Ecrits vains : à moi

Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /2008 17:16
J’en reviens à l’humain.
Qu’est-ce qu’on disait déjà ? ah oui. Le facteur humain.
Et l’aube des Temps alors ? Plus tard. Vous vous moquez.
J’échangerais bien mon siècle, tiens, mon pays, mon genre. Enfin, tout ceci ne sert à rien, brasser de l’air, des mots, encore. L’homme résiste, il refuse vaillamment de s’éteindre. Et moi je suis bras ballants, et je n’y comprends rien, je dois trop rire.
C’est qu’il y a trop de fleuves, de tonalités, d’idées, j’ai presque assez de temps mais plus tant de méthode.
Je voulais juste vous parler, en fait. J’avais juste pour plan d’être attentive, déficiente mais réelle, de vous saisir au bond, de vous trouver touchants, peut-être, brillants, incassables et malheureux. Solides, fiers, valeureux. Et puis lâches aussi, inanimés, malsains ou tendancieux. J’avais juste un moment à vous consacrer entre deux éruptions, deux lames de fond et quatre sentinelles, je suis coupée de votre monde, et n’ose plus y entrer. C’est bien trop tard, l’éclaircie ne dure pas, déjà déferlent à nouveau les plus belles noirceurs, celles des autres, que je n’imagine pas, les miennes sont fatiguées, elles se terrent, blessées qu’on ne les libèrent pas. Elles sont atrophiées car voyez-vous, le facteur humain les as surprises, et terrassées.
Lorsque je suis seule, dans le noir, je n’ai jamais peur de tomber. C’est déjà fait. Et le sol dense et sec qui me soutient alors a plus de réconfort que mille bras qui veulent m’élever certes, mais desquels je glisse encore, sans effort, sans me tenir non plus, sans jamais y penser, en pensant à côté.
Oubliez-moi un peu dans la ronde de vos danses macabres, dans la paranoïa de vos sourires figés, j’aime mon sol aride et son regard fermé, je suis plus calme dans ce recoin. Vos lumières tourbillonnent, sonnent faux et mon cœur dissident refuse l’ivresse de la surface plane.
Je vous envie parfois cette béatitude qui vous tient hors du froid. J’arrive à vous toucher, à croire le peu de foi. Mais je m’isole, et la greffe prend. C’est un petit miracle, parfaitement seule au milieu de tous, sans avoir mal, sans vous maudire. Je vous observe, et vous me nourrissez. Le facteur humain a encore frappé. Je le laisse faire, car ponctuellement, l’autre m’émerveille, me stupéfie, me sidère de son inouïe bonté, désintéressée, forçant le passage, se soudant à mon intimité farouchement défendue, décrétant la joie générale dans mes quartiers, putsch magnifique dans un contrée désolée qui n’attend plus personne. Oui, je suis entourée, encerclée de sourires, de caresses, de voix. Et j’en suis gratifiée, honorée, décorée.

 Mais plus jamais de nous, le rideau est tombé. Je suis juste à côté, si vous me cherchez.

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Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /2008 21:39
J’arrive un peu tard, la fête touche à sa fin, tu as déjà aimé.
Accepter de s’encombrer de souvenirs qui ne périront plus, tu l’as déjà fait, et à trop te charger tes épaules courbent, tu ne peux plus rien porter.
J’entends les avertissements. Je ferai ma route à pied.
Mais selon saint Jean, je vomis de ma bouche ce qui n’est pas chaud ou froid, le tiède est une insulte, mon lait déborde et me noie. J’attache.
Le monde, comme un grand cœur fatigué, me demande de ne pas trop sauter sur sa membrane, de faire moins fort, d’arrêter de pleurer car je suis grande et ma peine déjà délavée.
Il serait temps de donner vie aux enfants sages, Madame.
Je suis en retard, j’emprunte les itinéraires de la foule immense, je reviens toujours à cet endroit effrayant où plus personne ne parle, je reviens toujours à ces regards qui s’éloignent, je veux toujours poursuivre la ligne, mais la Terre est plate, qu’on se le dise, et je chuterai en découvrant sa dernière falaise.

Je détache mes mains, alors, si tu le veux. J’irai seule chercher mes certitudes, je les trouverai, au fond des abysses, dans la lumière terminale, dans la lypémanie accablante et la liesse sans objet. Je reviendrai intimider les cyniques de ma foi sans égale et sans dieu, je reviendrai brûlante et plus profonde qu’un gouffre, j’embrasserai ton visage de pierre et ta peau suintera. Pour quelques fragments d’absolu, pour la porte entrouverte derrière laquelle je chanterai doucement quand tu t’endormiras, pour la naïveté crasse que je fais déferler dans mes veines atrophiées, pour survivre, pour servir, pour soigner, je rattraperai le temps maudit où tu n’as pas vécu, tu rattraperas le temps que j’ai perdu à suivre.

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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /2008 01:11
D’autant que je me souvienne, les mots simples m’ont tuée. D’autres ont plongé dans mon ventre un poing bienveillant pour arracher la gangrène d’un amour dans le noir.
Tu n’inventes rien, tu ne proses pas, les tournures ne m’aident pas, la poésie me déplace, je n’ai besoin que du bon mot, celui qui a ce pouvoir délirant de me faire croire au pire, de ne pouvoir le mettre en doute, de ne pouvoir le combattre, le moquer. Ou celui qui dans un souffle m’enveloppera d’une torpeur caressante, dans une béatitude reconnaissante.
Tout ce que tu dis, je le crois, je le vis, je le reçois, j’en suis déchirée de part en part, et ton silence métastase, celui qui suit la sentence, répand la mort, reprend la joie.
J’entends tout trop fort et suis vite blessée. Car tes mots sont des lames chaudes, ou des massues glaciales.
Mais tu me parles.
Tous les autres sont muets.
D’autant que je me souvienne, j’ai toujours trop vécu. J’avais déserté les amours incertaines, j’avais même contracté mes élans, en vain, bien entendu, mais déterminée à toujours essayer de freiner. J’ai quand même pris les murs, sonnée, stupide de me relever, inconsciente de ne pas me protéger. Stupéfaite, toujours, de ne pouvoir que constater. Mon masochisme n’a rien d’exceptionnel, en somme. Je ne prémédite aucune de mes blessures, mes tremblements fébriles me surprennent toujours et lorsque le coup est trop fort je rampe dans une grotte lécher mes plaies béantes, obscènes, faire taire mes murmures de démence, mes sanglots trop indignes, reconstruire le masque de celle qui rit trop souvent, parle sans savoir. Je redeviens alors joyeuse, par égard pour la galerie, toujours tournante dans la lumière, qui perce à travers mes paupières fermées quand il faut danser jusqu’à la sueur, faire entendre le timbre, libérer les flots. Tous les bruits s’engourdissent alors, dans une ritournelle entêtante qui vient couvrir leurs voix, je souris car dans ma tête des corps au ralenti viennent éclater contre les vitres, se démembrent, jaillissent, retombent en rebonds. La tôle se froisse, les pantins se désarticulent, le fer et le verre viennent embrasser l’organe, des familles vont pleurer, ce soir. Je rouvre les yeux, les draps sont mouillés, défaits, j’essaye de ne pas pleurer, j’échoue.
Tu aurais du partir, me regarder tomber dans mes abîmes sans rien y comprendre, hausser les épaules et t’en aller. Mais tu demeures, et me serres, tu m’attrapes, et m’étouffes. Il n’y a aucun cartilage en moi qui saurait résister à ta tendresse fracassante.

Tu es ma plus belle croix, qui me muscle et m’assouplit, ma plus belle cicatrice, celle que je ne recouds pas et qui va rester vive, présente, profonde. C’est un honneur de me tuméfier contre ta poitrine, de me donner sans rien chercher à te reprendre, de toujours te trouver magnifique dans cette attitude franche, t’en aimer plus en silence, savoir que je peux m’égarer, errer, appeler car tu entendras, continuer à marcher dans le noir en habituant mes yeux pourvu, pourvu que toi, jamais tu n’aies faim, jamais tu n’aies froid.

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Mercredi 19 décembre 2007 3 19 /12 /2007 21:44
J’ai entendu ta voix derrière la cloison, et vérifié mes alibis.
Je finirai bien par vivre pour moi. En attendant, j’entends ta voix, et réajuste mes sursauts.
J’ai tout perçu étincelant, c’est encore une fois merveilleux. Je ne comprends pas ce qui m’habite, de cette force spectrale, de cette fatigue euphorique qui m’engourdit les membres, je ne sais quoi penser. Encore… c’est tout ce qui me vient. Inquiète et surprise, encore, mais comment donc, et comment peut-elle oser, la grande impétueuse dérangée, qui gaspille les talents, brise les belles âmes, ne songe qu’aux sommets, oh pas les trop brillants, ni les trop exposés aux vents changeants, mais ceux plein de neige qui fait taire, ceux des esprits à regarder d’en bas, pour qui se prend-elle la fêlée rigoriste qui éteint tous ses feux essayant d’en masquer la fumée, oublie un jour d’être fidèle, sourit aux mauvais garçons sages, aux filles sans fards ?
La vertu embrassante, celle qui élargit les horizons en ouvrant les bras, la voilà la belle affaire. Savoir qu’on prendra tout, et qu’il en restera. Je t'emmène pour que tu saches ce que je vois, que tu résorbes l'étendue de ce que je ne comprends pas.

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Jeudi 29 novembre 2007 4 29 /11 /2007 03:14
Ce que j’ai vu cette nuit-là, personne ne le sait. Je peux essayer de m’expliquer mais je sais bien qu’en somme, la représentation que vous pourriez tirer de mon faible récit sera indolore et loin de ma fausse réalité, dont tous mes sens pourtant, sonnés et trébuchants, se souviennent. Ce que j’ai vu toutes ces nuits juvéniles, personne n’a pu le concevoir. J’ai vu la peur en face, elle me ronge depuis sans relâche. Il y a eu un coffee-shop, tu montrais mes seins à un homme, tu faisais mine de te masturber sur mon pull et lui riait et ses dents sombres dans une barbe éparse de vieux brillaient plus que ses yeux noirs de roquet lubrique, tu avais bien changé. Je tirais sur ton bras pour rentrer dans une ruelle de brique rouge, anglaise probablement, tu as disparu derrière une porte et moi, de la voiture, j’ai vu sous le pont avancer la lame de fond. Je me suis tournée vers ma mère qui m’implorait de me dépêcher de entrer dans la maison, je sentais son urgence mais j’étais plantée là, nigaude ralentie par un temps improbable, et sur le pont, j’ai vu mon sac tomber dans l’eau, la vague approchait, j’ai tourné les yeux vers ma mère et je lui ai dit « maman, mon sac est tombé, mes affaires, mes affaires sont tombées » puis elle était suspendue à mon bras, elle glissait de mes doigts dans le vide et la vague l’a balayée, j’ai suffoqué sous l’eau.
J'ai suffoqué sous l’eau. Je suis absolument sûre de me souvenir de cela.
Ce que j’ai vu cette-nuit là, dans mon lit mal isolé, je l’ai ressenti au plus net, au plus proche du cœur, ce qu’il en reste dans les rognures acides après l’attaque d’adrénaline.
Cette vague monstrueuse m’engloutit un peu plus à chaque rêve, je la crains, je ne souhaite plus dormir, je ne suis pas en sécurité. Ma panique est un rêve récurent.
Petite, j’en faisais deux, parfois plusieurs fois dans la semaine. Dans le premier, j’avançais dans une structure bétonnée en spirale, dans une pénombre moite, et le gravier sous mes pas crissait de plus en plus fort à mesure que j’atteignais le centre, jusqu’à un vacarme assourdissant d’écho.
Dans le deuxième, petite fille en robe à fleurs dans un champ je ramasse des cailloux que je mets dans un panier, et l’un de ces cailloux soudain s’élève vers le ciel comme une barre de fer gigantesque et je quitte le corps de cette fille pour la voir d’en haut de cette barre, coulée dedans, compressée de vertige.
Je sais bien. Je formule mais rien ne cesse. Depuis que je suis lucide je suis plus calme mais plus triste. Je suis comme déchirée du monde, incapable jamais de retenir ma joie lorsqu’elle s’invite avec brutalité, entrouvrant les possibles, explosant de lumière, s’arrachant trop rapidement me laissant bien inerte, implorant l’innocence, la légèreté, celle qu’enfant déjà, je n’avais pas, mais que je rechercherai en vain au fond des verres, des bois, des yeux qui ne se détourneront pas, des voix qui m’envelopperont de leur chaleur diffuse.
Je veux ma maman, mon papa, mes frères et sœurs et plein d’enfants, de la nourriture étouffante, des gosiers chauffés à blanc et un grand sapin bariolé de lutins cons comme la lune, pas pour m’y pendre mais pour respirer leurs essences, essentielles. Et retourner rêver.
 
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