Cinéma cinéma

Dimanche 16 avril 2006 7 16 /04 /Avr /2006 16:30

       
Il faut voir ce film, surtout si l'on est peu acquis à la cause de l'issue lumineuse.

Qu’il vous imprègne. Que vous acceptiez de perdre un temps le contrôle, entouré de couleurs, de sons étranges, d’émotions singulières, de situations improbables. Que vous acceptiez un temps que l’amour existe, qu’il est source de bonheur avant tout, que les couleurs qui nous entourent nous réchauffent, que la musique nous sauvera tous, que le monde va bien, vu d’ici, merci.


Il le faut, car il en va de la survie d’une certaine idée du cœur, de la célébration du (faux)simple, de la magie brillante des décalés, mais surtout, surtout, de la survie du cinéma.

 

 

 Barry Egan, pierrot lunaire et lunatique, un peu trop perdu dans un costume bleu trop grand, trop étouffé par sept sœurs possessives, trop dépassé par une vie qui perd sens (en a-t-elle seulement déjà eu ?) mais à laquelle il se raccroche car il ne se pose pas ces questions là, Barry Egan, donc, tombe amoureux. Une fois. Peut-être la seule, la bonne. Il a été choisi par une femme volontaire et incroyablement attachée à son homme enfant, doucement givré et inadapté, et on la comprend.  Car il incarne cette idée d’amour brillant, pur, fou, absurde mais jamais nocif, jamais destructeur, bref, frais, d’une improbable fraîcheur dans ces temps brutaux et blasés.


Lorsque à la suite d’un quiproquo  burlesque ils se retrouvent embringués dans une course poursuite contre leurs empêcheurs de rester en paix, le cocasse franchement hilarant nous embarque, éberlués, pour une fin magnifique comme on a décidé d’y croire, une happy end qui nous gorge le cœur et les yeux d’eau claire et vivifiante. 

 


Adam Sandler
(oubliez vos préjugés) nous livre son âme, sa folie, sa grandeur, sa composition magistrale face à une Emily Watson que l’on savait déjà bouleversante (Breaking the Waves) pour nous percuter de plein fouet, en douceur de surcroît, et nous réveiller de notre torpeur industrielle par un baiser sur le front et un cocktail à Hawaï.

   

 

Un miracle.

 

 

 

 


« Punch Drunk Love » - Sorti en février 2003 – Réalisé par Paul Thomas Anderson ( « Magnolia »/ « Boogie Nights ») – Disponible en DVD.

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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /Fév /2006 10:46

 



Anthony Swofford (Jake Gyllenhal) est un jarhead. Il apprend à sniper des ennemis impalpables sous les commandements acides du sergent Siek (Jamie Foxx), avec la complicité de son équipier le désabusé ténébreux Troy (Peter Saarsgard). C’est un peu la joyeuse colonie de vacances potache, même si on arrive à y mourir pendant les entraînements… on se plie, mais pas trop, on conserve fraîcheur et imbécillité juvénile, on crée quelques liens et puis très vite, soudaine sans trop l’être, la guerre du Golfe éclate et les jeunes coqs pérorent : enfin, ils vont tuer des gens en vrai, et défendre leur patrie même s’ils n’ont aucune idée de ce que cela peut bien vouloir vraiment dire.


Seulement, ce n’est pas ce qu’on leur demande, et les marines huilés n’ont plus qu’à tromper leur ennui , attendre, s’hydrater, se déshydrater, attendre, et protéger les puits de pétrole contre un ennemi invisible, dans le désert imperturbable du Koweit.

Il n’y aura pas de morts, donc, et l’inutilité impuissante de Swofford commence à lui monter au cerveau. L’enfer, il peut y en avoir pour tout le monde, sous de bien diverses formes et progressivement, l’homme tueur agité, immobile et inoffensif, déchargé de sa fonction première va devoir réfléchir et affronter d’autres obus : ses propres doutes qui s’immiscent doucement, insidieusement, ses angoisses, et au final la lente destruction de ses faibles fondations, comme dans tout parcours initiatique, et s’abandonner dans le désert. Sans réel retour possible.

 

Il fallait un certain flair à Sam Mendes pour avoir pressenti la réunion de trois quasi inconnus du grand public afin de réussir le meilleur casting de ces derniers mois . Il le fallait, surtout, c’était absolument nécessaire car nous n’en pouvions plus d’attendre la relève et Vin Diesel n’avait de toute façon pas compris l’histoire.

Un nouvel âge d’or pourrait bien s’installer si Jake Gyllenhal reprenait la place encore chaude d’un Di Caprio spectaculaire de maturité de jeu mais qui perd la fougue et la prise de risques, Jamie Foxx celle d’un Denzel Washington qui choisirait mieux ses films, et Peter Sarsgaard celle d’un Ewan Mc Greggor qui n’aurait pas oublié ses années sombres.

Il est rassurant de sentir que l’optimisme de voir refleurir une relève bien trempée n’est pas bafoué cette fois comme il le fut souvent.


Il fallait un certain goût à Sam Mendes pour s’associer une photographie hallucinatoire, une mise en scène où l’esbroufe justifiée le dispute à la poésie guerrière, une musique abasourdissante d’évidence sereine (« le Something in the Way » de Nirvana y coule aussi royalement qu’un « je t’aime » chez Wong Kar Waï et après tout, ne reconnaissons nous pas les meilleurs restaurant à leur interprétation risquée mais divine du steak-frites ?). Le seul bémol étant peut-être une fin précipitée qui ne nous livre pas l’intégralité d’un message qu’on sentait se profiler et nous laisse sur la touche quant aux profondeurs suspectées du personnage.


Mais qu’importe, c’est pardonné. Car le souffle était bien là, car notre émotion jamais prise en traître fut honorée, parce qu’il fallait bien un jour se tromper de guerre et se retrouver sur un de ces champs de bataille où on ne meurt pas, ces guerres que tout le monde livre, entraîné ou non : l’évolution personnelle qui permettra d’embrasser d’un regard un peu plus vaste plus d’humanité encore, la lutte permanente contre la vanité d’une vie dépourvue de but, inutile, virtuelle.


 
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Mardi 10 janvier 2006 2 10 /01 /Jan /2006 14:18

Lord of war, d’andrew Nicoll, sortie 04/01/2006

 

Ou comment le cynisme aura raison du Monde

 

Yuri Orlov (Nicolas Cage), immigré ukrainien, avec l’aide de son jeune frère (Jared Leto) qu’il manipule autant que sa femme, monte sa fortune en devenant le plus gros marchand d’armes du monde. Il pactise ainsi avec tous les plus grands chefs d’Etats, et fournit à lui seul les ¾ des armements nécessaires à quelques uns des plus importants conflits du moment, tout en échappant méticuleusement à Interpol, ayant dépêché son agent le plus acharné et intègre, Jack Valentine (Ethan Hawke). Il nous offre ainsi, au gré de sa réussite croissante et de ses périples divers, sa vision pragmatique, cynique et blasée du chaos organisé et capitalisé auquel il contribue.

 

Impeccablement réalisé sans tomber dans les dérives du sur-stylisé, interprété intelligemment, sans pathos ni larmoiement, Lord of war nous affecte insidieusement et douloureusement en nous délivrant un message dépassionné, non moralisateur et désabusé, à l’image de son personnage principal, splendide et décadent, odieux mais parfaitement admirable pourtant dans sa constance et son brio : le monde tombe en ruines, les salauds sont rois, il faut s’abstenir de prendre parti pour survivre et intégrer parfaitement les rouages de cette insupportable machine, et être son alliée, pour pouvoir la supporter.

 

Le plus injuste étant encore que vous vous en tirerez haut la main. Mais combien de temps ?

 Catchlines :

 

-1 habitant sur 12 dans le monde est armé, la question étant…comment armer les 11 autres ?

 

- La première fois que vous vendez une arme, c’est comme la première fois en amour :                  vous n’y connaissez strictement rien, vous faites tout mal et avec précipitation et c’est     généralement beaucoup plus bref que ça n’aurait du l’être.

 

- Je ne vous dit pas d’aller en Enfer, car je sais que vous y êtes déjà.

 

- Il est normal de commencer une relation dans le mensonge et la trahison, ce qui se tient, quand on voit la façon dont généralement elle se termine.

 

- On dit généralement : «  le Mal triomphe quand le bien ne fait rien » alors qu’il faudrait juste dire : « le Mal triomphe. »

 

- La Kalachnikov A 47est une arme d’une facilité d’utilisation étonnante. Même un enfant pourrait s’en servir, et d’ailleurs, ils le font.

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