Samedi 4 octobre 2008 6 04 /10 /Oct /2008 19:31

« Bien qu’il donnât naissance à la nation romaine, il souffre d’une âme égale que nous endurions la fatigue, les défaites et les blessures. Ou alors Mars Pater hésiterait-il à prononcer ces paroles à propos de nos soldats ?

« Lorsque je donnai la vie, alors je sus votre mortalité et je vous élevai dans ce but, et puis, lorsque je vous envoyais pour assurer le pouvoir sur la terre entière, je savais, moi, que je vous envoyais aux guerres meurtrières et non aux banquets. »

Télamon prononça ces paroles concernant ses enfants une seule fois lors de la guerre de Troie ; Mars, souvent et dans plusieurs guerres, appliqua cette sentence aux Romains : lors de la guerre gauloise à l’Allia, la guerre samnite à Caudium, punique à Cannes, hispanique à Numance, contre Jugurtha à Cirta, parthique à Carrhae. Mais toujours il transforma nos épreuves en gloire et nos terreurs en triomphes. 

Qui est à ce point ignorant des annales guerrières, qui ignore que le peuple romain construisit son empire non moins en tombant qu’en faisant tomber, que nos légions se tirèrent souvent adroitement des échecs et des défaites ? On a pu soumettre au joug et dompter des taureaux sauvages, si féroces et farouches fussent-ils ; de la même façon, nos armées les premières furent sottement envoyées sous le joug. Mais ceux-là mêmes qui nous avaient subjugués, peu de temps après, nous les avons placés en tête de nos triomphes et vendus comme prisonniers de guerre. Après la défaite de Cannes, le général punique envoya à Carthage trois boisseaux pleins d’anneaux d’or que les Carthaginois avaient arrachés aux cadavres de chevaliers romains. Mais bientôt Carthage fut prise : à ceux-là qui avaient arraché les anneaux, on mit des chaînes. Dans cette bataille, Scipion captura ou tua ou accepta la soumission d’autant de Carthaginois et d’Africains ! s’il avait ordonné de leur couper la langue, il aurait envoyé à Rome un navire chargé de langues ennemies. »

 

Fronton, Correspondance (II e siècle ap. J.-C.)

 


Francisco Goya, dans la série des Désastres de la guerre.

 

“Sometimes, the more things change, the more they stay the same. “
Eminem.

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Vendredi 19 septembre 2008 5 19 /09 /Sep /2008 23:57
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /Sep /2008 22:38

« Méfiez-vous de ceux qui tournent le dos à l’amour, à l’ambition, à la société. Ils se vengeront d’y avoir renoncé

…………

Rater sa vie, c’est accéder à la poésie – sans le support du talent.

…………

Le mention des déboires administratifs (« the law’s delay, the insolence of office ») parmi les motifs justifiant le suicide, me paraît la chose la plus profonde qu’ait dite Hamlet.

…………

La cellule nerveuse s’est si bien habituée à tout, qu’il nous faut désespérer de concevoir jamais une insanité qui, pénétrant dans les cerveaux, les ferait éclater.

…………

Mystère, – mot dont nous nous servons pour tromper les autres, pour leur faire croire que nous sommes plus profonds qu’eux.

…………

La sagesse ? Subir dignement l’humiliation que nous infligent nos trous.

…………

Le meilleur de moi-même, ce rien de lumière qui m’éloigne de tout, je le dois à mes rares entretiens avec quelques salauds amers, avec quelques salauds inconsolés qui, victimes de la rigueur de leur cynisme, ne pouvaient plus s’attacher à aucun vice.

…………

Le scepticisme est l’élégance de l’anxiété.

…………

Pour punir les autres d’être plus heureux que nous, nous leur inoculons – faute de mieux – nos angoisses. Car nos douleurs, hélas ! ne sont pas contagieuses.

…………

Avec tes veines chargées de nuits, tu n’as pas plus ta place parmi les hommes qu’une épitaphe au milieu d’un cirque.

…………

« Je suis comme une marionnette cassée dont les yeux seraient tombés à l’intérieur. » Ce propos d’un malade mental pèse plus lourd que l’ensemble des œuvres d’introspection.

…………

J’ai perdu au contact des hommes toute la fraîcheur de mes névroses.

…………

Plus un esprit est revenu de tout, plus il risque, si l’amour le frappe, de réagir en midinette.

…………

La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur.

…………

L’homme sécrète du désastre.

…………

J’assiste, terrifié, à la diminution de ma haine des hommes, au relâchement du dernier lien qui m’unissait à eux. »

Cioran, Syllogismes de l'amertume.
Publié dans : Melancholia: de la bile noire sur la page
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Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 23:36

« Lorsque vous penserez au monde, donnez-lui de ma part un coup de fouet de plus. J’ai toujours haï toutes les nations, les professions, les communautés, et je porte mon amour vers les individus. Par exemple, je hais la tribu des hommes de loi, mais j’aime le conseiller untel, le juge untel, et de même avec les médecins (je ne parlerai pas de mon propre commerce), les militaires, les Anglais, les Ecossais, les Français, et le reste, mais par-dessus tout je hais et je déteste cet animal appelé homme, quoique j’aime chaleureusement Jean, Pierre, Thomas, et ainsi de suite. Tel est le système par lequel j’ai gouverné ma vie pendant des années (mais n’en dites rien), et je continuerai ainsi jusqu’à en avoir fini avec eux. »
 

Jonathan Swift, Correspondance avec le Scriblerus Club, éditions Allia.

Publié dans : Inadmissible ! : les privés d'autorité
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Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 22:14

Il y faut le grand calme, l’anesthésie sans compter. Il ne peut pas en être autrement.

L’engourdissement voluptueux du remugle.

Le retranchement de survie.

 

Il y faut la douceur, celle qui vient une fois le danger affronté, les décisions prises, les bagages posés.

Il y faut le sourire des abysses, la complicité des ombres qui se réchauffent un temps.

 

Je rends patiemment mon minuscule hommages aux grands qui ne meurent jamais, aux sages qui pavent ma voie dorée, je tends les briques que j’aide à façonner.

 

J’y suis,

And I’m here to stay.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
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