Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 00:24

 

 

 

 

 

 

À vous toujours, Élisabeth B., Anne B., Pascal A., Clémence R., Juan A., Zoé B., Serge R., Armelle C., Maurice G.D., Gaëtan F., Sébastien L., Éric B et M.-G.

Les premiers.

 

À ma mère, qui partira. Qui ne doit pas partir. À mon père tristement gênant avec son legs ambigu, géant échoué, absent.

 

 

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Quand le brouhaha  s’est apaisé, le prince  a dit : ce que vous construisez et ce que vous construirez, ce que vous faites et ce que vous ferez, tout n’est que déception et mensonge. Ce que vous pensez et ce que vous penserez est ridicule. Vous pensez car vous avez peur. Et celui qui a peur ne sait rien. Il aimerait, a-t-il ajouté que tout ici ne soit plus que ruine, parce que dans la ruine toute construction est incluse. Sans trouver la cause de notre haine, nous avons tout cassé sur notre route, et vidé les magasins de leur mobilier, cassé le reste sur l’asphalte avec des barres de fer. Nous avons renversé les voitures, arraché les enseignes misérables et détruit le central téléphonique. Nous ne sommes partis que quand les demoiselles du téléphone, violées jusqu’à épuisement eurent perdu connaissance, étendues par terre, le dos brisé, sans vie, tombées de la table ensanglantée.

 

Les Harmonies Werckmeister, Béla Tarr, 1 :52 :51

 

On ne connaîtra pas le monde, mais on peut y penser. Voici brutalement que s’impose à moi cette phrase banale alors que notre Valuska fait chauffer son dîner.

 

Comment raconteras-tu mon histoire, lorsque tu l’apercevras au fond de l’œil immense qui nous contiendra tous ? Il aura fallu le rappel d’un grand poisson échoué sur une place froide. Je le sais bien, et je l’ai toujours su. Je ne vous trahirai jamais.

 

Mes amis, mes parents, ce n’est pas terminé. J’ai ouvert les yeux sur le monde et vous êtes les premières formes floues et penchées, terribles, grandes, émanant des odeurs étrangères à mes sens que j’ai pu discerner. Mon drap de vie a pris alors un pli impossible à lisser. Je n’ai pas le choix de vous aimer, je suis imprégnée. Mon refus, les retours, la saine émancipation imbécile de la brutale blessée, les appels à l’absurde, les contours tuméfiés, les gardes bloquées en haut, les passerelles relevées, rouillées. J’ai tout donné pour perdre.

Il existe des suicides ratés qui ont réussi sous la chair. Des jeux parfaits, huilés par l’intelligence du singe qui mime, se fond, fait rire. On a tranché, pourtant, les derniers espoirs vides. On n’a plus pour le reste qu’une méfiance douce, une chaleur céleste qui enveloppe un réel épuisé. Nous convoquons nos ambiances, dressons le décor, évoluons masqués, nous les réprouvés des épaves, impossibles à lester, condamnés à leurs limbes. Nous qui n’attendons plus rien de personne. Et sommes amplement exaucés. Nous participons à la ronde, solides, les organes déplacés. Incassables, à peine pliés. Nous venons des retraits, préservés des fissures, mais fracassés des grands fonds invisibles, recouverts. De nos humours des fièvres, de nos esprits saignés, vous vous délectez, comme lors de vos banquets vous ravit la présence des ours domptés qui pédalent et cabriolent rêvant de vous dévorer, attendant l’heure plus noire, plus secrète, moins exposée. Nous venons des retraits, et vous êtes si jeunes, si frais, poupons et veloutés, adorablement nacrés sous votre politesse craintive, affolés de vos pensées reptiles.

Ah, ces retraits dans le bruit et la parade, qui nous laissent, vous le savez, plus seuls qu’un galérien, le dernier, quand tous sont déjà morts sous l’injonction brûlante d’un soleil complice du fouet. Et nous ramons. À bout de bras nous l’emportons encore, cette vieille barque cinglée, en pensant aux plus forts, heureux d’en honorer l’image écornée, dont le visage s’efface sous le grain épais.

Reste la rime et les obsessions, les qualificatifs démonstratifs d’excès, la prose qui refuse de se fondre en un ruisseau parfait, un texte écrit l’hiver, pays de toutes les fulgurances, qui renforcent leurs défenses pour résister sous le froid. Pays où la mélancolie, changeant de sexe, est roi.

Un roi muet et sale. Tapis dans sa crevasse pendant que la Révolte gronde. Un roi qui se refuse et rampe pour conserver sa tête. Sa tête si belle et vaste, enneigée, balayée de bourrasques, enfiévrée finalement, coulant ses larmes, semblable.

 

Aux arqués sur le vrai, les téméraires du jour, qui m’ont ouvert la porte sur un incroyable courage, hors les siècles, hors salut, un chemin que je n’ai encore osé parcourir qu’en courant et sans respirer, en rentrant le plus vite possible à l’abri (oui mais où ?) de mes folles embardées, à ceux-là je n’ai rien à dire qu’ils ne sachent déjà : ils sont devant moi, parfois trop loin, comme un point flou de mirage qui bat son pouls régulier sur mon écran noir, un mât qui disparaissant en dernier sur la mer, me prouve la circonférence de notre complicité. Mes boucles formidables, en ellipses, sont constituées par eux autour des mondes entiers. Les premiers. Les renforts. Ceux qui se retournent sur toi pour te mettre en position littérale de sécurité. Qui s’invitent, s’absentent, renvoient l’appel hurlé des gorges arides.

Aux plus doux, plus secrets, nuances de lumière qui jouent sur les étoffes, senteurs fines d’herbe et de pluie, de fumée, de fourrure de chat, les sauvages enfoncés loin si loin dans leurs terres que ne me parvient plus que le murmure cascade de vos plaintes étouffées, à vous je n’ose plus parler, plus briser vos tympans de mes basses douloureuses, de mes aigus stridents. Je tends malhabilement une main, dont les ongles terreux se cacheront dans la paume, car ce n’est pas un poing, c’est ma main, repliée pour se taire, pour ne pas vous froisser, vous souffler par mégarde. J’ai presque tout perdu des manières de salon, mais dans les vôtres je me repose enfin, me permets l’abandon et l’élégance sereine, démaquillée, enveloppée du coton de vos écoutes parfaites. Si je vous entends moins je vous connais, vous reconnais pour être ce que j’aurais perdu de plus fragile peut-être, je vous comprends et vous admire pour avoir protégé vos dernières allumettes alors que je grelottais déjà sous la pluie, endurcie, mutique ou grognant avec les bêtes, pour survivre sans plus rien qu’on voudrait me voler.

 

« Allez, bande d’ivrognes, tout le monde dehors.

- Mais, M. Hagelmayer, ce n’est pas encore fini. »

 

Ce sont mes harmonies, et vos planètes. J’émets enfin l’accord qui rugit de vos notes assemblées, je peux surgir de la glaise et marcher. M’animer. Vous quitter. J’ai rêvé l’autre soir que je dansais avec l’un de vous, après avoir traversé des couches serrées de membranes opaques. Nous glissions vertigineusement vers le plancher, nous étions à présent enlacés et tournant par terre. Il a fallu nous séparer.

 

« Après des dizaines d’années de militantisme déçues, je n’ai plus que l’art pour m’expliquer le monde. Je comprends, soudain, en face d’une émotion particulière, je pense comprendre. »

Ma mère aussi, après de fortes paroles comme d’insolentes incongruités, repartira. La violence détournée, le fleuve bu jusqu’à la dernière goutte dans une patience blessée, elle connait. Elle connait un monde qu’elle ne m’a pas légué. La perte vive des membres tranchés. Elle a beaucoup enfoui dans des boîtes bien fermées, et s’est terrée en surface, empêchée par elle-même, écrasée sous la vitre qui assourdit ses cris. Nous avons même pensé la perdre. L’avoir perdue. Absente dans ses sourires forcés, les yeux secs et durs d’une pierre, verts, mais réchauffés de traces de bois et d’ambre, la lueur persistait, et je pouvais la voir. Mais n’y avais plus accès.

Puis un jour, brutalement, ma mère est revenue.

Elle devra repartir, je le sais bien.

Mais qu’on me l’ait rendue, ne serait-ce qu’un court instant, qu’on m’ait donné raison contre la pierre, que j’aie pu entendre le bois frissonner en silence, me rend plus pleine et forte qu’une vague citadelle.

 

Dans l’hôpital hongrois ravagé par la haine magnétique du prince, je suis dans les pas des porteurs de bâtons, devenus foule et donc fous, le sang frappant aux tempes, les larmes brouillant les yeux, mouillant la barbe. Je suis ce qu’a vu le postier, plaqué contre le mur écaillé, alors que les violons incessants découvrent le vieux pendu. Je sors parmi les ombres derrière les paravents troubles. Je vois dans le même œil. Je comprends. Je pense comprendre. L’art de Béla Tarr, à chaud, m’étreignant par le fond, vient brutalement, en exhumant sa bête, de m’expliquer mon monde.

 

 

« Comment ça va dans l’espace, Jànos ?

- Oh, cela s’arrange. »

 

Et la douce complainte digne des violons de l’Est s’estompe dans un sourire tragique, persistant, déployé… il faut déjà rendre les crédits. Le noir revient. Je quitte sol. Et ne veux pas revenir.

 

 

 


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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 11:17

À Anne-Angélique M.-Z.

 

 

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Sur le bas-côté de la route l’herbe semble roussie, le paysage est lourd et lent, mouillé. J’entends le souffle un peu plaintif de l’homme devant moi, qui vient de me donner ses gants, trop grands, afin que je ne blesse pas mes mains sur l’anse rouillée du seau en fer, vide, pour l’heure. Nous marchons depuis plusieurs minutes qui semblent interminables. Il se retourne vers moi, dans son grand pull de laine, une barbe de quelques jours et les cheveux en bataille, l’œil étrangement brillant. Il sent très fortement l’alcool. Le froid nous gifle depuis un moment.


« Vous verrez, me dit-il, là-bas, cela coule sans discontinuer. On peut y boire tout le temps. »


Je m’arrête et le sonde profondément, sans éviter le pire logé derrière ses yeux.

 

« Vous allez être un homme très malheureux. »

 

 

 

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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 16:53

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Il y a bien un lien, songea-t-elle en attendant que sa base durcissante sèche. En dehors du grand rire profond, celui qui ne lâche jamais et exténue les désespérances. Il y a un lien, son mors éclate mes commissures. D’ailleurs.

 

Il y a obligatoirement un lien, et si je le trouve, je dénoue les discordes, j’unifie, je consolide et je vaincs.

 

J’embrasse pas. [ Je vais pas t’embrasser] Donc je l’embrasse.

Je me couche pas. [ Je te fais pas un dessin, j’ai du travail.] Bon, je me couche alors.

Je reviens pas. [ Je vais pas revenir.] Je ne reviens pas. Au moins une bonne chose de claire.

 

La négation en plus.

 

Mais. Il reste cette route défoncée sur ciel mouillé, il reste ces poteaux rouillés fichés dans le cœur, il reste la bagnole criblée d’impacts et / c’est tout à fait épuisant. Être heureuse contre tout, et parce que tout, totalement indécente. Heureuse parce qu’il pleut, que tout est douloureux, sale et chiant, le canevas grave souillé de pures poudres galvanisantes, de mélopées étincelant sous la faconde. Sans personne de trop présent, mais chacun des miens tatoué bien profond.

Rien n’y fait, même à l’envers. Je me préfère toujours moi à toute association. Oh, mais non, simple constat, je suis la femme de ma vie, celle qui se réveille en moi chaque matin et doit tenir debout. Cela ne se dit pas. Alors l’écrire…

Parce qu’il y a un lien avec toutes les associations, je dois rester leur exact point de jonction.

 

Toute pensée s’est fracturée brutalement et maintenant, il faut beaucoup trop de temps et d’indignités pour entrer au cœur du texte. Il y a eu la tentative d’écrire sa vie sans mots, sous un flot régulier d’alcool, pour toucher une vérité enfouie, racler le fond de ses perceptions, se laisser surprendre. J’ai beaucoup dormi, et lutté contre la douleur et les vertiges profonds, à m’excuser de brutaliser une porte, ne plus savoir de quel côté du dehors je me trouve.

Mais aussi la grande purge. La transpiration dans le silence, la dispersion volontaire dans les éclats rapides, les futiles échanges de joies aiguës, consentis, réprouvés. Retournés comme le gant qui présente ses coutures. Je vous ai vu, j’ai passé un temps certain à vous voir. Je vous ai même aimé.

 

J’ai décidé, exigé de ma vie qu’elle prenne forme, que je puisse la toucher, la sentir, m’en parer. J’écris celle d’autres hommes, qui me lient, qui reviennent. J’écris les bribes que je respire, portrait en brume, pas de « je suis », pas de « je sais ». Je l’ai dit, je ne l’efface pas mais l’estompe du doigt, doucement, avec le sourire de l’arrogance adoubée, assagie, puis mise de côté. Je laisse le soin à l’histoire de m’écrire, pour plus tard. Qu’elle le fasse, ou pas. Cette histoire qui est mienne, personne ne me l’apprendra.

Ce n’est pas le tout d’être fier de soi. Figé et grotesque sous son minuscule poids. C’est tendre encore les cordes et s’entendre répondre à l’immensité, de sa petite voix, oser prendre sa place, en changer. La trouver difficile, illégitime, fragile, menacée. Se remettre en route.

 

Avec des flashs. Des larmes ravalées devant des beautés banales, les yeux emplis de saletés tenaces. Toujours ce foutu ventre saturé de points d’orgue, d’harmonies célestes et d’orgasmes multiples qui s’oppose, insolent, à un cœur moins certain, mais qui se voudrait noble, puis à la raison ficelée, nette, précise, prétentieuse d’insuffisance. Trinité consubstantielle navrée de grossir les rangs hérétiques, priant pour son salut.

Des flashs éblouissants, que tu t’en cognes contre les parois des sous-sols, giflée. Des vagues grondantes qui ravagent tes traces, mais t’apportent dans leur grande paume striée toutes tes références, les déposent à tes pieds à genoux puis repartent. Le bruit doux de toutes tes folles passions, des dégoûts alliés, qui ronge dans tes nerfs un passage afin que communiquent enfin les injoignables.

Il y a un lien. Il y a un sens. Tu te tiens à l’exacte jonction du monde entier, de son passé, de ses trous noirs.  Couchée sur ton lit, tu écoutes ton ressac. Tu ne connais jamais l’ennui. Tu me parles ? Oh mais j’écoute, et tout est consigné.

 

Ce n’est pas encore exactement suffisant.

 

Tu peux trahir momentanément l’ensemble, et l’immense, il te tient. Toute la magnifique terreur de l’existence sait aussi investir l’unique chaussette bouchonnée sur la cheville blanche de ce vieil homme qui pousse ta porte, que tu ne puisses détourner le regard, absorbée, résiliée dans l’instant par cette concentration violente de tendresse inacceptable, de rage ancestrale, d’amour fou et de tripes éclatées sous l’immonde, dont le faisceau ardent éclaire cette chaussette. Mais l’homme sort et avec lui le monde, et le réel reprend place, décor flouté qui tremble, se rassure, te reprend.

Et tu voudrais l’écrire, cela ? Tu voudrais le perfuser dans l’œil, qu’on le sente avec toi ?

Alors tu retournes boire, puis te purger dans l’effort, te fatiguer et attendre d’aimer toujours. Tu regardes des routes rouillées, des poteaux de ciel humide tu mélanges tout parce que c’est bien ainsi que tout se déverse en toi, pas de strates polies, pas de catalogue par lettre, par de compartiments menteurs. Tout en tas.

Tu ris, et puis tu jouis, un peu, aussi, parce que le corps est honnête. Mais rien à signaler, voyons. Ta vie qui s’amuse dans les rues pavées, devant des fauves obscurs, ta vie qui s’éreinte sur les partitions indéchiffrables, les âmes sèches et l’odeur de la guerre, ta vie qui se répand sur les toiles, sans jamais rien tacher, mais indélébile dans le cœur des vautours qui viendront te la reprocher.

 

Et je voudrais l’écrire ?

 

Non.

J’ai mieux pour vous :

Un curseur orphelin qui clignote, menaçant de dévoiler le reste.

 

 


Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 20:21

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Transformez-vous, je vous en conjure ! 

Origène.

 

« Même si le christianisme ouvrait ses portes aux femmes, aux esclaves et aux marginaux, il ne s’agissait pas d’un mouvement des déshérités, mais d’une avant-garde culturelle qui recueillait un soutien populaire.

C’est justement ce qui le rendait si dangereux aux yeux des gardiens de l’ordre ancien. Une secte ésotérique ou un mouvement de protestation agissant aux marges de la société pouvait être annihilé par la terreur, mais la pensée chrétienne avait des racines sociales et psychologiques plus profondes. Elle reflétait une nouvelle prise de conscience, largement répandue, du potentiel de croissance et de transformation spirituelles des individus. Le monde païen était un monde tout d’extériorité, où les rites religieux reflétaient leur participation à la vie publique en tant que membres d’une communauté civique traditionnelle. Le christianisme, en revanche, exprimait un nouveau sentiment d’intériorité, la perception d’un espace intérieur au sein duquel l’individu pouvait combattre le démon, communiquer avec  Dieu et découvrir sa propre identité spirituelle. Le message chrétien était profondément séduisant pour le nombre croissant de citoyens romains qui se sentaient frustrés par des rituels publics sclérosés et étaient en quête d’ « un Dieu avec lequel on puisse être seul ». »

 

 

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Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu. L’ « affaire Arius » ou la grande querelle sur la divinité du Christ au dernier siècle de l’Empire romain, 1999, La Découverte (2004), pp 40-1.

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Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 21:39

 

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« Vous qui ne vous laissez pas impressionner par les forces de la nature, vous qui n’avez de cesse, au contraire, de la conquérir, pour la mettre au service de votre bonheur et de votre confort, jusqu’où vous faites-vous exploiter par les hommes ? Vous qui savez, par votre travail, que seul celui qui accumule les échecs mérite une sanction, pourquoi endurer tout cela ? Pourquoi ? Ce ne sont pas vos défauts, mais vos plus grandes qualités qui vous valent d’être attaqué. Ce ne sont pas vos échecs qui vous valent d’être détesté, mais vos succès. On vous méprise pour ces qualités qui sont les vôtres et dont vous tirez la plus grande fierté. On vous traite d’égoïste parce que vous aviez le courage d’agir selon votre jugement et d’en accepter toute la responsabilité. On vous a accusé d’arrogance en raison de votre indépendance d’esprit. On vous a taxé de cruauté parce que vous avez témoigné d’une totale intégrité. On a qualifié votre conduite d’antisociale parce que vous regardiez loin devant vous et que vous vous aventuriez sur des routes inconnues. On vous dit sans pitié à cause de l’énergie et de la discipline personnelle dont vous avez fait preuve pour atteindre votre objectif. On vous a traité de requin parce que vous avez la merveilleuse faculté de créer des richesses. Vous qui avez toujours déployé une incroyable énergie, on vous a traité de parasite. Vous qui avez créé l’abondance, là où, auparavant, il n’y avait rien que déserts et famine, on vous a traité de voleur. Vous qui avez procuré à tant d’individus de quoi subsister, on vous a traité d’exploiteur. Vous, l’être le plus droit, le plus pur, vous avez été méprisé comme un « vulgaire matérialiste ». Leur avez-vous demandé : de quel droit ? En vertu de quelles règles, de quels critères ? Non, vous avez tout enduré en silence. Vous avez subi leurs lois sans même essayer de défendre vos principes. Vous aviez ce qu’il fallait de droiture pour produire le moindre clou, mais vous les avez laissés vous taxer d’immoral. Vous savez que l’homme, dans ses rapports avec la nature, doit impérativement respecter certaines règles, mais vous les avez crues inutiles dans vos rapports  avec les hommes. Vous avez laissé les armes les plus dangereuses aux mains de vos ennemis, des armes dont vous ne connaissiez même pas l’existence, auxquelles vous ne compreniez rien. Ces armes, c’est leur code moral. Réfléchissez à tout ce que vous avez accepté. Réfléchissez au rôle des principes dans la vie d’un homme. Demandez-vous s’il peut vivre sans principes moraux. Et demandez-vous ce qu’il advient de lui s’il accepte de faire fausse route, au point de confondre le bien et le mal. Voulez-vous savoir pourquoi je vous attire, même si vous pensez que vous auriez dû m’envoyer au diable ? Parce que je suis le premier à vous avoir donné ce que le monde entier vous doit, ce que vous auriez dû exiger de tous les hommes avant d’entrer en relation avec eux ! La reconnaissance de votre valeur morale. »

[…]

« Monsieur Rearden, continua Francisco, solennel et calme, si vous voyiez Atlas, le géant qui porte le monde sur ses épaules, si vous le voyiez devant vous, du sang coulant sur sa poitrine, ployant sous son fardeau, les bras tremblants, mais essayant encore de porter le globe avec ses dernières forces, que lui diriez-vous ?

– Je… je ne sais pas. Qu’est-ce… qu’il pourrait faire ? Et vous, que lui diriez-vous ?

– De se libérer de son fardeau. »

 

 

Ayn Rand, La Grève, Les Belles Lettres, 2011, p 460-62.

 


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  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
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  • : "Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe" disait Rivarol. En le ramassant on se blesse. Il convient alors ensuite de "porter élégamment la cuirasse".

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

Vitriol


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