Ecrits vains : à moi

Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 22:57

justifiedbulletville

 

 


Si tu étais un morceau de bois, je te clouerais au sol.

Si tu étais un navire, je te ramènerais vers les côtes.

Si tu étais une maison je vivrais en toi tous mes jours.

 

Katie Melua, If you were a sailboat.

 

 

 

 

 

Walton Goggins est complètement shakespearien, me disais-je en empruntant l’avenue des Champs Elysées dans le mauvais sens. Tragique Shane Vendrell, déchu Boyd Crowder… quarante balais et deux rôles. Et quels deux rôles…j’ai tout pris je n’ai rien laissé et en veux déjà d’autre.


Arrivée à Concorde je fus prise d’un doute. Possible que la portion que je cherchais ait été en fait parallèle à l’avenue au demeurant vide, mouillée, atonale, mais grande, propice à respirer, d’accord, ce fut un point accordé. Je me retournais soudain, me maudissant en apercevant l’Arc s’éloigner. Merde… je n’y arriverai jamais.  J’ai déjà peu d’autonomie, il va falloir tout rembobiner. Ah, je me souviens petite je me mettais dans la tête du chien de la famille (et voilà, encore une phrase qui commence mal), embarqué en voiture et regardant par la fenêtre, j’avais dit à mon père que peut-être une voiture, dans sa petite tête de chien,  c’était une machine à rembobiner le paysage et… bref. Mais déjà, entrapercevoir le pont Alexandre III sur la droite m’avait insinué une inception, j’étais pourtant persuadée que les Champs Elysées traversaient la Seine. Et pourquoi pas ? On a vu des choses plus étranges accompagner le bouleversement climatique. J’ai récemment vu un chien coincé dans un mur, en photo sur un quotidien gratuit souillé de vomi sous le siège d’une rame célèbre pour sa biodiversité. Tout a bougé sur le côté… c’est pas vrai. Mon plan était pourtant simple, si simple que je ne l’avais pas vérifié, erreur fatale. Je sortais du métro, longeais le Grand Palais, traversais le pont Alexandre III et me retrouvais sur les Champs Elysées, vers Disneystore. Cependant, j’ai senti tout de suite que j’allais devoir ravaler mes prétentions. Le pont (je me faisais une joie de le traverser, il est si brillant) serait pour une autre fois.

 

Je partis donc dans le mauvais sens, en ruminant mes découvertes. Le cinéma est mort, vive la série, tout ce qui se fait de plus existant, excitant, intelligent, construit, ambitieux actuellement passe par la série. Les meilleurs acteurs peuvent s’y développer en entités exceptionnelles, nourries des heures incalculables de leur incarnation, servies par des narrations aux nuances pleines d’espérance. The Shield, saison 1 à 7, mais cela n’est pas nouveau. Maintenant Justified, saison 1. Cet homme frôlait le génie, et une poignée d’initiés seulement pour le voir. C’est moche et cependant parfait, tant j’ai horreur de partager. Une poignée, je m’entends. Sur la mauvaise portion de cette avenue infernale, j’aurais juré pourtant que personne ne le connaissait. J’essaye de m’intéresser un peu, de détailler le trottoir, mais ses passants l’encombrent, ils sont encore plus crayonnés que d’habitude, gris, en grappe,  ils ont l’air béats avec leurs sacs de soldes. Bientôt j’en traîne un à mon tour (de sac, imbéciles), mensonger, puisque comme la grande majorité de mes concitoyens je n’achète pendant les soldes que les nouvelles collections, après avoir constaté que la veste dont je me suis pourvue il y a deux semaines fait à présent la moitié de son prix initial. C’est faussement agaçant puisque toujours prévisible, je baisse l’échine et souscris à la coutume contente d’appartenir à mon espèce de temps à autres. Les minutes, mortelles, folâtres sont des gangues qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or… plus personne ne connait le mot gangue, d’ailleurs. Merde. J’ai mis deux fois trop de temps pour parvenir à un magasin où je suis en train d’acheter deux fois trop cher un article qui  m’exaspère déjà. Avec un Baudelaire persistant dans la tête qui me pré-annonce gentiment de foutre le camp d’ici.

 

Mais j’ai l’air parisienne, quand bien même en sortant du magasin je reprends à nouveau l’avenue dans le mauvais sens, n’en déplaise à mon air nonchalant et revenu de tout. Vous croyez que de me voir rendue pratiquement au pied de l’Arc m’aurait mis la puce à l’oreille ? Mais non. La preuve : deux Japonais tentent de m’interpeller et je bondis en arrière « Ah non non,  je ne parle pas le français, enfin, je ne suis pas d’ici, je ne peux rien faire pour vous, vous comprenez, rien ! » Ô temps pour l’hospitalité en Ile-de-France. Mon gosier de métal parle toutes les langues, pourtant, mhh. Je plonge sous l’Arc, j’ai l’impression de me trouver dans Vidocq (mais avec Depardieu) ou l’autre Fantôme de Belphégor, là, ou une Nuit au musée (ah non c’est à New York, ça), je ne sais plus. Un mauvais film historique où le ménage est trop bien fait et les costumes sortent du pressing. Je sais qu’Une nuit au musée n’est pas un film historique mais vous savez exactement ce que j’entends par là, et  je ne suis pas perdue, puisque je ne vais nulle part, simplement cela me prend un peu plus de temps et d’énergie que prévu. Il est bientôt 16h et je rajoute une difficulté : je n’ai rien mangé depuis longtemps, et plus de sucre dans le sang depuis la veille. Je ressurgis en me demandant si je vais retrouver bientôt la place de la Concorde, en apercevant la Défense. Station Argentine ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Super, j’ai une rigidité postmortem qui s’installe dans le Bas-Rhin, plus de carburant et  je viens de m’amuser à frayer la bagatelle de cinq stations à pied.

 

Horloge, Dieu sinistre, effrayant, impassible, dont le doigt nous menace et nous dit « Souviens-toi », de tête. Attendez un peu. Vous avez encore tout rechangé de place pendant que j’essayais ma combinaison Tigrou. Je n’ai pas essayé de combinaison Tigrou, cela va bien oui ?

 

Mais je suis où, maintenant ? Argentine mensongère, mensonges, tout est mensonges et détestation, désarroi, et personne ne connaît Walton Goggins, l’incommensurable que personne ne commensure j’en ai ras le bol d’être toute seule. Meurs, vieux lâche, il est trop tard.

 

Je considère soudain l’extrême laideur de la vitrine Vuitton, ou Lancel, un truc avec des sacs dedans. Un coin, à moins que la ville se soit encore surpliée devant moi. Un zèbre les pattes en l’air, s’il vous plait tuez-moi, je vous en prie, faisons cela. Prenez-moi et que mon sang rachète cette vitrine coupable. Je suis tellement déçue d’être seule. Je consens à ce sacrifice. Je considère enfin sa laideur, des centaines de mètres plus loin, lorsque ma rétine accepte enfin de transmettre une information pour laquelle elle a eu peur de se faire abattre. Je me rappelle aussi qu’il y avait un jeune type un peu humain, qui fumait sa clope dans un grand pull gris, devant un cinéma. Une vraie gueule de projectionniste en pause, s’ils existent encore. Il a failli être beau, car je ne l’ai pas regardé. Peut-être aurais-je dû m’arrêter net et lui demander s’il était un projectionniste en pause, et alors un jour nous aurions donné naissance à notre cinquième enfant qu’on aurait appelé Vuitton pour commémorer cette belle journée. De merde. Parce qu’elle n’est rien, ne contient rien, ne donne rien, à part m’emmerder dans mes directions.

 

Walton Goggins, connasse !, me surprends-je à crier en rêve à une pauvre créature probablement aussi perdue que moi mais suédoise, avec une excuse donc. Je dis suédoise, c’est parfaitement sexiste de ma part. Elle est grande, blonde, s’habille bio et arbore un grand sourire sain sur une peau parfaite légèrement piquée par la rougeur de la neige alors qu’il ne neige pas, j’en conclue qu’elle est suédoise. J’imagine que si je lui rends son sourire nous formerons un joli couple de grandes dingues perdues dans ce siècle. Nous nous offrirons des moufles tricotées par des enfants du Vietnam qui se tromperont sur la taille car ils n’en portent jamais. Nous nous aimerons d’un amour pur ponctué des frictions du sauna. Nous nous dévorerons de sourires entendus, éloignées à jamais des hommes perfides et de leurs suintants pénis tendus comme autant de doigts accusateurs, oui, toi, là, sers à quelque chose, veux-tu ? Mais je ne lui réponds pas. Je ne suis pas prête. Je l’ai trouvée belle, c’est un premier pas vers la modernité, me dis-je  pour me consoler.

Je ne suis qu’une sale menteuse, je crée des blondes dans mon ennui sur cette avenue dont je ne sais pas si je ne devrais pas tout simplement m’échapper en me fabriquant des ailes. Un labyrinthe linéaire, c’est la meilleure. Je me perds sur une ligne droite, quel exploit. Balancez-moi d’un hélicoptère dans la jungle birmane et je reviendrai avant la nuit mais il faut que je prenne systématiquement les rues dans le mauvais sens en sortant du métro. Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide.

 

Tantôt sonnera l’heure où le divin hasard, où l’auguste vertu, ton épouse encore vierge, où le repentir même, où la dernière auberge où tout te dira… je répète à vois haute pour m’en débarrasser.

 

La fin de Shane Vendrell dans un appartement pourri de L.A.est un morceau d’anthologie. La douleur de Boyd Crowder au milieu des pendus du Kentucky un paroxysme. Walton Goggins, vous dis-je. Fire in the hole ! L’immense. Pyromane néonazi touché par la grâce, flic corrompu noué de remords, aspiré dans la fatale descente d’organes du passager d’un avion en piqué. Qui puise la force de pénétration de ses yeux d’acteur derrière la barrière à jamais refermée par le suicide de sa femme alors que sa propre gloire commençait. Rien sans rien.

 

Enfin redescendue dans les artères signalisées et assise entre deux femmes identiques, je m’octroie (bigre, quel mot laid) un instant de répit en attendant d’être recrachée à Nation. Je pense à ce rêve dans le rêve que j’ai fait cette nuit. Un coup tordu des services secrets de l’âme : voyez toute l’ironie, j’avais dit, avant d’aller dormir : « allez, c’est terminé. » J’avais pleuré un peu, parce que c’est toujours triste de terminer. Surtout ce qui n’a jamais commencé, mais passons, j’avais dit : « Je me libère. » Toi, (appelons-le… Dean, comme le chien de True Blood qui se transforme parfois en homme à moins que cela ne soit l’inverse, et pour le tenir à distance), toi, Dean, je te tourne le dos, j’en ai terminé de frayer dans ton sillage, tu n’auras plus de pouvoir sur moi, I rescind my invitation, comme il faut le dire à tout vampire dont on ne désire plus la présence dans sa maison, et qui devra alors qu’il le souhaite ou non, sortir en reculant en vous dévorant d’imploration, mais trop tard. Je m’étais couchée apaisée et certaine, définitive comme je pensais l’être parfois. Puis je fis deux rêves, entrecoupés d’un éveil brutal très cinématographique en effet, moins bien cadré cependant, et le brushing moins gonflé. Dans le premier tu me suivais chez moi, je te présentais des proches, te demandais une balade au bord du tsunami qui se figeait derrière le port, dans les brumes vespérales oui, tout était là. Tu restais distant puis incisif par regards appuyés, formules justes et dosées, j’étais tienne adorable, enchantée et luisante, on aurait vu mes boucles en cascade sur mes reins pendant que tu m’embrassais enfin dans la pénombre, soudain tu me tends gravement des papiers, dans un tribunal planté à la hâte entre la mer et nous, me demandant de veiller à tes affaires si tu devais partir. J’étais déchirée, je ne voulais pas les prendre, refusant de sceller ton destin et je me réveillais. Je racontai alors en panique mon rêve à des amis qui se relayaient à mon chevet pour écouter mon histoire, je leur demandais où tu étais parti, si tu étais parti et ce qui, enfin, se passait. Je disais que je savais où étaient les papiers si c’était nécessaire. Aucune trace de toi pourtant. J’étais perdue, et triste, consciente d’avoir rêvé, écoutant les autres me dire de tenir à ce rêve et de ne rien abandonner. Et puis je m’éveillai à nouveau. Cette fois-ci dans le silence brutal du matin réel. Ennuyée de cette farce émanant de moi-même. J’avais dit « terminé », il va falloir que je m’écoute un peu mieux. Je froisse impatiente les draps, interroge cette nouvelle journée, décide d’aller sur les Champs Elysées en passant par la Seine, me dit que je ne peux raconter ce rêve qui me perturbe à personne. Et personne donc n’écoutera jamais ce rêve. Pourtant, tu es bien parti. Nous nous sommes probablement aimés dans les replis temporels d’une ville maudite et insaisissable. Je ne sais plus qu’en dire, ni où se situe donc la connivence, celle qui me tient à toi. Il ne se passe rien. Tout est suspendu comme les ballons dans l’air, trop hauts, trop légers, immanquablement voués à disparaître ou exploser. Le jeu, la fiction, le rêve, l’ivresse, tu dois partir. « Peut-être que je ne parle qu’à moi-même depuis tout ce temps » souffle faiblement Boyd Crowder dans la voiture du dernier de ses amis sur terre, reconsidérant sa foi au plexus défoncé par une accumulation de pertes. J’éteins le poste, la saison, de toute façon, s’est achevée.

 

Sur ta droite parfaite, sortant de sous terre, je ne sais où aller.

 

 

En guise d’épilogue

Sortie à Nation, l’enfer de la ronde : un cercle et trop de possibilités en rayons, tenter ma chance pour prendre le cercle dans le bons sens, arriver enfin à la bonne rue en ayant parcouru tout le cercle par la gauche, la rue se trouvant être pourtant au départ la première sur ma droite. Je feins l’innocence. Walton Goggins existe quelque part, je me souviens par cœur de Baudelaire grâce à Mylène Farmer, je ne sais rien et reste seule parce que rien ne convient, rien ne suffit, rien ne te ressemble, et  cela suffira pour aujourd’hui.

 

Trois mille six cent fois par heure la seconde chuchote « souviens-toi » rapide avec sa voix d’insecte dit « Je suis autrefois »…

 

J’étais heureuse, tu sais. C’est même souvent le cas. Je l’ai encore été il y a un quart d’heure. J’ai aimé te chercher là-bas, et te laisser partir. Mais j’ai le cœur condamné. Je ne te voyais pas sous l’Arc. Je te retrouve dans l’abîme de l’abîme de mon repos et prie pour simplement dormir. En dessous du dessous du réel, tu existes avec moi. Au milieu, je peux encore en parler. Réveillée rien n’existe et depuis des années je me tais. Que je le veuille ou non.

 

… Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde.

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Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 18:44

 

 

 

 

Nous avions à présent croisé six carcasses déposées avec fracas sur le côté, autant de réveillons compromis. Le vent avait recouvert de ses poignards de glace meurtriers, et en moins d’une demi-heure, toute la surface visible de l’autoroute, effaçant les dernières signalétiques.

Je suivais le mouvement du véhicule en rétrogradant sans la moindre brutalité, ignorant la pédale de frein qui nous mènerait immanquablement à augmenter les statistiques des accidentés de la portion Châteauroux-Vierzon.

Je m’arrêtais doucement sur le bas-côté.

La souffrance n’a aucune utilité intrinsèque. Je passe ma vie, je la dédie à combattre la souffrance, m’avait dit peu de temps auparavant ma passagère.

Tout ceci n’avait plus la moindre importance. Je n’étais pas arrivée encore à la fête que j’en étais déjà absente, excusée, repartie. Aucune souffrance. Un grand coma blanc. Multiplié par sept.


*

Vos cervicales… vos côtes… votre jonction dorso-lombaire… tout est dévié ou bloqué. Vous avez subi un accident de voiture ? Me demande le praticien catcheur dans son cabinet glacial. Je ne sais pas, non, j’ai traversé Noël, le lendemain, je sentais à peine mes jambes. Vous allez avoir les marques de mes ongles dans votre chair, je dois vraiment aller appuyer loin pour avoir une chance de dénouer le tout. Oui, à qui le dites-vous. Le coma n’est pas brisé, alors appuyez, je ne suis pas là. Une souffrance vive, lancinante, mais désincarnée. Multipliée par sept. Parce que je l’emmerde. Multipliée elle-même par sept. Allons, allons, je vais te mater, cela termine toujours ainsi. Donnez-moi votre tête, et poussez vers la fenêtre pendant que je fais le mouvement inverse. D’accord, faisons cela. C’est violent ? Ouais. Tout a craqué. J’ai entendu. Cela devrait aller mieux, reposez-vous, ne portez rien. Ouais. Pas sûre de savoir faire.

Meurtrissures, jambes et pieds gelés en retour, nausée, fatigue et grande absence. Mécanisme de défense. Multiplié par sept. J’entre dans l’ère de la Rénovation.

Je saisis la bouteille sur la table, et la repose immédiatement. Nausée, j’oubliais. Incompatible avec le grand cru. Saloperie de malédiction, cette nausée, moi qui soigne tout par l’alcool, le coma blanc et, avec un peu de chance, le sommeil. Réconciliation. Puis, en route.

Mais petite…

Fais silence, rentre en coma.

Romps ces gesticulations sordides qui replacent ton squelette.

 

Tu le sais depuis le temps…

Tu retombes toujours.


*

This is the way the year ends.

This is the way the year ends.

Not with a bang but a whimper.

 

 

  MAR ADENTRO

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Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 00:25

Remise en une d'une note précédemment publiée le 08 janvier 2010.

 

We're running to the edge of the World, running, running away.

Marilyn Manson.

 

Hors des soupirs quelque chose naît / Qui n'est pas le chagrin, car je l'ai abattu / Avant l'agonie. L'esprit pousse / Oublie et pleure. / Quelque chose naît qui est goûté et trouvé bon, / Tout ne pouvait pas décevoir. / Il y a heureusement quelque certitude: / Autant ne pas aimer si on n'aime pas à la folie, / Et cela reste vrai après une défaite perpétuelle.

Dylan Thomas, Ce monde est mon partage et celui du démon.

 

 

A toi, qui a compris que nos mots sont tout, qu'ils nous lieront et nous protégeront. Toi sous les yeux froncés duquel je me sens en magnifique sécurité. Cette note, je te l'offre humblement, je la dépose autour de ton cou comme un bijou qu'on ne transmet qu'au sang similaire.

 

 

« …la magnifique sécurité d’une conscience vraiment libre. »

Pierre de Labriolle, La réaction païenne.

 

I was marching to the wrong drum

With the wrong scum Pelerins

Pissing out the wrong energy

Using all the wrong lines

And the wrong signs

With the wrong intensity

 

Depeche Mode, Wrong.


 

 


Je sens bien qu’il y a quelque chose de plus sous la virtualité virtuose de vos attentes, un oubli important, un troc immoral, le spirituel contre le factice, une dissimulation de preuves sous l’éboulis de toutes vos pensées mal définies, régurgitées mâchées, déformées mais sans la transformation nécessaire de la bile. Le goût sucré de l’aspartame sur l’amère réalité.

 

Je sais ce que j’entends, pourtant, quand je pousse les portes des derniers temples debout.

 

Un grand éclat de rire mécanique devant l’absence de Dieu.

Il ne fut jamais là.

Un éclat démesuré, et fracassant, qui se déclenche, automatique, sous les leviers.

Tout ce temps, tout ce temps seuls, encerclés par les loups.

C’est à déraisonner.

Seule avec vous, alors, espèce malfaisante, incapable d’arrêts…

Espèce bruyante, décevante, arriérée.

 

Depuis peu, mes très chers, vous glissez tous sur moi.

Je m’enfouis sous la neige du plus grand mont d’Autriche, immobile, pour leurrer le renard, pour échapper aux vigilantes serres de l’aigle charognard.

Je vous sens me scruter, mais ne m’en soucie guère. Je ne vous regarde plus, moi. Cela change tout.

Cela change tout. N’en doutez jamais. Vous tuez mes aguets, je me détourne de vos splendeurs usées.

Cet hiver sera le dernier.                                                        

 

Je peux me fondre ou m’élever.

J’ai accepté de perdre.

Je peux tailler, frayer, en rabattre.

Le froid, le froid m’engourdit.

Vent de poignards.

Le froid lèche ma peau blanche. La déferlante se fige dans son élan.

Les glaciers se reforment.

Silence.

 

Je me réveillerai millénaire, impeccable et souriante.

Vous n’en reviendrez pas.

 

 

J’étais probablement tout ce temps du mauvais côté de la route, prête à me faire écraser. Incroyablement soumise à l’asphalte, inconsciente du danger auquel j’étais nue exposée, pieds écorchés sur le goudron mouillé, amnésique.

Et puis arrive le moment redouté, attendu, où tout est dépassé.

Je suis en dehors de la maison maintenant, cette maison hantée du courant ascendant d’une puissance vaine insupportable, qui m’écrasait au plafond me permettant tout au plus de régner, essoufflée, encagée, sur le plancher muet, désolé.

Plus de crainte, aucun fardeaux que je ne puisse supporter, et c’est à peine si je remarque ce que l’on charge sur mes épaules.

Chargez, je ne plie plus je suis à genoux depuis des lustres.

Plus de Cité. Plus de groupes. Plus de carcans. Plus de clochers. Plus d’humanitaire. Plus de secrets. Plus de protection. Plus de prévisions. Plus de projets. Plus de regrets. Je suis débarrassée. Tout a explosé.

Je te rejoindrai. Je te protègerai. Je t’exhausserai.

 

Personne ne m’entendra crier, les plus intenses combats se livrent et se remportent dans un silence sans air.

Tu me regardes sceptique. Je n’attends pas que tu comprennes. Tu peux mettre mes mots à l’épreuve, je suis certaine d’être tout au bord de pouvoir bientôt les formuler et y tomber dans une clarté résiliente.

J’ai vaincu mille armées déferlant sur mes plaines. Tout est par mille dans les rangs du mauvais. Je ne suis plus jamais piétinée, prise en traître, morcelée, tuméfiée. Ils ne lèvent plus aucun de leurs bras de fer sur moi, ils se détournent, ils passent à travers moi. Je décide qui restera, qui marquera son emprise.

 

Tout ce temps, si tu ne voyais pas les traces de mes pas t’accompagnant dans le désert, ce n’est pas parce que je t’avais abandonné.

 

C’est parce que je te portais.

 

Pour le moment je suis mauvaise. Décalée de la partition.

Pour le moment je ne suis pas à l’aise, encore, à transfuser de mon sang trop clair dans tes veines atrophiées. Pas encore maintenant.

Pour l’heure je ne suis qu’une souillon des brouillons de papier, maculée de plomb noir, étouffée sous le poids.

Je ne renonce jamais, je tourne page après page, j’affronte ligne après ligne l’éclatante vérité.

Un beau matin, je me tiendrai devant toi sans colère et j’ouvrirai mes bras. Je parlerai doucement, les yeux rivés dans ton sourire. Tu écouteras tout ce que j’avais à te dire, ton cœur se remettra à vivre, tes tempes compteront les battements, tu irrigueras à nouveau tes membres bleus et gelés, tu marcheras vers ma tanière, et à ton tour tu t’y enfermeras, vivant, heureux, sacré, jusqu’au jour où tu sortiras pour les autres, pour celui ou celle que tu ranimeras.

Un par un. Un pour mille. Un par siècle.

Tu te tiendras Orphée, patient entre les portes fermées des profanes, auxquelles tu ne viendras jamais frapper.

Il faudra attendre qu’une d’elle s’entre-ouvre, et qu’un timide se montre, écœuré de l’air vicié des pièces surchargées.

 

Tu ne parleras alors qu’à ce seul qui écoute.

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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 23:38

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C’est fini, cow boy, fini, mais rassure-toi,

On ne peut pas tomber plus bas.

Zazie, Rodéo.

 

It’s all about love.

 

 

Quelqu’un finira par nettoyer la merde qui s’amoncelle dans les rigoles derrière les sièges en plastique limé du quai de la ligne 9 de la station Strasbourg-Saint-Denis. J’ai bon espoir.

 

On va lui passer une paume sèche et chaude sous la nuque, l’embrasser en pleurant, le pauvre homme qui doit vivre en sous-sol sur le quai de la ligne 9 de la station Strasbourg-Saint-Denis.


Tu retiens ta respiration dès la descente dans le métro parce que ce n’est pas la question de savoir s’il va se passer quelque chose qui te taraude, mais celle de savoir quand et où exactement. D’où va surgir le petit inconvénient sordide qui va fracasser ta jolie tronche trop maquillée sur le plexiglas de tes confrères pâles, eux, moins assortis.

 

Il te regarde en souriant. Il chante de toute son âme Robbie Williams, et son bracelet de petites perles en bois usées, avec leur histoire, frappe contre le bois de l’instrument, tu suis le mouvement hypnotique qui ralentit et te plonge en son centre. Avec l’accent canadien. Tu frôles. Tu aspires son timbre, ils rient, l’accent faire rire. Toi, tu voudrais seulement glisser contre sa voix et finir sous les érables, loin. Il est magnifique, dans l’acception renaissante du terme : qui se plaît à faire d’éclatantes dépenses… « ça fait plaisir, mais ça fait mal ».


Aujourd’hui c’est un culbuto abreuvé qui se chie dessus en pleine rame à 9h du matin au milieu des yeux cernés, las, vraiment, non, vraiment. Il faut avoir une connaissance parfaite de la merde pour vivre à Paris. Tout y est scatologique. Il faut vraiment avoir une âme d’infirmière débutante en soins palliatifs dans l’aile des cancers du colon, ou dans l’aile des nostalgiques du stade anal de l’asile psychiatrique d’une ville moyenne, roder l’œil impassible, rien, rien ne peut te perturber, rien ne doit te perturber, un homme entre en gueulant, se chie dessus, et tu quittes ton siège pour descendre à la prochaine sans l’ombre d’une commotion passagère, sans qu’une inquiétude, un dégoût, une crainte ou une horreur virginale et stridente ne viennent effleurer ton regard replié sous lui pour se réchauffer en vain. Des années d’entraînements. Et personne ne te voit.

 

Je ne suis pas fière d’écrire ceci. J’aurais voulu des bâtisses solides, je vois des boules de paille s’envoler derrière les vitres sales sur les villes fantômes de pays que je n’ai jamais vus. Parce que je ne veux pas les voir. Parce que l’ensemble détonne. N’est plus possible. Ravale. Je ne dis pas tout. Ne suis pas sûre d’avoir tout bien senti, j’ai fracassé tant de fois mes genoux en n’émettant aucun son, les ongles tendus vers les hauteurs vidées, toujours en selle, hors les pièges, tressaillant sous les caresses de la violence, arrêtée net sur les images. J’ai pu tenir. Toujours, mon amour a vaincu.


Hier, un Chinois qui mérite instantanément de perdre sa majuscule proportionnellement à sa superbe instantanément déchue par ce simple instant d’égarement, titube jusqu’au siège déjà éprouvé par pas mal de vomis mélancoliquement séchés dont ne subsiste qu’une odeur suffisamment insidieuse pour te faire te demander avec effroi pendant une bonne dizaine de minutes si elle n’émane pas de tes vêtements à toi,

Dors ! Quitte ! Sauve-toi !

et s’effondre en grommelant un dialecte qui n’existe nulle part en Chine j’en jurerais, pourtant peu spécialiste des langues plus extrêmes qu’orientales à cette heure avancée, 19h30. Il déboutonne son pantalon et entreprend, l’espoir fait vivre, de redonner un peu de prestance à son appendice décédé un peu plus tôt sous l’afflux meurtrier d’alcool pur administré suite à une erreur d’interprétation de la notice, « modération » se traduisant en chinois pratiquement de la même façon que « vas-y, fonce, tu vas voir c’est génial ».

Tout est normal, votre visage, une fois de plus, ne trahit rien de ce grand vide qui s’ouvre à nouveau, la fatigue de remettre sa réaction à plus tard. L’envie de mourir. Et d’emporter toute la rame. Attentat. Et vite.

 

Ma récompense c’est la tâche d’or posée contre la tour, quand la rame sort de terre et passe le fleuve.  C’est la fatigue qui rassemble, soude tout ensemble, nous contraint finalement à un peu de tendresse, un merci, une main qui touche un genou étranger pour lui ôter la douleur, c’est un incroyable accès d’amour qui nous fait plonger comme dans l’acte le plus intensément consommé dans les prunelles au plus profond, et nous y ficher pour y délivrer le seul sourire vrai qui commande à nos heures, celui qui nous éveille, nous promet, nous redore. Je suis prête.


Avant-hier, un enfant balbutie dans d’immondes bulles débiles « da-dame, da-dame » en montrant Karl Lagerfeld sur un journal gratuit à son père qui le reprend calmement, « non, ma chérie, c’est un homme, c’est vrai qu’on dirait une dame mais c’est un monsieur », mais l’enfant, terrible, s’obstine à faire jaillir la vérité de sa bouche édentée. Je suis navrée de me trouver un instant navrée de rire. Tous les témoins directs sont navrés de rire. Le père à la mèche poivre et sel de quadragénaire ex-fêtard converti in extremis aux joies austères de la paternité qu’il prend réellement au sérieux nous fusille du regard, dévasté par cette immonde morale traditionnaliste qui empoisonne les pensées de son cher angelot équitable au sourire bio. Sales réactionnaires que nous sommes, enfin démasqués. Bravo. Belle mentalité. Je m’attends à ce qu’il dégaine un livre de bain intitulé « Matéo est amoureux d’Enzo » afin de remédier à cette sale influence.

 

C’est depuis toi. Je vois tout ainsi depuis toi. Je ne te rejoindrai plus, maintenant. Je t’ai quitté à 16 ans, Dan, saoulée de l’air grand, vaste, des artères de Boston, je portais des serpents en fumant sur tes joints, je ne comprenais rien et me jetais sur toi, affamée de ton odeur de cigarettes mentholées mêlée dans ta barbe courte et piquante, rousse, à une mauvaise eau de toilette et je la sens encore, je te le jure mon amour, je la sens encore quatorze ans de foulées loin de toi, et je ne comprenais pas la moitié de tes mots. Je comprenais tes mains sous moi, tes souffles, ton  « Be quiet, and remember ». Tu étais la force, l’envie. Tu étais l’homme tellement plus vieux que moi, plus ancré dans les absurdes, plus armé. Et toi non plus, je ne t’oublie pas. Non, et c’est insensé. Traverser l’Atlantique et te perdre derrière, trop loin, mon amour perdu, inconsolable, a scellé ma vision du monde inversée, scandalisée, heurtée, à jamais blessée, rugissante, tournoyante, je ne peux plus les toucher même quand j’essaye, je ne veux jamais plus, rien n’est plus aussi brillant que ton œil qui  m’envisage sur le capot rouge de ta voiture vulgaire… Si quelqu’un avec la certitude de dévorer l’instant m’a un instant aimée ce fut toi, mon roi rouge et ça ne passe pas, ça ne passe pas et ne passera jamais, tu seras partout, je te traque dans les moindres losers, je te duplique, te recrée, te rachète, car tu n’es jamais venu. Toi ou un autre. Je repars sous terre. Je n’en suis plus jamais sortie. Je dois tous les aimer, car je ne peux plus en aimer qu’un. Trop d’océans, toujours, s’intercalent.


« En raison d’un mouvement social », non, d’une grève, connasse, parle avec les bons mots bordel, « le trafic est fortement pertubé ». Ouais, c’est la merde, quoi. Je m’en tape. Vous pouvez tous me passer dessus, précipités vers vos obligations. Je m’assois soudain sur le rebord.  Je pense à Dan. J’ai un amour dans ma vie qui me rend plus forte que toutes ces conneries, fût-il perdu depuis quatorze ans. Personne ne peut plus rien me faire.

En route, Dan. Cow boy déjà mort. C’est fini, cow boy, fini. « Be quiet and remember. » Comment arrives-tu à me tenir, encore ? Mais tu me tiens. Je ne glisse pas.

Tout se passe toujours sous terre dans la merde et les Chinois qui se branlent.  Tu repenses alors à tes amours perdues, tu t’inventes un courant d’air. Tu crois que tu aimes encore. Tu crois que tu vas t’en sortir par ce pouvoir d’évocation qui réveille de la tombe vermoulue tes plus anciennes fraîcheurs.

Tout se passe toujours sous terre. « Be quiet and remember. » Mon amour, et j’ai traversé ce putain d’océan pour embrasser la profondeur des égouts et des paniques déambulatoires.

 

 

 

 


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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 15:45

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Ce qu’il en coûte de porter le corps mort.

Ce que cela inscrit dans le socle en exergue, et les pressentiments.

Ce qu’il en coûte c’est qu’il en coûte à présent de donner.

Que l’amour est mort, juste derrière Dieu.

On ne donne plus, on ne pleurera pas

On ne portera plus dans ses bras.

Il n’y a pas de destin brisé, pourtant

Car on ne brise rien, on achève un parcours

Rapide. Filant. Inaccessible et noir.

Un jamais plus,

Complètement noir.

Mais la bataille se terminera.

 

Et je te porterai.

 

 

 

 

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