Cinéma cinéma

Mardi 5 juin 2007 2 05 /06 /Juin /2007 20:15

Si vous avez vu Zodiac au cinéma en ce moment, vous avez peut-être été piqué par la curiosité de voir également « The Most Dangerous Game », sorti en 32 et cité par le meurtrier du film de Fincher (pas mal d’ailleurs mais franchement, pas de quoi se relever la nuit).

Et bien vous en a pris. Vous pouvez.

 

Sorti pour la première fois en France sous le titre « La chasse du Comte Zaroff » ce n’est que par erreur qu’il fut mis au pluriel par la suite et que l’on s’en souviendra ainsi.

Il faudra bien saluer un jour la simplicité linéaire mais terriblement efficace des films de genre du début du siècle. La thèse est simple, l’homme est un loup pour l’homme, son prédateur le plus féroce, le plus acharné et de loin le plus cruel. Et plutôt que d’en arriver à cette même conclusion par des chemins de traverses tortueux, fumeux et prétentieux, on prend ici l’autoroute. Ce n’est pas subtil, c’est ce qu’on appelle les prémices du genre « survival » : tu es en danger immédiat, tu cours, tu réfléchiras ensuite. Si tu as de la chance et que tu t’en sors bien entendu.

Le comte Zaroff, excentrique russe vit reclus avec ses domestiques Tartares (très primaires, beaucoup de poils) dans une île improbable au cœur de laquelle il a construit un château non sans rappeler celui du Comte Dracula dans les Carpates (ces deux là  sont potes, c’est presque sûr). Le comte est brillant (il joue du piano sans regarder ses mains), charmant (il faut bien reconnaître à Leslie Banks un talent expressionniste particulier, à défaut d’un jeu subtil) et il a un passe-temps favori : la chasse à l’homme.

Les règles sont simples : il déplace les balises de passage au large de l’île pour faire naufrager des bateaux, accueille les survivants, les nourrit (il faut qu’ils soient en parfaite forme) puis les lâche dans la jungle à minuit afin de les traquer (à l’arc le plus souvent). Si à 4h ils sont encore vivants, ils ont gagné le droit de repartir sur le continent. Le comte n’a jamais perdu à ce jour.

Et puis arrive Ray, fraîchement naufragé et seul survivant cette fois. L’hôte est un peu déçu mais pas pour longtemps : Ray est un aventurier chasseur mondialement reconnu. Enfin, le comte, mégalomane évidemment,  va se réjouir de trouver adversaire à sa taille….

   

 

Tourné dans les décors du King Kong qui sortira lui l’année d’après (d’ailleurs Fay Wray, « that delicate satin draped frame » joue également la jeune femme en détresse dans le film), le terrain de chasse est planté dans cette jungle luxuriante et sombre (tourné pratiquement uniquement de nuit), sublime mais hostile.

L’ouverture du film n’est rien de moins qu’un naufrage, ce qui pose étonnamment les bases du genre « catastrophe » et implique une construction pertinente : de la catastrophe globale au duel que faut-il finalement redouter le plus ? Cruauté fine, surcharge baroque très utile car finalement rien ne permet à un homme ayant survécu à l’insurmontable de s’estimer à  l’abri d’une mort que lui donnera plus sûrement encore un de ses semblables que des éléments qui eux, loin de s’acharner absurdement, se fichent bien d’achever le travail. Un bon film de paranoïaques, à la gloire du plus fort de l’espèce, comme on sait que les américains les affectionnent particulièrement. Mais sont-ils honnêtement les seuls à jubiler ?

 

 

« Les Chasses du Comte Zaroff », un film de E.B. Shoedsack et I. Pichel, 1932, 85 min, avec Leslie Banks, Fay Wray, Joel Mc Crea.
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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /Jan /2007 16:58

Vu hier, l'immortel, l'imputrescible, l'inaliénable, l'increvable ROCKY. 

D' une naïveté si pure qu'elle en devient touchante, le propos aussi basique et primitif que celui d'Apocalypto dans un autre genre (survivre, rester debout, être courageux, se faire tout seul) , a le mérite de ne pas nous détourner du but voulu : à 55 ans Rocky redécroche les gants, massif, humble. Va-t-il vaincre le champion invaincu du moment ? Il a une femme morte à honorer et un fiston à rattraper, de quoi nous faire mouiller quelques mouchoirs, ainsi qu' un entraînement et un combat final à livrer, de quoi nous faire mouiller quelques chemises. Et puis merde, c'est beau un combat sur grand écran. Je n'ai pas envie de céder au "non vraiment, c'est unacceptable", parce que c'est tout à fait "acceptable" justement.

 

 

De plus, je suis en train de chercher du travail et cela a modifié considérablement ma façon de me vendre. j'ai décidé de faire des lettres de motivations à la Rocky. A mon avis, je serai au moins convoquée à un entretien :   

 "Moi, j’ai une philosophie : Rien n’est terminé jusqu’à ce que ce soit terminé. Je suis une battante, je ne peux pas changer ce que je suis. Mais si on me le demande, si je le veux vraiment, j’encaisserai, je prendrai des raclées et je me relèverai seule, parce que je peux changer, tu peux changer, tout le monde peut changer. C’est un combat. Certain viennent ici pour perdre, pas moi. Si c’est ce que je veux vraiment, je le peux, un cœur ne vieillit pas. Tout ce que j’ai accompli je ne le dois qu’à moi-même.On ne devrait pas empêcher quelqu’un de poursuivre son bonheur, alors demandez vous ce qui juste. Est-ce juste de m’empêcher de poursuivre mon bonheur ? "

(Par contre pas la peine de se déplacer pour "Truands" c'est une malédiction, les français ne savent pas faire un film de genre qui se respecte. Entre le surjeu ridicule de Caubère qui ferait mieux de rester dans le chateau de sa mère tant il salit la gloire de son père, et la froideur de Benoît Magimel qui à force de vouloir nous convaincre qu'il est un parfait salaud finit par aller au delà de son oeuvre (quel surpassement), on finit par se dire pour se consoler qu'au moins il y a un peu de cul (monténégrin de surcroit), peut-être "Scorpion", à sortir bientôt sur le free fight redorera enfin le blason des pseudo bad boys du PAF, mais j'ai peine à y croire.)

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Dimanche 8 octobre 2006 7 08 /10 /Oct /2006 16:34

Américain, Samuel Fuller, 1963

“Whom God wishes to destroy, he first turns mad” (Celui que Dieu veut détruire, il le rend d’abord fou)

  

 

 

 

Johnny Barrett, journaliste ambitieux, monte une mise en scène pour se faire interner dans un hôpital psychiatrique où a été dernièrement commis un meurtre. Son but : infiltrer les patients, confondre le coupable, et gagner le prix Pullitzer.

Il rencontre pour se faire trois témoins clé de l’assassinat de Sloan, un ancien soldat qui se croit en pleine guerre de Sécession, un étudiant noir pro Klu Klux Klan, dont la scène d’appel à la haine est une séquence jubilatoire et terrifiante d’une rare intensité, et un astrophysicien travaillant sur la bombe H qui est retourné en enfance.

 

Alternant traitements aux électrochocs, promenades dans « la Rue », ce fameux corridor où se retrouvent les malades, hydrothérapie et entretiens particuliers, jonglant entre la folie des autres et la sienne, falsifiée, mais jusqu’où ?, Barett poursuit donc ce fantôme de gloire et de justice.

 

 

 

 

Samuel Fuller, réputé pour des films aussi commerciaux que sans concession ( The Big Red One, I shot Jesse James, Les Quarantes Tueurs), ne fait pas de thèse sur la psychiatrie, non plus qu’il ne donne sa propre conclusion sur l’ambition dévorante ou la fragilité humaine. Il agit. Il compose des séquences dynamiques et ironiques, jamais mélodramatiques bien qu’il se réclame de ce genre, noires et luisantes, dans lesquelles ses acteurs, à la beauté aussi vulgaire que pénétrante, promettent des palettes aussi variées que le sont les pathologies de leurs personnages, bien entendu un peu clichées mais qui permettent une dénonciation aussi brutale et absurde qu’assumée de certains sujets critiques du moment dans une Amérique violente et perturbée par 5 ans de guerre du Vietnam, la crainte d’un conflit nucléaire et les déchirements raciaux. Voir la très bonne critique du site DVDToile :

http://dvdtoile.com/Film.php?id=2796&page=2

 

Le réalisateur, pigiste aux faits divers depuis l’âge de 17 ans avant de passer à la réalisation, retrouve ici ses premières amours, le journalisme de terrain, et sait précisément de quoi il parle, connaissant parfaitement les sources dont s’inspirent les fictions de nombreux films noirs.

 

 

 

 

Censuré dans tous les états du Sud des USA à sa sortie, monté frénétiquement et parfois avec une célérité qu’on jugerait au premier abord de non professionnelle, une superbe version nous est proposée en dvd double avec « The Naked Kiss – Police Spéciale », film vénéneux dont le sujet et le traitement assoient définitivement la réputation de leur auteur, pour ceux qui découvriraient, comme moi, pour la première fois Samuel Fuller.

Une prostituée change de vie en s’installant dans une bourgade paisible comme infirmière pour les enfants handicapés, mais son passé la rattrape et un retournement extraordinairement osé et subversif pour l’époque qu’il serait vraiment dommage de trahir par avance permet une envolée finale magistrale.

Le 3ème dvd propose deux documentaires sur Fuller dont un à l’initiative de Tim Robbins, avec Scorsese et Tarantino entre autres intervenants. Un bon moment.

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Mercredi 19 juillet 2006 3 19 /07 /Juil /2006 20:38

 

 

 

 

Tsotsi c’est voyou. Tsotsi ce n’est pas un nom, ce n’est même pas un homme. Pas encore.

Lui manque la « décence », ce terme que lui assène en pleine figure un de ses potes, instituteur raté, qu’il tabassera pour l’affront.

4 et 5 ne font pas  11, il le sait déjà, à la différence de ses autres comparses, qui perdent au dés en se saoulant dans la chaleur restreinte du bidonville aux abords de Johanessburg, Afrique du Sud, même s"il n’a pas eu le choix d’une éducation lui inculquant quelque valeurs qu’il soupçonne déjà sans pour autant les discerner clairement.

Il lui faut vivre, c'est-à-dire s’affirmer, tuer dans le métro, voler des voitures…et enlever un bébé.: acte diabolique, non prémédité mais dicté par des entrailles qu’il a un peu oubliées ces temps-ci et qui vont douloureusement, insidieusement se rappeler à lui.

Sa mère malade, son chien battu, les larmes sous l’orage, les nuits dans « sa maison d’avant » autant de mauvais albums photos jamais développés qui tournent et se racornissent dans l’esprit tourmenté de cette âme qu’on pensait perdue à tout jamais dans une protection agressive et immodeste…Alors l’homme va enfin se décider, dans une absurdité qu’il va s’imposer, à s’occuper de cet enfant qu’il décide être sa propriété, il va se décider à récupérer au vol, avec les moyens qu’il aura, cette « décence » qui le différenciera des chiens boiteux et méchants de son entourage.

 

Il n’est point question de caution ici. Point de rédemption non plus. Une culpabilité toute humaine teintée de souffrances à cautériser, un ras le bol progressif de l’Enfer qui lui laisse trop de souffre dans la bouche, oui. Et une issue qu’on imaginerait dégoulinante de repenti ou de mort pour purifier chrétiennement ses péchés. Mais non, la fleur offerte sur cette décharge, se débattant pour se frayer un chemin dans une misère décourageante, c’est cette bougie allumée sous la pluie battante, lumière faible et vacillante aucunement acquise mais courageuse, c’est elle qui nous est offerte pour clôturer 1h34 d’émotion brute.

Il n’est pas question non plus de vanter une mise en scène ou des acteurs impeccables, nous ne sommes même plus au cinéma, mais dans un grand cirque ouvert où défilent en pirouettes impossibles les âmes incarnées par ces clowns tristes qui parlent d’eux, de leur vie, de ce qui aurait tout aussi bien pu être leur destin si un écran et un maître du jeu ne s’étaient pas interposés.

 

Au même titre que la décadence ne veut rien dire quand on n'a pas d’abord côtoyé les cimes, cette décence acquise a d’autant plus d’impact qu’elle vient de l’animal, par lui-même.

Tsotsi, est son nom.

 


Mon nom est Tsotsi, Drame sud-africain, britannique, sorti le 19 juillet 2006, réalisé par Gavin Hood, avec Presley Chweneyagae, Mothusi Magano.

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Dimanche 30 avril 2006 7 30 /04 /Avr /2006 15:34



Un polar noir mangeur d’âmes, une bombe de vérités pures contre les façades de la vie lisse, du grand art venu d’Australie.

 

Un buisson d’épines parsemé de fleurs délicates, et sous ce lantana, un cadavre.

Premier plan. Première ambiance. Premier battement de cœur.

 

 Et puis un personnage s’impose, au fil de plusieurs dizaines de minutes, distillant son mystère, sa confusion, où veut-il nous mener, pourquoi abandonnons-nous ce corps pour s’intéresser à lui, soudainement ? Sur un rythme surprenant de salsa, cette danse de corps qui doivent fusionner sans peut-être se connaître, nous nous retrouvons confrontés au visage multiple de ce personnage peu commun : une petite bourgade d’apparence paisible en Australie.

Et puis quelque chose se passe, enfin, diront certains, à point nommé soutiendront d’autres. Une psychanalyste dont la fillette fut assassinée deux ans auparavant disparaît un soir. L’inspecteur de la bourgade chargé de l’enquête (cet homme-montagne massif et pénétrant incarné par Anthony LaPaglia, vu dans « Salton Sea » ou encore dans la formidable série « FBI Portés Disparus »), sa femme trompée mais digne, sa maîtresse esseulée, voisine d’une famille portoricaine unie, ainsi que le mari de la disparue, l’accablé Geoffrey Rush, vont se heurter aux scandales divers révélés les uns après les autres comme autant de voiles fragiles soulevés avec délicatesse et appréhension par des doigts de fées malignes. Et tel ce corps improbable abandonné dès le début du film, le choc de cette disparition qu’on imagine tragique s’évanouit peu à peu pour nous emmener à nouveau coller la ville au corps, la disséquer, la comprendre, panser ses blessures. Tel le coup de bistouri qui libère le pue d’un abcès trop gonflé, le réalisateur Ray Lawrence (« Bliss ») cisèle sa forteresse pendant 2h, nous protégeant en douceur du racoleur nauséabond d’une enquête morbide en nous perdant dans les dédales des esprits tellement humains de ceux qui y sont confrontés.

 

 Encore un « petit film »  qui sera passé à la trappe dans la torpeur placide d'un paresseux mois d’août, sans doute à cause d’un genre trop mêlé ou d’un titre impénétrable… À rectifier de toute urgence.

 

Lantana, de Ray Lawrence, Australie, drame policier, sorti le 24 juillet 2002, avec Anthony LaPaglia, Geoffrey Rush.


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