Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /Août /2008 17:48

Encore un jour de plus où la France engourdie, sirupeuse, monomaniaque et stupide ferait bien de travailler un peu.

L’oisiveté ne sied guère à ceux qui possèdent un compte en banque, et par là même, l’insupportable impossibilité d’être tourmentés en paix. Quant à ceux qui n’en possèdent pas, ils ne parlent pas la langue, ou survivent sans penser.

Il faut bien l’avouer, il ne reste plus rien à raconter. L’héroïsme suprême des cerveaux actuels consiste à endurer l’insomnie, l’accablante pauvreté ne produit plus de génies. Tu marches, tu crèves, et c’est encore le mieux. Donner des congés à des gens déjà morts, c’est encore une ultime provocation marketing que je ne suis pas apte à parer.

Je ne peux plus jamais admirer de semblables, je ne me reconnais qu’en des ratés patentés, les seuls que je pourrais avoir envie d’aimer un peu, et de défendre, ne vont jamais jusqu’où ils sont capables. Je n’ai même plus d’organes pour être révoltée ou enragée de la baveuse léthargie de nos confrères, je me désolidarise en bloc, il faut croire que je me suis battue jusqu’à la dernière, et ma dernière barrière a cédé. Je deviens comme il faut, une fonctionnaire de l’inconfort, une protestante des jours fériés, une lectrice de métro, une anti-non, une sauvage du oui, une perdante forcenée, une éplorée incurable, une fan de Dr House et de Coldcase, à la recherche d’un peu de sens et de contrôle dans la culture de son apparence.

Il m’arrive encore toutefois, rassurez-vous, dans un sursaut d’élégance propre à ma condition de bourgeoise lettrée et décidée, d’en être désolée.

Mais que voulez-vous, il faut bien que l’on apprenne à vivre ensemble.

Publié dans : Sautes d'humeur
Voir les 0 commentaires
Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /Août /2008 22:53

Le moins que l’on puisse dire c’est que la culture ne prend pas de vacances, ce qui est une bonne nouvelle pour nos humanités, ainsi que pour contrer un état léthargique qui me rattrape bien le soir quand il faut s’arrêter un peu et frapper quelques mots vains, mais me donne un répit bienfaisant le jour durant.

Le sentiment de plénitude et de complétude que tous ces regards antiques infusent en moi me confère la seule certitude dont j’ai besoin actuellement : je sers à quelque chose, et je sers une cause qui me dépassera éternellement. Il n’en faut parfois pas beaucoup plus pour tenir la tête haute, et garder un sourire insolent, une joie profonde et imputrescible. Je peux bien être un champ de cendres en dessous, l’apparence, ce n’est que l’apparence qui compte.


Witold Gombrowicz, dans son Journal, tome 1, chez Gallimard Folio, p 46, dit ceci :


 
« Cette attitude ne peut cadrer avec la maturité d’un esprit qui, initié à l’essence même de la vie, ne se laisse jamais prendre de court par les évènements. Révolutions, guerres, cataclysmes…- que pèse donc cette vaine écume confrontée à l’horreur fondamentale de l’existence ? Vous dites n’avoir jamais rien connu de semblable ? Vous oubliez que l’hôpital voisin nous offre cent cruautés non moins atroces. Que les gens périssent et par millions ? Vous oubliez que depuis que le monde est monde des millions meurent sans trêve, sans un instant de répit. L’horreur en question vous terrifie au point que vous en demeurez pantois ? Cela prouve que votre imagination sommeille – vous oubliez que l’enfer, nous le côtoyons à chaque pas. »

 Il m’est avis, au vu des 660 pages du tome 1 et des 586 du deuxième, que vous allez encore pâtir un moment des bons mots du polonais ténébreux…

 

Publié dans : Sautes d'humeur
Voir les 0 commentaires
Mercredi 6 août 2008 3 06 /08 /Août /2008 23:07

« … et s’il te plaît, commence par éviter de tomber des nues à chaque fois que quelqu’un se comporte comme un être humain. »

 

Petite discussion entre êtres humains :

            Il faut que tu te demandes une bonne fois pourquoi tu ne t’attaches qu’aux perdants ou aux perdus.

-          Parce qu’il est plus facile de s’en remettre.

 

Publié dans : Sautes d'humeur
Voir les 0 commentaires
Lundi 4 août 2008 1 04 /08 /Août /2008 22:59
... non pas qu'il demeurent béants si longtemps, mais ils se referment si vite ! (Gombrowicz)

« Quel sorte d’homme était Wakefield ? […] De tous les maris, il avait des chances d’être le plus constant, à cause de certaine léthargie qui conservait toujours et partout son cœur au calme. Il aimait à penser, mais sans beaucoup d’énergie active ; son esprit s’absorbait dans de longues rêveries paresseuses qui ne tendaient vers aucun but, ou n’avaient la force d’en atteindre aucun ; ses pensées n’avaient que rarement la force de s’emparer de mots. Avec son cœur froid, ni dépravé ni volage cependant, et son esprit que nulle idée originale jamais ne déroutait, qui aurait pu se douter que notre ami tiendrait le premier rang parmi les excentriques ? […] Sans jamais avoir analysé son caractère, son épouse pressentait qu’un égoïsme silencieux avait laissé sa trace de rouille sur cet esprit oisif, une singulière vanité qui était son attribut le plus fâcheux, un penchant pour la ruse, qui n’avait guère eu d’effet plus prononcé que la dissimulation de secrets sans importance et qui ne valaient guère d’être révélés, et enfin, de temps à autre, ce qu’elle appelait un soupçon d’étrangeté chez son brave homme de mari. […] Il nous a laissé matière pour une réflexion, qui saura couler un peu de sa sagesse en une morale à forme humaine. Sous l’apparence de confusion de notre monde mystérieux, les individus sont si bien ajustés à un système, les systèmes les uns aux autres, et le tout ensemble, qu’à s’écarter un seul instant du chemin qui lui est tracé, un homme court le risque terrible de perdre sa place à jamais. Il se pourrait bien qu’il devienne, pareil à Wakefield, le Banni de l’Univers. »


Nathaniel Hawthorne, Wakefield,  dans Contes et récits, Actes Sud Babel.

 

 

 

 

Publié dans : Back to basics : les fondations
Voir les 0 commentaires
Samedi 2 août 2008 6 02 /08 /Août /2008 23:28

 

Longtemps, je me suis couchée par écrit…

… est un incipit intéressant, rassurant, cité dans le non moins pertinent Bartleby et compagnie de Vila-Matas, de même que le titre de ce billet, ornant une nouvelle espagnole méconnue d’Antonio de la Mota Ruiz.

Comme il est parfois rassurant de lire l’angoisse des autres, si proche, si intranquille, ce vertige d’être seulement debout.

Car certains, grand bien nous fasse, ont continué à écrire, au bout de l’absurde, au plus profond du malaise, jusqu’à la nausée de n’être personne, et de ne constater qu’il n’y a rien, nulle part.

Les gens se vident. Ils s’écoulent lentement, leurs yeux secs en témoignent.

Lorsque je parle aux gens, aujourd’hui, je me vide à leur contact, je me vide de leur absence, je parle comme je me parlerais à moi même, et peu importe que l’on m’entende. Je pourrais me taire tout à fait si j’étais bien certaine que mes mots persistent et résistent sur les cornées amies. Si je romps cette énergie d’écrire, je me rends.

La ville était soudain froide, vide, fermée. Ce matin, j’ai eu deux interminables heures à attendre que l’on m’ouvre, ou que quelqu’un réponde. Je me suis vidée lentement, refroidie, fermée sous la grisaille mouillée et glaçante. Et puis j’ai aperçu dans une vitrine chatoyante trois petits animaux en bois peint. Un lion vert avec une crinière en fils de plastiques rouges, bancal,  jovial jusqu’au sordide, peu décidé quant à sa provenance, sa signification. Recouvert. Un chat, vert, avec un grelot qui ne tinte pas. Une chouette grise avec des signes de couleurs, et le bec effrité. Leur prix, dérisoire, 3€, leur conférait immédiatement une valeur inestimable. Je les ai pris, et serrés dans mon sac.

Ils trônent à présent sur le bureau, ils me regardent, ils détonnent. Ils rappellent un zoo de songes, triste et sans cage, seuls vestiges d’une crèche  témoignant de la violence du bombardement.

Les gens se vident, et ensuite, ils disparaissent. Je n’ai jamais pu les tenir, les retenir, les soutenir. Ils s’absentent. Aucun pour me contenir, moi. Alors je suppure de brutales violacées, de flamboyants cramoisis, de brûlants métaux dorés. Même le noir abdique. J’infecte de mes radiations solaires les recoins sombres où je souhaitais pourtant rester cachée.
Pour cacher une bague, mets-la à ton doigt.

Ces animaux stupides et dépareillés m’ont enchantée.

Mon cœur est gros parce qu’il est vide. Ce vide m’emplit jusqu’à l’éclatement. La valve qui libère un peu de ce pus impalpable, je n’aurais pas dû la remettre à un seul. J’ai été imprudente.

La télé, dans sa grande miséricorde, m’interpelle soudain en ces termes : «  Mais tu risques de mourir ». Un autre lui répond, à ma place, probablement : « Il faut bien que quelqu’un s’y colle. » 

Ces temps-ci je me colle aux animaux bariolés pour que vous puissiez rire un peu. Mon lion rouge et vert, bancal et jovial, recouvert et apatride, sera ma douceur, aujourd’hui.

C’est le geste qui compte.


Publié dans : Melancholia: de la bile noire sur la page
Voir les 0 commentaires

Quo vadis ?

  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • : "Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe" disait Rivarol. En le ramassant on se blesse. Il convient alors ensuite de "porter élégamment la cuirasse".

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

Vitriol


I am the true green and golden Lion without cares
In me all the secrets of the Philosophers are hidden

"Ne l'oubliez jamais, pendant que vous mesurerez vos abîmes..."

 

Images Aléatoires

  • Dantec, M.G., American Black Box
  • Vollmann, William - Le livre des violences
  • Dan O'Brien
  • sandro-botticelli-naissance-mystique

Fragmenti Beati

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés