Il faut voir ce film, surtout si l'on est peu acquis à la cause de l'issue
lumineuse.
Qu’il vous imprègne. Que
vous acceptiez de perdre un temps le contrôle, entouré de couleurs, de sons étranges, d’émotions singulières, de situations improbables. Que vous acceptiez un temps que l’amour existe, qu’il est
source de bonheur avant tout, que les couleurs qui nous entourent nous réchauffent, que la musique nous sauvera tous, que le monde va bien, vu d’ici, merci.
Il le faut, car il en va de la survie d’une certaine idée du cœur, de la célébration du (faux)simple, de la magie brillante des décalés, mais surtout, surtout, de la survie du cinéma.
Barry Egan, pierrot
lunaire et lunatique, un peu trop perdu dans un costume bleu trop grand, trop étouffé par sept sœurs possessives, trop dépassé par une vie qui perd sens (en a-t-elle seulement déjà eu ?)
mais à laquelle il se raccroche car il ne se pose pas ces questions là, Barry Egan, donc, tombe amoureux. Une fois. Peut-être la seule, la bonne. Il a été choisi par une femme volontaire et
incroyablement attachée à son homme enfant, doucement givré et inadapté, et on la comprend. Car il incarne cette idée d’amour brillant, pur, fou, absurde mais jamais nocif, jamais destructeur, bref, frais, d’une improbable fraîcheur dans ces temps
brutaux et blasés.
Lorsque à la suite d’un quiproquo burlesque ils se retrouvent embringués dans une course poursuite contre leurs empêcheurs de rester en paix, le
cocasse franchement hilarant nous embarque, éberlués, pour une fin magnifique comme on a décidé d’y croire, une happy end qui nous gorge le cœur et les yeux d’eau claire et
vivifiante.
Adam Sandler (oubliez vos préjugés) nous livre son âme, sa folie, sa grandeur, sa composition magistrale face
à une Emily Watson que l’on savait déjà bouleversante (Breaking the Waves) pour nous percuter de plein fouet, en douceur de surcroît, et nous réveiller de notre torpeur
industrielle par un baiser sur le front et un cocktail à Hawaï.
Un miracle.
« Punch Drunk Love » - Sorti en février 2003 – Réalisé par Paul Thomas
Anderson ( « Magnolia »/ « Boogie Nights ») – Disponible en DVD.