Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /2008 00:24

Alors, c’est tout ce dont je suis capable.
Dire adieu à des villes que je ne connais pas,
Dire Dieu à des êtres sans émoi,
Tourner des pages qui ne sont pas de moi.
Qui ne seront jamais de moi.
Qui ne seront jamais à moi.
Que je ne verrai pas.
Que je ne toucherai pas.
Qui ne me disent rien que je n’appréhendais pas déjà.
Me croire encore stable.

 Alors tout ce qui s’annonce s’emballe et n’accouche pas. Toutes ces heures n’aboutissent pas, ces charmes ne se dissipent pas, toute cette énergie perdue à tenter de rester en place s’use et ne grandit pas, ce fer dissimule sa nature pour ne pas attirer la foudre sur soi, et goodbye, goodbye Philadelphia, comme dit un plus malin que moi.
C’est vraiment tout ce dont je suis capable ?
Parce que moi je vois pourtant des voies frayées dans la grande glace, j’entrevois le trashvortex, il ne me surprend pas, je n’attends pas les roses, si l’air est vicié, qu’il me fouette le visage.
Je ne crois pas être le foyer-même. Je ne suis même pas sûre que la réponse soit dans l’enfant ou le rouage. Je voudrais voir, voir pour croire.
Parce que toi plus je te rencontre plus je comprends que tu seras interchangeable, plus je partage et plus je me retiens d’y croire. Parce que toi, tu es une belle aventure mais tu ne réponds pas à ces échos des failles.
Parce que nous n’existons pas pour nous tenir sans nous lâcher, parce que l’appel ne concerne que moi. Parce que présentement, tu me lis mais ne me comprends pas et comment le pourrais-tu, quand je peine moi à te cerner, quand j’abdique souvent au moment d’en être capable ?
Parce que malgré les merveilles et les horreurs, nous ne nous soutenons pas.
Et ce n’est pas seulement toi, c’est toi aussi.
Si je ne m’abuse, je t’abuserai toi.
Parce que c’est tout ce dont je suis capable.

Générer des élans, caresser des images, ne me plaindre qu’en surface. Parce que si je te disais vraiment ce que tu voudrais que je dise de faiblesses et de larmes, si je te disais vraiment la fureur que je voudrais apaiser, les craintes dont je devrais me défaire, que je croyais en ton sang, ta voix, ton cran, je ne me séparerais plus de toi.
Mais il ne s’agit pas d’un seul toi. Il ne s’agit jamais d’un seul. Moi je suis seule, vous, toi, tous ces multiples se superposent, et je ne vois plus rien. Pourtant tout ce que je veux, c’est voir.
Et il ne s’agit pas d’amour, d’ami ou d’inconnus. Il ne s’agit pas de liens préconçus et ratés, machinaux et fatigués. Je ne peux plus me lier car tu ne vois jamais les voies frayées.
Je partirai sans faire de bruit. Je sourirai dans l’avion, je respirerai sur le pont. C’est tout ce dont je suis capable : frayer.
Toi je te rencontrerai toujours puisque tu ne m’auras pas accompagné. Tu seras ceux-là, la grande altérité. Je saurais toujours à nouveau te plaire. Tu croiras me tuer en me quittant, je ne m’ouvrirai que les voies.
Je marcherai sous la neige de Philadelphia et au coin d’une rue tu souriras.
Sous les lampes grasses de Berlin tu me remercieras pour le chemin.
Dans un bar de Ciudad Juarez tu me conseilleras d’être prudente.
Tu regarderas droit devant toi.
Tu gratteras tes ongles sur la table.
Tu toucheras la matière du sofa.
Ton attitude m’interpellera.
Tu seras hésitante et trébuchante dans une ruelle moite.
Tu seras vieux et calme sur un banc face à la mer.
Nous ne nous connaîtrons probablement pas.
Ton café servi, ton hospitalité, ton indifférence glacée, ton indication du quai, ta caresse passagère, tes mots inaccessibles, tous ces ponts me guideront, baliseront mes voies.
Et je continuerai, en pensant à tous ces toi, je continuerai les frayantes.
C’est tout ce dont je suis capable.

 

 

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 1 commentaires
Samedi 26 avril 2008 6 26 /04 /2008 19:08

Il m’est impossible d’apprendre à me taire, c’est vrai.

Laisser le rire, peut-être, et la pupille sensible. Si trop de bruit se retirer.

La gorge ferme, et les racines solides.

Et le mental, le mental d’acier durcit, coulé, moulé et sans fissures, la vierge et le moral de fer, parce qu’il ne faut pas tomber, jamais, du grand manège doré.

Il ne faut pas crier, gémir, il faut courir longtemps et endurer, tenir bon la branche, et respirer.

Mes mots peuvent tout expliquer. Ils sont trop, vous vacillez. Mon souffle est vie, vous voulez bien ma bouche, ma bouche chaude, ma bouche vide. Mais méfiez-vous.

Méfiez-vous de mon eau rapide et qui jamais ne dort. En dessous la terre gronde, dans mes poses placides, les cheveux incendiaires, les yeux profond fermés, ma fierté volubile, je vous observe, je vous connais, je vous oublie.

C’est un cercle. Ce sont mes bras, une corde, une bague ou l’origine du monde.

Entrez, sortez, embrassez qui vous voulez. Je vous observe, je vous caresse de pensées bienveillantes, assommantes, je vous connais et ne vous laisse ni répit ni paix. Je vous oublie dans un élan pour n’avoir rien à reprocher.

Je dis vous oublier parce qu’il faut être sage. Je rugis en dedans de cette malhonnêteté.

Ceci est mon cercle, ceci est mon corps, ceci n’est pas vrai.

Mon cadeau à chacun ce sont les mots que je veux bien trouver, encore, pour vous louer, vous bercer, vous gronder comme il le faut parfois, comme vos orages m’ont parfois inondée, portée, lavée.

Soyez-en bien sûr, mon silence est un échec, mon silence est une contrée trop froide pour quiconque s’y risquerait. Mon silence est une lassitude, une douleur sans nom. Je me tais quand je renonce, quand je pâlis, quand je suis tuée.

Laissez-moi donc vous dire encore, et sans relâche, tout ce que vous semblez représenter.

Tout ceci est loin d’être terminé.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
Voir les 0 commentaires
Mardi 15 avril 2008 2 15 /04 /2008 20:18


Il faut sauver le soldat Watson

 

 Sharkwater, Les Seigneurs de la mer , du jeune et couillu Rob Steward, c’est un peu le film que j’attendais depuis quelques années pour prouver à certaines oreilles amies que je ne fabulais pas, ces longues soirées alcoolisées où je n’étais pas encore trop fatiguée pour m’énerver devant ces « singes nus », ces « primates déchaînés » faisant des requins, animaux démiurges et magnifiques, des proies traquées et décimées dans une impunité plus grande encore que pour les phoques, par exemple, puisque tout le monde se fout bien que l’on saccage des monstres.

Le sang froid se réchauffe vite, tout engourdis que nous sommes devant certaines responsabilités qu’il reste indéniablement ringard de pointer (cynisme de rigueur, tenue découragée et désintéressée correcte obligée).

Cependant, si vous détestez Bardot, qui vous le rend bien, si votre conscience suprême est trop élevée pour se vautrer dans la contestation naïve de faits pourtant déplorables, et si vous aimez l’action gonflée et énervée, si vous aimez les survivants, et les plus forts que vous, vous serez certainement exaucés :

Le Capitaine Paul Watson est le défenseur de la nature le plus agressif, déterminé, actif, et effectif au monde. - Farley Mowat.

 

Pour M. Watson, la baston est élémentaire. Dans l’impossibilité de se faire entendre, cet activiste franchement jubilatoire a depuis longtemps choisi la manière forte. Défoncer des baleiniers, foutre le bordel au sein de la mafia taiwanaise, ce baroudeur des mers, ce Sea Shepherd et son Ocean Warrior s’est fait une profession de foi d’être le justicier des mers. (De plus il ressemble à un croisement entre Gilles Leroy et Benicio Del Toro, ce qui avait tout pour me plaire.)

Et lorsque l’on assiste, sidéré, à une scène même pas sacrificielle de mort à grande échelle sur un bateau costaricain, il est bon, certes, de le voir débarquer comme un superman des flots inespéré et canarder tout ce petit monde.

Suspendus dans le temps au milieu d’un banc majestueux de thons (oui, je persiste, après le requin le thon est certainement le poisson le plus beau du monde, n’en déplaise aux petits malins des cours de lycée…), touchés par un requin se laissant câliner, mort de peur, on essaye d’oublier un moment les inepties d’une stupidité crasse que les Dents de la mer ont planté dans nos culs (pardon, dans nos têtes).

Et le générique défilant, la boule dans la gorge et l’humain en dégoût (mais on finit par s’habituer), on repense à quelques arguments encore trop bienveillants de ce réquisitoire incomplet mais inédit : il ne faut pas sauver le requin pour nous sauver nous, non, ce n’est pas un but assez grand ni méritoire, il ne faut pas sauver le requin plus qu’un autre peut-être, non plus. Mais il faut tuer l’homme, et vite.

 

J’apprends en rentrant que Paul Watson est mort l’année dernière. Et là, vraiment, j’ai peut-être envie de m’énerver et de pleurer, ou l’inverse et peu importe oui, et de me remettre à jour dans mes cotisations à SOS Grand Blanc. Après tout, j’ai un utérus et du sang vert et basque dans les veines, il est parfois difficile d’y réchapper.

(Mercredi 15/04) - J'apprends en rentrant que Paul Watson n'est pas du tout mort. Il faudra que j'apprenne peut-être à vérifier certaines sources. Cela dit c'est une foutue bonne nouvelle. Eh oui, que voulez-vous, c'est aussi cela les joies du direct.








Publié dans : Cinéma cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 11 avril 2008 5 11 /04 /2008 01:20




Quel homme digne de ce nom pourrait souffrir en effet que ces gens regorgent de richesses qu’ils gaspillent pour bâtir sur la mer ou aplanir des montagnes, tandis que nous n’avons pas d’argent  même pour le nécessaire ? Qu’ils accolent pour leur usage deux palais l’un à l’autre, ou même davantage, tandis que nous n’avons nulle part de foyer familial ? Ils ont beau acheter tableaux, statues, vases ciselés, démolir des maisons neuves pour en construire d’autres, bref gaspiller pour dilapider leur argent  de toutes les façons, ils ne peuvent pourtant, malgré toutes leurs folies, venir à bout de leurs richesses. Mais pour nous, à la maison, c’est la gêne, au dehors, les dettes ; un présent lamentable, un avenir plus triste encore ; enfin que nous reste-t-il sinon un misérable souffle de vie ? Eh bien, réveillez-vous ! La voici, la voici cette liberté que vous avez tant souhaitée ; et avec elle, richesses, honneur, gloire sont devant vos yeux. Telle est la récompense que la Fortune propose aux vainqueurs. Plus que mon discours, la situation, le moment, le danger, la misère, la magnificence du butin vous exhortent à l’action. Servez-vous de moi comme général ou comme soldat ; mon cœur et mon bras sont à vous. Voilà le dessein qu’une fois consul j’espère réaliser avec vous, à moins que je ne m’abuse, et que vous préfériez la servitude à la prise de pouvoir.

 

 

La Conjuration de Catilina, Salluste.

Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 1 avril 2008 2 01 /04 /2008 14:43

« Il s’habitue à baisser. Épouse la pente. La précède, qui sait ? Car le monde nous abîme maintenant. »

 

 


Depuis que Maman est morte en 1990, dans sa « ville aux yeux cernés », Gille Leroy pourtant encore vivant nous honore de sa prose riche et virevoltante. Le prix Goncourt de cette année est un détail, presque un accident, car depuis plus de 15 ans déjà la stupéfaction, la sensualité, la finesse et la maîtrise des déferlements internes de ses personnages se précisent, se dévoilent, explosent finalement dans cette fiction savante et autodidacte, son dernier né Alabama song étant une biographie, ou l’est-il seulement, tant Gilles Leroy empoigne son héroïne, l’épuise, la transcende, lui fait cracher du cœur autant que de ses tripes une vérité qu’elle seule possédait ? Zelda Fitzgerald arrachée au tombeau  implore une reconnaissance tardive sous la plume aimante d’un auteur qui, chose rare, s’efface pour lui laisser tout le champ. Attendait-elle ce jour pour qu’enfin sa démesure soit sinon comprise, du moins envisagée ? La Belle du Sud et ses déchirements, son mari trop pâle et ses amants furieux, brûlée dans sa chair, consumée, enfumée et embrumée de larmes et d’alcool surgit, prend corps, s’insurge et trop tôt, trop vite, après quelques 189 pages de tumultes et de peines, nous abandonne à nous-mêmes, fascinés, dérangés de l’avoir vu oser vivre… et stupéfaits de ressentir que son récit intense et classique passera les siècles, qu’il les a déjà passés.

 

« Je n’avais jamais regardé un homme dormir, je veux dire : l’homme nu de l’amour. Sa poitrine se soulève, lente, impressionnante, le duvet sur son torse se hérisse, duvet encore perlé de sueur. Plus bas je glisse, le duvet se fait dense et la toison plus sombre, friselée et soyeuse, est une cachette brun-roux où dort dans son étui de peau fine le sexe détendu, couleur d’acajou, si différent des autres appendices que j’ai pu connaître et qui ne furent pas bien nombreux mais plutôt rosâtres, plutôt anémiques — froncés, renfrognés dans la nuit de la honte —, semblables à ces larves de hannetons que la terre transie cache dans son hiver.

J’aime cet homme brun, cet homme à la peau tannée, à l’odeur violente, au sexe brûlant qui en moi se répand par longues saccades. « Ça y est, Chérie, je gicle » ; et je voudrais trouver les mots pour lui répondre mais je ne les connais pas. Alors je me contente de crier que j’aime. »

 

Alabama song, Gilles Leroy, 2007, Mercure de France.

 

Publié dans : Les inattendus
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Quo vadis ?

Le blog de Paméla Ramos

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

Vitriol


I am the true green and golden Lion without cares
In me all the secrets of the Philosophers are hidden

Images Aléatoires

  • Augustin (Saint) - La cité de Dieu
  • Hofmannsthal- Lettre à Lord Chandos
  • vol93.jpg
  • La Conférence des oiseaux, Farid Ud-Din'Attar

Syndication

  • Flux RSS des articles

Paperblog

Sortie

 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés