Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 20:59

Don’t make me come to Vegas / Don’t make me pull him / Out of your head / Athena will attest / That it could be done / That it has been done / And I think that I am up to it.

Tori Amos, Don’t make come to Vegas.

 

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La première qui s’insinue de plus en plus insistante à mesure que les indices s’entassent : le christianisme est-il la dernière mode idéologique suprêmement cool ? Est-on, ainsi que de gauche, chrétien par défaut ? Votons- nous pour le Christ contre le reste ?

 

La deuxième : Ressentez-vous une fierté morbide teintée de mépris, ainsi qu’un soulagement secret de voir de moins en moins de résistance à ce à quoi vous n’avez su, en premier lieu, résister, si je vous dis que je suis à deux doigts de rentrer sur Facebook ? (tout étant parti, je le jure, d’une sombre histoire de félins et de requins…) Vous sentez-vous trahis, ou brutalement las, vous qui n’aviez pas cédé ?

 

Voyez comme je suis une fille toute pimpante de démocratie, à vous faire croire que votre avis compte. (Rhaa, désolée, j'ai encore des TOC)

 

J’allume les commentaires et vous laisse gratter vos copies. Je vous en conjure, surprenez-moi. Ravisez, ravissez, rassurez, insultez ou faites-nous rire, que j’aie quelque remords à éteindre ce blog. Je suis une femme, j’ai brutalement besoin qu’on me parle.

S’il y a des psys dans les rangs, je vous écoute tout particulièrement.

 

 

 

 

Et n’allez pas éluder la première question en vous concentrant essentiellement sur ma possible défection de la retraite, chers réactionnaires aux génuflexions festives.

Publié dans : Sautes d'humeur
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Samedi 22 janvier 2011 6 22 /01 /Jan /2011 17:54

 

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Fragments disparates entrecoupés du silence le plus vide et bas, brides liées serré, les souffles des autres mondes me surprennent dans mon apathie royale. Si j’arrive à attraper la cause profonde du glissement de mon terrain vers une fatigue sans nom teintée des dernières lueurs de là-bas, derrière les panthères noires entre les troncs massifs, je saurai rester vive, si j’arrive à saigner ces humeurs, à décimer une à une les accablantes sensations de n’être plus de nulle part, d’avoir bien trop à faire pour tenter d’appartenir à autre chose qu’à l’exacte minute qui déjà ne veut plus de moi, et de sentir changer la bête en soi, de la posture d’aspirer à être seul à l’extrême nécessité de n’être plus de nulle part. Sans savoir exactement comment parvenir à s’essouffler assez pour tromper sa propre vigilance et se croire encore occupée.

Tout  a bien pu commencer par cette question expirée dans la souffrance dissimulée d’une plaisanterie qui ne se veut pas plaisanterie mais sera prise pour telle puisque de surcroît on l’accompagne d’un sourire si victorieux qu’il troublerait le plus grand des vainqueurs,  expirée mais revenue instantanément me hanter, à jamais formulée et donc gravée dans ma mémoire : qui sont les innocents ?

Nous parlions châtiment, car je vis dans le crime, celui des autres incessamment commis dont il convient de s’inquiéter parfois, d’en chercher de possibles limites. « Il faudra les tuer pour qu’ils ne recommencent pas. » D’autres prendront leur place. « Il faudrait qu’ils demandent eux-mêmes leur châtiment » et alors Dieu entre dans la bravade. « Il faut que les innocents soient protégés et que le sacrifice soit restauré pour l’équilibre ». Oui mais… Qui sont les innocents ?  Et l’impatiente panique, soudain, submerge. « Moi, je suis innocent. » « Non, toi tu prêches la haine, tu n’es pas innocent. » Tes mots sont prononcés, entendus, répondus, répétés c’est trop tard, tu as participé, tu ne rachètes personne. Et ce n’est pas simplement toi, il faut tous bien les voir. « Parce que c’est plus humain, de ne pas les empêcher de vivre. » Humain, d’homme donc, du coupable permanent. C’est quand même quelque chose… Tuer ou laisser vivre, laisser tuer, survivre. Tout est si terrassé. Se battre, intervenir, quand tout est terminé. Non, le désespoir gagne.  « Mais toi, qu’est-ce que tu fais ? » je les regarde faire, j’apprends de leurs excès, je n’ai jamais été plus proche de cette humanité qu’en baignant dans son sang. Jamais plus proche de l’incapacité terrifiante de juger, que trempée de son jugement.

Qu’on redéfinisse le crime. Que celui contre l’humanité devienne celui qui s’en éloigne trop, et regardez encore s’il reste de ces innocents dont le concept affole les braves. Le jour tombe et je ne trouve pas d’innocents, ma peine s’accroît car je pressens le pire. Rien ne m’intéresse plus que cela, mon retour au monde prévu depuis plusieurs années maintenant se fera donc encore attendre.

Qui sont les innocents, voici maintenant la lente plainte, comment les protéger, que faudra-t-il leur dire ?

L’innocence est un accident, une tirade trop belle dans l’uniforme néant, un éclat, une flammèche brisée contre le vent. Une phrase échappée de la préhistoire de tout cœur vif rachète les impossibles. La lourdeur de ces mots hâtivement jetés de peur qu’ils ne m’entraînent encore au fond de ce grand lac de sang  condamne la possibilité même de rester en haut, pur et neuf, offert et sanctifié. Je suis perdue depuis que j’ai parlé, trop parlé et tout dit, tout écrit sentant qu’immense et perpétuellement grandissante, j’allais devoir sortir, répandre. Mes fruits semblent innocents, sortis à peine de la matrice qui les engendre sans fin et pourtant ils sont laids, gauches et fuyants. Ils ne disent rien du silence terrible qui fait résonner tous mes pas, mais j’aime penser que je garde, innocente car non mise au monde, une vérité, un miracle, une beauté inouïe car non dite, une pierre insécable et démontrée en creux par la force destructrice des coupables que j’entreprends sans cesse de faire sortir d’ici.

Plus la personne s’évoque, plus elle commet le sacrilège du mensonge rien qu’à soi. Elle s’évanouit sous de faux mots prospères et gras qui l’engloutissent et la déforment, tout est volé, il faut reprendre, les combats jamais ne terminent. La moindre parcelle de mots ici posée est une sentence.

Qui sont les innocents ? Et maintenant la rage s’installe pour repartir aussitôt, reprise de justesse avant qu’elle ne m’éveille par un grand bras placide qui la remplace par le désarmement final. Je ne cesse de m’éloigner de l’humanité célébrée et choyée comme une idole grotesque pour répondre à cette question. Elle m’écrase au fond, bien plus forte que moi, car l’absence déflagrante d’une réponse évidente et rapide signe le règne éternel d’un monde qui ne méritera jamais qu’on se débatte en lui. C’est pourtant ces sursauts qui me paraissent moins coupables encore que les yeux qui se ferment devant la lame qui tombe.

Restent les lueurs, derrière les panthères noires entre les troncs massifs. Qui sont, que sont donc ces lueurs ? À cela, je peux au moins répondre rapidement et sans peur, sereine et assurée. Mais répondre à moi-seule.

 

Publié dans : Ballades sauvages
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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 22:57

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Si tu étais un morceau de bois, je te clouerais au sol.

Si tu étais un navire, je te ramènerais vers les côtes.

Si tu étais une maison je vivrais en toi tous mes jours.

 

Katie Melua, If you were a sailboat.

 

 

 

 

 

Walton Goggins est complètement shakespearien, me disais-je en empruntant l’avenue des Champs Elysées dans le mauvais sens. Tragique Shane Vendrell, déchu Boyd Crowder… quarante balais et deux rôles. Et quels deux rôles…j’ai tout pris je n’ai rien laissé et en veux déjà d’autre.


Arrivée à Concorde je fus prise d’un doute. Possible que la portion que je cherchais ait été en fait parallèle à l’avenue au demeurant vide, mouillée, atonale, mais grande, propice à respirer, d’accord, ce fut un point accordé. Je me retournais soudain, me maudissant en apercevant l’Arc s’éloigner. Merde… je n’y arriverai jamais.  J’ai déjà peu d’autonomie, il va falloir tout rembobiner. Ah, je me souviens petite je me mettais dans la tête du chien de la famille (et voilà, encore une phrase qui commence mal), embarqué en voiture et regardant par la fenêtre, j’avais dit à mon père que peut-être une voiture, dans sa petite tête de chien,  c’était une machine à rembobiner le paysage et… bref. Mais déjà, entrapercevoir le pont Alexandre III sur la droite m’avait insinué une inception, j’étais pourtant persuadée que les Champs Elysées traversaient la Seine. Et pourquoi pas ? On a vu des choses plus étranges accompagner le bouleversement climatique. J’ai récemment vu un chien coincé dans un mur, en photo sur un quotidien gratuit souillé de vomi sous le siège d’une rame célèbre pour sa biodiversité. Tout a bougé sur le côté… c’est pas vrai. Mon plan était pourtant simple, si simple que je ne l’avais pas vérifié, erreur fatale. Je sortais du métro, longeais le Grand Palais, traversais le pont Alexandre III et me retrouvais sur les Champs Elysées, vers Disneystore. Cependant, j’ai senti tout de suite que j’allais devoir ravaler mes prétentions. Le pont (je me faisais une joie de le traverser, il est si brillant) serait pour une autre fois.

 

Je partis donc dans le mauvais sens, en ruminant mes découvertes. Le cinéma est mort, vive la série, tout ce qui se fait de plus existant, excitant, intelligent, construit, ambitieux actuellement passe par la série. Les meilleurs acteurs peuvent s’y développer en entités exceptionnelles, nourries des heures incalculables de leur incarnation, servies par des narrations aux nuances pleines d’espérance. The Shield, saison 1 à 7, mais cela n’est pas nouveau. Maintenant Justified, saison 1. Cet homme frôlait le génie, et une poignée d’initiés seulement pour le voir. C’est moche et cependant parfait, tant j’ai horreur de partager. Une poignée, je m’entends. Sur la mauvaise portion de cette avenue infernale, j’aurais juré pourtant que personne ne le connaissait. J’essaye de m’intéresser un peu, de détailler le trottoir, mais ses passants l’encombrent, ils sont encore plus crayonnés que d’habitude, gris, en grappe,  ils ont l’air béats avec leurs sacs de soldes. Bientôt j’en traîne un à mon tour (de sac, imbéciles), mensonger, puisque comme la grande majorité de mes concitoyens je n’achète pendant les soldes que les nouvelles collections, après avoir constaté que la veste dont je me suis pourvue il y a deux semaines fait à présent la moitié de son prix initial. C’est faussement agaçant puisque toujours prévisible, je baisse l’échine et souscris à la coutume contente d’appartenir à mon espèce de temps à autres. Les minutes, mortelles, folâtres sont des gangues qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or… plus personne ne connait le mot gangue, d’ailleurs. Merde. J’ai mis deux fois trop de temps pour parvenir à un magasin où je suis en train d’acheter deux fois trop cher un article qui  m’exaspère déjà. Avec un Baudelaire persistant dans la tête qui me pré-annonce gentiment de foutre le camp d’ici.

 

Mais j’ai l’air parisienne, quand bien même en sortant du magasin je reprends à nouveau l’avenue dans le mauvais sens, n’en déplaise à mon air nonchalant et revenu de tout. Vous croyez que de me voir rendue pratiquement au pied de l’Arc m’aurait mis la puce à l’oreille ? Mais non. La preuve : deux Japonais tentent de m’interpeller et je bondis en arrière « Ah non non,  je ne parle pas le français, enfin, je ne suis pas d’ici, je ne peux rien faire pour vous, vous comprenez, rien ! » Ô temps pour l’hospitalité en Ile-de-France. Mon gosier de métal parle toutes les langues, pourtant, mhh. Je plonge sous l’Arc, j’ai l’impression de me trouver dans Vidocq (mais avec Depardieu) ou l’autre Fantôme de Belphégor, là, ou une Nuit au musée (ah non c’est à New York, ça), je ne sais plus. Un mauvais film historique où le ménage est trop bien fait et les costumes sortent du pressing. Je sais qu’Une nuit au musée n’est pas un film historique mais vous savez exactement ce que j’entends par là, et  je ne suis pas perdue, puisque je ne vais nulle part, simplement cela me prend un peu plus de temps et d’énergie que prévu. Il est bientôt 16h et je rajoute une difficulté : je n’ai rien mangé depuis longtemps, et plus de sucre dans le sang depuis la veille. Je ressurgis en me demandant si je vais retrouver bientôt la place de la Concorde, en apercevant la Défense. Station Argentine ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Super, j’ai une rigidité postmortem qui s’installe dans le Bas-Rhin, plus de carburant et  je viens de m’amuser à frayer la bagatelle de cinq stations à pied.

 

Horloge, Dieu sinistre, effrayant, impassible, dont le doigt nous menace et nous dit « Souviens-toi », de tête. Attendez un peu. Vous avez encore tout rechangé de place pendant que j’essayais ma combinaison Tigrou. Je n’ai pas essayé de combinaison Tigrou, cela va bien oui ?

 

Mais je suis où, maintenant ? Argentine mensongère, mensonges, tout est mensonges et détestation, désarroi, et personne ne connaît Walton Goggins, l’incommensurable que personne ne commensure j’en ai ras le bol d’être toute seule. Meurs, vieux lâche, il est trop tard.

 

Je considère soudain l’extrême laideur de la vitrine Vuitton, ou Lancel, un truc avec des sacs dedans. Un coin, à moins que la ville se soit encore surpliée devant moi. Un zèbre les pattes en l’air, s’il vous plait tuez-moi, je vous en prie, faisons cela. Prenez-moi et que mon sang rachète cette vitrine coupable. Je suis tellement déçue d’être seule. Je consens à ce sacrifice. Je considère enfin sa laideur, des centaines de mètres plus loin, lorsque ma rétine accepte enfin de transmettre une information pour laquelle elle a eu peur de se faire abattre. Je me rappelle aussi qu’il y avait un jeune type un peu humain, qui fumait sa clope dans un grand pull gris, devant un cinéma. Une vraie gueule de projectionniste en pause, s’ils existent encore. Il a failli être beau, car je ne l’ai pas regardé. Peut-être aurais-je dû m’arrêter net et lui demander s’il était un projectionniste en pause, et alors un jour nous aurions donné naissance à notre cinquième enfant qu’on aurait appelé Vuitton pour commémorer cette belle journée. De merde. Parce qu’elle n’est rien, ne contient rien, ne donne rien, à part m’emmerder dans mes directions.

 

Walton Goggins, connasse !, me surprends-je à crier en rêve à une pauvre créature probablement aussi perdue que moi mais suédoise, avec une excuse donc. Je dis suédoise, c’est parfaitement sexiste de ma part. Elle est grande, blonde, s’habille bio et arbore un grand sourire sain sur une peau parfaite légèrement piquée par la rougeur de la neige alors qu’il ne neige pas, j’en conclue qu’elle est suédoise. J’imagine que si je lui rends son sourire nous formerons un joli couple de grandes dingues perdues dans ce siècle. Nous nous offrirons des moufles tricotées par des enfants du Vietnam qui se tromperont sur la taille car ils n’en portent jamais. Nous nous aimerons d’un amour pur ponctué des frictions du sauna. Nous nous dévorerons de sourires entendus, éloignées à jamais des hommes perfides et de leurs suintants pénis tendus comme autant de doigts accusateurs, oui, toi, là, sers à quelque chose, veux-tu ? Mais je ne lui réponds pas. Je ne suis pas prête. Je l’ai trouvée belle, c’est un premier pas vers la modernité, me dis-je  pour me consoler.

Je ne suis qu’une sale menteuse, je crée des blondes dans mon ennui sur cette avenue dont je ne sais pas si je ne devrais pas tout simplement m’échapper en me fabriquant des ailes. Un labyrinthe linéaire, c’est la meilleure. Je me perds sur une ligne droite, quel exploit. Balancez-moi d’un hélicoptère dans la jungle birmane et je reviendrai avant la nuit mais il faut que je prenne systématiquement les rues dans le mauvais sens en sortant du métro. Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide.

 

Tantôt sonnera l’heure où le divin hasard, où l’auguste vertu, ton épouse encore vierge, où le repentir même, où la dernière auberge où tout te dira… je répète à vois haute pour m’en débarrasser.

 

La fin de Shane Vendrell dans un appartement pourri de L.A.est un morceau d’anthologie. La douleur de Boyd Crowder au milieu des pendus du Kentucky un paroxysme. Walton Goggins, vous dis-je. Fire in the hole ! L’immense. Pyromane néonazi touché par la grâce, flic corrompu noué de remords, aspiré dans la fatale descente d’organes du passager d’un avion en piqué. Qui puise la force de pénétration de ses yeux d’acteur derrière la barrière à jamais refermée par le suicide de sa femme alors que sa propre gloire commençait. Rien sans rien.

 

Enfin redescendue dans les artères signalisées et assise entre deux femmes identiques, je m’octroie (bigre, quel mot laid) un instant de répit en attendant d’être recrachée à Nation. Je pense à ce rêve dans le rêve que j’ai fait cette nuit. Un coup tordu des services secrets de l’âme : voyez toute l’ironie, j’avais dit, avant d’aller dormir : « allez, c’est terminé. » J’avais pleuré un peu, parce que c’est toujours triste de terminer. Surtout ce qui n’a jamais commencé, mais passons, j’avais dit : « Je me libère. » Toi, (appelons-le… Dean, comme le chien de True Blood qui se transforme parfois en homme à moins que cela ne soit l’inverse, et pour le tenir à distance), toi, Dean, je te tourne le dos, j’en ai terminé de frayer dans ton sillage, tu n’auras plus de pouvoir sur moi, I rescind my invitation, comme il faut le dire à tout vampire dont on ne désire plus la présence dans sa maison, et qui devra alors qu’il le souhaite ou non, sortir en reculant en vous dévorant d’imploration, mais trop tard. Je m’étais couchée apaisée et certaine, définitive comme je pensais l’être parfois. Puis je fis deux rêves, entrecoupés d’un éveil brutal très cinématographique en effet, moins bien cadré cependant, et le brushing moins gonflé. Dans le premier tu me suivais chez moi, je te présentais des proches, te demandais une balade au bord du tsunami qui se figeait derrière le port, dans les brumes vespérales oui, tout était là. Tu restais distant puis incisif par regards appuyés, formules justes et dosées, j’étais tienne adorable, enchantée et luisante, on aurait vu mes boucles en cascade sur mes reins pendant que tu m’embrassais enfin dans la pénombre, soudain tu me tends gravement des papiers, dans un tribunal planté à la hâte entre la mer et nous, me demandant de veiller à tes affaires si tu devais partir. J’étais déchirée, je ne voulais pas les prendre, refusant de sceller ton destin et je me réveillais. Je racontai alors en panique mon rêve à des amis qui se relayaient à mon chevet pour écouter mon histoire, je leur demandais où tu étais parti, si tu étais parti et ce qui, enfin, se passait. Je disais que je savais où étaient les papiers si c’était nécessaire. Aucune trace de toi pourtant. J’étais perdue, et triste, consciente d’avoir rêvé, écoutant les autres me dire de tenir à ce rêve et de ne rien abandonner. Et puis je m’éveillai à nouveau. Cette fois-ci dans le silence brutal du matin réel. Ennuyée de cette farce émanant de moi-même. J’avais dit « terminé », il va falloir que je m’écoute un peu mieux. Je froisse impatiente les draps, interroge cette nouvelle journée, décide d’aller sur les Champs Elysées en passant par la Seine, me dit que je ne peux raconter ce rêve qui me perturbe à personne. Et personne donc n’écoutera jamais ce rêve. Pourtant, tu es bien parti. Nous nous sommes probablement aimés dans les replis temporels d’une ville maudite et insaisissable. Je ne sais plus qu’en dire, ni où se situe donc la connivence, celle qui me tient à toi. Il ne se passe rien. Tout est suspendu comme les ballons dans l’air, trop hauts, trop légers, immanquablement voués à disparaître ou exploser. Le jeu, la fiction, le rêve, l’ivresse, tu dois partir. « Peut-être que je ne parle qu’à moi-même depuis tout ce temps » souffle faiblement Boyd Crowder dans la voiture du dernier de ses amis sur terre, reconsidérant sa foi au plexus défoncé par une accumulation de pertes. J’éteins le poste, la saison, de toute façon, s’est achevée.

 

Sur ta droite parfaite, sortant de sous terre, je ne sais où aller.

 

 

En guise d’épilogue

Sortie à Nation, l’enfer de la ronde : un cercle et trop de possibilités en rayons, tenter ma chance pour prendre le cercle dans le bons sens, arriver enfin à la bonne rue en ayant parcouru tout le cercle par la gauche, la rue se trouvant être pourtant au départ la première sur ma droite. Je feins l’innocence. Walton Goggins existe quelque part, je me souviens par cœur de Baudelaire grâce à Mylène Farmer, je ne sais rien et reste seule parce que rien ne convient, rien ne suffit, rien ne te ressemble, et  cela suffira pour aujourd’hui.

 

Trois mille six cent fois par heure la seconde chuchote « souviens-toi » rapide avec sa voix d’insecte dit « Je suis autrefois »…

 

J’étais heureuse, tu sais. C’est même souvent le cas. Je l’ai encore été il y a un quart d’heure. J’ai aimé te chercher là-bas, et te laisser partir. Mais j’ai le cœur condamné. Je ne te voyais pas sous l’Arc. Je te retrouve dans l’abîme de l’abîme de mon repos et prie pour simplement dormir. En dessous du dessous du réel, tu existes avec moi. Au milieu, je peux encore en parler. Réveillée rien n’existe et depuis des années je me tais. Que je le veuille ou non.

 

… Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 17:59

 

 

 

Russell, Bertrand - Essais sceptiquesRichard de Mediavilla - Les démons  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

Mais bien entendu que j'ai un travail. Cela fait un moment, vous dirais-je.

 

Il m'empêche probablement d'inonder quotidiennement ce vieux blog de mes considérations fines et racées sur le métro parisien ou les caracals du Kentucky, mais il permet de jolies collisions ou d'étonnantes contorsions entre ce monde et l'autre. Il faudra vous y faire, car je ne vais nulle part et continue ici et là mes folles quêtes.

 

Je vous invite ? On y parle en ce moment de Jamblique, Richard de Mediavilla, Michel Desgranges, Bertrand Russell et même de Brigitte Fontaine s'il vous prenait l'envie folle d'avoir de ses nouvelles.

 

Des sources sûres vous diront que j'offre parfois le café, à défaut de savoir lire. Je vide sans aucun remords quiconque le recrachera sur le tapis.

 

 

(NB: C'était un piège, il n'y a pas de caracals dans le Kentucky, à peine au Nouveau Mexique.)

 

Publié dans : Ecrire l'écrire: autour du livre et des plumes
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Vendredi 7 janvier 2011 5 07 /01 /Jan /2011 23:08

Paradis de Dante - Premier cercle des professeurs du royaum

 

 

Allez au diable, je m’appelle Samuel Hall, je vous déteste tous. Continuez comme ça.

Alain Bashung, Samuel Hall.

 

Être armé, aujourd’hui,  passe pour un dérangement mental, Verlande le savait mieux que quiconque. Personne ne semblait comprendre que le point limite venait d’être franchi. Le point limite à partir duquel la seule façon d’être libre, c’est précisément d’être armé.

Maurice G. Dantec, Métacortex, Albin Michel, 2010.

 

 

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Les priorités de lecture restent mystérieuses. L’organisation des affects, compliquée. L’effet insoupçonnable.

Il faut prendre en considération le faisceau qui accompagne l’œuvre, bien sûr. L’homme, si on le peut. Notre sommeil, ces derniers temps. L’état de mort clinique dans lequel on maintient le Journal de 20h. La déstabilisation prévisible mais immanquable des Fêtes. Les lois contraignantes de la douleur physique. La place consentie à l’amour. La playlist. L’intime conviction.

Il faut prendre en considération sa propre position générale géostratégique, spirituelle, embrassante, refaire les points les plus réguliers possibles, quand bien même les ouvrages lus s’enchaînent, sur le repositionnement qu’ils viennent d’opérer, ou non, sur notre conscience d’errant. Tout est tellement foisonnant et multiple, divergent, atroce et magnifique, aggloméré, diffracté, coexistant que je fige pour ma part chaque sous-monde en une strate et me voit en foreuse indélicate qui va et vient entre chaque, phallique symbole qu’il faudra que j’ausculte, attentive à ne pas briser les formes figées que chaque couche contient mais à les faire vibrer un peu, pour les éveiller l’espace de quelques secondes, leur sourire ou les secouer et repartir. Exténuée et exaspérée de ne jamais ni me faire figer à mon tour dans le grand silence de la réparation, de l’intégration sans conteste à au moins une de ces sous-couches, ni résignée encore à m’assoir simplement sur les strates du monde en regardant le ciel, en lançant un appel brisé au monde pour qu’il vienne, lui, à moi. Un petit problème de mesure et de métaphore. Ou plutôt, un problème dans les yeux de ceux qui me regardent par accident et n’ont aucune conscience des mesures et des métaphores.

Je saisis chacun des livres de Dantec avec la prudence anxieuse d’un proche au chevet de celui qui contracte une maladie neuve et peu diagnostiquée, à l’issue incertaine : Je vais te prendre la main et tenter de voir et de sentir ce que tu vois et comprends, connais de ce nouveau monde qui grossit en toi, attentive aux efforts surhumains de formulation que tu tenteras pour exprimer, prévenir, en dernier lieu transcender ce qui en sortira, mais surtout, ce qui y restera à jamais enfermé. La plus grande charge de la souffrance, l’auteur la porte seul, et certains efforts de communion sont plus intenses, je serre sa main et plonge dans ses yeux en reconstituant les bribes qui émanent de son organisme entier, à celui touché par la seule grâce qui compte, celle qui lui donne le vecteur pour drainer un corps saturé, tout en laissant échapper des flots erratiques, sales, difficiles à soutenir. Est-ce que c’est triste ? je n’en sais rien. Je n’ai jamais perçu aucune expérience que comme balle traversante que j’essaye à tout prix de retrouver plantée avec mon sang dans le bois derrière moi pour comprendre au moins la grosseur du calibre qui m’abat. Est-ce que Dantec souffre quand il écrit ? cliché présomptueux. Mais de le lire m’indique le degré de souffrance que pourrait ressentir celui qui n’a aucun don de formulation et pourrait potentiellement renfermer ces univers inimaginables, d’autant plus inimaginables que nous ne sommes pas sûrs, le livre refermé, de les avoir clairement imaginés. Drame de la formulation dirait mon seul ami de ce monde. Dantec ne cite même plus ses sources, tant elles sont digérées, il reformule l’évidence pour lui donner toutes ses chances de sonner neuve et frapper plus sèchement. Ainsi de mon refus d’utiliser le terme « catharsis » que tout le monde croit connaître et comprendre. Dantec tue, parce que ses simplicités surprennent et arrêtent le cœur trop brutalement en plein exercice d’une extrême complexité. Elles sont dénudées, mais par là-même immédiatement rendues impuissantes, absurdes comme la justice totale, implacable vers laquelle le roman entier semble tirer de toutes ses forces et par le feu de toutes les armes les plus surenchéries possibles. Et le tué revient. En vain. Car la guerre n’a pas cessé, et  la Chute intervient.


C’était si évident, c’était si ostentatoire même, cette obsession pour l’inversion. (Op. cit. p 632)

 

Et dans ce que je lis, dans la galerie des horreurs qui s’épanouissent à leur aise, s’ouvrent des invitations à courir dans le Wyoming plutôt que dans Montreuil, à courir à perdre haleine dans le Montana plutôt que dans le sixième arrondissement vicié d’une ville aux lumières crasseuses, à s’éreinter au lasso sur l’animal dans le Dakota, s’endormir dans un Dodge sur la transversale canadienne, illuminer de son sourire épuisé une aurore boréale et s’ensevelir sous le vent de poignards, frapper sa poitrine engourdie à l’approche du point de congélation, boire, chasser, élever, prier et Dakota, Wyoming, Montana dans le rétro comme autant de régions qu’il ne cite pas, dont rien ne me dit qu’il les supporte même mais qui sont autant de promesses qui s’éveillent en moi de trouver ce qui ne se trouve plus dans nos contrées serrées et surpeuplées : l’espace vital. En somme, résister par une force de vie trempée par la survivance à ces formulations de l’extrême. Bien sûr, bien sûr que le cliché est tellement immense que je devrais périr ensevelie sous ma propre stupidité pour oser courir dans les plaines aux bisons et épouser un musher. Oublions mes fébriles et féminines insuffisances, mes adolescentes fureurs de liberté mal dégrossées. Mais Dantec propose bien de l’espace vital, de l’épopée prodigieuse et déraisonnable, de la colère et de l’autorité, ce mélange-scanner froid qui déchaîne les passions ou accable de détails, ces recoins protégeant à ses yeux le diable qu’il espère mettre à nu en posant calmement ses plans sur la table, le fixant pour lui indiquer qu’il a compris son petit jeu, et que certains seront dans le passage.

Je vous avais prévenu qu’il y a des facteurs à prendre en compte. Mais si l’Amérique fascine, quel que soit le côté de sa frontière où l’on se trouve, c’est aussi et permettez-moi ce surtout, pour les espaces démesurés aux codes primitifs parfois rassurants qu’elle peut continuer de promettre sans décevoir. Pour sa ferveur délirante et ses armes en vente libre. Pour les prêtres Elvis qui marient des poupées à des GI. Pour la Budweiser dégueulasse et les steaks immenses. Aussi. Et surtout. Soyons honnêtes. L’exil ici était motivé par de grandes et moins grandes idéologies. Mais cette littérature d’exilé comme d’autres en leur temps nous met face à nos propres idéalisations du départ.


Ceci pour faire office d’introduction. Pour relier à la suite, ce que j’avais précédemment écrit immédiatement à la fin de la lecture de l’énorme Métacortex, c’est-à-dire il y a deux heures :

Rien à faire, Dantec me donne toujours envie de lire, et de lire pour vivre. Depuis dix ans que je tente de le suivre avec quelques ratés, une obstination bornée à l’envoyer se faire foutre comme une gamine vexée d’entendre trop de leçons si brutalement assénées, qui court vers ce feu promis, se brûle et revient rageuse lui répondre encore qu’il peut aller se faire foutre car elle connaît à présent ces bords de ligne et les trous béants qu’ils contournent et dans lesquels elle a pu cracher toute seule, lui reproche de ne l’avoir qu’incité à brûler et jamais protégée et repart, en jurant qu’elle claque cette porte pour toujours et que cet amour est bien terminé, s’isoler dans la méditation polluée et bruyante de centaines de livres plus grands qu’elle qui la consument autant qu’ils l’élèvent et qu’elle balance, rageuse, en retournant vers lui d’un pas assuré, se planter dans la poussière et lui dire qu’il peut aller se faire foutre parce que tous ces livres sont vides, et qu’ils le sont depuis qu’elle en a volé, oui, le suc essentiel qui finit par la composer entièrement et la durcir dans une prison folle de valeurs démesurées et obsolètes, et qu’alors quoi, qu’est-ce qu’il propose ensuite alors, alors… et qu’essoufflée, je pleure enfin, acceptant l’obédience devant son imperturbable regard d’acier liquide qui ne me verra pas et sa mâchoire serrée sur des mots inadmissibles que moi j’entends, pourtant, figée devant l’immense écran de ma conscience hachuré de son intermittence régulière, depuis dix ans que je peine à trouver mon souffle et que mes articulations lâchent sous les poids que j’accumule, défiante et sourde aux menaces, aveugle aux consignes de sécurité mais de plus en plus efficace et formée aux combats vitaux de tel infortuné qui se balança en slip et en son temps d’un hélicoptère dans l’eau des glaciers, depuis dix ans que je tente de le suivre avec quelques ratés, beaucoup de tests grandeur nature et l’inspiration profonde et inexpugnable que toute vie se doit d’aller trop loin pour mesurer enfin jusqu’où elle pouvait et se devait d’aller, pour retourner rompue à la léthargie convalescente dans l’unique but de repartir, depuis dix ans que je ne veux plus terminer mes phrases, baisser le ton ou les yeux mais accepte pour durer de calmer cette rage tout en l’utilisant comme un chien dangereux certes mais parfaitement dressé contre les bon ennemis, avec quelques ratés, depuis dix ans que je ne sais plus ce que je suis, qui je dois être, où me trouver pour comprendre que je suis partout, tout le monde et tout le temps adaptable à chaque situation au point de devoir élever toujours plus mes débats internes, je le retrouve sans l’avoir jamais perdu de vue, je le déteste et le convoque, le défie et l’insulte, le serre et l’embrasse en m’excusant bref, il est celui dont l’écriture me traverse, me déshonore, m’ insupporte, me brutalise, me rend belle, m’apprend, me gifle de fulgurantes trouées, me fait rire ou pester de mépris, il est celui dont l’écriture me maintient en vie.

Et, ça va, j’en ai lu bien d’autres. Je ne peux, simplement, jamais l’inclure. Il y a les autres, dont Platon ou Conrad, et il y a lui. Point. Remettez-vous en. Moi, non.


C’est parce qu’il y a des facteurs à prendre en compte. J’avais vingt ans, et contrairement aux apparences, je sais être docile et fidèle aux vrais électrochocs. J’avais vingt ans, et il m’a inversée. Je sais depuis que sa prose n’est pas la meilleure, que ses thèmes rebondissent mais qu’ils prennent de la vitesse à défaut de retrouver la précision de frappe initiale, qu’il m’a développée, enveloppée, abandonnée et reprise, qu’il n’existera jamais comme je le pense, que je ne veux rien savoir, d’ailleurs, de lui. Que sais-je des morts depuis longtemps ? Ce que je dois savoir, ceux des écrits qui restent. Je considère Dantec comme un de mes classiques enterrés et pourtant rutilant dans mes influences, implanté, jamais vivant, toujours déjà plus. Le réel, quand je lis Dantec, ne m’intéresse plus, car il coule de source. Et j’y reviens plus forte de l’expérience qu’il m’a transmise de ses mondes de feu et de sang, inoffensifs sous leur apparente ultra violence (je dis ultra violence essayant de me mettre dans la peau d’un béat, car je ne fus pour cette fois pas le moins du monde violentée par ses portraits encore en-deça de ce que l’humanité peut produire de plus abject , disons que je suis passée depuis un moment au-delà de l’abject, j’ai fait mes lectures, donc) , inoffensifs car orientés vers la réconciliation et le renouveau. Il n’incite qu’à déchirer les enveloppes fausses, contempler la pureté essentielle et intrinsèque à chacun voudra se considérer un jour, vraiment, comme un homme. L’on m’objectera que sa conduite réelle dément cette assertion, que son entourage (tout du moins celui qu’il rend visible) n’est pas des plus pur et reluisant. Mais enfin, qu’en sais-je, moi ? Quelques bons lecteurs peuvent, d’après sa théorie chère reprise à De Maistre, racheter la culpabilité d’autres intentions satellites moins nobles. De plus, si la guerre est ouverte et totale, il convient de trier ses ennemis dans l’ordre de leur pertinence.


On ne meurt qu’une fois, mais il existe un petit délai entre le dernier souffle et le départ. (Op. Cit. p 119.)


Je reste sur mon lit. J’entends la bande-originale de The Stand entamer le développement final de son thème principal et mon cœur, à nouveau, se soulève. Cela n’aura jamais de fin. Ce con se soulève. Pour la BO d’un téléfilm ringard tiré de Stephen King que j’affectionne démesurément mais sans arguments. J’ai quand même trente balais, dix ans de plus donc que la période savamment étiquetée comme propice à ces débordements, et une bonne connaissance des hommes qui conduit à une maîtrise relative du désastre et ce con, pour cette mélodie efficace,  se soulève. Bravo. Je ternis ma réputation en me révélant une perpétuelle amoureuse des ritournelles. Une perpétuelle amoureuse, en fait. Ne le répétez pas trop.

De dix ans en dix ans ce con se soulèvera sans discontinuer, un jour simplement, il s’arrêtera dans une dernière explosion de joie paradoxale. Je connais la fin, et je l’aime bien, déjà, et puisqu’il faudra finir. Dans l’entremise, il y a du travail puisqu’il y a de la lumière dit l’exergue de Métacortex.

Qui commence et s’annonce dès lors interminable. Fidèle à son maître. Apprentissage de son contenu dans une certaine douleur, tribut à payer à la connaissance, comme l’indique un de ses premiers journaux.

Dresseur de loulous, dynamiteur d’aqueduc, chante Bashung, dans la même langue mais décalée de celle que je frappe. Je vais changer la liste d’écoute, et changer de langue pour que l’étrange altérité mâle de l'anglais surgie des baffles épouse en me pénétrant celle de ma mère et que dans cet accouplement surgissent des images imprononçables qui, avec un peu de chance, draineront au mieux quelques phrases moins bancales que les autres.


C’est sans doute pour cette raison que sa nuit fut morcelée, comme autant de fragments d’un homme démoli face à son miroir. (Op. cit. p 535)


Au troisième whisky qui accompagne cette note et ces décontractants musculaires pour délier un problème sous-jacent de jonction torso-lombaire, je me demande si j’y arrive. Non, mais vraiment, je ne plaisante pas. Est-ce que j’arrive à développer ce pour quoi je me suis assise devant cet écran ami, car finalement, lui me tient la main à sa façon, attentif à ce que je dois moi-même, à ma petite mesure, drainer.

J’entends les sarcasmes. Je vois les rictus. « Groupie ! » «Dingue… »  et tout le lot perpétuel. 

Vous savez, c’est peut-être même encore plus compliqué que cela. Et ce n’est peut-être simplement pas le problème. J’ai un cœur de merde, parce qu’il est énorme. Dans sa dévoration, il laisse les pour compte d’autant plus esseulés que s’il n’avait qu’un médiocre appétit.


Prenons un brin de distance. Voyez comme je tente de passer les cercles.


Je prose, j’enveloppe, je surajoute certes, mais je fais partie de ce monde et n’en doute jamais. Cette strate précise où vous vous trouvez d’ailleurs, je l’arpente et je la connais. J’y travaille, j’y vis, j’y subsiste, il pourrait être tentant de l’occulter le temps d’une mauvaise pause en littérature. Mais je n’ai jamais dissocié les deux, manque de chance. Il n’y a donc jamais de pause. Simplement un temps dévolu à écrire, prendre un peu de cet incommensurable temps à vivre ces démesures au quotidien pour en transmettre un sommet d’iceberg, une touche, une goutte, un souffle et repartir. La distance se trouve probablement dans le temps que je m’accorde à tenter de l’écrire.


N’empêche, qu’on le veuille ou non, qu’on y apporte du crédit ou non, je fais partie de ce monde insolemment et désespérément nommé « du livre ».

Je devrais pour l’heure et pour subsister jouer des coudes et tenter de plaire au monde des lignes, donc, mais je ne le fais pas assez et pourquoi ? Je répondrai un jour à cette question. Pour l’heure, je sais de quel monde est issu Dantec. Les transferts. Les agents. Les fanatiques de l’Apocalypse on-the-web. « Mais je connais des gens qui le connaissent et il paraît qu’il est détruit par les drogues. » Ouais. Vous croyez que cela atténue, que cela salit, que cela amoindrit l’homme à mes yeux ? Disons une simple chose : de la cuisine interne je n’ai que faire, ou si peu. Et à mes yeux les héroïnomanes n’ont pas de conseils à recevoir des accros à Facebook pour peu que les uns le soient quand les autres le sont assurément. Mais je connais les contraintes. Les pas de danse. Les stratégiques plans d’un homme qui se considère en guerre, serait-ce pour jouer. J’en connais qui construisent des circuits miniatures de trains électriques. Qui écrivent des poèmes. Qui font des jeux de rôles dans les bois avec des haches en mousse. À quarante ans. À cinquante ils entrent en politique, ou construisent des bateaux dans leur cave. À soixante, ils intègrent des clubs de Bridge ou peignent des reproductions. Bof. Pour ceux qui jouent, le terrain est vague et infini. Il m’indiffère profondément, je n’ai aucun jugement dont le couperet ferait tomber des têtes coupables. Mais je prends le pari naïf que Dantec, s’il se fait souvent plaisir au passage, ne joue pas.


Alors reprenons, replongeons. Mais soudain, mon âme se dessèche pressentant la grande vague de quarante coudées promise chez qui l’on sait. J’ai un besoin irrépressible de ne pas reprendre, non, et de retourner à la Légende dorée, à La Religion romaine de Champeaux, à L’homme sans qualité et à Guillaume Budé.


Dantec, descendant dans le plus ancien mythe, tenant le fil pour nous permettre de sortir pour témoigner d’un des centres de l’homme, nous percute et nous ravive, dans le sens originel donc affectionné : il nous incite à combattre, donc à trouver des raisons de vivre pour nos causes, de plus en plus grandes, de plus en plus indispensables. Nous détestant il nous soude. Nous aimant, il nous prévient. Il nous prend un par un. Nous confirme un par un. Nous demande de nous démerder un par un. Parfois, quand le miracle fortuit survient, deux par deux. Enfin, il  nous appelle.


Je n’ai pas foncièrement aimé Métacortex, mais j’ai terminé ses 800 pages, laborieusement ou glorieusement selon les tournants. Je ne lui ai pas trouvé de qualités littéraires frappantes ou de message indestructible. Mais un auteur ne fait pas de com’, il n’a pas à « délivrer de message ». Lui s’incarne dans son Verbe, par ses imperfections.


Je regardais récemment le turbulent Inception de Christopher Nolan pour lequel tout le monde il y a quelque temps criait au génie. J’y voyais un bête tour de force, et encore, mais d’une platitude de fond  exemplaire, la seule tirade d’un Di Caprio aux yeux mouillés (qui reste tout de même un de mes acteurs fétiches car encore absolu et investi) me touchant étant celle où il explique à sa femme rêvée qu’il a fait ce qu’il a pu mais qu’il n’a pas réussi à la recréer avec ses imperfections, ses défauts, en somme qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est pas sa femme mais une ombre fantasmée et qu’il en est désolé. J’ai eu la mince confirmation d’une conviction encore bancale : l’impossibilité de formuler les racines de l’attachement autrement que dans l’embrassement de la totalité d’un autre, aux faiblesses peut-être inadmissibles ou inacceptables pour ceux qui manqueraient de cœur à son égard de l’extérieur, peut-être rationnellement insatisfaisant car excessif, forcené, moins calibré que d’autres, exaspérant et décevant parfois, mais fiché en plein être de sorte que s’il est lui-même cohérent avec les perturbations de son être que l’on prétend entrapercevoir et tolérer parce que  l’on accepte de se trouver à l’intérieur, tout, ou presque venant de lui, est non seulement pardonné, mais encouragé.


J’ai conscience que c’est sommer ici la fin de la critique pour l’avènement de l’irrationnel sentiment. Nous touchons des domaines où cela me paraît un risque tout à fait légitime. La critique sans passion est stérile. Ma passion est la meilleure critique : elle perdure ou elle meurt dans un souffle.

Je n’ai nulle crainte d’un aveuglement mis à l’épreuve depuis dix ans.


Leur parole, je la diffuserai obstinément jusqu’à mon dernier souffle, contre tous ces « vivants » agglomérés en meutes ou en troupeaux qui font de la vie quelque chose de bien pire que les limbes. (Op. Cit. p 806)

Publié dans : L'humanité mise à mal: témoins de guerre
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"Ne l'oubliez jamais, pendant que vous mesurerez vos abîmes..."

 

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  • Vollmann, William - Le livre des violences
  • Dan O'Brien
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