Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /Sep /2009 23:33

Le tueur arpente les rues, affamé, et finit par trouver sa proie, insouciante ou peureuse. Il la suit alors, calmement, jusqu’à trouver un repaire pour commettre son forfait. Sans savoir que je suis juste derrière lui. Je le tance, le défie, mais finis par éclater de rire.

C’est peut-être se donner trop de versions d’une malheureuse histoire. C’est probablement suinter de la tristesse de n’être qu’ici maintenant. C’est peiner à incarner la majestueuse possibilité d’être plantée face au vent, de ne plier qu’à peine, de ne rompre qu’avec la grâce d’un frêle craquement. Et pourquoi se donner, ainsi ?

Parce qu’il est des fragilités qui ne peuvent résister qu’en s’affichant comme telles. Que lorsque la crainte se fait pure, il ne reste qu’à l’affronter, et porter la brûlante alliance à son doigt pour masquer ses épousailles. J’ai 30 ans bientôt, si vite. Et le calendrier de mes heures gribouillé, fardé, bardé de tant d’épiques épisodes. Il ne m’en reste rien que la profonde certitude d’être trop avancée pour tous ces inconvénients. J’ai convoqué plusieurs forces en présence, frappé la porte de bois lourd. Elles m’ont toutes reçu avec une bienveillance confondante. Nous sommes si peu à nous présenter, entiers encore, dans ces contrées désolées de la bonne rage de préférer le juste à la cohabitation forcée.

 Et ce n’est même plus pour le plaisir de parler de moi. Moi, ou une autre, ou tous ceux que j’admire en silence car il en reste. L’objet n’a presque plus d’intérêt. Je parle de moi car il est certain que je ne risque pas de procès. Mais considérons qu’à travers ce portrait vrillé, immanquablement très loin de la réalité observée par les plus proches, se trouve un cri puissant, bien qu’assourdi pour ne pas réveiller les enfants, le cri qui traverse ceux dont je croise les regards atlantiques – car je n’ai encore pas trouvé d’adjectif plus renversant que cette écume grise suspendue à un mouvement perpétuel, lourd, destructeur mais fluide et frais. Voir sur mon poignet gravée la vague d’Hokusaï, qui ne m’inspire qu’une seule crainte réelle : celle qu’elle finisse par disparaître, quand tout le monde me demande si je ne vais pas m’en lasser. Me lasser du trait de l’absolu ? Me lasser de voir dans chacun de mes gestes onduler l’immense masse d’eau pour laquelle j’ai donné cinq heures de souffrance ? Vous voulez rire ?

Mais reprenons la scène : le tueur va tuer, il se sent invincible, oubliant parfaitement le détail de mon ombre, jaillissant dans son périmètre monumental. Je suis derrière le tueur, je regarde bander le muscle, j’observe la clarté de la lame. Je romps son registre en riant de sa fureur. Pauvre tueur au pays des cyniques, tu ne peux même plus décimer sans être ridicule. Tu te regardes faire avant même d’avoir commencé, penaud et piteux, empêché dans ta ferveur d’accomplir quelque chose de juste.

On nous a tout arraché. Jusqu’à la possibilité même d’être furieux, fervent, ou juste fiévreux. Nos meurtres deviennent de simples anomalies, nos suppressions passent inaperçues, même pour ceux qui ont encore la chance de passer sous un métro. Nos indignations remplissent les conversations de salon.

Je n’ai pas à justifier mes accès de violence. Ils ne concernent que quelques touches malhabilement martelées, je ne fais que ronger ma propre cage thoracique, ou mes lèvres, tout au plus, mais mon visage resté figé. Et je suis socialement parfaitement intégrée.

On ne pardonne jamais à ceux qui ne faiblissent pas. Je nous souhaite à tous, les mal rangés, de renoncer et de savoir parfaitement construire le discours qui siéra à cette résignation.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /Sep /2009 17:38

L'amie d'une de mes amies qui n'en est pas pour autant une de mes amies, d'autant que je ne la connais pas, a élaboré récemment une théorie fort intéressante sur l'épidémie de mort (mais que fait l'OMS ? Nous continuons encore, insolemment, à mourir...) qui frappe nos célébrités (je revendique le prix littéraire de la phrase la plus lourde de la rentrée, et j'ai quelques rudes adversaires) :

Dieu est en train de monter une comédie musicale.

Mickaël Jackson, Patrick Swayze et Filip des 2be3, le casting est prometteur. Bien entendu, tout ceci n'explique pas la disparition de Sim, dont tout le monde croyait au demeurant qu'il était déjà mort.
Il faut bien rire un peu.

Publié dans : Reviens gamin, c'était pour rire
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 20:59

 



Soit dit en passant :


« À une époque qui a autant besoin de la peur que la nôtre, il peut naturellement venir à l’idée de certains d’y avoir recours en tant que moyen de jouissance, de voir dans le cours effrayant des événements mondiaux un roman d’épouvante parcouru après minuit et de ressentir, avec une joie secrète, la présence d’un petit tigre bien domestiqué dans leur poitrine. »
L’ange de la paix réduit au silence, p61.

Le tigre, Stig Dagerman (1923-1954) l’a bien connu. Prophète des glaciers, il se fait ici pourfendeur triste des idées toutes faites d’une Suède dont il scrute les mécanismes, et à travers elle le monde d’après-guerre, dans ces articles rassemblés en cet opus paru ce mois d’août dans une nouvelle édition. Nouvelle édition qui indique, et c’est vraiment pénible,  1913 comme date de naissance de l’auteur en quatrième de couverture. Pourtant non, Messieurs, c’est bien à 31 ans qu’il a allumé les gaz dans sa nouvelle automobile, vous devriez retenir, pour le moins, que les écrivains de la détresse ou de l’angoisse pures font rarement long feu. De la détresse, Messieurs, et non du désespoir, qui conserve bien vivant son porteur jusqu’à putréfaction sur pied.

« Parler de l’humanité, c’est parler de soi-même. Dans le procès que l’individu intente perpétuellement à l’humanité, il est lui-même incriminé et la seule chose qui puisse le mettre hors de cause est la mort. Il est significatif qu’il se trouve constamment sur le banc des accusés, même quand il est juge. Personne ne peut prétendre que l’humanité est en train de pourrir sans avoir tout d’abord constaté les symptômes de la putréfaction sur lui-même. Personne ne peut dire que l’être humain est mauvais sans avoir lui-même commis de mauvaises actions. En ce domaine, toute observation doit être faite in vivo. Tout être vivant est prisonnier à perpétuité de l’humanité et contribue par sa vie, qu’il le veuille ou non, à accroître ou à amoindrir la part de bonheur et de malheur, de grandeur et d’infamie, d’espoir et de désolation, de l’humanité. »
Le destin de l’homme se joue partout et tout le temps, p 37.

Ici point d’aigreur. Point de personnages ou de plumes privées de leur grandeur, injustement méconnue d’un peuple stupide. Le peuple d’après-guerre, probablement fantasmé comme mêlé sans plus de frontières en une aiguë connaissance de l’enfer, aura vite oublié les décombres, certes, mais saura aussi reconnaître l’amertume comme une nécessaire sincérité. Le succès, Dagerman l’a immédiatement rencontré. Je ne peux savoir ce qu’il en coûte de prendre la parole après la pluie de cendres, un mince 11 septembre n’ayant pas réussi à percer la carapace blindée des chars aux feux médiocres, et vite éteints, que sont les cerveaux des preneurs de parole. Je ne peux que rester humble et refuser l’analyse qui s’éloigne, chaque minute, un peu plus de moi, prise d’assaut par la nécessité urgente de sortir les corps encore chauds des gravats. L’autopsie viendra plus tard, en arrière-chambre, pratiquée par les plus sages que moi. Je ne peux pas comprendre, dans cette perpétuelle lutte pour sauver tous ces livres, s’il fallait de l’inconscience, de l’oisiveté, du génie ou une incroyable propension à se retirer derrière des lignes plus importantes que soi, pour écrire, à peine tiré du désastre. Ce qui est sûr, c’est que ces écrits amers font entrevoir un esprit libre mais déjà résigné. Le succès ne suffit pas, l’amour ne suffit pas, la liberté, absolue, comme recherchée par l’auteur, en tout cas, ne souffre plus aucune de ces actions répugnantes que la vie voudrait nous voir endosser sans broncher. Mais la sagesse d’un trentenaire qui n’a jamais joui d’une jeunesse lumineuse, cette sagesse se refuse à aller trop vite en besogne. Aucune formule péremptoire ne vient sanctionner une pensée évolutive, bien que toujours vissée au fond, au point que l’on soupçonnerait parfois Dagerman de forcer une légèreté à laquelle il a renoncé pour toujours. Toujours, pour l’auteur, s’arrête demain. Il est d’autant plus facile d’être décontracté.

« Ce que je veux dire, c’est ceci : voyagez, étudiez ou prenez un emploi. C’est vous qui savez le mieux ce qui vous convient. Mais, quoi que vous fassiez, n’oubliez jamais de vous dire que vous n’êtes pas  prisonnière de la voie que vous avez choisie. Vous êtes pleinement en droit de changer d’itinéraire si vous estimez que vous êtes en train de vous égarer. La vie exigera de vous des prestations qui vous paraîtront  répugnantes. Il faut donc que vous sachiez que le plus important n’est pas la prestation mais ce qui vous permettra de devenir quelqu’un de bien et de droit. Ils seront nombreux à vous dire que c’est là un conseil asocial, mais vous n’aurez qu’à leur répondre : quand les formes de la société se font par trop dures et hostiles à la vie, il est plus important d’être asocial qu’inhumain. » L’avenir radieux…, p 93.

Ce dernier extrait est assez troublant. Il est tiré d’une lettre écrite en réponse à une lycéenne lui demandant comment envisager l’avenir, le tout étant un exercice littéraire publié dans une gazette dont le nom importe peu. Dagerman lui demande de ne pas oublier la liberté et l’amour. Il lui souhaite sincèrement bonne chance et lui demande de lui écrire dans 10 ans pour lui parler de son chemin. Nous sommes alors en 1952, l’auteur se suicidera deux ans plus tard. Il ne le sait certainement pas encore, ni personne alors, mais nous, lecteurs, le savons. Et nous prenons un pluriel au passage, alors même que l’individuel sied pourtant mieux aux textes acides qui dessoudent nos carcasses de celles des comparses.

 « Il faut que le poète meure, pour que les autres puissent vivre » nous murmure, en écho et au loin, Virginia Woolf.

Mais encore une fois, aucune preuve, scientifiquement approuvée par la communauté pensante de nos légistes des textes, pour appuyer ma frêle intuition.  Devrai-je, alors, me taire ou chercher un label justifiant mes béances ? Michel Berger voulait chanter pour ceux qui sont loin de chez eux et qui ont dans leurs yeux quelque chose qui fait mal, phrase que l’on aime singer pour en extraire un ridicule qui tarde pourtant à sortir, et comment : cette phrase n’a rien de moins ridicule que de dire « je veux écrire sur ceux qui sont morts, et rentrés chez eux, qui avaient dans leurs lignes quelque chose qui fait mal ». Je les embrasse, je les honore, abusive et possessive, mais ne les dissèquerai pas.

Stig Dagerman, La Dictature du chagrin et autres écrits amers, Agone, 2009 (nouvelle édition).

Publié dans : Melancholia: de la bile noire sur la page
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 17:29

Il est 18h30, Christian Poveda n'est pas mort depuis 24h au Salvador que déjà Mr Anonyme de la France Glorieuse salit sa dépouille avec la complicité glacée de l'Express qui ne sait même pas qui était M. Poveda, mais ouvre ses commentaires, des fois que quelqu'un le lui dise. Pas moi en tout cas, car je n'en sais foutre rien, tant ces bourdonnements de mouches à merde m'empêchent d'accéder sereinement à un peu de profondeur.
Tout va bien.
Alors voici la réaction immédiate et stupide de l'internaute que je suis à la réaction immédiate et stupide d'un internaute dont je ne veux plus rien savoir après cela (
voir Storytelling, décidemment), pour l'équilibre du Chaos, avant que la Toile ne finisse (voeu pieux), par s'effondrer de tant d'immondices non-recyclables.




Je suis encore une fois complètement abattue de crouler sans cesse sous les témoignages abominables de la nullité consternante de nos chers internautes (je fais l'économie d'une majuscule, il ne manquerait plus que cela), de nos chers compatriotes, donc, puisque 50 millions ou presque d'entre nous se trouvent à présent connectés.
Et me trouve tellement affligée de cet énième exemple de crasse intime, doublée d'un creux qui ne demande surtout pas à être comblé, tant le vide lui permet de s'entendre dire de telles conneries, et de se féliciter chaudement de ces jeux de gorges.
Encore une fois, le cher con-necté peut donner son avis sur tout et tout de suite et il ne va pas s'en priver, avec la complicité de tous ces journalistes formidables qui non contents de troquer l'investigation contre la répétition mot pour mot d'une dépêche AFP, se déchargent d'avoir à commenter une information somme toute bien triste, qui est la mort de ce Christian Poveda.
Non, je n'avais jamais entendu parler de M. Poveda jusqu'à cette minute même où j'en apprends la mort. Documentariste, il voulait visiblement donner un peu d'humanité à l'image que se font nos abrutis des forums de la guerre des gangs au Salvador. Il a été abattu dans l'exercice de ses fonctions, ce qui est déjà sinistre, et bien décourageant.
Mais je crois qu'il y a pire que cette mort, pire que les gangs qui déferlent un peu partout sur le globe, pire que la violence furieuse de quelques animaux en groupes, il y a bien pire, je vous l'assure.
Il y a ce connard dans son canapé, qui n'a rien d'autre à foutre que de traîner sur le site de l'Express un jeudi après-midi (pour ma décharge, je recherchais de plus amples informations sur ce Monsieur Poveda en attendant un hypothétique client pour mes humanités - autre voeu pieux) pour y déverser sa suffisance fumeuse et criminelle: "En même temps, c'est triste, mais il l'avait bien cherché."
Lisez-le pour le croire.
Et une fois n'est plus coutume mais tend à le devenir, je clique à mon tour, vainement, avec toute l'énergie que me confère pendant deux minutes, ce désespoir, je clique donc sur "Signaler un contenu abusif", étant bien entendu que personne ne comprendra pourquoi, je réagis malgré tout comme je peux pour tenter sans trop y croire d'équilibrer la Toile d'un contrepoint inutile mais que je ne veux contenir une seconde de plus.
J'ai pour moi une sincérité dont il faudrait que je rougisse, mais je ne rougis pas. J'ai pour moi des entrailles humaines qui n'autorisent pas le calme face à un homme que j'aurais volontiers giflé s'il s'était trouvé en face de moi, au nom des hommes, ceux qui restent déconcertés par tous ces obcordés, de tous ceux qu'il insulte de son indécente incapacité à compatir, ou à fermer sa gueule, ce qui est tout de même la moindre des choses, alors même que l'enterrement n'a pas eu lieu. Trouverait-il ce courage minable de décréter méritée la mort de cet homme, dans l'écho de la chapelle où sera célébrée l'office mérité du défunt ?

Puisque les incontinents sont tous des cons, alors moi aussi je décide de me pisser dessus, c'est le seul langage qu'ils comprennent, ils ne sont pas seuls, non, au Royaume de la cohue qu'est cet infernal carnaval d'opinions des médiocres.

Il y a des balles de gang qui se perdent. Et ça, c'est un scandale.





Publié dans : Sortir de l'antre: Le monde extérieur
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Mardi 1 septembre 2009 2 01 /09 /Sep /2009 23:49



« Cette chose que j’abritais n’avait rien d’étranger, ce n’était qu’une variante, qui me distinguait, un désordre que je finis par tolérer. Alors, je supportai de me côtoyer de près, ce que la plupart des hommes exècrent. » p13.


« L’ensemble était un prodige de précision. J’ajouterai que Félice dut le soir même apprendre à la petite à se nourrir car le système n’autorisait à sa bouche de s’ouvrir que lorsqu’elle tournait la tête. Ne me demandez pas comment. En tout cas, en résultait tout le temps des repas un mouvement incessant de son crâne. Bien heureusement ma poupée – je peux décidemment bien la nommer ainsi à présent – s’y accoutuma aisément. Quant aux mots qu’elle cherchait à prononcer, elle n’y parvenait pas, c’est vrai, mais je les imaginais. Nul besoin donc de les entendre. » p80.


« Voir une figure humaine avant de sombrer. » p140.


« Je ne pouvais retarder plus longtemps l’épreuve de la toilette à laquelle m’invitait la porte de la salle de bain ouverte. Je ne pouvais éviter plus longtemps ce cauchemar. Je me levai, me tins droit devant le grand miroir et commençai d’enlever un à un mes vêtements. Ce que je vis de mon reflet nu était parfaitement rassurant : le cou, la poitrine, le visage et les cheveux étaient les miens. Mais que je touche une partie de mon corps et j’y sentais la toison tiède et veloutée d’un rat. Voilà ce qui est difficile à comprendre : il ne restait plus que mon propre regard à ne pas percevoir la bestiole que j’étais devenu. » p147.


« Mais j’aurais dû me méfier. J’ouvris ma porte et je commis une désolante erreur, par négligence, comme on le fait quand l’insouciance se mêle à la fatigue, la seule erreur je crois depuis que j’habitais ici : je laissai béante l’ouverture de mon antre. » p180.


Je crois pouvoir m’en tenir à ces coupures, détachant sous les cartilages quelques morceaux tendres, ceux-là même qui, recomposés, forment les armatures du drôle de petit bouquin ciselé que je viens de terminer.
Comment peindre un tableau à la gloire de l'Allemagne aboyante et bavante, lorsqu'on se moque éperdument de sa rage, obsédé par un modèle rose et frais qu'on voudrait articuler en un insecte géant ? Précision, soumission et réclusion, avant que les dents du rat ne poussent sous une peau déjà recouverte d'un immonde duvet, que les chiens sans odeur aliénés au Sanglier furieux se répandent dans les rues, obligeant le Mal intime à se terrer, et les sales à se reconnaître, et se laisser pourrir.
Le cahier du peintre, une heure avant la rafle qui remettra bon ordre dans ce terrible atelier tombeau, voudrait nous expliquer, avide d'une justification que seuls entendront les murs. Il voudrait étiqueter en légende d'une oeuvre incomprise, la vraie beauté de son cadre. Mais l'éloge des sangles perd pied, et ce cher moi apprivoisé finit par s'échapper. Surprise, toujours, par la violence du flot, la raison abandonne.
Rien de nouveau, donc, sous le soleil de cendres de nos compagnons de noirceur. Mais la caresse chaude d’un esprit de travers, raconté par les mots d'un fouilleur de cerveaux, contraint par les attelles d’un style classique et impeccable, se refuse rarement.


Stéphane Velut, Cadence, Bourgois, 2009.


Publié dans : Inadmissible ! : les privés d'autorité
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  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
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Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

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