Ecrits vains : à moi

Vendredi 9 juillet 2010 5 09 /07 /Juil /2010 00:09

 

 

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I gotta feeling

That tonight’s gonna be a good night.

That tonight’s gonna be a good night.

That tonight’s gonna be a good good night.

Black Eyed Peas, I Gotta Feeling.

 

 

 

 

Ce n’est pas de cela dont je parle.

Notre cœur nous tue. Il voudra tout reprendre, son expansion n’aura aucune limite. Il contient, il forcit, c’en est immunisant. Comprenez, la structure ne plie plus. J’arrive au terme de la construction des poutres porteuses. Je suis pile dans les temps. Je peux m’intenter toutes les expériences de tous les savoirs, je n’ai plus l’ombre d’une crainte qu’elles ne produisent effondrement. Autarcie presque complète, confusion peut-être, vastes éclairs subits dans la nuit tiède, mon amie.

C’est que je les aime d’un amour fou, imputrescible, incontrôlable, féroce et bouillonnant, ces lignes aux vélins parfumés de tabac froid, ces bateaux lourds et tristes fendant les fuseaux, ces avions surnaturels qui m’avalent, me projettent, jouent avec mon âge, ces ponts jetés sous lesquels je me perds, ces créatures au pelage envoûtant à l’odeur inouïe qui ne me comprennent jamais et me tolèrent à peine. Je lutte, croyez-le bien, contre toute cette mystique introvertie, extravertie, encombrante. Sentimentale ? Mais comment donc. Si j’osais seulement m’y abandonner, avec tout ce que je dois porter, entreprendre et envisager, mes seigneurs, je ne me retrouverais jamais. Je me tiens devant vous un genou à terre, les paumes offertes, le Globe de toutes vos fulgurances sur les épaules, un sourire de profonde gratitude aux lèvres et l’œil, votre obligé, planté dans vos prunelles. Bien sûr que non, sentimentale, allons allons. Pire que cela. Je suis animée.

Ce qui m’intéresse, pour le moment, c’est revenir. La sagesse suprême consistera probablement à ne même plus tenter de partir. Chaque chose en son temps.

Tout ceci n’a ni queue ni tête, reprenons. Il est entré en furie, fantôme errant et pitoyable, a immobilisé l’assistance. Je me suis levée, faisant face à la potence, pliant imperceptiblement les épaules et expirant doucement en baissant les yeux. Tous me regardaient. « Tu m’as oublié » me dit-il et il me montre ses avant-bras, coupable, oui, moi. « Tu vois, tu vois ce qu’il en coûte, je me lacère les bras pour toi. Tu m’as perfusé ton odieux malheur et puis tu es partie. Maintenant j’essaye sans cesse de mourir vraiment pour disparaître enfin dans ce fleuve de feu et ma malédiction est que j’en suis incapable, je suis maudit, tu m’as maudit et tu avais raison. » Je reste droite, je regarde à l’intérieur de moi afin d’y voir moins clair. « Tous me regardent », lui réponds-je faiblement. « Tous, et cela n’a jamais tué les forces qui rampent pour sortir par tes poignets. Je suis désolée que tu ne les supportes pas, que tu choisisses l’écoulement et l’errance. Les miennes je les capture et les isole précieusement, je suis une impitoyable geôlière. Je suis un monstre. Tu possèdes à présent un peu de ces gènes maléfiques. Je t’ai contaminé, c’est vrai. Tous me regardent, et maintenant que j’affiche mes bubons, tous, enfin, me voient. Je n’ai plus jamais peur. Ta panique pure est une insulte à ce que nous sommes. Laisse-toi sortir, regarde-moi moins belle et peut-être alors je reviendrai. Peut-être enfin tu partiras pour reposer en paix. »

Mais ce n’est pas de cela dont je parle.

Ce qui m’intéresse pour le moment, c’est revenir, oui. Mais sans toi.

Bon écoute. J’ai déjà tout expliqué. Mais je vais le refaire pour combler ces cratères ouverts brusquement par ton chagrin et ton angoisse, je vais te parler mon amour, sans fin et jusqu’à ce que tu t’endormes enfin sur tes blessures de guerre. Je peux te bercer, t’envelopper, t’élever. Je peux masser ton dos endolori et sentir tes impuissances rouler entre mes mains. Je n’ai jamais craint le pourrissement, les dents déchaussées et les sueurs sèches de matins compliqués. Seulement je ne reste pas. Je ne reste jamais. Je suis à tes côtés absente, il faut le supporter. Il n’y a rien à faire, j’aime trop le silence. Parler, rire et briller oui, je crois que je saurais le faire. Mais je m’écroule enfin à la fin de la prestation et entends recouvrir ces indignités d’autant d’austères obédiences. Je ne peux plus, alors, parler un mot. Je n’ai plus de son disponible. Mutique insolente, je ferme. Il me faut un temps insensé pour chaque convalescence, je manque perdre mes essences précieuses dans chaque grand déballage, j’ai besoin de faire revenir doucement mes chatons sauvages effrayés sous les meubles, qui m’en veulent de les avoir éclaboussés de champagne et d’épileptiques et chromatiques violences. Je dois les panser, les ébouriffer, les voir surgir à nouveau, pas encore découragés par ces fascinations pour l’amusement perpétuel, enfer moderne où les flammes d’aluminium font jaillir des larmes de joie.

Toi tu es du soleil, tu as une chance impossible. J’ai vite trop chaud, je suis mal à mon aise dans tes rayons cancérigènes. Personne ne me prendra vivante, comprends-tu donc. Je ne veux pas de temple lumineux, d’enfant blond dans les bras, j’ai déjà cureté un avenir à trois, et brisé une bague. Je n’aurais pas assez d’une vie pour ma lente pénitence, personne n’aura pitié de moi. Tu me parles de monstres je suis un cirque gigantesque de freaks inconcevables, vrillant à l’abdomen du passant égaré une trouille innommable, j’ai juste fardé un peu la baraque branlante, cloué les volets, creusé un abri bétonné. Rien à voir, misérable, avec ta folie ordinaire, je suis malheureusement tout sauf à enfermer. J’étais la poupée du démon, je lui crache maintenant à la gueule et je lui résiste sans le moindre état d’âme, je l’expurge, je le défie et ne baisse jamais la garde, je suis un vecteur rebelle qui décide des informations qui transiteront, je ne vis plus que pour personne, comprends-tu ? J’ai besoin du grand vide détaché pour mener toutes ces expériences, si je craignais pour toi, si je tenais à toi, je serais aliénée et superbe, certes, mais aliénée et superbe, et contrainte et rendue à la vie factice contenue dans ces quotidiens brûlants où tout, hostile, nous presse de rejoindre une place avant la fin de la ritournelle entêtante. Je ne veux pas qu’on me presse, je décante, lentement, inhumainement lentement, la science éternelle, à la recherche, inhumaine elle-aussi, de cette pierre insécable qu’aucune promesse tenue ne m’a fait à ce jour entrapercevoir.

Auto-sabotage, mon amour. Flagellation et supplices, solitude imposée. Tentations. Feu. Colère. Impossible de me tremper autrement. Je ne dois plus te vouloir. Il faut que j’y arrive, je finirai par savoir.

Personne ne me prendra vivante, mon amour.

Je ne sais même plus qui tu es, anyway, plaqué dans les tournants, caché entre les draps, glissant en courant d’air sur ma peau exténuée des torsions animées que je lui inflige. J’en ai marre, aussi, de devoir me montrer. Mais je n’ai plus d’autre option que de continuer, dans mon laboratoire, seule comme la lune éclairant d’un peu loin tous les tordus de l’ombre, les chiens galeux de la nuit et les aimant de loin, incapable de bouger. Incapable de le désirer seulement. M’éclipser progressivement, par quartier, de leur vue.

Encore une fois, j’ai fini d’en désespérer, je dois me remettre au travail. C’est devant tous mes coins de papier que je me sens encore le plus… animée.

Car ce n’est pas de cela dont je parle. Ce n’est pas encore de cela dont je voulais parler. Mais je ne suis pas prête. Il faut que j’y arrive. Il faudra me laisser. L’humain m’éteint, je dois rester éveillée.


 

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Dimanche 4 juillet 2010 7 04 /07 /Juil /2010 16:34
 
[Note précédemment publiée le 6 avril 2006, remise en une avant une plus sérieuse reprise des activités]

Staten Island Ferry
J’ai pris le premier avion pour la Sicile.
J’ai parcouru les côtes de cette île démentielle, sauvage, antique, baroque et désolée.
J’ai compté les mobylettes bleues, mangé les oursins et fouetté l’eau trop claire.
J’ai cherché à effacer l’occident, le moderne, cherché à dupliquer les pierres des dieux.
J’ai affronté la culture de la violence, de l’honneur, de la passion et du secret. Tout, tout pour que mon corps, imperceptible dans cette démesure d’espaces géométriques, calculés par l’ancêtre perdu entre la nature éblouissante et les croyances étouffantes, se reforme, retrouve confiance, et chaleur. J’ai cherché les sirènes, écouté la fontaine d’Aréthuse, pleuré à Agrigente, plongé à Lampedusa, cheminé à Palerme, suffoqué dans les vapeurs trop lourdes de ce port que j’ai quitté enfin, dans un bateau énorme, frustrée encore de n’avoir pas partagé l’Etna fumant, le sable noir et les structures vides inachevées plantées face à la mer, les catacombes et les temples debout, insolemment debout après deux mille ans quand toi tu t’es couché au bout de vingt cinq.
J’ai cherché l’isolement, la rencontre, le nouveau souffle. J’ai bu , beaucoup, pour engourdir facilement le plus gros de la douleur. J’ai transpiré, figée sur les rochers de Marsala, les yeux vers ailleurs. J’ai même voulu parfaitement en finir avec toi.
Et puis j’ai atteint la Crète. Ses labyrinthes d’oliviers. Ses bateaux verts, bleus, rouges. Ses yeux bleus et noirs, comme autant de rappels des divinités proches, des cyclades, à deux pas. Et là encore, j’ai brûlé mes yeux à moi ouverts dans la mer Egée, brûlé ma gorge dans l’ouzo non coupé, brûlé ma peau contre les turcs, autres étrangers comme moi, perdus sur une île minuscule. J’ai fixé l’horizon jusqu’à la nausée, croyant y voir ta main tendue.
J’ai touché à Ierapetra la dernière pierre avant la fin de l’Europe.
J’ai senti les rayons d’un soleil déjà plus tout à fait continental. Respiré un air déjà imprégné des épices d’orient. Je me suis tenue en équilibre au-dessous des cieux désespérément bleus, toujours bleus, cherchant avec avidité le vert qu’aurait du générer ce pays d’azur et d’ocre. J’aurais pu tout autant ne pas bouger. D’un cil. Rester dans ce village, couchée contre ta tombe.
Mais quoi d’autre que les îles, Paul, pour sentir le détachement, l’individualité, essayer de se sortir du carcan ? Quoi de mieux qu’une île, finalement, pour ne pas dériver vainement et garder la tête hors de l’eau ?
Je pensais te retrouver si loin. Je pensais comprendre mieux, en reculant.
Mais non Paul, c’était là. Juste proche, accessible, chaud, si chaud. C’était juste là. C’est tellement évident. On le savait, on savait que c’était trop d’honneur, que tout le reste le noierait dans la masse.
C’est la masse qui gagne. On a perdu. Tu as perdu. Il faut s’affairer à présent pour recommencer à se forger ces petits anneaux de bien-être à enfiler sur nos doigts jusqu’à ce qu’on ait enfin des gants d’or, qui pareront les coups de règle.
Et Richard qui hurle.
« Il mio refugio, sei tu »…
 
Alors c’est donc ainsi que l’on définit une bonne expérience. L’avion ne s’écrase pas, on ne perd pas nos bagages, il n’y a pas de moustiques, on ne se perd pas, il y a du silence, du soleil, de l’eau, de l’alcool, du poulpe grillé. Et du vent…et puis ce sentiment violent que tout est à recommencer. Comme si les cycles vitaux, universels, n’étaient créés que par nos différents partenaires de cœur et de corps.
« Give me your hands, ‘cause you’re wonderful »
Je me dirige vers le lumineux, paraît-il. Extraire l’or de la merde, tout ça…merci maman pour la belle méthode de survie dans la boue.

Paul, adieu. Je t’ai enterré dans le sol des dieux, j’ai accompli le rite initiatique. Je t’ai accompagné jusqu’où j’ai pu. Je peux revenir. Sans me retourner. Mais sans toi.
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Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /Juin /2010 11:25
[Remise en une d'une note précédemment publiée le 20 janvier 2008. ]



Les recherches au sol n’ont rien donné. J’arrête.
L‘apologie du vide est prétentieuse, disons que l’étendue d’eau n’en finit plus, il n’y a pas de Nouveau Monde pour cette fois. Et finalement, la dérive devient une berceuse, je n’ai pas peur pour moi, si je coule le poids de mon corps deviendra supportable, les failles m’accueilleront dans un silence caressant.

Mais je ne coulerai pas. Je dois tenir une main sous les embruns, et lui montrer.
J’ai rasé les murs de la grande ville, patienté dans le bruit sans envergure, je n’ai rien trouvé comme promesse à lui faire, elle n’écoutait pas, jamais. Je ne m’en plains pas, je ne la regardais pas. Ce n’est pas un scandale. Mais enfin, nous ne sommes rapidement plus personne, nos cœurs se vident, nos yeux se vitrent, nos peaux grisent, l’instinct abdique.

Toi tu n’as jamais cherché, tu n’as aucune idée de ce qui s’est entassé sans tri pendant des années, à ton insu. Tu voudrais tout découvrir pour t’en débarrasser, amusé, en recul, détaché de ton propre butin, certain de pouvoir t’en laver les mains si ça tournait mal. Mais l’importance te rattrape. Rien ne comptait, et te voilà impliqué sans objet.
Tu as eu des pertes lourdes, à ne savoir rien retenir. Ta dérive est moins joyeuse, tu scrutes un horizon qui te moque, insolent dans sa pure régularité inaccessible. As-tu toujours ce mal vrillé à l’estomac ? Sais-tu apprécier le roulis pour dormir, enfin ?

J’ai froid pour toi, j’ai peur pour toi, je ne peux rien faire. Si l’océan se soulève, si la coque déchire, si les avions explosent et les tours s’effondrent, si les lumières s’éteignent et les paillettes tarissent, si je manque de vivres, si je m’endors et relâche mon attention et ta main, si tu glisses du cockpit déchiré, si le feu éclair t’emporte dans un couloir incandescent, si le rideau s’abat sur ta prestation médiocre, si tu pleures en coulisse, je coulerai sans résistance, je remercierai la corde qui m’attache à la proue avant qu’elle ne se brise sur un glacier immense. Ce n’est pas un scandale.

 

Pour l’heure, sur nos radeaux solides lissant la mer d’huile sous un soleil clément, New York n’existe pas, profitons-en pour sourire.

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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /Juin /2010 22:06

 

Et aujourd’hui, je ne suis pas une fausse conscience,

Un tyran.

 

It’s only misery, it’s only ankle-deep


It is no mystery

I know my way from here

 

16 Horsepower, Hutterite Mile

 

 

 

 

Pour Gaëtan et Lester. Et inversement.


#0

Les états de grande vulnérabilité ne sont pas les plus propices à taper du poings sur la table, en cela ils sont de précieux alliés qui permettent d’abattre les poses, de tendre les paumes dans une dernière tentative, avant la prochaine, de montrer son jeu à son adversaire et ainsi l’assurer que quelle que soit la donne, nous ne trichons pas. C’est ainsi que pour l’heure, les mots qui vont suivre sont tout ce que j’ai, qu’ils triomphent ou s’écrasent, restent inaudibles, massacrés. Mes terres sont dépourvues de honte et pour cause, je me sais investie d’une confiance fragile, celle de savoir ce qui se trame au plus profond de mes ténèbres, des nôtres, pour les avoir trop bien regardées en face. Chaque époque a ses lucides, allez savoir pourquoi cela tombe sur certains et pas d’autres. Allez comprendre pourquoi certains veulent savoir.

Allez dire non à cette évidence. Celle qu’il faudra bien tout sacrifier à cette urgence d’y voir.

 

Je voudrais vous y voir.

 


# -1

Ce que je constate sur ma route, que j’ai donc prise très jeune la mort dans l’âme comprenant bien que je ne trouverais aucun répit immobile, c’est la multitude de bourgs que j’ai déjà traversés, sans éprouver la nécessité d’y séjourner plus longtemps. Je n’y trouvais qu’une nourriture partielle et tiède, incapable de combler mes appétits, et vengeuse, je l’ai vomie dans la souffrance de la brûlante bile, et le dégoût de me regarder faire. Je n’ai aucune idée des réels choix que j’aurais pu faire, j’ai attrapé, englouti ce que l’on me donnait, de bourgs en bourgs, malade à chaque fois. Je commençai à me décharner, incapable de ne rien garder, épuisée, et le moral atteint. Pourquoi toutes ces intolérances, ces charnelles violences, ces tourments physiques, psychiques, quel calme, quelle contrée pour m’accueillir enfin ? Endurante, j’arpentais, m’effondrais, reprenais, croisais à nouveau telle bourgade dans laquelle j’essayais, à nouveau, de lutter contre l’envie sordide de tout simplement cesser de m’alimenter. J’attendais en silence, croisant toutes les agitations, l’aliment qui me ranimerait, la bourgade qui le produirait, dans laquelle je pourrais enfin m’installer, et rendre à la communauté cette énergie qu’elle me fournirait, autrement qu’en l’éclaboussant de ma bile.

 

Je n’ai pas trouvé, encore, cette cité divine. Mais un jour que l’on me tendait un pain bien différent de celui qu’on y fabriquait et que je m’en repaissais avec délice, sans éprouver toutefois l’entière satisfaction de la satiété, j’ai réalisé que j’avais tout le long de cette immense route déjà croisé les regards de ceux qui me tendaient autre chose que la spécialité locale que la foule me pressait de goûter. Je suis revenue sur mes pas, et j’ai demandé en tous lieux qu’on me serve ce que le local n’avait coutume de digérer.

 

C’est ainsi que je continue ma route, seule, croisant régulièrement en des lieux éloignés les mêmes producteurs de cet aliment salvateur, et que je ne meurs plus, ne désespère plus, ne me trompe plus de quête en cherchant une communauté entière, rassemblée autour d’une idole prémâchée. Ce jour lumineux qui a redonné sens à mes errances, m’a offerte à la vie, au monde, et à moi-même, on a mis dans mes mains le pain béni de La Réaction.


# -2


 

Et sur ma route je marmonnais.

Je n’ai rien à vous dire.

À vous non.  Hmm, vous si.

Et je triais, en regardant mes pompes.

« La la la, j’écoute pas, vieux » les mains sur les oreilles, maigre.

 

Je suis tellement désolée pour nous tous, c’est insupportable, le comprenez-vous, d’être désolée pour nous tous.

 

J’ai compris.

Et je refuse d’appliquer.

« Eh, machine, ça se soigne ! »

 

Je revenais, arrachais le pain et m’enfuyais repue.

Soudain, j’ai compris qu’il me poursuivait.

 

Il est là et, oh, on ne lui concède que du bout des lèvres qu’il est assez grand. Il est là, bien emmerdé d’incarner tout cela. Je ne veux pas qu’il me suive, putain, je suis seule, vous dis-je, c’est important !

 

Il me suit, me respire et entreprend. « Je suis celui qui tient l’enfant ! Je suis  sacré, infaillible ! » Il enserre mes poignets, avale ma peur, grossit, grossit d’elle. Mais je sais ! J’ai tout vu ! j’ai lu, j’ai compris ! J’ai affuté ma langue mais ce n’est pas assez encore, et comment leur dire, ils ne veulent rien savoir !

Profanes aux portes closes, oui, vous, regardez donc ! Je rugirai sur ma route froide comme une folle en transe, et vous aurez gagné. Je vous montrerai mes poignets rougis, vous direz qu’il n’y a personne qui enserre ces poignets. Personne.

 

Une femme m’aborde, comme je tente de m’enfoncer dans les ronces alentours. Je suis sensible aux signes, me dit-elle, je fais parler le monde, j’exige en tout cas de le faire parler.

Et comment !

Va-t-on encore m’enfermer pour cela ?

 

J’ai déjà aimé à me balancer dans le port.

 

J’ai avalé du white spirit. C’est con, ça fait mal.

 

Je ne voulais pas tellement, écorchée volontaire, en finir avec moi, que déclencher tout autour La Réaction.

Remets-toi, donzelle, hein, va pas nous faire trop chier. T’avais quoi, minette, dix-huit piges ?

À tout casser. J’ai eu dix-huit ans à tout casser.

Comment ça personne ?

Alors vous savez quoi ? On s’y remet, on court. On laisse. On n’a plus mal, ça ne se fait pas.

 

On est foutue, foulée, et on fait mine de resplendir, réellement heureuse de vous voir. Je suis tellement premier degré. Je suis tellement contente de vous voir, imbéciles.

Et puis le dernier rempart du langage cède.

On se met à lécher par terre.

 

Je courais dans les rues, Ben, souviens-toi, mon ami immense et désordonné à jamais perdu dont je rêve tous les mois, je courais après toi, fou, invincible et tu hurlais « Elohim ! Elohim ! » et je rentrais penaude vérifier dans mon dictionnaire ce que tes mots étranges, proférés du haut de tes 16 ans insolubles, voulaient dire. J’en comprenais la violence, l’ombre, je ne savais pas exister à côté de toi, et pas un jour, pas une semaine, sans que je pense à ton inaltérable liberté de fou lettré, trop jeune. Je t’aimais, imbécile, et tu m’aurais sauvé la vie. Tu n’as rien voulu voir, rien voulu saisir, j’étais quoi alors, insuffisante ? Bien sûr. C’est toi, la clé, imbécile. Et tu te refuses, tu disparais, grand malin, sans savoir même que j’avais dans mes bras toute l’énergie du monde pour soutenir ta démesure, l’employer, l’applaudir.

 

Maintenant il est là, à nouveau, mais lui ou un autre… Il est là se faisant chair de nos royales exaspérations, le stade supérieur des fureurs de récré, il est  là, et personne ne semble vouloir vraiment de lui.

 

Mais comment cela, personne ? C’est à hurler, sur cette route où j’accumule mes obscènes obédiences à La Réaction. L’accouplement terrible à ce Golem acide. L’ultime ligature des trompes. On enlève une lettre et vous savez, hein, il tombe. On finit par toutes les enlever et en grattant le monde entier s’effondre. Bien malin, putain maintenant, toi et tes ongles sales. Traînée. Putain vendue à la pénombre !

 

« Est-ce que tu me veux moi, ou lui ? Dis-moi, parce que je te veux. Il n’y a qu’une chose de réelle, c’est que je te veux. Je suis à genoux, et je t’implore. Une seule chose de certaine, bébé, c’est que je sais ce que je veux. » La petit Prince violet me serine de prendre acte.

 

Personne, parce que je ne suis plus qu’une servante aux pieds saignants, à la voix rauque et aux muscles tendus. Voilà ce qu’il en coûte d’avoir choisi La Réaction.

 

Et puis ils rient, il faut voir, planqués derrière les fenêtres. Au début on écoute, et on saigne.

Mais ça va pas non, qu’est-ce que c’est que ce bruit quand tout le monde est couché ?

Ils tirent à boulets rouges et vlan on ramasse bien ses dents.

Mais, hein, si personne, alors eux non plus.

N’allez plus m’emmerder avec votre cœur sec.

Au bout du compte, et s’il le faut, on aura plus rien, plus de langue.

 

Personne, enfant de Dieu, personne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais, hé.

 

 

 

T’sais quoi ?

Mhhh. Laisse moi dormir maintenant.

 



Je reviendrai.

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Jeudi 29 avril 2010 4 29 /04 /Avr /2010 19:27


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Rien ne vient, je suis enfermée dans ma chance. Les oiseaux me parlent, enveloppés de grand silence. Je veux encore m’ouvrir en deux.

 

J’entends espoir sans espérance, ils veulent toujours toucher plus bas. J’entends anarchie sans tourmente, ils croient se mouvoir, fuient l’errance. Le confort paraît trop puissant.

On se comprend, hein, on se ressemble. On possède bien quelques constantes. Pourtant si tu es mon miroir je me vois répartie, éclatée dans de bien étranges contrées, dilatée dans tes pores que le temps aura oubliées, je me vois telle que j’étais, je te vois moi hier, mon cadavre décharné, profané que tu déterres j’ai vu, et, figée je me suspends.

 

Sans doute.

Sans doute, comprenez-bien.

Saisissez-bien mon ironie dont l’acide attaque tant d’artères. Les miennes, seulement. Vous irradiez loin des souffrances, moi, réversible, je brûle de tout. Je suis votre éponge de fer.

Suis-je invisible, enfin nom de Dieu ? Rien ne paraît-il donc sur ma surface instable, tu vois le feu enflammer mes pupilles, inonder sous mes yeux, mais si tu choisis de frapper, tu ajoutes à mon trouble en libérant l’hydre immonde et toujours vivace, celle qui refuse le joug terrible de ton insouciance à blesser.

Je te tuerais, comprenez-bien.

Je t’embrasserai et te tuerai, de toute façon.

 

Sans doute, braves gens, vous moquez trop le mien. Je le savais et vous fuyais, je savais bien qu’un jour radieux, insupportable, on viendrait de nouveau rire dans ma pénombre, arracher avec arrogance les étoffes lourdes pendues sur mes fenêtres, que vous m’imposeriez, violents, stupides, inadéquats, vos visages tendus de rictus consacrés, vos rétines rissolées des splendeurs suspendues, je le savais, et n’ai rien pu y faire, encore.

Je vous attendais, j’avais ce doute vrillé de n’avoir pas mis à mort parfaitement, en moi, l’absolue souffreteuse qui ploie sous un regard plombé. Inquiète légère, je vous sentais approcher. J’ai bien dû cesser de fuir, enfin, est-ce une vie d’ignorer ? Le malheur à mes trousses était chaud et tentant, rieur et volubile, j’ai vu derrière la beauté du solaire rire la mort à gorge déployée, et plus vous étiez bons, joyeux, décontractés et plus je vous craignais d’une terreur mortelle. Vous revoici encore, et ma terreur intacte. Le livre n’aura rien changé.

 

On m’a demandé de me taire, ce que je fis. Je supporte de vous écouter, vous, ne pas le faire.

On m’a demandé d’écouter, ce que je fis. Je supporte de vous observer, vous, ne pas le faire, gesticuler et refuser, condamner avec virulence ce que jamais vous ne saisissez. J’ai tenté un mouvement infime que vous avez giflé, et comme tous le firent sans jamais s’en douter, sans doute, vous m’avez enfermé à double-tour dans ma citadelle maudite, vous me sommez d’être brillante, amoureuse et heureuse. J’entends bien l’ordre, hurlé derrière la porte. Je vous rappelle seulement que je suis enfermée.

On m’a demandé de comprendre, et d’accepter, ce que je fis.

De douter, ce que je fis.

Altière et incassable, je devins subitement fébrile, ébranlée par vos cris de guerre. Penchée comme une enfant sur l’alphabet mystérieux, je me perdais dans l’indicible, cette formule trop sensée du soufi Attar perlant au bord de mes yeux.

Et vous, sans doute, vous vous gaussez de votre bonheur farouche, altier et incassable. Vous m’ordonnez de sortir en agitant la clé, sans doute, refusant de me voir telle que j’apparais, vous hurlez votre totalitaire obédience au Soleil, m’acculez au désert, intentez à toutes mes forces glaciales un procès historique, au verdict insolé. Cruel, vous exigez mon bonheur et ma tranquillité, vainqueur vous pavanez de m’en voir incapable. Rendez-moi donc cette clé, sortez, laissez-moi donc geler mes cornées habituées au sous-nombre.

Pyrrhus au Grand Refus, accablés de la justice de vos postures jusqu’au dernier des tremblements, oh oui, vous triomphez  parce que je doute, je souffre, et reste mon enfermée.

Incorruptible à tout jamais, même à un de vos sinistres baisers, fidèle jusqu’à l’absurde à toutes mes nausées. Je souffre, oui, voilà bien un seul terme qui en ces lieux ne sera jamais galvaudé. Je ravale, je résiste aux assauts d’une langue grossière qui écrase les fleurs fragiles que je tente de faire vivre dans les recoins oubliés, ces assauts insincères et meurtriers qui me hantent et m’appellent, qui m’ordonnent sans pitié les sourires en balafres, les éclats, le plaisir et la volupté et me laissent mortifiée, humiliée face au pire devant lequel je m’agenouille au lieu de le gifler, ce pire de lumière factice grondant avant l’orage.

 

Qu’il explose donc enfin ce grand orage final !

Qu’il libère les nuées, remplisse mes fossés, j’ai mal de me courber redoutant sa violence imminente, injuste, impitoyable. Mais qu’il vienne alors, je tomberais à genou, et je le jure, je resterais cette statue figée, foudroyée, balayée par les vents, cette statue d’ébène qu’un maléfice a transformée un jour en femme.

 

Sans doute, vous ne voyez jamais les miens.

Sans doute, vous ne faites que moquer les miens.

Sans doute, je m’en ouvrirais bien en deux, mais vous oubliez que je suis enfermée.

 

Doutez, je vous en prie. Comprenez-bien. Mon ironie chtonienne.

Et je n’ai plus un souffle. Déjà. Car elles reviennent. Elles vont encore me reprendre.

Ces incertitudes.

Malades.

Méfiez-vous si je souffre de votre fait oh

Méfiez-vous.

Mon bras, ma plume ne lâchera pas.

Méfiez-vous.

 

Car moi aussi je reviendrai.


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