Dimanche 22 mars 2009

« Il est plus juste que je suive le conseil d’amis d’une telle valeur plutôt qu’un si grand nombre d’amis d’une telle qualité aient à suivre ma seule volonté. »


 
Marc Aurèle parlant du Sénat, cité dans Histoire auguste, vie de Marc Aurèle, 22, 4.

 




« Un jour, j’ai lu un article sur le fait que mon mari ne lisait pas. Ce monsieur qui a écrit l’article doit visiblement vivre avec nous puisqu’il prétend que mon mari n’a jamais lu un livre ! Alors que mon mari passe tout son temps de libre à lire. En ce moment, il est plongé dans les Mots, de Sartre, Alexandre Dumas et les pensées de Marc Aurèle, qui sont très intéressantes puisque c’était un empereur philosophe. » 

 
Carla Bruni-Sarkozy, Figaro Madame, 07 mars 2009.

 

Il ne faut douter de rien. Sarkozy au Mexique, lisant Marc Aurèle, c’est un exemple intéressant de ce que l’Histoire peut produire d’aberrant. Somme toute, l’aberration n’est même pas le fait qu’il s’essaye à le lire (mieux vaut tard que jamais, et ça doit lui piquer un peu les yeux), mais que sa femme s’en félicite, qu’il ait compris un traître mot ou non d’ailleurs de cette lecture anti bling-bling.

Puisque alors, sans vergogne, on cite ses livres de plage ou de chevet comme certificat de culture, peut-être devrions nous relire Lucien de Samosate, L’Ignorant bibliomane (II e siècle ap. J.-C. et contemporain du-dit Marc Aurèle) ainsi que les vertus ô combien proches de notre cher Président, que prônait le brave stoïcien au pouvoir, et si bien résumées par Pierre Hadot, spécialiste de son état, à savoir sans yacht ni top model pour nous en assurer.

 

« Marc Aurèle admire la manière dont, lorsque son père adoptif [Antonin le Pieux] avait pris une décision après mûre réflexion, il l’appliquait avec fermeté et énergie, son mépris de la vaine gloire, le souci qu’il avait d’examiner les choses avec exactitude, sans jamais lâcher prise une question avant de l’avoir pénétrée à fond et clairement comprise, sa patience à l’égard des critiques imméritées que l’on faisait à son sujet ; il ne se hâtait pour rien, il ne cherchait pas à humilier, il n’était pas un sophiste, il se contentait de peu pour les vêtements, la table et le service domestique, il aimait le travail, il prenait soin de son corps grâce à un régime de vie très simple, il était constant dans ses amitiés. […] Il poursuit jusqu’au bout ses enquêtes sans se contenter d’impressions superficielles, il prépare méthodiquement les actions qu’il mène en en prévoyant toutes les phases ; scrupule et minutie donc, mais sans drame, sans inquiétude ; il a le souci d’une stricte économie aussi bien dans les dépenses publiques que dans sa vie privée. Il y a aussi le sérieux, la solidité, la maturité, l’indépendance d’esprit : pas de crainte superstitieuse à l’égard des dieux, pas de crainte du peuple, l’indifférence à la flatterie et à la vaine gloire, pas de dispersion dans des actions ou des voyages désordonnés (sic). »

 

Pierre Hadot, Marc Aurèle, Ecrits pour lui-même, introduction générale : modèles politiques, Les Belles Lettres, 1998, pp 180-181.


« Certes, tu te proposes le contraire de ce que tu fais. Tu t’imagines paraître quelque chose dans la science en t’empressant d’acheter les plus beaux livres ; mais l’affaire tourne autrement et ne fait que mieux ressortir ton ignorance.[…] Tu as sans cesse un livre à la main, mais tu ne comprends rien à ce que tu lis ; tu es un âne secouant l’oreille en entendant jouer de la lyre. Si la possession des livres suffisait pour rendre savant celui qui les a, elle serait d’un prix inestimable ; et si le savoir se vendait sur le marché, il serait à vous seuls qui êtes riches, et vous nous écraseriez, nous les pauvres. […] Reste ceci, que les éloges de tes flatteurs t’ayant mis en tête que tu es non seulement aimable et beau, mais encore savant, orateur, historien, comme on n’en a jamais vu, tu dois nécessairement acheter des livres pour justifier leurs louanges. […] Mais je ne puis concevoir  comment tu es assez niais pour te laisser ainsi mener par le nez, comment tu peux croire à tout ce qu’ils te disent, au point de te laisser persuader que tu ressembles à un souverain.[…] Mon conseil est facile à suivre : n’achète plus de livres ; tu es assez savant, assez érudit ; tu as bientôt toute l’antiquité sur le bord des lèvres : tu sais toute l’histoire, tous les secrets du langage, beautés et défauts, emploi des termes attiques. […] Si cependant tu es décidé à ne pas te guérir de cette maladie, suis ta route, achète des livres, enferme-les à clef dans ta maison, et mets ta gloire à les posséder. Cela te suffit. Mais n’y touche pas, ne lis jamais, n’applique point ta langue aux discours, aux poèmes des  grands hommes de l’antiquité, qui ne t’ont fait aucun mal. »

 

Lucien de Samosate, L’Ignorant bibliomane (trad. Eugène Talbot), éditions Sillage, 2007, pp 7, 11-12, 30-31, 38, 40-41.

 

 

 

 

 

 

Publié dans : Sautes d'humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 12 mars 2009

Bonace (n.f., XIIe s.)

 

Les plaisanciers peu expérimentés se méfient des océans chahutés par les vents capricieux. Et plutôt que d’essuyer un grain féroce, ils préfèrent la bonace, c’est-à-dire une mer étale, lisse comme un tissu de soie.

Par extension, le mot s’applique au comportement humain pour caractériser l’absence d’agitation. Il devient alors synonyme de tranquillité, d’immobilité, voire de sérénité.

 

Daniel Lacotte, Petite anthologie des mots rares et charmants, Albin Michel, 2007.

Publié dans : Un jour, un mot
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 7 mars 2009




Trouvé sur un forum par ma cousine, je n’ai aucun moyen de certifier l’authenticité de ce codex, ni de le dater, mais apprécie grandement son sale esprit…

 

Récemment une célèbre animatrice radio états-unienne fit remarquer que l'homosexualité est une perversion.

« C'est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination » C'est clair, non ? « La Bible le dit. Un point c'est tout. », affirma-t-elle.

Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa une lettre ouverte qui disait :
« Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la Loi de Dieu. J'apprends beaucoup à l'écoute de votre programme et j'essaie d'en faire profiter tout le monde. Mais j'aurais besoin de conseils quant à d'autres lois bibliques.

Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans le livre de l'Exode, chapitre 21, verset 7. A votre avis, quel serait le meilleur prix ? Le Lévitique aussi, chapitre 25, verset 44, enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu'ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux mexicains, mais pas aux canadiens. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder des esclaves canadiens ? Je sais que je ne suis autorisé à toucher aucune femme durant sa période menstruelle, comme l'ordonne le Lévitique, chapitre 18, verset 19. Comment puis-je savoir si elles le sont ou non ? J'ai essayé de le leur demander, mais de nombreuses femmes sont réservées ou se sentent offensées.

J'ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L'Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu'il doit être condamné à mort. Je suis obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante qu'une quelconque manière ? Autre chose : le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu'on ne peut approcher de l'autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J'ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de 100% ? Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse ? Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce que dit le Lévitique, chapitre 19, verset 19, en plantant deux types de culture différente dans le même champ, de même que sa femme qui porte des vêtements faits de différents tissus, coton et polyester. De plus, il passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d'aller jusqu'au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique, chapitre 24, verset 10 à 16 ? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours d'une réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, tel qu'il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, verset 14 ? Je me confie pleinement à votre aide. Merci de nous rappeler que la parole de Dieu est éternelle et immuable. Un point c'est tout. »


Publié dans : Reviens gamin, c'était pour rire
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 3 mars 2009

« … et des études montrent que les enfants sont traumatisés par les poussettes actuelles : ils sont seuls face au monde, ils ne voient plus leur mère.

 — C’est intéressant, je n’y avais pas pensé. »

Je n’écoute qu’à moitié et pourtant elle a probablement raison. Perte de contrôle, sensation de projection sur le tout-venant, virages et perturbations…J’ai pourtant du mal à compatir, les enfants m’émeuvent rarement, et le traumatisme est partout.

Pour l’heure j’ai bientôt froid, mon dos refuse de m’obéir, je tente vaguement d’oublier que je ne veux pas oublier, obstinée, revêche, Alceste que je suis.

Forcenée.

Epouvantablement libre.

De toutes façons, je n’ai jamais aimé l’art contemporain, j’observe ces formes grotesques, perplexe devant leur obscénité, qui s’apparente à une visite des toilettes de celui qui les a commises, et les étale sur les murs pour que sa maman l’aime. L’écriteau ne précise d’ailleurs pas quelle poussette il a eu.

J’imagine que c’est parce que c’est obligatoirement formidable. Je n’aime que les causes perdues. Démodées. Ambitieuses.

Epouvantablement spectaculaires.

Je traîne un peu les pieds, essaye de plaisanter, mais la vérité me taraude, cet écœurement des vanités, cette insupportable nausée des guignols, le vertige tourbillonnant de la grande mascarade. Il me faut un tout petit peu plus d’air. Je le sais bien pourtant, ce qui se trame dans mes tréfonds, ce qui va s’annoncer aux portes du dégoût : les gens m’étouffent, et je voudrais qu’ils fondent en une masse informe qu’ils sont, pour couler loin de moi.

« … ils n’en parlent pas. Mais Sarkozy, prix Nobel de la paix, c’est  une blague, dites-moi que c’est une blague. »

Je soupire. Affliction. Non, ce n’est pas une blague, mais vraiment, comment feindre encore la stupéfaction, ou pire, la révolte ?

Tout me paraît si lointain, et si crève-cœur lorsque je tente de me rapprocher. Et oui, tu as raison, bien sûr que les homosexuels devraient pouvoir avorter. Adopter. Ton lapsus lui-même se charge de la conversation, je n’ai plus rien à rajouter.

Sur les quais, là-bas, un peu plus tôt, j’ai décroché. J’ai revu sa casquette limée, ses cigarettes coupées, son regard plein d’envie. J’aurais marché des heures pour le suivre dans les ruelles étrangères de la capitale hostile. Je ne savais pas ce qui allait se passer, pour la première fois, je ne savais pas ce que je penserais, bientôt, de tout cela. Je gonflais mes poumons d’une espérance neuve, d’une force sans précédent.

De retour sur ce quai, j’ai brutalement compris qu’il n’en restait plus rien.

« …me rends compte que la situation des trentenaires actuels a régressé. La crise n’arrange rien. On vit comme des étudiants, l’insouciance en moins. »

Mais l’insouciance, moi, je n’ai jamais appris ce que cela voulait dire. Surdouée de la vie réelle, je change les plombs, remplis mes attestations, connais les horaires de la Poste avec une facilité décourageante. Attentive et sociabilisée, je fouille mes habitués pour en tirer mon or. J’arrache jusqu’au dernier mes lambeaux coronaires, je les tends en offrande à mes bourreaux intimes.

Parce que rien n’est égal. Tout est important. Prioritaire. Irremplaçable.

 

Epouvantablement mémorable.

 

Toutes mes excuses alors, si parfois au détour de vos présences amies, la tête emplie de mes turbulentes furies,

je ne vous écoute pas.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 26 février 2009

« Une analyse lexicographique de Mein Kampf révèle que son auteur a utilisé à maintes reprises le terme Gift [poison, venin] et ses dérivés. Cette curieuse obsession est l’objet de ce chapitre. […]


Pour Hitler, l’ouvrier non qualifié de Vienne, la misère sociale est source de brutalités physiques qui éclatent au sein du couple et a pour effet que les enfants des milieux défavorisés soient moralement « empoisonnés » [ Moralisch angegiftet]. Ils rejettent toute autorité car ils n’ont connu que « saleté et détritus ». […]


Le combattant
Hitler a été intoxiqué par l’ypérite (le gaz moutarde [vergiftlet durch Gelbkreuz]) le 14 octobre 1918 à Ypres, ce qui a provoqué chez lui une cécité passagère. Il utilise ici le vocable « empoisonner » au sens propre, ce qui est rare.[…]


Le moraliste rigoureux
Hitler veut régénérer le corps et l’esprit de la race allemande, livrer le combat contre l’ « empoisonnement » de l’âme et mettre en œuvre simultanément l’éducation du corps. La jeunesse subit une mauvaise influence sexuelle par le théâtre, l’art, la littérature, etc. Il réclame un « nettoyage en profondeur ». […] Le sang allemand, pour Hitler, a été « empoisonné » essentiellement à partir de la guerre de Trente ans et ceci en raison des frontières ouvertes de l’Allemagne qui ont permis a des étrangers de se mêler à la population allemande. Il regrette que le peuple allemand ne dispose pas de cet instinct de préservation des troupeaux. Il convient, par conséquent, de procéder à une régénération lente de la race et d’éliminer le « venin » qu’elle contient. Il tire directement argument de Dieu lui-même en condamnant le mélange des races. Il compare le mariage interethnique à un péché capital auquel il convient de mettre un terme. […]


Hitler attaque à nouveau les marxistes et reprend l’argument des ouvriers allemands qui se sont battus en 1914. Ce fait – à ses yeux – prouve que la doctrine marxiste n’a pas encore pénétré au plus profond de la société ouvrière. Toutefois, tous ceux qui, au cours de la guerre, se sont à nouveau tournés vers le marxisme ont été perdus pour la patrie allemande. Il aurait fallu selon lui, exposer au gaz toxique [Giftgas] douze à quinze mille de ces « pervertisseurs hébraïques » [hebräische Volksverderber] du peuple allemand, comme l’ont été sur les champs de bataille des centaines de milliers  des meilleurs travailleurs allemands. Cela aurait pu changer le cours de la guerre. »



 

Ralph Keysers, Cinq mots forts de la propagande nazie, Klincksieck (coll. Pouvoirs de persuasion), 2008, chapitre 4, pp 94-108.

Publié dans : Un jour, un mot
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Quo vadis ?

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

C'est vous qui le dites...

Images Aléatoires

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus