Les inattendus

Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /Jan /2009 20:18

« La Réforme puis la Contre-Réforme ont passé par là ; elles ont tour à tour cassé l’unité de l’Eglise puis redéfini, chacune de son côté, les articles de la foi. Les certitudes ont été ébranlées, si bien que l’inquiétude religieuse, la passion militante, l’exaltation spirituelle ont fait leur chemin. De la Renaissance française, on retient d’ordinaire le visage gai et profane : les châteaux de la Loire et les fastes de la cour, le renouveau de l’Antiquité païenne et le grand jeu esthétique de la Pléiade. Mais cette image radieuse trahit la réalité. Le XVIe siècle fut rouge et noir, hanté par les théologiens, maculé du sang des martyrs. »

 

Terence Cave et Michel Jeanneret, La Muse sacrée, anthologie de la poésie spirituelle française (1570-1630), José Corti, 2007.

 



Extraits :

 


Dans l’antre creux du bas manoir horrible

Les Dires vont rageant, courant, errant.

Chascune rible, et terrible se prend

A l’ame humaine, et contre elle s’horrible.

 

La Criminelle en sa peine indicible

Brusle en la glace et gele au feu plus grand,

S’abreuve au Styx par l’Herebe courant,

Où le Cerbere est sa garde terrible.

 

Elle meurt vive en croix, au froid, au feu,

Et aux tourments qui ont lieu au bas lieu

Pour les erreurs qui sont commis au monde.

 

Tel est l’estat de l’homme Naturel,

Qui mortel vit pour mourir immortel,

Mourant damnable, ayant vescu immonde.

 

André Mage de Fiefmelin.

 

*

 

J’estois en l’innocence une colombe blanche,

Qui sans craindre l’oiseau vole de branche en branche,

Et bat doucement l’aisle au rivage des eaux,

Maintenant je ressemble à un serpent qui rampe,

Je suis comme un crapaut qui en la fange trampe

Et pense les bourbiers estre de clairs ruisseaux.

 

D’Huxatime.

 

*

 

Dans quel destroit, hélas, vivons-nous miserables !

Tousjours devant noz yeux, quoy qu’invisiblement

Le diable gire et vire, et insensiblement

Fait vainqueur, nous rend morts, aussi tost que coupables :

 

Le monde d’autre part suivi de ses semblables

Nous happe, trappe, attrape, égorge horriblement,

Mais pire que les deux et plus cruellement

La chair nous va bruslant par ses feus implacables :

 

Contre tels ennemis si proches, si puissants,

Pourrai-je avoir en moy remedes suffisants ?

O Dieu contre les trois arme moy de ta grace !

Contre l’un, donne moy des yeux tousjours ouverts,

Contre l’autre, des piedz qui volent sur les airs,

Contre tous, un esprit qui de ma chair se passe !

 

Antoine Favre.


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Mardi 1 avril 2008 2 01 /04 /Avr /2008 14:43

« Il s’habitue à baisser. Épouse la pente. La précède, qui sait ? Car le monde nous abîme maintenant. »

 

 


Depuis que Maman est morte en 1990, dans sa « ville aux yeux cernés », Gille Leroy pourtant encore vivant nous honore de sa prose riche et virevoltante. Le prix Goncourt de cette année est un détail, presque un accident, car depuis plus de 15 ans déjà la stupéfaction, la sensualité, la finesse et la maîtrise des déferlements internes de ses personnages se précisent, se dévoilent, explosent finalement dans cette fiction savante et autodidacte, son dernier né Alabama song étant une biographie, ou l’est-il seulement, tant Gilles Leroy empoigne son héroïne, l’épuise, la transcende, lui fait cracher du cœur autant que de ses tripes une vérité qu’elle seule possédait ? Zelda Fitzgerald arrachée au tombeau  implore une reconnaissance tardive sous la plume aimante d’un auteur qui, chose rare, s’efface pour lui laisser tout le champ. Attendait-elle ce jour pour qu’enfin sa démesure soit sinon comprise, du moins envisagée ? La Belle du Sud et ses déchirements, son mari trop pâle et ses amants furieux, brûlée dans sa chair, consumée, enfumée et embrumée de larmes et d’alcool surgit, prend corps, s’insurge et trop tôt, trop vite, après quelques 189 pages de tumultes et de peines, nous abandonne à nous-mêmes, fascinés, dérangés de l’avoir vu oser vivre… et stupéfaits de ressentir que son récit intense et classique passera les siècles, qu’il les a déjà passés.

 

« Je n’avais jamais regardé un homme dormir, je veux dire : l’homme nu de l’amour. Sa poitrine se soulève, lente, impressionnante, le duvet sur son torse se hérisse, duvet encore perlé de sueur. Plus bas je glisse, le duvet se fait dense et la toison plus sombre, friselée et soyeuse, est une cachette brun-roux où dort dans son étui de peau fine le sexe détendu, couleur d’acajou, si différent des autres appendices que j’ai pu connaître et qui ne furent pas bien nombreux mais plutôt rosâtres, plutôt anémiques — froncés, renfrognés dans la nuit de la honte —, semblables à ces larves de hannetons que la terre transie cache dans son hiver.

J’aime cet homme brun, cet homme à la peau tannée, à l’odeur violente, au sexe brûlant qui en moi se répand par longues saccades. « Ça y est, Chérie, je gicle » ; et je voudrais trouver les mots pour lui répondre mais je ne les connais pas. Alors je me contente de crier que j’aime. »

 

Alabama song, Gilles Leroy, 2007, Mercure de France.

 

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Mardi 12 février 2008 2 12 /02 /Fév /2008 21:38
… Et pour tenter d’enrayer cette nouvelle obsession compulsive sur le fleuve Congo, j’entends bien essayer de la transmettre et, ce faisant, de m’en débarrasser.
Voici donc un ouvrage fascinant, sur la remontée en 2002 du fleuve par Stephen Smith, et dont vous trouverez le texte intégral ICI.

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Cependant, ce serait sans compter les photos de Patrick Robert, en noir et blanc, envoûtantes.
On part quand ?
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Dimanche 9 avril 2006 7 09 /04 /Avr /2006 14:50
Extraits tirés du « Nouvel Imbécile », Mensuel satirique et culturel / mars 2006
 
Chronique / Jaculatoires paniques
Lève-toi et rampe, Alléluia – Fernando Arrabal
 
L’humoriste sans religion dessine à tombeau ouvert.
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Un jaloux croyant peut épouser une femme fidèle. Il le peut, mais sans émotion.
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Dessins pornographiques en braille avec légendes en volapuk pour athées aveugles persécutés.
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Ils ont fait de moi un provocateur si scandaleux que je refuse de me saluer lorsque je me rencontre.
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Par pur raffinement il a un bouc émissaire label rouge.
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Il ne faut pas sauter à la corde dans la maison d’un pendu.
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Prétentieuse comme la mouette qui tenta de passer derrière la lune.
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Mes plagiaires ont de moins en moins le courage de mes opinions.
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Quand ils cesseront de dire des mensonges sur nous, nous cesseront de dire la vérité sur eux.
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La lune, excédée par la poésie, s’est recyclée dans la Nasa.
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