Jeudi 11 octobre 2007 4 11 /10 /Oct /2007 14:12
phallus.gif
"Que prétends-tu, femme bien digne des noirs éléphants ? Pourquoi m’envoies-tu des présents, pourquoi des billets doux, à moi, jeune homme peu vigoureux et dont l’odorat n’est pas émoussé ? oui, je n’ai pas mon pareil pour sentir un polype ou un bouc puant logé sous des aisselles velues, avec plus de flair qu’un chien au nez subtil découvrant la retraite d’un sanglier. Quelle sueur, quel horrible parfum développés partout sur ses membres flasques, lorsque j’ai déposé les armes et qu’elle est pressée d’assouvir encore sa rage indomptable, lorsque déjà sur elle, ne tiennent plus la craie humide et le fard pétri dans la fiente de crocodile, que déjà, dans ses exercices équestres, elle rompt le sommier et le dais du lit ! Ou bien, quand, avec des paroles violentes, elle me reproche mes dégoûts : « Avec Inachia, dit-elle, tu as moins de mollesse qu’avec moi ; Inachia, tu peux la posséder trois fois dans une nuit ; avec moi, toujours, c’est à peine si tu as du ressort pour une seule besogne. Périsse misérablement Lesbie qui m’a indiqué, quand je cherchais un taureau, un être sans nerf : et j’avais les services d’Amyntas de Cos, dont le membre est plus solidement implanté dans son aine indomptable qu’un jeune arbre sur les collines ! Pour qui cette ardeur à plonger deux fois les flocons de la laine dans le murex tyrien ? pour toi, oui, pour toi, afin qu’il n’y eût convive, parmi ceux de ton âge, plus choyé de sa maîtresse que toi de la tienne. Oh ! malheureuse que je suis ! tu me fuis, comme l’agnelle a la terreur des loups cruels et le chevreuil celle des lions. »"

Horace, Epodes, XII
Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
Voir les 0 commentaires
Dimanche 30 septembre 2007 7 30 /09 /Sep /2007 17:21

Il faut du courage pour attendre, supporter le poids sans faillir des secondes du compte-gouttes qui distille la soude caustique dans les veines, protéger le cœur des assauts sans pitié de la cavalerie du doute, piquante, brûlante, jamais éreintée, et s’endormir, épuisée de rien, effrayée par le vide, perdue dans le noir.

Il faut du courage pour trier la version la moins dévastatrice d’une histoire qu’on ne nous raconte pas, se l’inventer douce et lumineuse, la défendre contre l’angoisse de la paranoïa surgissant, stupéfiante de violence, sordide quand elle s’annonce.

Le ventre se contracte, la gorge fait barrage, les larmes attendent d’être sûres, tout n’est que plaie béante, bain d’acide, pelote de clous rouillés. On croit comprendre un vertige, on a besoin de sucre, on voudrait juste qu’il arrive, il n’y a pas d’autre option pour annuler le malaise, pour rompre la corde qui asphyxie. Il faudrait juste qu’il arrive enfin, qu’un message nous parvienne, un mot, un son, un souffle.

Il faut du courage, et on n’en a jamais. La panique gronde, on la ravale, on essaye d’empêcher le frisson, on se demande comment partir de là où on en est arrivé sans trop savoir pourquoi.

On écrit pour pas crever, parce que c’est trop fort à la fin, tout est trop fort, ce n’est même pas lui, ce n’est même pas l’amour, ce n’est même pas ça. Rien ne nous épargne, on deviendrait infréquentable pour cicatriser les écorchures, on implore que tout ce cirque cesse, mais à peine les ballons rangés on applaudit le rappel. Et on écrit pour pas se balancer de la fenêtre parce que c’est insupportable d’avoir les organes qui tapent pour sortir, sans cesse, c’est impossible que le torrent ne s’arrête que pour nous laisser desséchés, la bouche craquelée, obligeant son retour.

On attend, on crève.

On embrasse, on crève.

On quitte, on crève.

On rit, on crève.

On écrit pour pas crever. On hurle par les doigts pour pas réveiller les voisins. On pleurera demain, quand personne ne verra. On est forts, on écrit pour pas crever, et on crève pas. Jamais.

Et d’ailleurs on ne sait pas tellement de quoi on a peur exactement, la peur au ventre, la solitude, l’abandon, le mépris, tout est bien vain au regard de l’étendue de ce dont on est capable.

Coupables, les peureux, les lâches, les passifs. Coupables de n’être pas sûrs, de manquer de méthode. Coupables de n’avoir pas de guerre où combattre, et mourir. Coupables d’avoir le nombril qui saigne, de vouloir croire qu’il est possible et nécessaire d’être heureux en amour, de n’avoir que ça à foutre d’essayer. Coupables de baisser les bras, d’attendre le miracle, de se tromper de signe, de ne rien y comprendre.

Je suis coupable, j’écris pour pas crever en attendant la mort. Je crois savoir de quoi je parle, je crois que parler de mort ou de souffrance les conjure, dans une naïveté crasse, même pas capable de crever, coupable de ne pas essayer, à cran que personne ne réagisse, à cran de ne pas savoir remercier.

Correction-img009.jpg

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 0 commentaires
Dimanche 12 août 2007 7 12 /08 /Août /2007 19:27

L'extase

La nuit était venue, la lune émergeait de l'horizon, étalant
sur le pavé bleu du ciel sa robe couleur soufre. J'étais
assis près de ma bien-aimée, oh ! bien près ! Je serrais ses
mains, j'aspirais la tiède senteur de son cou, le souffle
enivrant de sa bouche, je me serrais contre son épaule,
j'avais envie de pleurer ; l'extase me tenait palpitant,
éperdu, mon âme volait à tire d'aile sur la mer de l'infini.

Tout à coup elle se leva, dégagea sa main, disparut dans la
charmoie, et j'entendis comme un crépitement de pluie dans
la feuillée.

Le rêve délicieux s'évanouit... ; je retombais sur la terre,
sur l'ignoble terre. O mon Dieu ! c'était donc vrai, elle,
la divine aimée, elle était, comme les autres, l'esclave de
vulgaires besoins !

Joris- Karl Huysmans

***

Vénus Anadyomène

Comme d'un cercueil vert en fer-blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D'une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l'essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L'échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu'il faut voir à la loupe...

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
- Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.

Arthur Rimbaud

Publié dans : Back to basics : les fondations
Voir les 0 commentaires
Vendredi 10 août 2007 5 10 /08 /Août /2007 02:18

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d'un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l'incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M'a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Publié dans : Melancholia: de la bile noire sur la page
Voir les 0 commentaires
Vendredi 3 août 2007 5 03 /08 /Août /2007 21:18

« Mortels, vous vivez comme si vous deviez toujours vivre. Il ne vous souvient jamais de la fragilité de votre existence ; vous ne remarquez pas combien de temps a déjà passé ; et vous le perdez comme s’il coulait d’une source intarissable, tandis que ce jour que vous donnez à un tiers ou à quelque affaire est peut-être le dernier de vos jours. Vos craintes sont de mortels ; à vos désirs on vous dirait immortels. »

Sénèque
, De la brièveté de la vie.

 

 

 

« Des choses les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous. Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos tendances, nos désirs, nos aversions, en un mot tout ce qui est opération de notre âme ; ce qui ne dépend pas de nous , c’est le corps, la fortune, les témoignages de considération, les charges publiques, en un mot tout ce qui n’est pas opération de notre âme. […] Ainsi à toute idée rude, exerce-toi à dire aussitôt : « Tu es une idée, tu n’es pas tout à fait ce que tu représentes . » Puis examine-la, applique les règles que tu sais, et d’abord et avant toutes les autres celle qui fait reconnaître si quelque chose dépend ou ne dépend pas de toi ; et si l’idée est relative à quelque chose qui ne dépend pas de nous, sois prêt à dire : « Cela ne me regarde pas ».

Epictète
, Manuel.
 

 

« Le temps que dure la vie de l’homme n’est qu’un point ; son être est dans un perpétuel écoulement ; ses sensations ne sont que ténèbres. Son corps composé de tant d’éléments est la proie facile de la corruption ; son âme est un ouragan ; son destin est une énigme obscure ; sa gloire, un non-sens. En un mot, tout ce qui regarde le corps est un fleuve qui s’écoule ; tout ce qui regarde l’âme n’est que songe et vanité ; la vie est un combat, et le voyageur, un étranger, et la seule renommée qui nous attende après nous, c’est l’oubli. »
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même.

 

« Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »


Alfred de Vigny

, La mort du loup (Les Destinées)

 

« Et moi je vais rester, souffrir, agir et vivre ;

Voir mon nom se grossir dans les bouches de cuivre

De la célébrité,

Et cacher, comme à Sparte, en riant quand on entre,

Le renard envieux qui me ronge le ventre,

Sous ma robe abrité !

[…]

Quelle vie ! et quel siècle alentour ! – vertu, gloire

Pouvoir, génie et foi, tout ce qu’il faudrait croire,

Tout ce que nous valons,

Le peu qui nous restait de nos splendeurs décrues,

Est traîné sur la claie et suivi dans les rues

Par le rire en haillons ! »


Victor Hugo

, Puisqu’il plut au Seigneur ( Les voix intérieures)
Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
Voir les 0 commentaires

Quo vadis ?

  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • : "Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe" disait Rivarol. En le ramassant on se blesse. Il convient alors ensuite de "porter élégamment la cuirasse".

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

Vitriol


I am the true green and golden Lion without cares
In me all the secrets of the Philosophers are hidden

"Ne l'oubliez jamais, pendant que vous mesurerez vos abîmes..."

 

Images Aléatoires

  • Dantec, M.G., American Black Box
  • Vollmann, William - Le livre des violences
  • Dan O'Brien
  • sandro-botticelli-naissance-mystique

Fragmenti Beati

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés