Lundi 13 juillet 2009 1 13 /07 /Juil /2009 22:29

Quand on n’est pas foutu d’être clair, autant fermer sa gueule.

Wittgenstein sur le plateau de Germany Got Talent !

 

I bet you remember.

Michaël Jackson, Remember the time.

 



Le temps m’inquiète, et je ne parle pas des nuées. Alors que la transmission me fascine, alors que je me rêve vecteur turgescent et magnifique (1), les nœuds gordiens se resserrent, que je tranche en me taisant. Jamais assez de ce temps pour la prophylaxie, et l’indigestion guette. Je me sens œnologue, qui ne recrache jamais. Je me sens fouler des terres vides, et ne rien relater.

Pourtant, c’est la bousculade, et je voudrais que dans l’instant où je sais, tout le monde sache.

Je veux que dans l’échange frénétique des boulimies de sensations, de lectures, d’explosions, mes tensions éclaboussent et rejoignent vos écumes. C’est un tel renouvellement de splendeurs, de sombres arnaques, d’écœurement rageur ou d’insolente plénitude, qu’il faut ériger des barrières pour contenir l’élan et éviter le piétinement. Enfin, une par une, laisser passer les meilleures têtes.

Oui mais. Et les chiens errants ? Les moins beaux des superbes ?

Et puis comment leur dire ? Comprendront-ils seulement ?

Naïve, et affligée, tourmentant les préceptes, perçant la langue et la laissant gonflée, emphatique et précieuse, outrancière et brutale, je ne sais rien leur dire des plages des débarqués, je voudrais prendre un temps dont je suis le pantin, le gifler, qu’il s’arrête, sonné, et que je trouve enfin les mots qui ne me déborderont pas, contourne et cerne l’ineffable des soldats tombés, il y a trop longtemps, juste sous mes pieds.

Je n’ai rien dit du plaisir indigne (2) ressenti sous les pages rugueuses de Dexter in the Dark, sa noirceur à peine grise au cynisme facile (3), inutile marchandise qui gâtera mes yeux, mais toujours en extase lorsqu’arrive à nouveau le « Godamn it, Dex, what have you done ? ».

Je n’ai pas vu filer loin de moi les Hommes ordinaires (4) de Christopher Browning, et autres Exécuteurs, rampants dans l’humide honni du Degrelle de Littell, ces essais essentiels qui asphyxient nos bien-pensants, en leur rappelant leurs effluves d’hommes bons jusqu’à preuve du contraire. Il fallait pourtant le leur dire, qu’ils n’étaient que des fascistes en sommeil, qu’ils sont les prochains fascistes d’une guerre sans sueur, sang, larmes ni labeur.

Je n’ai pas pu parler de Southern Comfort, de Walter Hill (5) ce survival magistral, perdu entre Terence Mallick et Michaël Cimino. Une poignée de soldats non préparés, traqués jusqu’au dernier dans le bayou d’une Louisiane menaçante, et cette opposition permanente de la nature en plan fixe, diaporama frontal qui ne se laisse jamais embrasser dans un panoramique rassurant. Sans parler de ces salauds de Cajuns, à la langue animale, qui déciment quiconque les défie sur leur territoire. La guerre du Vietnam et ses embuscades dans la jungle n’est jamais loin, évidemment, mais la préparation des hommes qui y sont parachutés, l’est, elle, indéniablement.

L’absurdité de ces hommes armés mais inutiles, se faisant tirer comme des lapins par le local primitif, vrille au ventre une peur innommable.

 

Il y aura toujours, en dessous de ces heures creuses de repli et d’observation, la perception plus ou moins claire d’une décadence finissante, et définitive. Nous sommes dans les heures molles de la fin qui s’éternise. Que dire, à nouveau, de cette mort spontanée, de cette absence sidérante de sursaut, après avoir touché le fond ? C’est voir l’agonisant perdre son air et ne jamais plus le reprendre, sauter un battement de cœur et se satisfaire de ne plus irriguer.

Se satisfaire, et s’en féliciter. Les strates de notre civilisation pourrissante n’en seront que plus étourdissantes (6), dans leur absence de densité, pour le futur déterreur de cadavre. Une momie vide, ayant perdu deux tailles (7), et toute possibilité même de récupération de données, vouées à la grande virtuelle, éteinte et perdue à jamais dans un malheureux clic.

Ne pas vouloir, dans une candeur néo-révolutionnaire d’occidentale parfumée, ne pas vouloir, vous dis-je, applaudir ces zombies, mais se sentir atteinte assez profondément par la fin d’un Michaël Jackson − comme on voit s’éteindre une des dernières étincelles d’art sacrificiel, christique (8), laborieux, messianique (9), ne se passe pas sans une bonne dose de silence et quelques poignées de minutes bien senties pour espérer saisir la cohérence du tout. Se retrouver prise en liesse, contrainte et forcée de vibrer avec eux, rugir « We are the World » comme d’autres hurlent « Yes we can » en silence, s’incliner devant le symbole, faire partie du Tout, ce Tout de mous trébuchants dans une planète sale, ne se fait pas sans une grande sidération face aux forces inconnues qui dorment encore en nous.

S’extraire de cette course au Rien tout en s’immisçant parfaitement dans ses rouages, jusqu’à n’être plus décalée, dangereuse, n’être plus visible du tout et penser que c’est de là, précisément, qu’on fera sauter l’édifice, mais le trouver trop fort, l’avoir sous-estimé et se sentir plier, parfois jusqu’à rupture, se voir pliée, rangée et tamponnée, et ne plus protester, comment leur dire ?

Et que dire enfin des inaltérables espoirs de trouver des alliés, s’émouvoir sous leur peau, partager leurs méandres, mais de toujours les rendre à la foule dévorante ?

Comment transmettre quand on ne conçoit la transmission suprême que comme offrande à l’être aimé ? À qui transmettre quand on aime plus ?

Est-ce que j’ai pu seulement transmettre cette impression de connivence qui rendait toute séparation insupportable ? L’ai-je transmise, à temps ? Ou bien l’autre était-il déjà trop loin, n’avait-il jamais été assez près pour entendre ?

Il ne faut peut être tout simplement plus jamais parler d’amour. D’émois, tout au plus. De cum patio.

 

J’avais voulu enfin, en libérant cette bafouille, rendre un hommage aux non-lus, qui m’attendent, et qu’anxieusement je remets à un « plus tard » pléonasme, de peur d’une déception dont je peine toujours à me remettre. J’attends les lumières de la contre-nuit du Rôdeur (dont la dernière note est un supplice – comprendre, le supplice de lire une succession parfaite de mots qui prennent le temps qu’il leur faut pour énoncer une pensée ciselée mais sauvage (10) – Cher Stalker, par pitié, faites un tube qu’on pourra chanter si vous mourrez), les saisons entravées dans l’entonnoir du poète (le chant du S.S.), j’attends toujours de l’intranquillité du livre portugais une sérénité parfaite, je me garde une virginité pour l’amour platonique de certains Anciens dont la manne des sources se tarit trop vite.

 

Je vous sais vraiment proches, je vous sens sous ma main, je pourrais vous toucher mais je garde pour la Nuit quelques instants encore d’une sombre espérance.

 


 

 

 

(1) Compensant probablement une absence d’appendice à comparer dans les vestiaires.

(2) Figure rhétorique bien connue en politique ou entre copines hystériques : « je ne te dis pas que tu es conne, parce que je suis plus intelligente que cela. – Ben si, donc te voilà conne à ton tour. » Mais je m’égare.

(3) Dexter torture et tue, soit, mais uniquement les méchants, et très proprement. Son code d’honneur en fait un serial killer avec discernement, et utile à la société. « Elle agit avec moi comme un flic ayant confondu un criminel et le laissant seul avec son flingue et, fermant la porte, se félicitant d’éviter à l’Etat un procès couteux. Mais cela n’a aucune chance de marcher avec moi : je n’ai aucune conscience » (mal traduit par mes soins de la version originale).

 (4) Les hommes ordinaires torturent et tuent, soit, mais bons ou méchants indifféremment, et sans cette morale criminelle superbe que Dostoïevski connaissait bien. Si tuer peut être un art chez les âmes élevées, il n’en est rien chez les hommes ordinaires. Dans ce cas c’est uniquement,  et très justement, sordide.

(5) Le saint homme a réalisé en 1979 Les Guerriers de la nuit, un film de gangs entièrement calqué sur l’intrigue de l’Anabase de Xénophon. Note to self : féliciter ce type.

(6) L’écho du vide retentira longtemps après nous, rassurons-nous, tout le monde saura que nous n’avons rien été.

(7) Même les corps se décharnent, dans cette apologie de la légèreté. Des cadavres maquillés, heureux de ne plus tenir sous le vent et de voler à tout-va ; contents de ne plus se prendre la tête autrement que dans les branchages d’une Nature tellement sacrée, tellement idéalisée, qu’on lui cherche des excuses à chaque tsunami.

(8) Merci à Ariel et Vincent de m’avoir mâché le travail en proposant ces fameux adjectifs.

(9)What else ?Il ne faut pas sous-estimer l’inconsciente blessure collective d’avoir perdu l’homme le plus « célèbre » du monde, probablement. Tuer Michaël Jackson, c’est prouver, aux âmes incrédules, son existence. Formellement, j’entends. 
(10) Une phrase, seulement, si vous me permettez cet emprunt, que je peine à isoler mais qui résonne encore: " Qui ne comprend encore, à présent que nous sommes plus que jamais devenus les hommes creux aux voix asséchées ("dried voices") dépeints par T.S. Eliot, que c'est le langage lui-même qui est triste, inconsolable d'avoir été déformé et, dès lors, de n'être plus capable de remplir sa mission insigne, celle de nommer ?"

 

Publié dans : Sautes d'humeur
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Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /Juil /2009 19:15



« Oui, j’ai passé des heures, hier encore, à fixer tel un paquet de nerfs pétrifiés la paroi de glaise en train de s’ébouler en face de moi. Je l’ai encore très précisément devant les yeux, cette paroi brune, parsemée de silex noirs et de blocs de craie, dont le bas tournait en bouillie d’où émergeaient des douilles et des têtes rouillées de grenades à manche. Il y avait aussi un mort dont on ne voyait qu’une jambe. Il devait être couché là depuis longtemps. Le pied n’avait pu soutenir la lourde botte et s’était détaché à hauteur de la cheville. On voyait distinctement l’os dégagé de sa gangue de chair brune et gangrenée. Puis venaient le caleçon de grossier tricot et le pantalon gris que la pluie avait lavé de sa glaise.

À vrai dire, il y a beau temps qu’on devrait être couché de la sorte. Avec un crâne de nègre tout noir, dont la pluie a arraché les cheveux par touffes, et de petits yeux de poisson, desséchés dans leurs orbites cireuses. Quelque part à se faire manger les chairs, par les corbeaux en terrain libre, par les rats puants d’un abri éboulé, par les essaims de balles qui ne cessent de fouailler le no man’s land. Ça n’est jamais tombé bien loin. Hier encore. Chaque jour où je respire encore est un don, un grand don, divin, immérité, dont il faut jouir à longs traits enivrés, comme d’un vin de prix. »

Ernst Jünger, La guerre comme expérience intérieure, Bourgois, 1997.

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Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 23:05

Les Sentences de Pseudo-Phocylide forment un étonnant petit recueil. Bribes d’un sens commun majoritairement toujours partagé quelques 2500 ans plus tard, elles opèrent comme une piqûre de rappel d’une nature humaine dont on peine souvent à retrouver les contours.

On y apprend en une demi-heure (concept antique fort agréable du fast-book : dose de culture à injection rapide, lecture en portions individuelles pour soulagement immédiat) les bases d’une âme bien faite, pure et sereine. Il s’agit d’appliquer des préceptes pragmatiques très loin de toute métaphysique : car le bonheur, et ce Bien qui n’est pas la monopole du christianisme, c’est apprendre à vivre ensemble et maintenant. Simple et clair n’est-ce pas ? Comme l’eau des sources. À vos bouteilles.

 

Aie pitié des naufragés, car la traversée est incertaine,

À qui tombe, tends la main, sauve l’homme sans secours.

 

Que les immigrés reçoivent les mêmes honneurs que les citoyens ;

Car tous, nous risquons d’éprouver la pauvreté errante,

Et la terre n’a point de lieu sûr pour les hommes.

 

Un cœur qui s’insinue engendre une folie funeste.

 

L’homme trop conciliant passe pour un sot auprès de ses concitoyens.

 

Mieux vaut recevoir promptement son hôte à une table sans apprêts

Que de le faire trop attendre avec d’abondants artifices.

 

Se plier aux circonstances, ne pas souffler contre les vents.

 

À son début couper le mal et panser la plaie.

 

Ne partage pas le lit des concubines de ton père.

Ne pas gagner de ta sœur la couche abominable.

Ne pas entrer dans le lit des épouses de tes frères.

Que la femme ne détruise pas l’enfant qui se forme en son sein,

Et une fois né ne le jette pas en pâture aux chiens et aux vautours.

Sur ta femme enceinte ne lève pas la main.

Ne pas aller t’unir à des animaux.

 

Respecter les cheveux blancs ; céder aux gens âgés le siège et tous les privilèges ; au vieillard d’égale naissance et de même âge que ton père, accorde les mêmes honneurs.

 

La pureté est une purification de l’âme et non du corps.

Tels sont les mystères de la justice ; en vivant ainsi, puissiez-vous mener une vie heureuse jusqu’au terme de la vieillesse.

 

Pseudo-Phocylide, Sentences, Les Belles Lettres, 1986.

Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 20:23

I’m the livin’ proof of Churchill’s lies.

David Bowie, Quicksand.


J’avais piqué une citation à Winston Churchill. Lors d’un dîner mondain, une femme lui a dit : « Monsieur, vous êtes saoul. » Il lui a répondu : « Oui, madame. Et vous êtes moche, mais demain, moi je serai sobre. »

Lemmy Kilmister, Motörhead, la fièvre de la ligne blanche.




 

Voici un petit livre dont il faut célébrer l’existence, dernier né d’une collection déjà admirable (Texto, la pochothèque de Tallandier, consacrée à des textes et hommes forts de l’Histoire). L’éditeur a choisi de présenter dans leur version originale, et fort bien traduite en vis-à-vis, les discours prononcés par Churchill depuis la prise de ses fonctions en 1938 jusqu’à sa défaite électorale d’après-guerre, en 1945. Chacun est introduit rapidement par un état de la progression de la guerre, vue depuis la Grande-Bretagne, ce qui procure à l’opus un rythme haletant, un suspens renouvelé, ponctuant les interventions lyriques du Premier Ministre, humanisant de ses formules pour la plupart célèbres, de sinistres constats et de poignants appels au courage et à la lutte. « Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » clame-t-il très rapidement, avant de préciser au nom de son peuple qu’aucune soumission à l’hydre nazie ne s’envisage.


« Nous faisons face à la plus terrible des épreuves. Nous avons devant nous maints longs mois de lutte et de souffrance. Vous demandez ce qu’est notre politique ? Je peux vous le dire : c’est faire la guerre, sur mer, sur terre et dans les airs, par tous les moyens, avec toute la puissance et avec toute la force qu’il plaira à Dieu de nous donner ; faire la guerre contre une tyrannie monstrueuse, sans égale dans le sinistre et lamentable catalogue du crime humain. Voilà notre politique. Vous me demandez quel est notre but ? Je vous réponds d’un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de toute terreur, aussi longue et difficile que puisse être la route, la victoire ; car sans victoire, il n’est point de salut. »
   13 mai 1940.


S’engage alors les conflits que l’on connaît tous, mais peut-être moins par la lorgnette de nos insulaires voisins.


« Nous tiendrons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons dans les airs avec une confiance et une force croissantes, nous défendrons notre Île quel qu’en soit le prix,  nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur nos terrains d’aviation, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons sur les collines. Nous ne nous rendrons jamais. »
4 juin 1940


À de nombreuses reprises, même lors de la capitulation et la collaboration pétainiste, des messages de soutien et de respect sont prononcés à la BBC à destination du peuple français. La nécessité de détruire la flotte française postée en Algérie, afin qu’elle ne vienne grossir les rangs de la flotte allemande, sonne de la part de Churchill comme une terrible décision pour le salut du reste du monde, et sa fermeté doublée de compassion pour les marins français donne un ton étrangement chaleureux à ses menaces bientôt exécutées de bombardement. Il conclue dans une emphase rhétorique caractéristique, en vertu de sa ligne de combat indéfectible contre l’Allemagne d’Hitler et tous ceux qui s’y rallieront.


« En pleine harmonie avec nos Dominions, nous traversons une période de péril extrême et de formidable espérance, où chaque vertu de notre race sera mise à l’épreuve, et où tout ce que nous possédons et tout ce que nous sommes sera mis en jeu sans retenue. Ce n’est pas le moment de douter ou d’être faible. Voici l’heure suprême qui nous appelle. »
4 juillet 1940.


Fin lettré et grand admirateur de la culture européenne, il cite en pleine tourmente la Bible, bien entendu, mais aussi Longfellow ou Kipling, les héros grecs du Péloponnèse ou ses ancêtres, toujours soucieux de raccrocher un sens universel et cosmique aux immenses pertes subies par les peuples pendant ce choc de titans.


« J’ai cherché parmi eux un homme qui relève la muraille, qui se tienne devant moi, sur la brèche, pour le bien du pays, afin que je ne le détruise pas : je ne l’ai pas trouvé. »
Ezéchiel 22 :30.


En octobre 1941, son cri est toujours intact :


« N’abandonnez jamais, jamais, jamais, jamais – n’abandonnez rien, ni de grand ni de petit, rien d’important ni rien d’insignifiant – n’abandonnez jamais rien sauf quand l’honneur et la raison l’exigent. Ne cédez jamais à la force, ne cédez jamais à la force apparemment irrésistible d’un ennemi. »


Et cette persévérance paye. En août 1942, l’Allemagne cède en Egypte contre les troupes britanniques. Cette victoire inspire cependant une prudence nécessaire à Churchill qui galvanise son peuple tout en lui rappelant ses objectifs.


«  Mais ce n’est pas la fin. Ce n’est pas même le commencement de la fin. En revanche, c’est peut-être la fin du commencement. Dorénavant les nazis d’Hitler vont rencontrer des troupes aussi bien armées que les leurs, peut-être même mieux armées. Ainsi, ils auront à faire face sur de nombreux théâtres d’opérations à cette supériorité aérienne qu’ils ont si souvent utilisée sans pitié contre les autres, dont ils se sont vantés dans le monde entier et qu’ils ont souvent employée pour persuader les autres peuples que toute résistance était vaine. »
10 novembre 1942.


Les conflits s’intensifient, puis arrive l’alliance américaine et son D-Day salvateur. Churchill en profite pour rappeler ce qu’il en a coûté, sans jamais le regretter, de libérer la France, dans la grandeur de laquelle il semble toujours avoir cru.


« Nous avons perdu – je regrette de devoir en faire la déclaration – plus de 90 000 hommes tués, blessés ou disparus, et les Etats-Unis, y compris l’armée du général Patch, plus de 145 000 hommes. Tel est le prix du sang versé par les démocraties anglophones pour la libération du sol de France. »
28 septembre 1944.


La fin de la guerre, marquée par les accords de Yalta, le suicide d’Hitler et la soumission de Berlin, voit la fin de la carrière politique de l’orateur va-t-en-guerre. Mal préparé à des joutes politiques électorales, car préoccupé par le problème japonais réglé de façon drastique par l’Enola Gay américain en août 1945, Churchill, favorable à la Bombe H bien qu’il n’en soit pas encore question publiquement, perd les élections et doit renoncer à Downing Street. Les derniers efforts demandés à un peuple exsangue et lassé de l’humeur belligérante de leur leader, furent probablement de trop.


« Je voudrais pouvoir vous dire, ce soir, que toutes nos sueurs et nos larmes sont derrière nous. Alors je pourrais mettre un terme heureux à mes cinq années de service, et si pensiez en avoir assez de moi et que je méritasse d’être mis sur la touche, sachez que je le prendrais de très bonne grâce. Mais au contraire il est de mon devoir de vous prévenir […] qu’il y a encore beaucoup à faire, et qu’il faut vous préparer à fournir, tant par le corps que par l’esprit, des efforts supplémentaires et à faire encore des sacrifices pour de grandes causes, si vous ne voulez pas retomber dans les ornières de l’inertie, la confusion des objectifs, et le lâche refus d’être grand
 ». 13 mai 1945.


Le vieux lion, cette fois-ci, ne fut pas entendu.


Winston Churchill, Discours de guerre (édition bilingue), Tallandier, collection Texto, 2009, 12 €.

Publié dans : L'humanité mise à mal: témoins de guerre
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Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /Mai /2009 22:45



La Ménagerie du Jardin des Plantes recèle un trésor encore bien gardé, aussi fascinant qu’une relique d’un temps perdu, inaperçue sous la boue des futures structures en miettes.

Wayne, petit miracle de son espèce presque disparue, la panthère de Chine, est né en captivité en janvier dernier. Pourquoi y prêter cette attention, sans cesse mise à mal par la gangrène cynique des intouchables ? Parce que déjà, se reproduire en captivité, c’est assumer ses nouveaux cadres, les dépasser, s’y trouver suffisamment bien pour envisager d’y créer une progéniture, ce qui est très loin d’être chose commune dans le règne animal.

Parce qu’observer Wayne, derrière sa paroi de plexiglas, protégé malgré lui des dangers de la brousse, heureux comme on voudrait projeter qu’il le soit parce qu’il court dans les branches et joue avec la queue de sa mère excédée, nous en dit long.

 L’éthologie est une pratique difficile, malmenée, à mi-chemin entre la psychanalyse et la biologie, ne choisissant jamais son camp, et pour cela suspecte et jamais prophète en quelque pays que cela soit. Boris Cyrulnik sillonne les plateaux télé pour nous assurer de la nécessité d’observer une humilité digne face aux comportements animaliers. Cesser de les bêtifier en trouvant leur monde merveilleux, et en enviant la quiétude du fauve au soleil, mais apprendre de leur incroyable résistance et force de survie dans un environnement majoritairement hostile et dangereux.

Et puis tenter de mettre en place une histoire du lien universel, en dehors-même de toute spiritualité mais comme une harmonie primitive, comme déterminisme profond, celui d’être cet animal social, celui qui ne peut survivre sans ses attaches, et s’il les perd, lèche ses blessures et réintègre la meute.

Observer Wayne, enfin, rend heureux. Autant qu’il projette qu’on le soit, riant aux éclats derrière notre paroi de plexiglas, tirant les jupes de nos mères excédées. C’est une euphorie profonde, et durable que d’arrêter le temps devant la cage aux fauves, éblouis par leur pelage, leur magnifique grâce puissante, se sentir ému et béat devant un petit panthère espiègle et insouciant de toute l’insouciance qu’il peut enfin se permettre, assuré de n’être, derrière sa paroi, jamais menacé.

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Quo vadis ?

  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • : "Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe" disait Rivarol. En le ramassant on se blesse. Il convient alors ensuite de "porter élégamment la cuirasse".

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

Vitriol


I am the true green and golden Lion without cares
In me all the secrets of the Philosophers are hidden

"Ne l'oubliez jamais, pendant que vous mesurerez vos abîmes..."

 

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