Ecrits vains : à moi

Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /Sep /2009 21:02



La virilité est de ne jamais parler de soi, ou très peu. L’homme dit il. La femme dit je. Elle observe son antre dans laquelle on peut si souvent s’inviter et s’inquiète de ce qu’elle en montre. Nous sommes ouvertes et vulnérables. L’homme citadelle ne comprendra jamais cela. La grande supercherie réside dans la foi intime de se croire complémentaires. Nous sommes inséparables, mais incapables dans un langage simple de trouver sens commun. Nous n’avons que le terrain sexuel pour parfaitement nous passer de commentaires. Et la tendresse pour nous consoler mutuellement de rester de chaque côté du gouffre. C'est déjà bien immense. Il ne sert à rien de se combattre dans l’alcôve. Si l’explication doit surgir, le drame est imminent, l’une parlant à l’autre qui ne parle pas, lui expliquant ce qu’il n’est pas, en forçant les signes trompeurs qu’il offre par son silence. Le couple bavard de lui-même est une aberration. La sagesse accomplie en amour serait peut-être pour l’homme de laisser à sa femme ses monologues affolés sans chercher à la faire taire autrement qu'en l'enveloppant de son silence tendre et sexuel, qu’elle saura à son tour ne pas tenter outre mesure de briser. Il m'en aura fallu, de ce temps fou, pour le comprendre enfin.

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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /Sep /2009 23:33

Le tueur arpente les rues, affamé, et finit par trouver sa proie, insouciante ou peureuse. Il la suit alors, calmement, jusqu’à trouver un repaire pour commettre son forfait. Sans savoir que je suis juste derrière lui. Je le tance, le défie, mais finis par éclater de rire.

C’est peut-être se donner trop de versions d’une malheureuse histoire. C’est probablement suinter de la tristesse de n’être qu’ici maintenant. C’est peiner à incarner la majestueuse possibilité d’être plantée face au vent, de ne plier qu’à peine, de ne rompre qu’avec la grâce d’un frêle craquement. Et pourquoi se donner, ainsi ?

Parce qu’il est des fragilités qui ne peuvent résister qu’en s’affichant comme telles. Que lorsque la crainte se fait pure, il ne reste qu’à l’affronter, et porter la brûlante alliance à son doigt pour masquer ses épousailles. J’ai 30 ans bientôt, si vite. Et le calendrier de mes heures gribouillé, fardé, bardé de tant d’épiques épisodes. Il ne m’en reste rien que la profonde certitude d’être trop avancée pour tous ces inconvénients. J’ai convoqué plusieurs forces en présence, frappé la porte de bois lourd. Elles m’ont toutes reçu avec une bienveillance confondante. Nous sommes si peu à nous présenter, entiers encore, dans ces contrées désolées de la bonne rage de préférer le juste à la cohabitation forcée.

 Et ce n’est même plus pour le plaisir de parler de moi. Moi, ou une autre, ou tous ceux que j’admire en silence car il en reste. L’objet n’a presque plus d’intérêt. Je parle de moi car il est certain que je ne risque pas de procès. Mais considérons qu’à travers ce portrait vrillé, immanquablement très loin de la réalité observée par les plus proches, se trouve un cri puissant, bien qu’assourdi pour ne pas réveiller les enfants, le cri qui traverse ceux dont je croise les regards atlantiques – car je n’ai encore pas trouvé d’adjectif plus renversant que cette écume grise suspendue à un mouvement perpétuel, lourd, destructeur mais fluide et frais. Voir sur mon poignet gravée la vague d’Hokusaï, qui ne m’inspire qu’une seule crainte réelle : celle qu’elle finisse par disparaître, quand tout le monde me demande si je ne vais pas m’en lasser. Me lasser du trait de l’absolu ? Me lasser de voir dans chacun de mes gestes onduler l’immense masse d’eau pour laquelle j’ai donné cinq heures de souffrance ? Vous voulez rire ?

Mais reprenons la scène : le tueur va tuer, il se sent invincible, oubliant parfaitement le détail de mon ombre, jaillissant dans son périmètre monumental. Je suis derrière le tueur, je regarde bander le muscle, j’observe la clarté de la lame. Je romps son registre en riant de sa fureur. Pauvre tueur au pays des cyniques, tu ne peux même plus décimer sans être ridicule. Tu te regardes faire avant même d’avoir commencé, penaud et piteux, empêché dans ta ferveur d’accomplir quelque chose de juste.

On nous a tout arraché. Jusqu’à la possibilité même d’être furieux, fervent, ou juste fiévreux. Nos meurtres deviennent de simples anomalies, nos suppressions passent inaperçues, même pour ceux qui ont encore la chance de passer sous un métro. Nos indignations remplissent les conversations de salon.

Je n’ai pas à justifier mes accès de violence. Ils ne concernent que quelques touches malhabilement martelées, je ne fais que ronger ma propre cage thoracique, ou mes lèvres, tout au plus, mais mon visage resté figé. Et je suis socialement parfaitement intégrée.

On ne pardonne jamais à ceux qui ne faiblissent pas. Je nous souhaite à tous, les mal rangés, de renoncer et de savoir parfaitement construire le discours qui siéra à cette résignation.

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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 23:19

C’est la force de son ombre qui soutient sa stature. Et le rictus balafre un visage fatigué. Je n’avais jamais vu la puissante majesté d’un vrai désespéré. Et pourtant elle s’incarne dans cette grâce dépitée, forcenée de se taire.


On me dit, je l’entends, prose guerrière, culte du héros. Je réponds comme je peux que j’ai tout mélangé. Je tente d’organiser les cages d’un zoo du cœur ouvert, projet bartlebien dont je n’ai plus qu’un titre. Je relis, je renonce, et je retourne chanter.


Il faudra s’apaiser. S’épuiser est un moyen. Il faudra bien, car je ne suis plus l’ingénue déchaînée. J’ai perdu la fraîcheur de mon rire de gosier. Ecrire, et compulser, se taire, écrire, écrire et fouiller  ces milliers de pages, y chercher l’homme et les enfants qu’il faut, qui ne viennent pas, les amis de toujours, les alliés les plus hauts, les plus beaux, les cachés. L’esprit pur du styliste, l’éclatante vérité de l’esthète. Chercher le suffisant. Toucher les bords du contenant. Ne plus flotter sans cesse. Chanter doucement, bercer le brave et Come on Balthazar, I refuse to let you die…


Graver la vague sur ma poitrine dans une noce impossible, pour retenir du flot l’instant fragile du grand effondrement d’écume. Ne plus rien vouloir dire.


Je recommence. Je plonge et je respire sous l’eau, j’éteins, j’y vois.


Je recommence : j’aime sans savoir, je ne sais plus que quand il est trop tard. J’ai le dépit de ne pouvoir mourir pour rien. Aucune cause, aucune abysse qui n’ait raison de cette foutue force de vie.


Et j’ouvre à nouveau, rituellement, perpétuellement le livre qui justifiera mes errances, qui formulera la magique impuissance roulant dans mes artères. Pour dissiper le voile opaque de la buée fétide des haleines qui m’entourent. Les aveugles, les heureux. Ceux qu’il faudrait que je sois. Parce que moi, je n’ai que des pressentiments, des prémonitions déroutantes, mais aucune théorie. Mon instinct ne veut pas dormir, et sous les lignes des autres je découvre effarée ce que j’ai trop perdu à vouloir rester sage.


Et cette connivence avec le sombre, avec le cœur battant, le partage, et les songes, avec l’immense lucidité du presque rien qu’on transforme en superbe, avec le calme grave contenant les viscères qui s’affolent, cette colocation sereine avec l’immonde, cette évidence près de la lave en fusion, je ne me l’explique pas.


Je comprends simplement qu’il n’existe aucun livre que je n’aie déjà lu tout au fond de mon ventre.

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Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /Mai /2009 23:27

 



Et c’est déjà la fin de ce qui ne commence nulle part.


C’est plus efficace que les pierres dans les poches de Virginia Woolf.


Plus violent que le silence après le « Voulez-vous ? ».


C’est une sentence, un arrêt de mort, anticipés et grotesques.


Et ce serait un scandale, la fin du monde, l’injustice suprême,

Si seulement il me restait encore un peu de ce cœur formolé.


Je pourrais être éplorée, comme je le fus, mais je n’ai plus de larmes. Dépourvue, je le suis depuis tellement de temps, tellement longtemps, qu’en remontant la spirale je ne retrouve qu’un embryon précaire, mais jamais l’insécable, jamais la lueur d’une ébauche de source.

Alors non, je ne ferai pas mieux ce soir. Je n’irai plus pleurer nulle part, je caresserai doucement les étoffes pour les remettre en place, j’ajusterai les mèches autour de mon visage, je redresserai l’échine et je rentrerai sur scène, radieuse, brillante, aveuglante de sérénité, pour le salut du plus grand que moi. Je n’aurai pas de médailles, ni d’applaudissements, mais la reconnaissance muette des regards atlantiques, la complicité des vivants planqués entre les morts.


Ces morts inutiles, dont il aura fallu constater le décès en inventant une heure. Ceux-là même que sans combat il aura fallu rendre à la facilité, et qui nous honoreront de mépris pour nos liesses.


Nous les sanguins, les fous furieux, les mal-réglés sur pause, qui interrompons les cycles de silence forcés en riant dans les charniers, réticents aux figures imposées. Nous sommes la honte des citadelles, les profanateurs  des sépultures  de résignés, les terroristes des façades lisses, surgissant du vide cimenté de leurs abîmes.


C’est déjà la fin, peut-être, de ce qui n’a commencé nulle part. Mais je ne suis pas, jamais, l’enterrée vive qui se débattra pour sortir.


Je suis déjà sortie des flammes.


Méfie-toi, mon amour, des entraînés des heurts.

Ils connaissent des issues que les prudents ignorent.
Ils survivent sur les poussières des pétrifiés de peur.


Tout ceci n’est qu’un exercice d’évacuation que je connais par cœur.

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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 00:07

Fragments (Œuvre inconnue, apocryphe, anonyme et posthume)

En regardant l’immense voiture dans la petite vitrine, je fus prise d’un vertige fondamental : comment avaient-ils fait, comment avaient-ils réussi à la mettre là ? – à ma question, et je n’en demandais pas tant, j’eus ce que je qualifierais de changement de conversation cosmique. La devanture du concessionnaire explosa, projetant un amas de tout vers moi puis de moi quelque part entre plus loin et plus tard.

Un singe désespéré, descendu pour une saison à la capitale, pensa soudain que le temps était venu, pressant, de rencontrer les siens, faisant le compte des individus de basses branches, parfumés et pressés, auxquels il s’était jusqu’alors offert dans des contorsions lisses et techniques.

Il grêlait du gros sel. Je me demandais sincèrement si ce n’était pas un peu exagéré. Quelle emphase, pour cette banlieue banale. Lorsque l’éclair frappa trop proche, j’eus la désagréable sensation que mes lectures et mes jugements avaient fait de moi un parfait conducteur de chaleur.

On ne dit pas « je te l’avais bien dit » à quelqu’un qui sort de chez le coiffeur.

Joseph-Frederik et Peter-Thierry s’aimaient tendrement lorsqu’une tragédie survint, entamant un irréversible déclin vers les aisselles non épilées et les flatulences nocturnes : ils déclarèrent leur amour à un greffier taciturne devant une tasse à café aux souillures sèches.

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