Sautes d'humeur

Mercredi 6 août 2008 3 06 /08 /Août /2008 23:07

« … et s’il te plaît, commence par éviter de tomber des nues à chaque fois que quelqu’un se comporte comme un être humain. »

 

Petite discussion entre êtres humains :

            Il faut que tu te demandes une bonne fois pourquoi tu ne t’attaches qu’aux perdants ou aux perdus.

-          Parce qu’il est plus facile de s’en remettre.

 

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Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /Août /2008 22:19



Il faut prendre garde aux effets déconcertants que peuvent avoir les influences cumulées de la moiteur tropicale dans une ville trop grande, les racines arrachées d’un Cancer, la carence en vitamine K (vu dans Dr House), l’éloignement affectif et la lecture de Bartleby, de Melville.

On aurait vite tendance à terminer immédiatement et de façon irréversible tout mouvement, dont ceux du cœur, s’en tenir à l’espace occupé par ses pieds, oublier.

Alors pour pallier aux désagréments d’une saison détestable par nature (quoi, vous n’êtes pas le coup de l’été ? Cette chaleur n’est-elle pas merveilleuse ? Le beach-volley ne vous tente plus ?), j’ai décidé obstinément, comme le rebelle d’Albert Camus, de dire non.

Je vais systématiquement opposer à chaque journée interminable et inadmissible de ce mois d’août une douceur particulière, un sursaut, une présence.

C’est ça ou le cyanure, je ne peux me permettre d’investir dans un bon poison.

Comme disait encore un grand malin, écrire ne sert à rien mais on ne peut pas faire autrement.

 

Bartleby, c’est ma petite boutade pour démarrer une série de billets. Comme contrer par avance le manque d’inspiration, l’étalement grossier et public de son incompétence graphique, le sort, messieurs, dames, contrer le sort, rien que ça.

Il est tentant de justifier l’arrêt définitif de toute production de mots gravés dans la Toile par le simple mais grandiose choix du Refus, dépouillé de toute explication. Plaider le syndrome de Bartleby, la paralysie de la transmission. La vérité, c’est qu’il est pénible d’écrire, et que l’on souhaiterait des versions nobles à notre paresse infinie de nous perturber encore, pour sortir l’exercice, lequel paraîtra couler d’une source sûre et franche.

Les gens qui écrivent sont torturés, comprenez… on a des sautes d’humeur, on a le droit de souffrir pour rien, on peut délirer sur les pouvoirs d’être, les désirs de ne pas –être et le cul de ma voisine (qui n’égale pas le mien soit dit en passant – oui l’auteur est insolent, brillant et tragique même dans ses accès sordides).

On peut cesser brutalement d’écrire, mais il faut encore que le monde entier en soit au courant.

Pourtant, entre quelques grincements, je les aime bien les obstinés du silence. Ils me fatiguent moins que tous ces agités dont j’essaye de ne plus faire partie, en rechutant considérablement et plutôt, il faut le dire, lamentablement.

Alors le voilà mon billet doux, pour ceux qui n’auraient pas encore compris mon humour ravageur et désespéré.

 

Herman Melville fait dire à son narrateur dans Bartleby, éditions Allia, page 46 , ceci :

 

« Un sentiment de prudence m’envahit. Mes premières émotions avaient été inspirées par la pure mélancolie et la plus sincère des pitiés ; mais dans l’exacte proportion où croissait dans mon imagination l’abandon de Bartleby, cette même mélancolie virait à la peur, cette pitié à la répulsion. Il est si vrai, si terrible également, que jusqu’à un certain point, la pensée ou la vue de la misère mobilise nos sentiments les plus nobles ; mais que dans certains cas, au-delà de ce point, elle cesse de les susciter. Ils sont dans l’erreur ceux qui en imputent invariablement la faute à l’égoïsme inhérent du cœur humain. Ce phénomène procède plutôt d’une certaine forme de désespoir de ne pouvoir remédier à un mal excessif et organique. Pour un être sensible, il n’est pas rare que la pitié se fasse douleur. Et quand, en dernière analyse, l’on perçoit que, d’une telle pitié, ne saurait venir aucun secours effectif, le sens commun exige que l’âme s’en débarrasse. »

 

Mercredi 30 juillet, sur TFI, une bande-annonce fait dire à Dr House, après que ses trois collègues eurent rendu un verdict médical en ces termes : « On a une hémorragie rectale », ceci :

 

« Quoi, tous les trois ? »

 

Comme dirait un ami qui ne sait pas profiter : « saisis l’instant ».

C’est tout pour ce soir.

 

 

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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 19:09

 

« On se sentirait belles si on était aimées. » Les médecins de l’espoir, M6, jeudi 13 mars.
Soudain j’ai 50 ans, passés peut-être, et je ne peux plus rien supporter. C’est encore le futile qui en une mauvaise phrase m’abat sans sommation. Je pense, présumant sans cesse de mes forces, que je m’en suis encore sorti pour cette fois, je regarde distraitement une émission qui me conforte dans ma supériorité intellectuelle, je plains des gens plats d’en être encore réduits à cela, au néant d’un esprit vide et pourtant désordonné, et derrière les cristaux, ils se retournent soudain, et m’intègrent dans leur monde. Je suis giflée par cette conclusion trop crue, je m’offusque de tant de lieux communs, et pourtant le mal est fait, je suis frappée en plein cœur, car il est temps, ma grande, d’ouvrir un peu tes yeux charbonneux : toute détestable que soit cette vérité que mon entourage préfèrera me renvoyer comme fausse modestie, afin de ne pas prendre à charge, et je les comprends trop, cette détresse stupide de princesse moderne, je ne suis pas aimée. Je le fus, je le serais, qui sait, mais je ne le suis pas. J’ai brutalement envie de pleurer quand je regarde mon visage piqué de rouge, ma cellulite « bien implantée », toujours en phase d’attaque du problème, jamais en phase stabilisante, anti-yoyo et tu sais exactement de quoi je parle. Parce que je ne veux pas parler de cela. De mes cauchemars, de ma frayeur incessante et insensée de vivre. Tu riras. Pire : tu te tairas, tu ne seras pas concerné, ni responsable, pas même touché. J’aurais à nouveau violemment envie de mourir. J’ai déjà fait du mal, je ne suis pas chrétienne pour autant, pourtant je dois payer, en silence, relire mes stoïques, égrainer mes chapelets de sentences sans aucun sens. J’en ai sûrement assez, pour l’heure.

La vie est un cabaret. Enchantée. Laissez vos soucis à l’extérieur.

J’ai décidé que je n’étais pas belle, et c’est ce prétexte que j’empoigne pour être malheureuse de plein droit, pouvoir pleurer seule et sans aucun espoir de consolation, espérer dégager l’artère. Sais-tu comme cela fait souffrir de sentir toutes ses voies vitales rétrécir, sais-tu ce qu’il en coûte de ne plus respirer ? Connais-tu les spasmes épuisants qui te compriment, te laissent pour morte et s’estompent pour revenir ? Bien sûr que mon corps n’est pas mon ami, il me harcèle, me trahit, m’empoisonne, comment le trouver beau ? Quelle importance d’ignorer, de supporter, de transcender, de soigner, de parler à des gens gris dans des fauteuils usés de trop de confidences si banales ? Aucune.
J’ai trop souvent voulu me fuir, maintenant je ne peux plus crier au loup.
Non, non pas question. Je suis en route maintenant, et je vais bien.



Pourtant, c’est plus simple que cela. Je suis trop proche du gouffre, je peux déjà apercevoir son fond, sentir ce que ce sera de m’y briser les os. Si j’étais aimée par cet homme muet je saurais ne pas regarder la crevasse. Je saurais me tenir à cette main, en tirer ma puissance. Glacée à une terrasse j’attends qu’un geste apporte le soleil. Il ne vient pas. Trempée sous la mélasse d’une pluie même pas franche, j’attends qu’on m’essuie et m’embrasse. J’attrape froid. Je marche derrière une ombre, mes pas s’enchaînent en une éternité douloureuse dans cette rue venteuse, très longue, la plus longue de la ville, qu’il se retourne, qu’il me parle. Non. Il ne m’emmènera pas. Je n’existe pas. Il ne sait même pas ce que j’en attends, il ignore, il choisit d’ignorer.
Plus un mot, plus une attention, plus une intention, rien. Je n’ai bientôt plus rien de cet homme qui disparaît, satisfait d’avoir encore réussi à ne rien donner, rassuré de n’avoir aucune question à me poser. A se poser. Je sais trop bien pourquoi je les regarde, ces fissures, pourquoi je ne peux plus les empêcher de croître.
Ce n’est rien, ce n’est rien que la vie ordinaire.

Soudain je n’ai plus 50 ans, je suis plus jeune que ça, et j’assiste à l’enterrement de mon propre cœur. J’ai la voix rocailleuse d’une femme qui cherche à se faire entendre, et comprendre. Et qui a renoncé. Le syndrome de l’abandonnée. La laissée pour compte. Qui murmure une complainte cuivrée à son reflet, fané mais encore digne. Le temps devient très important, la moindre minute avant l’effondrement est une bénédiction, encore debout, encore sage, et pourtant puissamment ravagée par des tempêtes internes.
Je vous aime beaucoup, ce n’étaient que des mots, certes, mais réjouissants.
Je regarde la constellation factice de la moquette de cette bibliothèque, perdue, criblée, il ne faut pas pleurer, idiote, comment l’expliquer ensuite, car il demandera, peut-être. Ou bien il ne demandera pas et te regardera sans aucune expression, et n’est-ce pas plutôt par crainte de cette indifférence gênée que tu ravales finalement ces ganglions ? J’arpente alors des rayons de livres, cherchant sous quelle étiquette il fera bon respirer, quelles tranches me feront reprendre mes esprits.
Enfin, je réussis. Je saisis un ouvrage, et les nuages se dissipent, j’imagine alors être tirée d’affaire, je le regarde, je me fonds dans ce regard de pierre et j’oublie dans l’instant que je ne suis pas aimée, parce que je n’ai aucune solution pour l’être.
Il n’a rien dit, rien relevé, rien mentionné. Il a à peine bougé.
Reste calme, tu l’as déjà dit, tout ça tu l’as déjà dit. C’est vain.

Soudain, je suis couchée sur la route.
Retour chariot. Phrases solidaires.
Je te suivais, encore, tu ne m’entendais pas, mon dur impénétrable, si tu savais combien je t’aimais avant même que je ne souffre pour toi, quand tu étais là, sous les mouettes, que je n’en revenais pas d’être encore contre toi, libérée, fière et enfin belle, donc. Cette douce illusion que j’avais sciemment implantée dans mon noir, ce diamant qui m’irradiait, parce que tu me regardais, me considérais, dans mes rêves encore imperméables. Avant que le doute ne s’en mêle.
Je serai gentille, tu sais, même si je tombe, si je suis débordée, je serai sage.

Soudain je suis couchée sur la route, donc. J’ai tenté d’appeler sans voix et enfin, après un effort démesuré pour arracher mes pieds du bitume, j’ai lentement glissé joue contre terre, je sens encore les grains du goudron mouillé et froid s’incruster dans ma peau, je te vois sans t’entendre me dire de me relever, appeler des gens, ne pas savoir quoi faire. Je t’embarrasse, à ne pouvoir plus bouger. Je sens bien que les larmes sur mon nez sont de trop, tu tapes dans mes jambes et tu finis par sourire et t’en aller.
Je suis magnifique, peu importe ce qu’ils en disent, c’est sûr.

Soudain, dans une maison en bois, elle ouvre la porte. Je la vois enfin. L’autre. Que je crains et respecte à la fois, celle qui contient tes heures, tes années. Elle me demande qui je suis et je mens. Je ne suis personne. Mais ça c’est la vérité. Pourtant je lui dis que je suis de ta famille. Toi tu es déjà sorti. Et puis je lui dis que non, ce n'est pas vrai. Et je pense qu’elle comprend. Je lui dis de ne pas partir, elle a la voix douce et chaude, elle est déterminée, forte, jamais méchante, elle me regarde sans condescendance ("Crois-tu être la seule, où crois-tu que tu vas ?") et je la suis pendant qu’elle s’enfonce dans les marais. Je promets de te la ramener. Je ne vois bientôt plus qu’une fleur bleue sous le vent, plantée dans le sable sale, menacée par les eaux montantes. Je la cueille, et je te la donne. Toujours toi.
Soudain…
Soudain…
Qui va te dire quand ce sera trop tard ? Qui va te dire que les choses ne sont pas si formidables ?Qui va te ramener chez toi, ce soir ?



Soudain tu es obscène, cruel, toujours plus distant, définitivement insaisissable.
Nous marchons dans une foule compacte, fluctuante, des visages en émergent, inconnus, menaçants. Tu t’approches d’une fille, tu me dis que tu vas la toucher, je fais mine de trouver ça normal. Elle refuse, alors tu te dégages de mes bras violemment et tu me dis que ce soir tu ne dormiras pas. Tout ceci est de ma faute.
J’essaye de faire un collier avec trois perles, j’essaye de ne pas entendre tes mots meurtriers. Ma peau, c’est un autre qui finit par la caresser, sans entrain. Moi je regarde mes fissures, je les recense, appose ton nom au-dessus d’une nouvelle encoche. J’ai tatoué mes souvenirs dans une chair instable, espérons que le tien vieillira bien.
Le cœur brisé, le corps en veille, c’est certain, il est plus facile de vivre.
Tu n’aimes la douleur que lorsque qu’elle ne fait pas mal, je ne suis pas le docteur, tu devrais le savoir. Et réveille-toi.

Le voisin pousse un gémissement étrange, et j’ouvre les yeux, découragée. La lumière brutale et trop blanche m’accueille en me giflant. Il pleut encore, évidemment. Pourtant je n’ai pas rêvé, non.
La douche est cassée, mon téléphone n’a rien à me dire, et je sens qu’il va falloir faire quelque chose. Je regarde le plafond, ce plafond du dimanche. J’ai encore le goût du goudron dans la bouche, la sueur de la foule, ton image froide qui s’évapore dans ce marais et l’envie incessante de pleurer.
Et puis, soudain, rien pour me contredire.
It will be alright, it will be fine, ‘cause it’s nothing more than ordinary life

Alors bordel, debout, et remonte un peu ton sourire, on dirait un Picasso période déstructurée…
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Mardi 6 novembre 2007 2 06 /11 /Nov /2007 23:15
Amoncellement de nones dans la putréfaction inouïe du néant amoral.
Course écumatoire des continents de l’aigu, mon cul ouille ouille, oui.
Non.
Alinéa.
Simulation contractuelle des gorilles obsolètes, j’écris, écris, cris, ris, is,s, rien.
Je suis trop tout le temps moi.
Vagin au Tranxen.
C’est parce que le monde va mal en rond mais comment faire, il fait bobo mon âme.
Hurle, hurle tes poumons de cendres, j’arrive mais non je ne peux pas bouger.
Artefact coronaire de mes trompes de salope, ah tu rugis sous un silence mordant.
Ah
Ah
Ne met pas de capote, c’est pourtant mieux la mort.
Conspiration morcelée d’un visage de cadavre, tu n’as pas fini de vivre, debout !
Ravage d’une modernité sans fards, il n’y a pas de genoux plus cagneux que tes dents quand tu souris de honte.
A bat les nasis de la langue, je me perse ou je veut.
 
In « Biffer le post-apocalyptique », Ed . L’habite qui coule.

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Dimanche 28 octobre 2007 7 28 /10 /Oct /2007 15:08
 
« Arrive le moment où je me dis que si je reste dans cet état-là je serai bientôt perdu pour le monde ». P.F.
 
Fatigue constante, croissante, inquiétante de toute pose.
Beaucoup de mépris du –isme, ce doit être l’automne, la préparation du grand froid qui doit commencer par ralentir tout battement, se retrancher, chercher la couette.
Attentat au style mais attentat modeste, renoncement tout au plus, biffer l’emphase qui use la patience, promet sans donner.
Il y a des « oh la vache » qui se perdent quand on ouvre un peu les écoutilles. On commence par ricaner de la plate tiédeur de l’autre, on finit par accepter d’avoir été contaminé, on se féliciterait presque de sa morne incertitude. Oui, patience. Ce n’est que partie remise.
C’est tout de même un peu la honte, pour animer la toile d’un peu de son –4°C de proclamer contact un autre à peine signifiant, quand l’énorme ficelle paradoxale est d’aller chercher l’autre pour lui dire qu’on est seul. Et, oh, la vache quoi… Mais c’est égal.
On se met à courir à perdre haleine, persuadé qu’on est poursuivi, déçu peut-être de ne l’être même pas. On se justifie par peur qu’on ne nous le demande pas, on reste seul par anticipation probable de l’être.
Il se pourrait bien pourtant qu’on arrive à vivre plus vieux et bien mieux que la moyenne, bien emmerdés encore d’avoir raté l’échec, ce panache trop rare du perdant ultime.
 
C’est dommage mais le silence s’impose.
L’ennui c’est que ça ne va pas du tout avec mon pull.
Let’s talk. Pour ne rien dire.
Comblez mes heures de vos paroles sacrées, vides, insuffisantes.
J’y trouverai quelque chose.
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