Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /Mai /2009 23:27

 



Et c’est déjà la fin de ce qui ne commence nulle part.


C’est plus efficace que les pierres dans les poches de Virginia Woolf.


Plus violent que le silence après le « Voulez-vous ? ».


C’est une sentence, un arrêt de mort, anticipés et grotesques.


Et ce serait un scandale, la fin du monde, l’injustice suprême,

Si seulement il me restait encore un peu de ce cœur formolé.


Je pourrais être éplorée, comme je le fus, mais je n’ai plus de larmes. Dépourvue, je le suis depuis tellement de temps, tellement longtemps, qu’en remontant la spirale je ne retrouve qu’un embryon précaire, mais jamais l’insécable, jamais la lueur d’une ébauche de source.

Alors non, je ne ferai pas mieux ce soir. Je n’irai plus pleurer nulle part, je caresserai doucement les étoffes pour les remettre en place, j’ajusterai les mèches autour de mon visage, je redresserai l’échine et je rentrerai sur scène, radieuse, brillante, aveuglante de sérénité, pour le salut du plus grand que moi. Je n’aurai pas de médailles, ni d’applaudissements, mais la reconnaissance muette des regards atlantiques, la complicité des vivants planqués entre les morts.


Ces morts inutiles, dont il aura fallu constater le décès en inventant une heure. Ceux-là même que sans combat il aura fallu rendre à la facilité, et qui nous honoreront de mépris pour nos liesses.


Nous les sanguins, les fous furieux, les mal-réglés sur pause, qui interrompons les cycles de silence forcés en riant dans les charniers, réticents aux figures imposées. Nous sommes la honte des citadelles, les profanateurs  des sépultures  de résignés, les terroristes des façades lisses, surgissant du vide cimenté de leurs abîmes.


C’est déjà la fin, peut-être, de ce qui n’a commencé nulle part. Mais je ne suis pas, jamais, l’enterrée vive qui se débattra pour sortir.


Je suis déjà sortie des flammes.


Méfie-toi, mon amour, des entraînés des heurts.

Ils connaissent des issues que les prudents ignorent.
Ils survivent sur les poussières des pétrifiés de peur.


Tout ceci n’est qu’un exercice d’évacuation que je connais par cœur.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Dimanche 24 mai 2009 7 24 /05 /Mai /2009 17:50

The more we fly, the more we climb

The more we know that heaven is a lie.

Ghinzu, Jet sex.



 

L’Âme connaît des moments sous Bandeau –

Où par l’effroi figée –

Elle sent qu’une Horreur sans nom approche

Et s’arrête pour la fixer 

 

L’Âme connaît des moments d’Évasion –

Où enfonçant toutes les portes –

Elle danse, au loin, comme une Bombe

Et se balance sur les Heures,

 

Mais ses moments de recapture –

Où, criminelle en menottes,

Des fers à ses pieds emplumés,

Des rivets dans son Chant,

 

L’Horreur l’étreint à nouveau, ces moments-là,

Quelle langue peut les hurler –

 

Emily Dickinson, Une âme en incandescence, José Corti, 1998, cahier 17.

 


Publié dans : Melancholia: de la bile noire sur la page
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Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /Mai /2009 11:58

Je veux dire que nous ne sommes pas défenseurs de quelque élément qui forme une culture du passé, nous sommes défenseurs de la colonne vertébrale du patrimoine qui forme l’identité de l’Europe et de l’Occident et si on ne comprend pas cela, on ne comprend rien à mon avis.

François Bayrou, Appel pour le grec et le latin, 2004.

 

Ce qui est excellent, et que les études classiques seules produisent, c’est l’habitude, acquise dès les plus jeunes années, et pour la vie entière, de penser, non seulement que tout est dit, mais que tout a déjà été senti, éprouvé, que rien ne se passe dans notre âme qui ne se soit déjà passé dans d’autres âmes, et depuis qu’il y a des hommes, et qui pensent, et qui sentent. […]

Vous dites que depuis vingt ans que vous avez quitté le collège, vous n’avez pas ouvert un livre latin ni grec, et que, soudain, aujourd’hui, dans un moment de loisir, la fantaisie vous ayant pris de vérifier si vous étiez encore capable de traduire une phrase de Tite-Live, vous avez piteusement échoué. Et vous vous demandez si vraiment il valait la peine de passer six ans de votre jeunesse à un travail si dur, pour un résultat aussi précaire. Mais jamais, dans vos études, le latin n’a été une fin en soi. Même si, n’ayant pas entretenu votre connaissance des langues mortes, vous êtes complètement incapable aujourd’hui de traduire un texte, et, disons plus, même si vous avez été un cancre pendant vos années de collège et si votre incapacité de traduire date de ce temps-là, du moins avez-vous pris, pendant les six années les plus formatrices, l’habitude de penser qu’aucune situation psychologique n’est nouvelle dans l’histoire de l’humanité. S’il vous est resté, fût-ce très confusément, cette idée que vos états psychologiques, vos émotions, vos sentiments, vos désirs, vos pensées, ne sont point particulièrement, singulièrement vous-même, mais vous apparentent à d’autres hommes, et non point seulement aux hommes de votre temps (ce qui serait encore un genre de singularité), mais à des hommes qui vivaient  il y a deux mille ans et plus, alors vos études n’ont pas complètement manqué leur but, car ce qu’elles cherchaient par-dessus tout à produire, c’est cette habitude de votre esprit, qui reste intacte, maintenant que vous ne savez plus traduire. Là vraiment, il y a quelque chose qui reste quand on a tout oublié, et même, quand on n’a pas très bien appris.

Fernand Robert, L’humanisme, essai de définition, Les Belles Lettres, 1946, pp140-141.

Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
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Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /Mai /2009 18:33

J’ai passé une nuit malheureuse ; j’avais oublié de me laver le bas-ventre avec du vinaigre, comme à l’ordinaire, la chaleur du lit a réagi sur mes sens, et j’ai eu une émission. Le fait est bien tout physique, car je n’ai fait aucun de ces maudits rêves, et j’ai depuis longtemps détourné toute mauvaise pensée.  Je me répète avec terreur le mot du médecin : Chaque pollution est un coup de poignard pour vos yeux ; et je le vois se réaliser involontairement, en dépit de mes efforts : Expiation, tout est expiation !



Henri-Frédéric Amiel, Journal intime, T1, L’Âge d’Homme, 1976, p 146.





Publié dans : Inadmissible ! : les privés d'autorité
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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 00:07

Fragments (Œuvre inconnue, apocryphe, anonyme et posthume)

En regardant l’immense voiture dans la petite vitrine, je fus prise d’un vertige fondamental : comment avaient-ils fait, comment avaient-ils réussi à la mettre là ? – à ma question, et je n’en demandais pas tant, j’eus ce que je qualifierais de changement de conversation cosmique. La devanture du concessionnaire explosa, projetant un amas de tout vers moi puis de moi quelque part entre plus loin et plus tard.

Un singe désespéré, descendu pour une saison à la capitale, pensa soudain que le temps était venu, pressant, de rencontrer les siens, faisant le compte des individus de basses branches, parfumés et pressés, auxquels il s’était jusqu’alors offert dans des contorsions lisses et techniques.

Il grêlait du gros sel. Je me demandais sincèrement si ce n’était pas un peu exagéré. Quelle emphase, pour cette banlieue banale. Lorsque l’éclair frappa trop proche, j’eus la désagréable sensation que mes lectures et mes jugements avaient fait de moi un parfait conducteur de chaleur.

On ne dit pas « je te l’avais bien dit » à quelqu’un qui sort de chez le coiffeur.

Joseph-Frederik et Peter-Thierry s’aimaient tendrement lorsqu’une tragédie survint, entamant un irréversible déclin vers les aisselles non épilées et les flatulences nocturnes : ils déclarèrent leur amour à un greffier taciturne devant une tasse à café aux souillures sèches.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Quo vadis ?

  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • : "Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe" disait Rivarol. En le ramassant on se blesse. Il convient alors ensuite de "porter élégamment la cuirasse".

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

Vitriol


I am the true green and golden Lion without cares
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"Ne l'oubliez jamais, pendant que vous mesurerez vos abîmes..."

 

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