Vendredi 9 novembre 2007 5 09 /11 /Nov /2007 22:15
Il semblerait qu’on tienne enfin notre Bukowsky français, et son double littéraire terne à souhait, mais alors un vrai, pas un Houellebecq moite et encore trop hype, non, un vrai type cireux, sans relief et à la misère sexuelle à peine sordide, tout juste intolérable au regard d’élans lyrico-soviétiques par ailleurs à noter.
Jean-Pierre Martinet, originaire de Libourne, après s’être usé aux fastes de la capitale, ratant prodigieusement sa vie promise au cinéma va écrire trois romans et plusieurs essais et textes courts dont La grande vie (édité en 2006 par la jeune mais néanmoins excellente maison l’Arbre Vengeur), jusque dans les années 90, et ce dans une indifférence presque générale. Désespéré notoire, censuré pour son chef-d’œuvre  Jérôme en 1978, réputé trop démoralisant (sic), il mourra malade et dévoué au cubis à 49 ans, en 1993.
Très court donc, mais flegmatiquement efficace, et ironique à souhait, le récit d’Adolphe Marlaud, au 47 rue Froidevaux, mérite œil attentif. A bon entendeur…
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« C’est vers la fin du mois d’août que le drame a éclaté. Je parle de drame, mais ce n’est pas le mot qui convient. Il n’y a pas de drame, chez nous, messieurs, ni de tragédie, il n’y a que du burlesque et de l’obscénité. On n’est pas heureux, mais on se marre bien. Jaune, bien sûr, mais enfin. Et puis avouons-le, le malheur fait rire. Ce sont les hypocrites qui prétendent le contraire (d’ailleurs, ils gloussent en secret en contemplant le désordre du monde, nos grands humanistes). » 
« Mon indifférence me paraissait le signe d’une profonde tare morale. Le sang juif qui coulait dans les veines, dont j’aurais dû être légitimement fier, je ne l’acceptais pas, mais l’ignominie de mon père, elle, je l’assumais entièrement, au point de défendre sa mémoire chaque fois qu’on l’attaquait devant moi, et de veiller en chien fidèle sur sa sépulture depuis des années. Par contre, lorsqu’on évoquait en ma présence le martyre de ma mère, je faisais juste semblant de compatir. Mais au fond de moi, je n’éprouvais rien. Et je me disais que ce qui lui était arrivé était normal pour une putain. »

La grande vie, Ed. L’Arbre Vengeur, 2006.
Publié dans : Melancholia: de la bile noire sur la page
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Mardi 6 novembre 2007 2 06 /11 /Nov /2007 23:15
Amoncellement de nones dans la putréfaction inouïe du néant amoral.
Course écumatoire des continents de l’aigu, mon cul ouille ouille, oui.
Non.
Alinéa.
Simulation contractuelle des gorilles obsolètes, j’écris, écris, cris, ris, is,s, rien.
Je suis trop tout le temps moi.
Vagin au Tranxen.
C’est parce que le monde va mal en rond mais comment faire, il fait bobo mon âme.
Hurle, hurle tes poumons de cendres, j’arrive mais non je ne peux pas bouger.
Artefact coronaire de mes trompes de salope, ah tu rugis sous un silence mordant.
Ah
Ah
Ne met pas de capote, c’est pourtant mieux la mort.
Conspiration morcelée d’un visage de cadavre, tu n’as pas fini de vivre, debout !
Ravage d’une modernité sans fards, il n’y a pas de genoux plus cagneux que tes dents quand tu souris de honte.
A bat les nasis de la langue, je me perse ou je veut.
 
In « Biffer le post-apocalyptique », Ed . L’habite qui coule.

Publié dans : Sautes d'humeur
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Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /Nov /2007 19:52
«  J’ai commencé par attirer votre attention, au moyen d’exemples, sur quelques énonciations bien simples, de l’espèce connue sous le nom de performatoires ou performatifs. Ces énonciations ont l’air, à première vue, d’ « affirmations » - ou du moins en portent-elles le maquillage grammatical. On remarque toutefois, lorsqu’on examine de plus près, qu’elles ne sont manifestement pas de énonciations susceptibles d’être vraies ou fausses. Etre vraie ou fausse , c’est pourtant bien la caractéristique traditionnelle d’une affirmation. L’un de nos exemples était on s’en souvient, l’énonciation « Oui (je prends cette femme comme épouse légitime) », telle qu’elle est formulée au cours d’une cérémonie de mariage. Ici, nous dirions qu’en prononçant ces paroles, nous faisons une chose (nous nous marions), plutôt que nous ne rendons compte d’une chose (que nous nous marions). Et l’acte de se marier, comme celui de parier, par exemple, serait décrit mieux (sinon encore avec précision) comme l’acte de prononcer certains mots, plutôt que comme l’exécution d’une action différente, intérieure et spirituelle, dont les mots en question ne seraient que le signe extérieur et audible. Il est peut-être difficile de prouver qu’il en est ainsi ; mais c’est- je voudrais l’affirmer- un fait. »
 
J.L Austin, Quand dire, c’est faire, Seuil, 1970

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Publié dans : Back to basics : les fondations
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Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /Nov /2007 18:30
Tu pourrais écouter la pulsation sous la membrane
Et rester un peu
Je pourrais, dans un passage, te peindre
Cela peut être cru
Ou sale
Ou doux
Ou formidable
Cela peut être
Un attentat contre le plexiglas qui voudrait tout isoler
Un dégoût pour cette mauvaise prose que je ne sais redresser
Cela peut être
Craindre le silence sous les doigts
Rechercher le froid
Vouloir instinctivement des réponses
S’étonner d’en chercher encore
D’avoir dix-huit ans
Regretter de douter
S’insurger sans rien faire
Cela peut être
A ton contact, me mesurer
Me trouver plus petite
Et moins armée
Me mesurer, lever les yeux
Chercher les quatre coins
Où me réfugier, dans un monde rond
Systématique
Cela peut être
La fin momentanée des turpitudes
Dans tes bras
Sans avilir, sans forcer
Cela peut être
Appeler John
John
Cela peut être
Savoir
Changer sa voix
Cela peut être
Un secret d’Etat
Traverser un océan
Heureux d’être trempé
Les joues rougies
Le nez qui coule
Encore vivant après tout
Cela peut être
Se mettre en branle
Regarder la pile
S’y atteler
Cela peut être
Tout sauf te peindre, dans ce passage
Je n’ai pourtant pas à m’excuser
Mais je le fais
Pour la mousse à tes lèvres
Parce que je serre encore la corde
Parce que toi, tu ne vivras pas
Pas encore
Je m’excuse de refuser de te partager
De refuser d’être raisonnable
Et pour me faire pardonner
Je prends ce billet
Je traverserai en volant
J’irai là où le vent charrie du sable de glace
Où tout est trop blanc, aveuglant
Je changerai mon nom
Contre le bois
J’irai coudre mes pensées aux peaux des autres
Qui tireront encore de toutes leurs forces pour s’en arracher
Y arriveront, déchirés
Crois moi
Tu me dis que tu resteras
Mais tu ne resteras pas

Et…

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Mercredi 31 octobre 2007 3 31 /10 /Oct /2007 13:59

 

On a fait quelque chose de formidable pour moi . Je me suis détachée. Je n’ai plus besoin de plaisir aigu et sans joie. J’ai trouvé ma voie.
Il n’y a rien de plus intéressant pour moi qu’un cul. C’est interpellant cette idée d’impasse, de non procréation. Cela me rend, pour reprendre l’expression d’un mort, vivante à n’en plus finir. Pas de plaisir, un peu de douleur, pour se rappeler à soi, mais pas de plaisir dans la douleur, c’est vulgaire. La jonction de deux corps sans aucun autre but. On écarte ce gros cul anonyme et on vient s’y ancrer. On attend sans émoi l’écoulement tiède et pénible de toutes ces vies potentielles qui n’iront pas plus loin. On décolle placidement les épidermes et voilà, c’est fini, et puis plus rien. Le cul, à nouveau, retrouve cet état de pachyderme, paisible et assoupi.
Et cela ne nous a rien apporté. Cet acte était vain, encore une fois, et encore une fois, cela recommencera : la quête perpétuelle d’un cul comme lieu intact de désoeuvrement. C’est ainsi qu’il faudrait que cela soit, toujours. Et bannir tout ce qui tourne autour, ne plus rien ressentir, jamais, mais reproduire le geste sans fin, jusqu'à épuisement ou jusqu'à ce que Dieu ait pitié de nous. Prendre le cul et s’y vautrer, s’y enliser, jusqu'à l’extinction complète du monde, jusqu'à ce qu’asséchés par l’absence de désir nous nous entretuions. Jusqu'à ce que nous ne soyons que des culs sanctuaires de semences sans vies, jusqu'à déchirer ce visage qui n’a plus lieu d’être, qui ne signifie rien, jusqu'à nous coudre la bouche pour qu’enfin cessent ces verbiages indigestes de fadeur et de malhonnêteté. Arriver enfin, au terme d’une lutte sans pitié, dans un soulagement certain, à faire plier l’amour et à l’anéantir.
Je ne me souviens pas quand tout cela a commencé. J’ai ressenti que le jeu prenait une tournure douloureuse, mes entrailles se sont ouvertes à l’air acéré et sec, de mes yeux coulaient des pierres, j’ai su que tout était fini, mais le début, je ne me souviens pas.
J’avais cru que peut-être il pourrait prendre soin de moi, saisir mon visage entre ses mains, me donner de sa peau, respirer dans mon cou. Mais j’ai seulement cristallisé. Un regard et j’ai cru que son sperme salvateur éclabousserait dans une gerbe splendide ma bouche. Un sourire et j’ai voulu voir qu’éternellement son membre engendrerait en moi la violente promesse de n’être plus jamais triste.
Mais je parlais trop. Je gaspillais mon énergie en une mascarade grotesque, j’essayais vainement d’enterrer mon désordre alors que là, tout près, brute et étincelante, se dressait l’évidence. De ce fait, il m’a méprisée.
Comment me rappeler ? Etait-ce cette force qu’il irradiait, puissante et enfantine, maîtrisée et puérile, qui m’avait soufflé net, écrasé à terre, et coupé la gorge ? Je ne me souviens plus quand, pour la première fois je suis rentrée chez moi sans me rappeler du trajet, quand je me suis mise à lui parler, lui chanter des chansons devant mon miroir, à crier pour empêcher les tremblements, à ne plus dormir, ne plus manger, perdre ma joie, et le souffle, la fureur et le bruit, l’éclatement, le morcellement, la peur au ventre et le maquillage, le cœur glacé qui fond et déborde, et me noie. La fissure, la fracture, puis mes entrailles soumises à ce putain d’air acéré et sec et mes yeux vides et cernés, et les pierres tranchantes qui lacéraient mes joues. J’avais compris pourtant.
Les pierres étaient de simples larmes, j’ai eu un peu mal au ventre peut-être, l’orgueil plus que la peine me serrait la gorge , la lâcheté me faisait taire, la prétention parler. Tout était fabriqué d’un bout à l’autre par mon ennui. Devant tant d’imposture, je me suis insurgée. J’ai quitté le combat.
Je ne me suis à ce jour, plus jamais fourvoyée.


Il fallait absolument que tout cela cesse. Réapprendre péniblement à ne plus rien sentir. Et père, où étais-tu? Tout ce temps, tout ce temps perdu à ne pas comprendre. Descendre ce putain d’escalier dans le noir, attendre de sentir sous son pied la dernière marche. Quel était ce mal si puissant que tu n’as pu y faire face ? C’était donc vrai alors, j’étais pourrissante, malveillante, obscène. Il aurait fallu que tu meures, j’aurais pu pleurer dignement, façonner un désarroi glamour qui m’aurait valu de la reconnaissance. J’aurais pu arrêter. Juste arrêter la machine et me reposer.
Tout ce temps perdu à ne pas comprendre. Il fallait absolument que tu meures, il n’y avait pas d’autres solutions. Mon sang ne peut pas continuer à couler à l’envers. Il faut que je me bâtisse une bonne fois pour toutes et non pas que je me répare sans cesse.
Je t’ai enterré. Je t’ai dévoré et avalé. Je t’ai disloqué, tu n’as plus rien, tu n’existes plus, , tu ne dormiras plus, tu vomiras ta langue, tu trancheras tes couilles, tu erreras jusqu'à ce que je meure. Tu pourriras sur moi et on se mélangera. J’aurais alors vaincu le taureau, dompté la vermine. Mais j’ai encore du temps pour ça.

Je ne me souviens plus quand tout cela a commencé. Il est apparu et les trous dans mes veines ont cicatrisé. J’aurais voulu m’arracher les yeux, mais bien sûr, je n’ai rien fait. Il ne devait pas vivre. Perturbateur. Intrus. Aberration. Ignominie. Erreur. Quelque chose a du interférer. Cela ne pouvait pas être ainsi. Mais comment arrêter la main fouillant mon ventre.
J’ai minaudé. J’ai falsifié. J’ai séduit . Puis cela m’a profondément ennuyé. Eloge de la fuite, de la trahison, de la confusion.

Et maintenant, dans ma profonde solitude, derrière des remparts trop épais, noyée dans mon apathie placide, je suis en train de mourir. Et où es-tu papa ? Il fallait que tout cela cesse. Le début, je ne me souviens pas. Quitter le combat. On m’a coupé la gorge. Tout cela n’est que fabriqué par mon ennui. L’air acéré...les pierres. J’ai tout juste un peu mal au ventre. Juste arrêter la machine. On a fait quelque chose de formidable pour moi.
Je me suis détachée.

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Publié dans : Ecrits vains : à moi
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  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
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