale hallucinante, qui emporte et la glace et le feu, m’empêche de respirer sans cesse en avalant mes rires, je ne ris presque plus, et pour la galerie. Il faut que tu existes, Nathanaël, parce que je veux savoir avant la fin ce que c’est d’être liée, serrée, entravée jusque dans mes chairs consentantes.

Nathanaël, pourtant, on a voulu t’apprendre la ferveur, Nathanaël, citer ton nom comme point d’appui, comme litanie, Nathanaël, te nommer pour s’ancrer quelque part, toi qui n’existe peut-être qu’à travers tous ces yeux, je t’enseignerai l’extase, je saurais le faire si c’est pour toi, je te dirai la nature époustouflante, tellement plus grande que toi, écrasante mais humble, Nathanaël entends-tu l’orage, trembles-tu derrière l’éclair, parle plus
bas, prends ma main, couchons-nous. Nathanaël mon enfant chéri, celui qui ne naîtra pas, réfugie-toi contre ma poitrine, je peux te nourrir, te chauffer, je suis la mère, je tiens l’embryon, je changerai le monde, je vais te créer, t’enseigner la ferveur, transférer ma joie amputée, brimée, giflée par les traîtres de l’ombre, je vais te donner le jour, te l’offrir dans mes mains, sans me brûler, je vais porter l’eau à ta bouche, t’adorer comme un dieu, pur et nu, ignorer les traîtres de l’ombre, je vais t’enseigner la ferveur, avaler la lumière et la rendre au fond de tes yeux, je vais serrer ta peau, la marquer, l’enduire, je vais rêver de l’adultère qui te donnera, Nathanaël, un monde, un terrain de jeu, loin des traîtres de l’ombre, il faut que tu entres sur scène je vais tout t’enseigner, dans un élan fougueux, je vais transmettre ma force dans ton sein, Nathanaël, je vais y sacrifier mon flanc, tu jailliras, tu domineras, tu connaîtras, Nathanaël, la lumière.

( L'expression "Nathanaël, je t'enseignerai la ferveur" est tirée des Nourritures Terrestres d'André Gide)

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 1 commentaires
Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /2007 18:30
Tu pourrais écouter la pulsation sous la membrane
Et rester un peu
Je pourrais, dans un passage, te peindre
Cela peut être cru
Ou sale
Ou doux
Ou formidable
Cela peut être
Un attentat contre le plexiglas qui voudrait tout isoler
Un dégoût pour cette mauvaise prose que je ne sais redresser
Cela peut être
Craindre le silence sous les doigts
Rechercher le froid
Vouloir instinctivement des réponses
S’étonner d’en chercher encore
D’avoir dix-huit ans
Regretter de douter
S’insurger sans rien faire
Cela peut être
A ton contact, me mesurer
Me trouver plus petite
Et moins armée
Me mesurer, lever les yeux
Chercher les quatre coins
Où me réfugier, dans un monde rond
Systématique
Cela peut être
La fin momentanée des turpitudes
Dans tes bras
Sans avilir, sans forcer
Cela peut être
Appeler John
John
Cela peut être
Savoir
Changer sa voix
Cela peut être
Un secret d’Etat
Traverser un océan
Heureux d’être trempé
Les joues rougies
Le nez qui coule
Encore vivant après tout
Cela peut être
Se mettre en branle
Regarder la pile
S’y atteler
Cela peut être
Tout sauf te peindre, dans ce passage
Je n’ai pourtant pas à m’excuser
Mais je le fais
Pour la mousse à tes lèvres
Parce que je serre encore la corde
Parce que toi, tu ne vivras pas
Pas encore
Je m’excuse de refuser de te partager
De refuser d’être raisonnable
Et pour me faire pardonner
Je prends ce billet
Je traverserai en volant
J’irai là où le vent charrie du sable de glace
Où tout est trop blanc, aveuglant
Je changerai mon nom
Contre le bois
J’irai coudre mes pensées aux peaux des autres
Qui tireront encore de toutes leurs forces pour s’en arracher
Y arriveront, déchirés
Crois moi
Tu me dis que tu resteras
Mais tu ne resteras pas

Et…

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 1 commentaires
Mercredi 31 octobre 2007 3 31 /10 /2007 13:59

 

On a fait quelque chose de formidable pour moi . Je me suis détachée. Je n’ai plus besoin de plaisir aigu et sans joie. J’ai trouvé ma voie.
Il n’y a rien de plus intéressant pour moi qu’un cul. C’est interpellant cette idée d’impasse, de non procréation. Cela me rend, pour reprendre l’expression d’un mort, vivante à n’en plus finir. Pas de plaisir, un peu de douleur, pour se rappeler à soi, mais pas de plaisir dans la douleur, c’est vulgaire. La jonction de deux corps sans aucun autre but. On écarte ce gros cul anonyme et on vient s’y ancrer. On attend sans émoi l’écoulement tiède et pénible de toutes ces vies potentielles qui n’iront pas plus loin. On décolle placidement les épidermes et voilà, c’est fini, et puis plus rien. Le cul, à nouveau, retrouve cet état de pachyderme, paisible et assoupi.
Et cela ne nous a rien apporté. Cet acte était vain, encore une fois, et encore une fois, cela recommencera : la quête perpétuelle d’un cul comme lieu intact de désoeuvrement. C’est ainsi qu’il faudrait que cela soit, toujours. Et bannir tout ce qui tourne autour, ne plus rien ressentir, jamais, mais reproduire le geste sans fin, jusqu'à épuisement ou jusqu'à ce que Dieu ait pitié de nous. Prendre le cul et s’y vautrer, s’y enliser, jusqu'à l’extinction complète du monde, jusqu'à ce qu’asséchés par l’absence de désir nous nous entretuions. Jusqu'à ce que nous ne soyons que des culs sanctuaires de semences sans vies, jusqu'à déchirer ce visage qui n’a plus lieu d’être, qui ne signifie rien, jusqu'à nous coudre la bouche pour qu’enfin cessent ces verbiages indigestes de fadeur et de malhonnêteté. Arriver enfin, au terme d’une lutte sans pitié, dans un soulagement certain, à faire plier l’amour et à l’anéantir.
Je ne me souviens pas quand tout cela a commencé. J’ai ressenti que le jeu prenait une tournure douloureuse, mes entrailles se sont ouvertes à l’air acéré et sec, de mes yeux coulaient des pierres, j’ai su que tout était fini, mais le début, je ne me souviens pas.
J’avais cru que peut-être il pourrait prendre soin de moi, saisir mon visage entre ses mains, me donner de sa peau, respirer dans mon cou. Mais j’ai seulement cristallisé. Un regard et j’ai cru que son sperme salvateur éclabousserait dans une gerbe splendide ma bouche. Un sourire et j’ai voulu voir qu’éternellement son membre engendrerait en moi la violente promesse de n’être plus jamais triste.
Mais je parlais trop. Je gaspillais mon énergie en une mascarade grotesque, j’essayais vainement d’enterrer mon désordre alors que là, tout près, brute et étincelante, se dressait l’évidence. De ce fait, il m’a méprisée.
Comment me rappeler ? Etait-ce cette force qu’il irradiait, puissante et enfantine, maîtrisée et puérile, qui m’avait soufflé net, écrasé à terre, et coupé la gorge ? Je ne me souviens plus quand, pour la première fois je suis rentrée chez moi sans me rappeler du trajet, quand je me suis mise à lui parler, lui chanter des chansons devant mon miroir, à crier pour empêcher les tremblements, à ne plus dormir, ne plus manger, perdre ma joie, et le souffle, la fureur et le bruit, l’éclatement, le morcellement, la peur au ventre et le maquillage, le cœur glacé qui fond et déborde, et me noie. La fissure, la fracture, puis mes entrailles soumises à ce putain d’air acéré et sec et mes yeux vides et cernés, et les pierres tranchantes qui lacéraient mes joues. J’avais compris pourtant.
Les pierres étaient de simples larmes, j’ai eu un peu mal au ventre peut-être, l’orgueil plus que la peine me serrait la gorge , la lâcheté me faisait taire, la prétention parler. Tout était fabriqué d’un bout à l’autre par mon ennui. Devant tant d’imposture, je me suis insurgée. J’ai quitté le combat.
Je ne me suis à ce jour, plus jamais fourvoyée.


Il fallait absolument que tout cela cesse. Réapprendre péniblement à ne plus rien sentir. Et père, où étais-tu? Tout ce temps, tout ce temps perdu à ne pas comprendre. Descendre ce putain d’escalier dans le noir, attendre de sentir sous son pied la dernière marche. Quel était ce mal si puissant que tu n’as pu y faire face ? C’était donc vrai alors, j’étais pourrissante, malveillante, obscène. Il aurait fallu que tu meures, j’aurais pu pleurer dignement, façonner un désarroi glamour qui m’aurait valu de la reconnaissance. J’aurais pu arrêter. Juste arrêter la machine et me reposer.
Tout ce temps perdu à ne pas comprendre. Il fallait absolument que tu meures, il n’y avait pas d’autres solutions. Mon sang ne peut pas continuer à couler à l’envers. Il faut que je me bâtisse une bonne fois pour toutes et non pas que je me répare sans cesse.
Je t’ai enterré. Je t’ai dévoré et avalé. Je t’ai disloqué, tu n’as plus rien, tu n’existes plus, , tu ne dormiras plus, tu vomiras ta langue, tu trancheras tes couilles, tu erreras jusqu'à ce que je meure. Tu pourriras sur moi et on se mélangera. J’aurais alors vaincu le taureau, dompté la vermine. Mais j’ai encore du temps pour ça.

Je ne me souviens plus quand tout cela a commencé. Il est apparu et les trous dans mes veines ont cicatrisé. J’aurais voulu m’arracher les yeux, mais bien sûr, je n’ai rien fait. Il ne devait pas vivre. Perturbateur. Intrus. Aberration. Ignominie. Erreur. Quelque chose a du interférer. Cela ne pouvait pas être ainsi. Mais comment arrêter la main fouillant mon ventre.
J’ai minaudé. J’ai falsifié. J’ai séduit . Puis cela m’a profondément ennuyé. Eloge de la fuite, de la trahison, de la confusion.

Et maintenant, dans ma profonde solitude, derrière des remparts trop épais, noyée dans mon apathie placide, je suis en train de mourir. Et où es-tu papa ? Il fallait que tout cela cesse. Le début, je ne me souviens pas. Quitter le combat. On m’a coupé la gorge. Tout cela n’est que fabriqué par mon ennui. L’air acéré...les pierres. J’ai tout juste un peu mal au ventre. Juste arrêter la machine. On a fait quelque chose de formidable pour moi.
Je me suis détachée.

sorry-we-are-closed-b.jpg

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 2 commentaires
Dimanche 21 octobre 2007 7 21 /10 /2007 14:20
C’est bien la dernière chose qu’il m’ait dite.
On n’étrangle pas un homme, c’est plus fort, c’est sacré.
Etrangle-moi, Boston, et ouvre-moi en deux.
Fait jaillir la parole, celle qui ne peut tarir.
Les bras en croix, le balcon digne, le cheveu mou, même pas de larmes, alors, alors, tu vas sauter alors ?
Etrangle-moi, Boston, empêche moi de partir.
Je crois surtout qu’il n’a rien compris, cela fait bien longtemps que plus aucune prose morose n’a raison de moi, je n’étrangle personne, je ne suis pas Boston. J’essaye de m’en sortir, il n’a qu’à faire pareil, je n’en ai rien à foutre, il se répand à perte.
Je ne m’intéresse pas à sa fêlure, j’ai la nausée des incompris.
Etrangle-moi Boston,
Fais donc un peu moins de bruit, et rentre dessoûler, tu ne peux pas sortir du rang, jamais.
Sauf à tomber. 
Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 1 commentaires
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés