Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /Mars /2009 12:28




Trouvé sur un forum par ma cousine, je n’ai aucun moyen de certifier l’authenticité de ce codex, ni de le dater, mais apprécie grandement son sale esprit…

 

Récemment une célèbre animatrice radio états-unienne fit remarquer que l'homosexualité est une perversion.

« C'est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination » C'est clair, non ? « La Bible le dit. Un point c'est tout. », affirma-t-elle.

Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa une lettre ouverte qui disait :
« Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la Loi de Dieu. J'apprends beaucoup à l'écoute de votre programme et j'essaie d'en faire profiter tout le monde. Mais j'aurais besoin de conseils quant à d'autres lois bibliques.

Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans le livre de l'Exode, chapitre 21, verset 7. A votre avis, quel serait le meilleur prix ? Le Lévitique aussi, chapitre 25, verset 44, enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu'ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux mexicains, mais pas aux canadiens. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder des esclaves canadiens ? Je sais que je ne suis autorisé à toucher aucune femme durant sa période menstruelle, comme l'ordonne le Lévitique, chapitre 18, verset 19. Comment puis-je savoir si elles le sont ou non ? J'ai essayé de le leur demander, mais de nombreuses femmes sont réservées ou se sentent offensées.

J'ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L'Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu'il doit être condamné à mort. Je suis obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante qu'une quelconque manière ? Autre chose : le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu'on ne peut approcher de l'autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J'ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de 100% ? Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse ? Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce que dit le Lévitique, chapitre 19, verset 19, en plantant deux types de culture différente dans le même champ, de même que sa femme qui porte des vêtements faits de différents tissus, coton et polyester. De plus, il passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d'aller jusqu'au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique, chapitre 24, verset 10 à 16 ? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours d'une réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, tel qu'il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, verset 14 ? Je me confie pleinement à votre aide. Merci de nous rappeler que la parole de Dieu est éternelle et immuable. Un point c'est tout. »


Publié dans : Reviens gamin, c'était pour rire
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Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /Mars /2009 22:47


« … et des études montrent que les enfants sont traumatisés par les poussettes actuelles : ils sont seuls face au monde, ils ne voient plus leur mère.

 — C’est intéressant, je n’y avais pas pensé. »

Je n’écoute qu’à moitié et pourtant elle a probablement raison. Perte de contrôle, sensation de projection sur le tout-venant, virages et perturbations…J’ai pourtant du mal à compatir, les enfants m’émeuvent rarement, et le traumatisme est partout.

Pour l’heure j’ai bientôt froid, mon dos refuse de m’obéir, je tente vaguement d’oublier que je ne veux pas oublier, obstinée, revêche, Alceste que je suis.

Forcenée.

Epouvantablement libre.

De toutes façons, je n’ai jamais aimé l’art contemporain, j’observe ces formes grotesques, perplexe devant leur obscénité, qui s’apparente à une visite des toilettes de celui qui les a commises, et les étale sur les murs pour que sa maman l’aime. L’écriteau ne précise d’ailleurs pas quelle poussette il a eu.

J’imagine que c’est parce que c’est obligatoirement formidable. Je n’aime que les causes perdues. Démodées. Ambitieuses.

Epouvantablement spectaculaires.

Je traîne un peu les pieds, essaye de plaisanter, mais la vérité me taraude, cet écœurement des vanités, cette insupportable nausée des guignols, le vertige tourbillonnant de la grande mascarade. Il me faut un tout petit peu plus d’air. Je le sais bien pourtant, ce qui se trame dans mes tréfonds, ce qui va s’annoncer aux portes du dégoût : les gens m’étouffent, et je voudrais qu’ils fondent en une masse informe qu’ils sont, pour couler loin de moi.

« … ils n’en parlent pas. Mais Sarkozy, prix Nobel de la paix, c’est  une blague, dites-moi que c’est une blague. »

Je soupire. Affliction. Non, ce n’est pas une blague, mais vraiment, comment feindre encore la stupéfaction, ou pire, la révolte ?

Tout me paraît si lointain, et si crève-cœur lorsque je tente de me rapprocher. Et oui, tu as raison, bien sûr que les homosexuels devraient pouvoir avorter. Adopter. Ton lapsus lui-même se charge de la conversation, je n’ai plus rien à rajouter.

Sur les quais, là-bas, un peu plus tôt, j’ai décroché. J’ai revu sa casquette limée, ses cigarettes coupées, son regard plein d’envie. J’aurais marché des heures pour le suivre dans les ruelles étrangères de la capitale hostile. Je ne savais pas ce qui allait se passer, pour la première fois, je ne savais pas ce que je penserais, bientôt, de tout cela. Je gonflais mes poumons d’une espérance neuve, d’une force sans précédent.

De retour sur ce quai, j’ai brutalement compris qu’il n’en restait plus rien.

« …me rends compte que la situation des trentenaires actuels a régressé. La crise n’arrange rien. On vit comme des étudiants, l’insouciance en moins. »

Mais l’insouciance, moi, je n’ai jamais appris ce que cela voulait dire. Surdouée de la vie réelle, je change les plombs, remplis mes attestations, connais les horaires de la Poste avec une facilité décourageante. Attentive et sociabilisée, je fouille mes habitués pour en tirer mon or. J’arrache jusqu’au dernier mes lambeaux coronaires, je les tends en offrande à mes bourreaux intimes.

Parce que rien n’est égal. Tout est important. Prioritaire. Irremplaçable.

 

Epouvantablement mémorable.

 

Toutes mes excuses alors, si parfois au détour de vos présences amies, la tête emplie de mes turbulentes furies,

je ne vous écoute pas.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /Fév /2009 00:37



« Vous reconnaîtrez un con à ce qu’il se targue d’être approuvé par le plus grand nombre. Exemples : les hommes politiques, les auteurs à succès, les vendeurs enrichis. Vous reconnaîtrez tout aussi sûrement un con à ce qu’il gémit sur son insuccès. Voire à ce qu’il s’en drape, la main sur le cœur, dans la pose de l’Incompris. » p15.


« Le silence pourrait être l’antidote de la connerie, s’il n’était habité. Or le silence des cons est bruissant comme une ligne électrique en surchauffe. Les cons pensent beaucoup. Ils pensent trop. Ils pensent inutilement et à côté. On n’a jamais autant produit et consommé de pensée qu’au vingtième siècle. Il y a des fortunes à faire sur le marché de la pensée pour tous. » p17.


« La connerie, elle, est une jouvence. Pourquoi les cons durent-ils plus longtemps ? Les jeunes cons en particulier, ou bien est-ce un effet d’optique ? Parce qu’ils n’ont pas trente ans, ils se croient éternels. Notre société les flatte. Elle veut du sang neuf, cette vieille pute recousue de partout qui se maintient en buvant frais. Le jeunisme, drôle de néologisme. On n’est pas plus gâteux qu’un jeune s’exprimant à la première personne du pluriel. « Nous les jeunes », pouah ! J’en dis autant de tout sentiment d’appartenance collective par lequel l’individu s’identifie abusivement à un groupe, « nous, les cadres », « nous, les numismates », « nous, les écrivains bretons ». Cette loi des séries artificiellement homogènes marque l’époque. Une époque furieusement, comment dit-on ? participative, ou quelque chose dans ce goût. » p63.


« J’ai parlé des cons tourmentés ; je parlerai des cons bruts de décoffrage, sans fissure apparente ou cachée, ces sortes de blocs humains de connerie qui vous font regretter d’appartenir à l’espère humaine. La rigidification du con par l’intérieur fournit des spécimens dangereux, non tant parce qu’ils sont cons que parce qu’ils vivent dans la certitude de ne pas l’être. » p68.



Quelqu’un me disait il y a peu en parlant de Lucien Jerphagnon, historien : « Voilà un homme qui a écrit une thèse qui résume parfaitement son auteur : De la banalité. »

Il y a des sujets qui tendent effectivement d’énormes perches, mais bienheureux l’ouvrage qui donne au lecteur l’envie de se débattre, au risque de se noyer.

Son auteur, au CV éclectique et peu précis (philosophe, éditeur puis journaliste à 60 millions de consommateurs – la facilité voudrait me faire relever la première particule de ce dernier mot, mais point trop n’en faut, comme disent les bonnes gens) a publié essentiellement chez Corti, ce qui fut, snobisme oblige, et comme la corporation le dit, ma prescription première.

Qu’est-ce que la connerie ? Pourquoi, dans l’effervescence amère de nos multiples remèdes philosophico-socio-polygraphomaniaques de ce siècle déjà finissant après avoir déjà fini, ne s’est-il pas trouvé de candidat sérieux pour s’y être attelé consciencieusement (je ne compte pas Desproges, injustement rangé dans les bateleurs) ?

Voilà donc une découverte bien réjouissante, dans la catégorie « Je l’ai toujours pensé mais ils le formulent vraiment mieux que moi ». Écrit avec panache et moins de cabotinage que quelques grincements de dents au feuilletage le laissaient prévoir, ce pamphlet anti-cons est hilarant, mais ne s’arrête pas là. Il trouve surtout le ton juste, loin d’une véhémence aigrie qui se retournerait trop facilement contre son maître, d’une démagogie tentante de ne vouloir brutaliser personne, d’une provocation ardissonnienne, non plus que d’un militantisme niais pour l’intelligence des masses ou le « vivre bien ensemble ». Non, Georges Picard, goguenard mais sûr de lui, se contente de vagabonder à doigts hauts dans un recensement qu’il renonce à rendre exhaustif : la foule, le rire-spectacle, le demi-con, le soixante-huitard tyran, l’artiste contemporain, l’anti-tout… tout en tentant parfois une définition, enfin, de cette connerie, plus insaisissable, plus sournoise que jamais, jusqu’à hanter l’homme qui se tourmente de la voir surgir ou se cacher, beaucoup plus difficile à attraper sous sa plume, qu’il n’y paraissait au premier abord.

Au final, méditons (légèrement) ces deux jolies formules, en sachant que si nous sommes bien toujours le con de quelqu’un d’autre, on nous le rend au centuple :


« La connerie pourrait être définie comme une adhérence aveugle au monde. » p36.

« Possible définition du con : celui qui est incapable de se mettre à la place d’autrui. » p73.


Et comme on arrête rarement la connerie, au point de parfois préférer plier l’échine plutôt que de mener contre elle une lutte absurde, les éditions José Corti ont finalement cédé aux injures de lecteurs furieux de devoir continuer à couper leurs livres, et ont lancé la collection « Les Massicotés », qui ont au moins l’avantage d’être peu onéreux, mais dont la qualité est incomparable avec celle de ses grands frères de la même édition. Pour autant, afin d’oublier un aller-retour Paris-banlieue, ils font très bien l’affaire.


Georges Picard, De la connerie, Editions José Corti (coll. Les massicotés), 1995, rééd. 2004, 8 €.
Publié dans : Les inattendus
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /Fév /2009 23:31



Où s’en est allée ta finesse ? Où, ton discernement ? Réveille-toi et sois attentif à ce que Chrysippe  lui-même privilégiait. Se contente-t-il  d’enseigner, de montrer les choses, de définir, d’expliquer ? Il ne s’en contente pas, mais l’enrichit  autant qu’il peut, il amplifie, prévient les attaques, répète, remet à plus tard, revient en arrière, interroge, décrit, divise, façonne des personnages, ajuste son discours à celui de l’autre. Ne vois-tu pas qu’il manie presque toutes les armes oratoires ? Il convient de combattre avec un glaive, mais que tu combattes avec un glaive rouillé ou éclatant, cela est important.

 

Lève-toi, redresse-toi et secoue ton édifice robuste pour faire tomber ces bourreaux qui te plient comme un sapin et t’abaissent comme un saule, et vois si quelque part tu as manqué à la dignité. Mais, compagnon de la philosophie, si tu amoindris ceux-ci tu les méprises ; lorsque tu les méprises, tu les ignores.

 

Fronton, De eloquentia, II, 14,17.

 


Philosophe stoïcien éminent du II e siècle, Fronton fut le maître, mentor, et grand ami de Marc Aurèle. Nous restent aujourd’hui ses nombreuses lettres adressées à l’empereur, publiées sous le titre de
Correspondance, Fronton, éditions Les Belles Lettres (coll. Fragments).

Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
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Mardi 27 janvier 2009 2 27 /01 /Jan /2009 23:11



Intéressante surprise au détour d’une soirée s’annonçant peu prometteuse, France 2 en fond sonore permettant de meubler les préparatifs d’un dîner dissolu : l’Abolition, avec le brillant Charles Berling, m’aura retenue jusqu’au bout. Son réalisateur, Verhaegue, n’est d’ailleurs pas un débutant, à en juger sa précédente et notable Controverse de Valladolid.

La télévision s’étoffe, et se distingue en ces périodes de disette littéraire et de désespérance musicale (comme dirait ma mère au sujet des chansons actuelles : « voix mourantes, instruments sommaires, textes inexistants »).

Après la mémorable Apocalypse, contée en douze épisodes sur Arte avant les fêtes, voici un morceau fignolé et sincère, qui nous rappelle, pour ceux qui dormaient au fond, qu’hier encore, aux portes même de notre mémoire collective si prompte à bondir sur la Chine incendiaire ou les Russes sanguinaires, qu’hier donc, dans l’arrière cour des prisons de Clairvaux et de Navarre, nous exécutions les coupables, nous les prenions « vivants, pour les couper, vivants, en deux » - s’étrangle encore, écumant de panache, un Badinter plus cinglant encore sous les traits du prodige français, s’il en reste, Berling. « On ne tue pas un homme qui n’a pas tué », répète inlassablement l’avocat stupéfié. « Si tu crois profondément qu’un homme peut être un salaud, un perdu, un lâche, mais jamais un coupable, alors tu peux être avocat », sermonne le colosse Depardieu en clair-obscur, d’outre-tombe. Et de conclure « Et si tu décides de défendre l’homme que d’autres hommes ont désigné coupable, alors c’est prodigieux ».

Mais le couperet tombe, la foule aboie, et la première partie de ce téléfilm s’achève sur un Badinter hébété, gris et défait.
Circonspecte, j’éteins le poste encore un peu sonnée de m’être fait surprendre comme une débutante de l’image et de la viscère que je ne suis pas, mais reconnaissante au service public d’utiliser parfois mon argent comme il se doit.

Mardi prochain, soyez-en sûrs, je serai là.

 

L’Abolition, téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe avec Charles Berling et Gérard Depardieu, mardis 27 janvier et 3 février à 20h35 sur France 2.
Publié dans : Cinéma cinéma
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Quo vadis ?

  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • : "Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe" disait Rivarol. En le ramassant on se blesse. Il convient alors ensuite de "porter élégamment la cuirasse".

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

Vitriol


I am the true green and golden Lion without cares
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"Ne l'oubliez jamais, pendant que vous mesurerez vos abîmes..."

 

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