Ecrits vains : à moi

Lundi 19 mai 2008 1 19 /05 /2008 21:15

"C'est un lieu commun de prétendre que certaines rencontres infléchissent le cours d'une vie, l'orientent dans une direction jusqu'alors insoupçonnée. Plus rares sont les événements auxquels on ne peut accorder aucune place, qui restent en soi comme des lignes infranchissables. Bien des mots que me confia cet homme sont aujourd'hui oubliés, mais je conserve l'essentiel comme un troublant héritage."
R. Alexis, La Robe.




Il s’appelle Jack. Bordel, mais cette lumière me brûle et c’est insensé comme je me rappelle son regard pénétrant, s’immisçant dans mes recoins sans ciller. Il était assis tout seul dans cette grande salle baroque, il regardait le spectacle sans le voir, absenté depuis un temps incalculable dans son petit corps, et pourtant, il semblait si fort, si vous l’aviez vu, moi il me semble que j’en sourirai toute ma vie parce que pour une image, il a déversé dans mes pores une émotion si pure qu’elle m’électrise, et me rend terriblement triste, il y avait en lui une force animale et inédite pour moi, rompue aux rapports falsifiés d’adultes consentants, et lui qui concentrait dans sa forme une matière fluide et concentrée, et son visage, si grave qu’il en ressemblait bien à un animal perdu, hésitant, vif mais résigné, et ses mains qu’il lissait tout en jouant avec son pull, fébriles et attachées et non je vous le dis, je n’avais jamais pris la peine de regarder un enfant jusqu’alors. Je n’ai jamais voulu d’enfants. Il fallait d’abord que j’accepte de considérer certains liens comme indéfectibles, et j’avais peur de défaillir sous trop d’amour, mon cœur pour ce genre de malversation étant passé maître, j’avais peur, à juste titre, je le sais à présent, de la démentielle déconvenue, des bras ballants devant l’impossibilité de tricher, la nécessité de recourir aux mots forts et simples, et le bonheur, comprenez bien, le bonheur à l’état brut de ces étranges bras tendus, crève-cœur, tire-larmes, je redoutais ces attaches violentes, je ne voulais pas avoir peur pour lui la nuit, je ne voulais pas me trouver inféodée jusqu’à la mort à ce devenir d’être, émerveillée sans trop savoir pourquoi de le voir pourtant reproduire les erreurs séculaires, les perfidies immanentes, les élans trempés et tronqués, et sombrer peu à peu dans le désespoir sans fond de ne pouvoir rien pour lui.

Je ne voulais pas d’enfant parce que je ne voulais pas croire d’abord à l’amour brut et sans failles et j’aurais eu trop de peine à me trouver des failles dans un amour si intouchable. D’ailleurs, pour tout vous dire, je n’en veux toujours pas. Mais inféodée, oui, je le suis, et contrainte et forcée j’ai fondu sans résistance possible un amour d’une pureté inimaginable jusqu’alors dans les manques affectifs béants de cet enfant inconnu.

Il était digne Jack, n’en doutez pas, il ne s’est pas jeté dans mes bras en me soufflant son haleine aigre de lait caillé. Il m’a toisée d’abord et ne s’est plus détourné, avec une curiosité frontale qui m’a laissé des étoiles dans les yeux, qui m’a inondé les membres de picotements. J’étais sous le coup d’une foudre nouvelle, sûre d’être aspirée déjà par son énergie triste, en confiance immédiatement, et j’ai souri. Monsieur, je n’avais pas souri depuis longtemps, comment sourire quand on sait depuis trop longtemps qu’on ne veut pas être mère ? J’avais épousé la foule, moi, Monsieur, et disparu en elle. Mais lui, il m’a vue.

Je ne me souviens pas de ce qu’il a bien pu me dire et je n’écoutais pas. J’étais en sidération. Il s’appelait Jack, et il s’est collé contre moi parce qu’il était tout seul. Je crois que j’ai demandé où ils étaient tous, les garants de cette petite personne, ses gardiens, ses protecteurs.

            Il n’a pas répondu. Il m’a pris par la main et on est sortis dans ce jardin d’anciennes tombes médiévales. Il a couru dans les pierres et moi je le suivais comme on suit un mort qui soudain revient vous cueillir, comme on marche dans les pas de la grâce, ou de l’alcool, sans saisir ni vouloir saisir la force motrice qui vous meut. J’aimais à tressaillir, je souriais à la déchirure, je respirais à m’envoler. Jack parlait comme s’il retrouvait la voix pour la première fois après pénitence. Il devenait volubile à mesure que charmé par sa propre facilité d’expression, s’apprivoisant lui-même, il sentait se dérouler le tapis de silence renfermant ses errances. Je le regardais s’éblouir tout seul d’une maîtrise des termes et des sentiments rares pour son âge, enfin de ce que j’en savais. Moi je n’avais pas vraiment parlé à un enfant, comment l’aurais-je pu, effrayée que j’étais de devoir me dévêtir devant le minuscule, et qu’il nomme sans méchanceté mais avec une précision chirurgicale, dans la volonté d’énumérer pour grandir, mes cruels défauts de femme pétrifiée et sauvage.

J’ai accepté sa douceur et Monsieur, j’ai accepté surtout qu’il ne viendrait jamais de moi. J’avais mal de devoir le quitter, le rendre à ses tuteurs de peur qu’il se torde à mon contact, en fait je ne pouvais m’y résigner. Je devais vivre avec Jack, vous savez. Il est des évidences qui portent bien leur nom.

Je ne saurais vous dire combien de temps vraiment nous sommes restés dans ces herbes folles, je lui demandais sans cesse s’il allait bien, il me couvrait de baisers, riait, caressait mes cheveux, me disait que j’étais belle, tout était si nouveau pour moi dont les hommes avaient déjà emmêlé leurs mains dans les miennes à de nombreuses reprises, m’avaient déjà couverte de jolis mots que je pensais sincères, qui l’étaient d’ailleurs sûrement, je veux vous dire, Monsieur, que bien que transparente je n’avais jamais vraiment manqué de cet amour charnel et audacieux que certains êtres plus rugueux vous assènent pour vous contenter.

Mais la douceur magnifique de Jack, Monsieur, glissait, courrait sur moi, folle et joyeuse, je ne pouvais pas l’arrêter, mes poumons brûlaient de prendre de l’air sans le rendre, j’avais peur qu’en expirant la scène s’évanouisse, que Jack n’existe pas, jamais, me laissant plus vide et sèche que des yeux sans espoir.

Son père nous regardait depuis un moment déjà je crois. J’ai soudain remarqué, appuyé contre un arbre un homme au regard atlantique, comprenez, le vent, les vagues, la frappante mélancolie de l’horizon soyeux sur une mer grise, je sentais bien cette étrange impulsion sage, rageuse et douce aussi, et j’ai compris qui il était. Il  lui ressemblait, à son fils, il sondait tout pareil le jardin avec une intensité d’un autre siècle. Vous voyez, tous les deux, ils étaient concernés.

Moi j’ai eu peur au ventre. La nausée m’a attrapée immédiatement et m’a tordue en deux, comme si j’étais plantée devant le déferlement inexorable de poussière et de lave d’un volcan titanesque. J’avais sept ans soudain, j’embrassais et je jouais avec un enfant fort et doux qui ne venait pas de ma chair et la chair légitime et debout me regardait sans m’interrompre.

J’ai relevé les yeux la gorge déformée par l’orage à venir, des autoroutes de crainte pure vrombissaient sous ma peau. C’était terminé. Jack était terminé. Il devait repartir.

Pourtant, la vie, dans son indicible cruauté, m’a donné une seconde chance. J’ai cru mourir à nouveau de joie brûlante lorsqu’il s’est avancé vers moi et que Jack a pleuré. Il a crié à son père de ne pas me chasser, il a demandé si je pouvais être toujours là. Il a dit que j’étais belle et que je riais fort et qu’il ne voulait pas me quitter. Le père a souri, m’a serré la main et m’a demandé de les suivre à demeure.

La maison était grande et triste. La maison était douce, vive et résignée, Monsieur. Tout ceci devenait troublant, mais rassurait l’angoissée que j’étais devant l’incohérence.

Jack s’est éloigné et nous a laissé son père et moi. Et je crois que je lui ai dit simplement que j’aimais cet enfant sans savoir pourquoi et comment, que je l’aimais à en cesser de dormir et de manger si je ne pouvais pas le revoir.

Il a souri encore et Dieu, cette tristesse immaculée et atlantique m’a cinglée de plein fouet. Il m’a giflée de sa tranquillité sourde, je savais les naufrages qu’il devait contenir.

Jack est courageux et bouleversant, me dit-il. Il me montre une poutre menaçante au-dessus du comptoir en bois sombre de la pièce principale.

Jack a trouvé sa mère pendue il y a quelques mois, continue l’atlantique. J’avais compris.

Il faut rester avec nous, vous lui plaisez. Il y a aussi un cuisinier de votre âge.

Je ne sais plus mon âge, Monsieur, mais quand j’ai vu le cuisinier blond j’ai compris que j’étais encore jeune, alors. Que voulez-vous manger ? Je ne sais pas. Je suis heureuse. Jack sera toujours là, je ne sais pas manger dans ces moments-là.

Je me suis couchée dans l’herbe, Jack était contre moi, je crois que tout va bien lorsqu’ un chat se serre sur notre poitrine, et c’est l’effet que ça me fit.

Plus tard, l’atlantique a passé ses bras autour de ma taille et il a respiré dans mon cou. Je l’ai laissé faire. Il a une façon de pétrir  la chair pour oublier, pour s’accrocher, ne pas tomber. Je l’ai laissé se tenir à mes hanches. Je le faisais pour Jack.

Depuis que je m’occupais de son fils, il pouvait à son aise contempler le cadavre de sa femme flotter entre les murs, se balancer à la poutre, faire de l’ombre au comptoir. Tenter de remédier au vide.

Un jour, Monsieur, il est parti. Je sentais ses épaves remonter, je le savais prêt à s’échouer. Mais ce n’était pas ma souffrance, je n’ai pas cherché à l’aider et pourtant j’ai pleuré. Il est parti et Jack a crié. Et comment faire quand votre bonheur crie et se tord, que vos yeux trop mouillés lui font peur, qu’il vous griffe, vous condamne, demande qui va veiller la poutre, vous implore de tout changer, vous accule à votre impuissance acharnée ?

          Jack était un enfant blond, Monsieur, comprenez, un enfant soyeux et laiteux au regard de chat. La laideur l’a saisi pourtant, quand l’atlantique s’est retiré. Ma chair a brûlé soudain. La mère au vent, le père en route, je l’ai tué. 
              

 

 

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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /2008 00:24

Alors, c’est tout ce dont je suis capable.
Dire adieu à des villes que je ne connais pas,
Dire Dieu à des êtres sans émoi,
Tourner des pages qui ne sont pas de moi.
Qui ne seront jamais de moi.
Qui ne seront jamais à moi.
Que je ne verrai pas.
Que je ne toucherai pas.
Qui ne me disent rien que je n’appréhendais pas déjà.
Me croire encore stable.

 Alors tout ce qui s’annonce s’emballe et n’accouche pas. Toutes ces heures n’aboutissent pas, ces charmes ne se dissipent pas, toute cette énergie perdue à tenter de rester en place s’use et ne grandit pas, ce fer dissimule sa nature pour ne pas attirer la foudre sur soi, et goodbye, goodbye Philadelphia, comme dit un plus malin que moi.
C’est vraiment tout ce dont je suis capable ?
Parce que moi je vois pourtant des voies frayées dans la grande glace, j’entrevois le trashvortex, il ne me surprend pas, je n’attends pas les roses, si l’air est vicié, qu’il me fouette le visage.
Je ne crois pas être le foyer-même. Je ne suis même pas sûre que la réponse soit dans l’enfant ou le rouage. Je voudrais voir, voir pour croire.
Parce que toi plus je te rencontre plus je comprends que tu seras interchangeable, plus je partage et plus je me retiens d’y croire. Parce que toi, tu es une belle aventure mais tu ne réponds pas à ces échos des failles.
Parce que nous n’existons pas pour nous tenir sans nous lâcher, parce que l’appel ne concerne que moi. Parce que présentement, tu me lis mais ne me comprends pas et comment le pourrais-tu, quand je peine moi à te cerner, quand j’abdique souvent au moment d’en être capable ?
Parce que malgré les merveilles et les horreurs, nous ne nous soutenons pas.
Et ce n’est pas seulement toi, c’est toi aussi.
Si je ne m’abuse, je t’abuserai toi.
Parce que c’est tout ce dont je suis capable.

Générer des élans, caresser des images, ne me plaindre qu’en surface. Parce que si je te disais vraiment ce que tu voudrais que je dise de faiblesses et de larmes, si je te disais vraiment la fureur que je voudrais apaiser, les craintes dont je devrais me défaire, que je croyais en ton sang, ta voix, ton cran, je ne me séparerais plus de toi.
Mais il ne s’agit pas d’un seul toi. Il ne s’agit jamais d’un seul. Moi je suis seule, vous, toi, tous ces multiples se superposent, et je ne vois plus rien. Pourtant tout ce que je veux, c’est voir.
Et il ne s’agit pas d’amour, d’ami ou d’inconnus. Il ne s’agit pas de liens préconçus et ratés, machinaux et fatigués. Je ne peux plus me lier car tu ne vois jamais les voies frayées.
Je partirai sans faire de bruit. Je sourirai dans l’avion, je respirerai sur le pont. C’est tout ce dont je suis capable : frayer.
Toi je te rencontrerai toujours puisque tu ne m’auras pas accompagné. Tu seras ceux-là, la grande altérité. Je saurais toujours à nouveau te plaire. Tu croiras me tuer en me quittant, je ne m’ouvrirai que les voies.
Je marcherai sous la neige de Philadelphia et au coin d’une rue tu souriras.
Sous les lampes grasses de Berlin tu me remercieras pour le chemin.
Dans un bar de Ciudad Juarez tu me conseilleras d’être prudente.
Tu regarderas droit devant toi.
Tu gratteras tes ongles sur la table.
Tu toucheras la matière du sofa.
Ton attitude m’interpellera.
Tu seras hésitante et trébuchante dans une ruelle moite.
Tu seras vieux et calme sur un banc face à la mer.
Nous ne nous connaîtrons probablement pas.
Ton café servi, ton hospitalité, ton indifférence glacée, ton indication du quai, ta caresse passagère, tes mots inaccessibles, tous ces ponts me guideront, baliseront mes voies.
Et je continuerai, en pensant à tous ces toi, je continuerai les frayantes.
C’est tout ce dont je suis capable.

 

 

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Samedi 26 avril 2008 6 26 /04 /2008 19:08

Il m’est impossible d’apprendre à me taire, c’est vrai.

Laisser le rire, peut-être, et la pupille sensible. Si trop de bruit se retirer.

La gorge ferme, et les racines solides.

Et le mental, le mental d’acier durcit, coulé, moulé et sans fissures, la vierge et le moral de fer, parce qu’il ne faut pas tomber, jamais, du grand manège doré.

Il ne faut pas crier, gémir, il faut courir longtemps et endurer, tenir bon la branche, et respirer.

Mes mots peuvent tout expliquer. Ils sont trop, vous vacillez. Mon souffle est vie, vous voulez bien ma bouche, ma bouche chaude, ma bouche vide. Mais méfiez-vous.

Méfiez-vous de mon eau rapide et qui jamais ne dort. En dessous la terre gronde, dans mes poses placides, les cheveux incendiaires, les yeux profond fermés, ma fierté volubile, je vous observe, je vous connais, je vous oublie.

C’est un cercle. Ce sont mes bras, une corde, une bague ou l’origine du monde.

Entrez, sortez, embrassez qui vous voulez. Je vous observe, je vous caresse de pensées bienveillantes, assommantes, je vous connais et ne vous laisse ni répit ni paix. Je vous oublie dans un élan pour n’avoir rien à reprocher.

Je dis vous oublier parce qu’il faut être sage. Je rugis en dedans de cette malhonnêteté.

Ceci est mon cercle, ceci est mon corps, ceci n’est pas vrai.

Mon cadeau à chacun ce sont les mots que je veux bien trouver, encore, pour vous louer, vous bercer, vous gronder comme il le faut parfois, comme vos orages m’ont parfois inondée, portée, lavée.

Soyez-en bien sûr, mon silence est un échec, mon silence est une contrée trop froide pour quiconque s’y risquerait. Mon silence est une lassitude, une douleur sans nom. Je me tais quand je renonce, quand je pâlis, quand je suis tuée.

Laissez-moi donc vous dire encore, et sans relâche, tout ce que vous semblez représenter.

Tout ceci est loin d’être terminé.

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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /2008 17:16
J’en reviens à l’humain.
Qu’est-ce qu’on disait déjà ? ah oui. Le facteur humain.
Et l’aube des Temps alors ? Plus tard. Vous vous moquez.
J’échangerais bien mon siècle, tiens, mon pays, mon genre. Enfin, tout ceci ne sert à rien, brasser de l’air, des mots, encore. L’homme résiste, il refuse vaillamment de s’éteindre. Et moi je suis bras ballants, et je n’y comprends rien, je dois trop rire.
C’est qu’il y a trop de fleuves, de tonalités, d’idées, j’ai presque assez de temps mais plus tant de méthode.
Je voulais juste vous parler, en fait. J’avais juste pour plan d’être attentive, déficiente mais réelle, de vous saisir au bond, de vous trouver touchants, peut-être, brillants, incassables et malheureux. Solides, fiers, valeureux. Et puis lâches aussi, inanimés, malsains ou tendancieux. J’avais juste un moment à vous consacrer entre deux éruptions, deux lames de fond et quatre sentinelles, je suis coupée de votre monde, et n’ose plus y entrer. C’est bien trop tard, l’éclaircie ne dure pas, déjà déferlent à nouveau les plus belles noirceurs, celles des autres, que je n’imagine pas, les miennes sont fatiguées, elles se terrent, blessées qu’on ne les libèrent pas. Elles sont atrophiées car voyez-vous, le facteur humain les as surprises, et terrassées.
Lorsque je suis seule, dans le noir, je n’ai jamais peur de tomber. C’est déjà fait. Et le sol dense et sec qui me soutient alors a plus de réconfort que mille bras qui veulent m’élever certes, mais desquels je glisse encore, sans effort, sans me tenir non plus, sans jamais y penser, en pensant à côté.
Oubliez-moi un peu dans la ronde de vos danses macabres, dans la paranoïa de vos sourires figés, j’aime mon sol aride et son regard fermé, je suis plus calme dans ce recoin. Vos lumières tourbillonnent, sonnent faux et mon cœur dissident refuse l’ivresse de la surface plane.
Je vous envie parfois cette béatitude qui vous tient hors du froid. J’arrive à vous toucher, à croire le peu de foi. Mais je m’isole, et la greffe prend. C’est un petit miracle, parfaitement seule au milieu de tous, sans avoir mal, sans vous maudire. Je vous observe, et vous me nourrissez. Le facteur humain a encore frappé. Je le laisse faire, car ponctuellement, l’autre m’émerveille, me stupéfie, me sidère de son inouïe bonté, désintéressée, forçant le passage, se soudant à mon intimité farouchement défendue, décrétant la joie générale dans mes quartiers, putsch magnifique dans un contrée désolée qui n’attend plus personne. Oui, je suis entourée, encerclée de sourires, de caresses, de voix. Et j’en suis gratifiée, honorée, décorée.

 Mais plus jamais de nous, le rideau est tombé. Je suis juste à côté, si vous me cherchez.

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Dimanche 20 janvier 2008 7 20 /01 /2008 17:01
Les recherches au sol n’ont rien donné. J’arrête.
L‘apologie du vide est prétentieuse, disons que l’étendue d’eau n’en finit plus, il n’y a pas de Nouveau Monde pour cette fois. Et finalement, la dérive devient une berceuse, je n’ai pas peur pour moi, si je coule le poids de mon corps deviendra supportable, les failles m’accueilleront dans un silence caressant.
Mais je ne coulerai pas. Je dois tenir une main sous les embruns, et lui montrer.
J’ai rasé les murs de la grande ville, patienté dans le bruit sans envergure, je n’ai rien trouvé comme promesse à lui faire, elle n’écoutait pas, jamais. Je ne m’en plains pas, je ne la regardais pas. Ce n’est pas un scandale. Mais enfin, nous ne sommes rapidement plus personne, nos cœurs se vident, nos yeux se vitrent, nos peaux grisent, l’instinct abdique.
Toi tu n’as jamais cherché, tu n’as aucune idée de ce qui s’est entassé sans tri pendant des années, à ton insu. Tu voudrais tout découvrir pour t’en débarrasser, amusé, en recul, détaché de ton propre butin, certain de pouvoir t’en laver les mains si ça tournait mal. Mais l’importance te rattrape. Rien ne comptait, et te voilà impliqué sans objet.
Tu as eu des pertes lourdes, à ne savoir rien retenir. Ta dérive est moins joyeuse, tu scrutes un horizon qui te moque, insolent dans sa pure régularité inaccessible. As-tu toujours ce mal vrillé à l’estomac ? Sais-tu apprécier le roulis pour dormir, enfin ?
J’ai froid pour toi, j’ai peur pour toi, je ne peux rien faire. Si l’océan se soulève, si la coque déchire, si les avions explosent et les tours s’effondrent, si les lumières s’éteignent et les paillettes tarissent, si je manque de vivres, si je m’endors et relâche mon attention et ta main, si tu glisses du cockpit déchiré, si le feu éclair t’emporte dans un couloir incandescent, si le rideau s’abat sur ta prestation médiocre, si tu pleures en coulisse, je coulerai sans résistance, je remercierai la corde qui m’attache à la proue avant qu’elle ne se brise sur un glacier immense. Ce n’est pas un scandale.

Pour l’heure, sur nos radeaux solides lissant la mer d’huile sous un soleil clément, New York n’existe pas, profitons-en pour sourire.

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